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Listes par auteurs, titres, années ou nationalités

 

CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

 COMPTES-RENDUS CRITIQUES
DE FILMS

1191 films par ordre alphabétique d'auteurs

filett

 

AB

AK AL ALM AM AN AR AS AU BA BAR BE BERG BERR BO BOR BR BRE BRO BU

   

'Shādī 'ABD AS-SALĀM
liste auteurs

La Momie (Al-Mumiya) Egy. 1969 couleurs 100' 
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Dominique ABEL, Fiona GORDON et Bruno ROMY
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La Fée Bel.-Fr. 2011 couleurs 94' 
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Laurent ACHARD
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Le Dernier des fous Fr. 2006 96' ; R. L. Achard ; Sc. L. Achard et Nathalie Najem, d'apr. The Last of the Crazy People de Thimothy Finley ; Ph. Philippe Van Leeuw, Georges Diane ; Mont. Jean-Christophe Hym ; Son Philippe Grivel ; Pr. AGAT Film & Cie ; Int. Julien Cochelin (Martin), Pascal Cervo (Didier), Annie Cordy (la grand mère), Fettouma Bouamari (Malika), Jean-Yves Chatelais (le père), Dominique Reymond (la mère). Prix Jean Vigo 2006.

   Martin, garçonnet au regard impénétrable, est très attaché à son grand frère Didier, dont il découvre brutalement l'homosexualité et subit les crises de violence éthylique. Elles s'aggravent lorsqu'il est lâché par son petit ami pour cause de mariage. L'aîné finira par se donner la mort. Atteinte d'une maladie mentale, la mère refuse de quitter sa chambre et de voir tout autre que la bonne Malika, une Marocaine quadragénaire qui donne sans compter, n'hésitant pas à tenir lieu de mère aux garçons. Le père s'accroche à la ferme en déshérence, mais subit l'autorité de sa mère, qui entreprend des démarches pour vendre. Aux grandes vacances, Martin, refusant désormais l'école, jette son sac à la rivière. Malika l'emmène chez les patrons d'une amie où il joue avec la fille de la maison, gracieuse adolescente qui le délaissera pour un garçon de son âge. Il y a découvert dans un tiroir un revolver. Le jour où sa mère sort enfin de sa chambre il l'abat dans la cour en même temps que son père et sa grand-mère.

   C'est donc le récit d'une dégringolade familiale dont la progression dramatise lentement mais sûrement le revolver longtemps mis en réserve après sa découverte. Parallèlement le dépouillement extrême par plans fixes savamment rythmés par les sons naturels (nulle musique de fosse) et la sobriété des raccords suppose une riche intériorité. On sent l'influence des aînés (Tarkovski, Carax, le Dogme), mais le cadrage de reconfiguration évente son secret en le centrant, voire en symétrisant le plan : tel dossier de chaise qui emprisonne la silhouette de Martin, le corps comme décapité de Didier pris de dos, tête repliée sur la poitrine. En définitive tout repose sur la chronique d'un fait divers familial, ce qui borne le propos à un dévoilement prévisible et sans perspective éthique. D'autant que la temporalité est plus rhétorique que poétique. Elle est complice de l'effet à venir, au lieu de le désancrer de toute antécédence logique. Le long plan fixe nocturne sur la façade de la maison endormie dramatisé par les sons animaux n'est que pour mieux souligner le cri d'horreur de la folle brisant le silence.
   Excellent élève en poésie donc, mais poète véritable, c'est autre chose. 2/12/06
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Chantal AKERMAN
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La Captive Fr.-Bel. 2000 108' ; R. C. Ackerman ; Sc. C. Akerman et Eric De Kuyper ; Ph. Sabine Lancelin ; M. Rachmaninov, Schubert ; Int. Stanislas Merhar (Simon), Sylvie Testud (Ariane), Olivia Bonamy (Andrée).

   Un beau, jeune et riche Parisien au teint ivoirin, les yeux assortis à sa cravate mordorée, persécute de son délire de jalousie sa placide compagne Ariane (Sylvie Testud : Galerie des Bobines), qui finit par se suicider.

   Proust, Bresson, Eric Rohmer, le Dogme, Rachmaninov, Schubert et Chantal Akerman (sans oublier Goretta, Tati, et bien d'autres) semblent s'être unis pour nous conter ce sombre drame. Avec la jalousie qui porte son nom, Proust fournit Françoise, la grand-mère malade, Andrée, la Rolls et le Grand Hôtel. Rohmer est conseiller en tableaux romantiques, tout en drapés. Bresson prête le prestige de sa voix blanche et de quelques réminiscences (Simon et Ariane assis au fond de la Rolls rappellent irrésistiblement le début des Dames du Bois de Boulogne). Le Dogme est gage de sobriété, notamment en éclairages.
   Quant à la musique, elle remplit une fosse tour à tour nostalgique et funèbre. A vrai dire tout cela très impersonnel : on ne voit pas ce que la voix blanche bressonienne, qui n'est guère ici que confidentielle, vient faire dans un film globalement aussi impassible (chez Bresson, la voix se met en retrait pour faire place au déferlement d'émotion sous-jacente). Les références à
La Prisonnière (pourquoi cet euphémisme de La Captive ?) de Proust exigent au moins des lecteurs ayant eu la patience de parvenir jusqu'à ce volume, ce qui laisserait entendre un public présomptif de "Happy Few". Si l'esthétique Rohmérienne du tableau de maître filmé était déjà exagérément emphatique dans La Marquise d'O, elle semble ici tout à fait déplacée.
   On pourrait faire à propos du Dogme les mêmes remarques que pour Bresson. Le refus de la technicité suppose un souffle et une chair vibrante, qui se font ici tellement désirer que lorsque l'ombre de Simon rejoint sur la terrasse nocturne celle d'Ariane comme préfiguration de la mort de la jeune femme, le procédé seul, et non l'émotion, nous est sensible. La musique enfin, d'autant plus encombrante qu'elle est discrète ne coïncide qu'avec les seuls temps forts qui, supposés par eux-mêmes puissants, se passeraient bien d'un tel secours.
   Tout cela serait désespérant sans la superbe bande-son : craquements des boiseries de l'appartement, souffle des amants en gros plan sonore, ronflements de la voiture perçus de l'intérieur, rumeurs et pépiements extérieurs, etc. 8/10/02
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Fatih AKIN
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De l'autre côté (Yasamin kiyisinda/Auf der anderen Seite) VO (allemand, turc, anglais) 2007 110’ 
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Gregory ALEXANDROV
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Le Printemps (Vesna) URSS VO N&B 1947 104' ; R. G. Alexandrov ; Sc. G. Alexandrov, A. Raskine, M. Slobodskoï ; Ph. I. Vanar ; M. I. Dounaievsky ; Son V. Lestchshiev ; Déc. K. Efimov, V. Kaplounovsky ; Int. Lioubov Orlova (Nikitina et Chatrova), Nikolai Konovalov (Moukhine), N. Tcherkassov (le réalisateur), N. Sidorkine (Roshine), avec la participation des ballets du Bolchoï.

   Une femme de science réputée revêche est amenée à remplacer son sosie sur un tournage dans son propre rôle. Le metteur en scène, contre toute attente, prête l'oreille à ses critiques quant à l'authenticité du personnage. De son côté elle s'adoucit et bientôt ils se content fleurette. On avait voulu écarter la titulaire du rôle en lui offrant l'emploi dont elle rêvait dans un ballet. Elle rencontre à la fois le succès, l'amour et la complicité avec sa remplaçante secrète.

   Épaulé par l'humour du dialogue, le comique de quiproquo s'en donne à cœur joie. Le cadrage donne le volume qui convient à la vastitude du plateau, notamment par une angularité soulignant les trois dimensions. Il procure aussi une sensation directe du mouvement des ballets par des amorces d'avant-plan. De beaux plans-séquence dans les studios où l'on passe d'un tournage à l'autre comme dans un rêve qui interférerait avec la romance de la femme de science. Vision idyllique d'une société soviétique toute en palais et limousines. Tout se termine par le film dans le film lorsque l'on découvre, elle-même filmée, l'équipe filmant le tournage.
   Bref ce n'est pas ridicule comme on pourrait le croire d'une comédie musicale soviétique de 1947. Par sa légèreté constitutive, une bonne comédie musicale voile forcément les côtés inavouables de la société. En ceci
Le Printemps ne diffère de ses modèles hollywoodiens que par le degré de l'horreur censurée. 17/10/01 Retour titres Sommaire

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Yves ALLEGRET
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Dédée d'Anvers (générique) Fr. N&B 1947 100' ; R. Y. Allégret ; Sc. Jacques Sigurd, d'après Ashelbé ; Ph. Jean Bourgoin ; M. Jacques Besse ; Déc. Georges Wakhevitch ; Pr. Sacha Gordine ; Int. Simone Signoret (Dédée), Bernard Blier (Monsieur), Marcel Pagliero (Francesco), Jane Marken (Germaine), Marcel Dalio (Marco).

   Entraîneuse dans un bar, maquée avec le portier Marco qui l'exploite et la maltraite, Dédée tombe amoureuse de Francesco, un capitaine Italien qui fait de la contrebande. Ils deviennent amants passionnés par sentiment réciproque. Pour favoriser le départ des amoureux, le patron de la boîte et ami de Francesco, chasse son portier. Mais celui-ci tue Francesco, pour le portefeuille autant que par jalousie. Dédée et son patron se vengent en l'écrasant sous la voiture.

   Sous les dehors du meilleur réalisme de la vie d'un port avec sa brume nocturne, ses grues géantes, ses sirènes de bateaux, ses cas sociaux, ses maisons de passe, sa violence masculine, une intrigue cousue de fil blanc en ce qu'elle s'ingénie à justifier la cruauté de l'acte de vengeance qui la conclut : la prostituée au visage magnifié par le maquillage et l'éclairage (Simone Signoret : Galerie des Bobines), d'autant plus savant que faussement absent, contrastant habilement avec le caractère sordide du décor va enfin trouver le bonheur après des années de galère.
   Le procédé dramatique, de bas étage, tient à ce que la chance s'évanouit au moment précis où elle est à portée de main. En même temps, l'héroïne est soutenue par un brave maquereau si compréhensif qu'il sait par générosité morale renoncer au concours d'une excellente auxiliaire. Réciproquement, l'ignominie de Marco (individu moite et
visqueux à souhait), en ne cessant de s'exacerber, vise à toujours déjà légitimer dans la conscience du spectateur sa propre exécution crapuleuse.
   En bref ni la belle photo en noir et blanc ni les meilleures recettes du réalisme poétique ne sont suffisantes. Les films noirs quant à eux, s'ils ne se sont guère, par bonheur, préoccupés de la valeur de leur contenu ont su mettre en œuvre ce qui fait absolument défaut à Dédée d'Anvers : le jeu et l'humour subséquent. 30/11/04
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Woody ALLEN
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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (Everything You Always Wanted to Know About Sex But Were Afraid to Ask) USA VO couleurs 1972 87' ; R., Sc. W. Allen, d'après Dr David Reuben ; Ph. David M. Walsh ; M. Mundell Lowe ; Dir. art. Dale Hennesy ; Pr. Charles H. Joffe ; Int. W. Allen (Victor, Fabrizio, le bouffon, le spermatozoïde), John Carradine (Dr Bernardo), Lou Jacobi (Sam), Louise Lasser (Gina), Anthony Quale (le roi), Tony Randall (l'opérateur), Lynn Redgrave (la reine), Burt Reynolds (le contrôleur), Gene Wilder (Dr. Ross).

   Sept sketches consistant à représenter clairement d'excellentes idées d'humoriste. Ex. : Woody Allen en spermatozoïde prêt, parmi tous les autres dont un Noir fourvoyé, à sauter pour l'éjaculation, dans une parodie de la science fiction d'alors.

   Pur support de récit humoristique, sans plus. 7/07/01 Retour titres Sommaire

Broadway Danny Rose N&B VO 1984 80' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Gordon Willis ; M. Dick Hyman ; Pr. Orion ; Int. Mia Farrow (Tina Vitale), Nick Apollo Forte (Lou Canova) et W. Allen (Danny Rose).

   Portrait d'un minable "cachetonneur" de cabaret spécialisé dans les artistes marginaux ou dépassés. Le chanteur démodé Lou Canova le quitte quant le succès revient. Danny est notamment amené à tenter de rabibocher son poulain avec sa maîtresse Tina pour éviter que la déprime n'annule les spectacles. Mia appartient à un milieu mafieux qui va le poursuivre à la suite d'un quiproquo. Des liens se nouent entre Danny et Tina laquelle, culpabilisant d'avoir fourni à Lou un puissant imprésario, viendra à la fin s'excuser.

   Woody fait son numéro humoristique habituel de judéo-newyorkais verbeux et décalé. L'intérêt tient à la mise en perspective par flash-back, l'histoire étant racontée à intervalles par un personnage dans un groupe d'hommes du métier.
   Allen possède une grande liberté, d'esprit, pas filmique. 15/01/00
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Hannah et ses sœurs (Hannah and Her Sisters) VO 1986 106' couleurs ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Bach, Puccini, Count Basie ; Pr. Robert Greenhut/Jack Rollins/Charles Joffe ; Int. W. Allen (Mickey), Mia Farrow (Hannah), Michael Caine (Elliot), Carrie Fisher (April Knox), Barbara Hershey (Lee), Diane Wiest (Holly), Lloyd Nolan (le père), Maureen O'Sullivan (la mère), Max von Sydow (Frederick).

   Épouse comblée d'Elliot qui la trompe avec sa propre sœur Lee, laquelle quitte son amant Frederick, Hannah est divorcée de Mickey qui censément stérile fait un enfant à Holly, la troisième sœur, devenue son épouse. La famille au complet se réunit tous les ans pour Thanksgiving comme au bilan annuel. Tout se termine bien puisque Lee s'est trouvé un mari et qu'Elliot a pris conscience que l'essentiel dans sa vie était Hannah.

   Cette combinaison narrative resserre dans l'unité d'action une intrigue compliquée ayant pour décor le milieu naturel de l'intelligentsia new-yorkaise, espace urbain épuré du sordide qui appellerait des préoccupations plus classiquement sociales.
   Woody Allen excelle dans la peinture des dysfonctionnements de l'amour qui finit pourtant par triompher pour peu qu'on se refuse aux compromis idiots. Il faut accepter une part de risque pour construire sa vie sur une exigence complète d'épanouissement. Le Juif Mickey va provoquer une petite catastrophe familiale en tâtant du catholicisme et du krishnaïsme. En cherchant leur voie au sein de leur groupe naturel, les protagonistes peuvent lui porter gravement atteinte. Quitte à danser sur un volcan, Lee couche avec son beau-frère pour trouver le bonheur.
   À mettre en jeu la parole à tout moment, l'humour métaphysique d'Allen contribue à cet éveil de la quête ontologique (qu'on me passe les mauvais philosophismes). L'excellent dialogue pose du reste les vraies questions dans leur crudité mais sans quitter le cadre de chaleureuse tendresse de l'intrigue. Bien sûr ça ne chamboule guère les repères ordinaires du cinéphile, le côté allénien délirant fait terriblement défaut (voyez
Maudite Aphrodite !), mais le film n'est pas démodé parce qu'il suit son bonhomme de chemin sans tambours ni trompettes. De là à dire que c'est un chef-d'œuvre (certains l'on fait !) ! Qu'il y a dedans du Bergman (suffit-il d'un acteur bergmanien pour cela ?) !
   Car au fond qu'est-ce qu'un chef-d'
œuvre ? C'est, disons, ce qui fait, tous ensemble, les prophètes se retourner dans leur tombe. 9/12/00 Retour titres Sommaire

September VO 1987 82' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Loesser, Green/Heyman, Coslow, Johnston ; Pr. Robert Greenhut/Jack Rollins/Charles Jaffe ; Int. Denholm Elliott (Howard), Dianne West (Stephanie), Mia Farrow (Lane), Elaine Stritch (Diane).

   Lane, qui a tué l'amant de sa mère (Diane), un gangster, quand elle avait quatorze ans (version officielle imaginée pour sauver Diane, la vraie coupable), est convoitée par un voisin plus âgé mais éprise de Peter l'écrivain qui aime Stephanie, laquelle pourtant attirée ne veut pas briser sa vie d'épouse et de mère. Diane qui fut une belle actrice, veuve du père de Lane, vit maintenant avec un physicien de haut niveau. Dotée d'une belle énergie, elle pratique le spiritisme et converse avec ses hommes défunts. Tout le monde est réuni dans la maison de famille, une belle demeure du Vermont campagnard léguée de manière plus ou moins claire à Lane qui, endettée à cause d'une grave dépression avec tentative de suicide, l'a mise en vente. Sa mère qui voulait s'y installer avec son amant y renonce pour ne pas frustrer Lane.

   L'ambiance mélancolique de fin d'été se marie avec le tragique couvant sous la cendre de toutes ces attirances sans espoir. Peu inventif, à part la panne de courant qui nous plonge pendant vingt bonnes minutes dans le clair-obscur des bougies en interrompant le jazz, remplacé par des airs nostalgiques que Stephanie joue au piano, sauf quand elle flirte avec Peter, jusqu'à ce que le rétablissement du courant déclenche avec le flot de lumière le redémarrage modulé de la musique enregistrée.
   Dans les conflits psychologiques entre la mère et la fille, dans l'esquisse de deux caractères incommensurables, dans le sentiment de l'inéluctable, on sent en effet l'influence de Bergman (peut-être une réminiscence de
Sonate d'automne), mais sans la vigueur et l'audace du génie. 23/12/00 Retour titres Sommaire

Radio Days VO 1987 couleurs 88' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; M. anciennes émissions de radio ; Pr. Jack Rollins/Charles Joffe ; Int. Seth Green (Joe), Josh Mostel (oncle Abe), Dianne Wiest (Bea), Diane keaton (Monica Charles), Michael Tucker (le père), Mia Farrow (Sally White), Jeff Daniels (Baxter).

   Chronique rétro de Woody en voix off, plus ou moins autobiographique des années trente où la radio occupait tout l'espace sonore de la maison et de la voiture. À la fois document sur la radio elle-même, tranche de vie familiale, vision de la vie d'un gamin de dix ans, suite de gags. Le père de famille élude toujours la question de sa profession. Un jour, Joe prenant un taxi pour transporter une nouvelle radio découvre que le chauffeur n'est autre que son père. À Yom Kippour, son oncle Abe sort pour faire éteindre la radio des voisins, des juifs mais communistes. À son retour, la radio continue et il fait de la propagande communiste. Bea, éternellement en mal de fiancé, entend sur la radio de bord la fameuse émission des envahisseurs d'Orson Welles. Son cavalier du moment prend peur et la laisse en plan avec la voiture. En pleine nuit à plusieurs miles de chez elle, elle doit rentrer à pieds, etc.

   Regard du gosse sur les femmes assez fellinien. Honnête distraction ne laissant rien d'impérissable. 29/12/00 Retour titres Sommaire

Alice VO 1990 110' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. : Carlo Di Palma ; M. Errol Garner, Duke Ellington, Thelonious Monk, Count Basie ; Int. Mia Farrow (Alice), Joe Mantegna (Joe), William Hurt (Doug), Alec Baldwin (Ed), Blythe Danner (Dorothy), Judy Davis (Vicky).

   Mère de deux enfants mariée depuis seize ans à un homme riche et beau, la New-Yorkaise Alice Tate a mal au dos. Elle consulte le Dr. Yang, médecin-gourou chinois qui l'hypnotise, diagnostique un problème affectif et prescrit des herbes magiques qui rendent, au besoin, invisible ou amoureux. Le traitement entraîne la rencontre d'un saxophoniste qui devient son amant. Invisible, elle découvre que son mari la trompe. Prenant conscience de ne pas mener la vie qui lui convient, elle part à Calcutta chez mère Teresa puis revient vivre modestement seule avec ses enfants.

   Démonstration de main de maître, sur un rythme tranquille, imperturbable, étape par étape, modulé par le jazz ou à l'occasion par des genres à effet ironique comme le tango. Incroyables ou crues, les péripéties sont toujours médiatisées par quelque chose qui accapare l'intérêt. Que ce soit le regard naïf d'Alice, le fantastique ou le récit d'un tiers. La candeur d'Alice donne un sens élevé aux propos érotiques ; la matérialisation de Doug dans le cabinet du Dr Yang place en perspective l'explication, du coup thérapeutique, avec Alice, et l'épilogue sur le nouveau départ d'Alice est réfracté à travers la conversation mondaine de ses anciennes amies où se glisse un papotage sur le lifting d'une telle.
   C'est tellement le style de Woody qu'on se passe parfaitement de sa présence physique. Deux caractéristiques alléniennes s'affirment ici avec brio : la tendresse et la quête du bonheur. 17/12/00
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Coups de feu sur Broadway (Bullets over Broadway) VO 1994 95' ; R. W. Allen ; Sc. W. Allen et Douglas McGrath ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Dick Hyman ; Int. Dianne Wiest (Helen Sinclair), John Cusack (David Shayne), Chazz Palminteri (Cheech), Jennifer Tilly (Olive Neal).

   Dans les années vingt, le truand Nick Valenti accepte de financer la dernière œuvre dramatique de David Shayne, à condition que celui-ci confie un rôle à Olive, sa petite amie danseuse. Elle est chaperonnée aux répétitions par le tueur Cheech qui juge la pièce détestable et propose incidemment des améliorations. David finit par accepter qu'il la réécrive secrètement. Les deux auteurs sympathisent, mais pendant la première, le dur est abattu dans les coulisses pour avoir descendu la "trop mauvaise actrice" Olive. Immense succès de la pièce, et la critique approuve avec enthousiasme l'idée des coups de feu. David comprenant qu'il n'arrivera jamais à faire aussi bien abandonne la carrière d'artiste et revient à sa femme après l'avoir trompée avec la tête d'affiche Helen Sinclair.

   Satire des intellectuels de Greenwich Village, tableau pittoresque des milieux du théâtre de Broadway et ironique du milieu tout court, saupoudré de gags exquis (Helen dans un tripot clandestin avec David commande deux Martinis. Lui "comment as-tu deviné ?" Elle : "Ah tu en voulais aussi ?").
   L'humour restant malgré tout essentiellement verbal, et bien que l'atmosphère dépende un peu trop du jazz d'époque, l'intérêt du film repose sur le refus du réalisme et l'attribution du rôle principal à John Cusack, qui tout en servant parfaitement l'esprit de l'auteur, n'accapare pas toute l'attention des spectateurs.
   Ce parti pris de sobriété favorise l'unité qui met en valeur ce que le réalisateur a de meilleur : la fantaisie délirante. 1/03/01
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Maudite Aphrodite (Mighty Aphrodite) VO 1995 95' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Dick Hyman ; Int. W. Allen (Lenny), Helena Boham Carter (Amanda), Mira Sorvino (Linda Ash), F. Murray Abraham (le maître de chœur).

   Lenny et Amanda adoptent un bébé mâle qui s'avère six ans plus tard être si génial que le papa adoptif se met en tête de retrouver la mère. Or c'est une pute, actrice de porno et intellectuellement très limitée. Lenny va s'évertuer à la tirer de sa condition pour que l'enfant plus tard soit fier d'elle. S'il convainc le terrible maque qui le menace de mort, il n'arrive pas à la marier, mais elle rencontrera elle-même son futur mari. Un an plus tard, ils se croisent dans un magasin de jouets. Lenny est accompagné de son fils adoptif, Linda d'un bébé, fruit de l'unique nuit passée ensemble, tous deux ignorant leur rôle biologique respectif : comique de symétrie structurant.

   Parodie de tragédie antique au moyen d'un chœur interférant avec l'intrigue. Le coryphée, Tirésias et Cassandre se mêlent des affaires de Lenny qui s'adresse aussi parfois au chœur dans un théâtre antique en ruines. Fort à l'aise dans le burlesque délirant, le chœur affublé de masques et en chasuble va jusqu'à se métamorphoser en groupe chorégraphique moderne. Afin d'apporter de l'aide à Lenny, Tirésias paraît dans les rues de New-York affublé en mendiant.
   On voit là à l'
œuvre l'humour métaphysique de Woody, notamment lorsque le chœur s'adresse à Zeus, dont le répondeur téléphonique invite à dicter un message après le bip. La mythologie antique commente symboliquement le récit en l'approfondissant. Ainsi Lenny prépare-t-il en réalité la rencontre d'Œdipe et de Jocaste. La symétrie burlesque de l'intrigue ressemble au destin. Surtout, ce qui fait le style de Woody Allen, c'est le mélange des genres. Cocasse est le héros par son métier de rédacteur sportif, gringalet toujours en contact avec des athlètes, mais sa femme est le type de la belle New-yorkaise possédant une galerie chic. Aussi, lorsqu'elle lui revient après l'avoir trompé à la fin, prend-on au sérieux cette manifestation de l'amour. 10/12/00 Retour titres Sommaire

Tout le monde dit I love you (Everyone Says I Love You) VF 1996 101' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Dick Hyman ; Int. W. Allen (Joe), Goldie Hawn (Steffi), Alan Alda (Bob), Julia Roberts (Von), Drew Barrymore (Skylar), Tim Roth (Charles Ferry), Edward Norton.

   Une jeune fille (DJ) raconte la vie mouvementée de sa famille friquée. Son père (Woody Allen) vit à Paris, elle à New-York avec sa mère, son beau-père avocat, un demi-frère, deux demi-sœurs et le beau-grand-père. La mère d'une amie est psychanalyste. Les filles épient les séances par un trou dans le mur. En vacances à Venise avec son père, DJ aperçoit une jolie New-Yorkaise (Von) en qui elle reconnaît une des patientes. Elle va utiliser les secrets intimes recueillis pour aider son père à la séduire : elle ne résiste pas sexuellement quand on lui souffle entre les omoplates. Elle-même engagée, elle avale la bague de fiançailles avec le dessert où son fiancée l'avait dissimulée.
   Mais elle est attirée par un gangster que sa mère, une enfant gâtée, a ramené à la maison au titre de ses actions humanitaires en faveur des prisons ouvertes. Après des péripéties mouvementées elle revient à son fiancé, tandis que Von quitte Joe qui ré-ébauche une idylle avec sa mère.

   On peut aimer surtout les idées délirantes : la conférence de Steffi sur les prisons ouvertes devant un imposant auditoires attentif de gardiens de prison en uniforme, les loufoques scènes de ballet chez le bijoutier, celle des fantômes autour du cercueil du grand-père, la soirée Groucho Marx où tout le monde arbore moustaches et lunettes, et la danse de Joe et Steffi se jouant des lois de la pesanteur dans le décor des quais de la Seine (hommage à Minnelli).
   Malgré tout, outre le fait que Woody Allen ne devrait jamais être doublé
(1), que les ballets pourraient être mieux réglés, et que la maladresse des chanteurs non professionnels ne favorise pas forcément le burlesque, il y a insatisfaction de ce que le délire ne procède pas des propriétés du langage filmique mais de la représentation(2). 28/12/00 Retour titres Sommaire

Harry dans tous ses états (Deconstructing Harry) VO/VF 1997 90' ; R., Sc. W. Allen ; Ph. Carlo Di Palma ; Eff. sp. John Offerson ; Cost. Suzy Benzinger ; M. Errol Garner, etc. ; Pr. Jean Doumanian ; Int. Judy Davis (Lay), Julia Lewis-Dreyfus (Lebe), Stephanie Roth (Janet), Dan Frazer (le père), Lyna Cohen (la mère), W. Allen (Harry Block), Robin Williams (l'acteur flou).

   L'écrivain new-yorkais Harry Block transpose sa vie sentimentale aussi délirante que compliquée dans des romans dont les personnages finissent par prendre vie et se confondre avec leurs modèles, de même que sa vie interfère avec ses fictions. Les couples se font et se défont au prix de quelques trahisons. Les psychanalystes en sont l'inévitable contrepoint quand ils ne sont pas partie prenante : un héros de Harry épouse sa psychanalyste, qui a tendance à tomber amoureuse de ses patients. Une réception est organisée en l'honneur de l'écrivain à son ancienne université. Il ne veut pas s'y rendre seul, mais sa petite amie du moment lui annonce qu'elle se marie avec son meilleur ami. Il emmène donc une prostituée, un copain cardiaque et son fils dont il n'a pas la garde, kidnappé à la sortie de l'école. Le copain meurt dans la voiture. Harry est arrêté pour le rapt. Les jeunes mariés en tenue de mariage acquittent la caution. Les universitaires viennent le chercher pour la réception où l'on retrouve les personnages de ses romans l'applaudissant.

   Un Allen mineur en dépit de quelques scènes désopilantes. Citons dans la maison pendant un barbecue réunissant toute la famille au jardin, le coït adultère à la va-vite, interrompu par la grand-mère aveugle. Un dialogue s'ensuit où les soupirs est les cris répondent à propos aux paroles de l'aïeule. A noter aussi le gag de l'acteur (Robin Williams) qui a pour particularité d'être flou par lui-même, dans la réalité.
   Détestable dans la version française à cause du pitoyable naturel bégayant du doubleur de Allen. Au point que la version originale laisse croire que l'anglo-américain est une langue plus filmique que le français. Le fameux délire allénien reste à l'état dispersé et se dissout dans un flot de paroles bercé par l'inévitable fosse jazzy. 17/06/01
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Match Point 2005 124’ GB-USA VO
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Scoop 2006 96’ USA VO
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Pedro ALMODOVAR
liste auteurs

Tout sur ma mère (Todo Sobre mi madre) Fr.-Esp. VO 1999 108' ; R., Sc. P. Almodovar ; Ph. Affonso Beato ; M. Alberto Iglesias ; Mont. Jose Salcedo ; Pr. Pathé, Renn Productions, El deseo S.A., France 2 cinéma ; Int. Cecilia Roth (Manuela), Marisa Paredes (Huma), Antonia San Juan (Agrado), Penélope Cruz (Hermana Rosa) ; Oscar du meilleur film étranger 2000, César du meilleur film étranger 2000.

   Manuela élève seule son fils Esteban, dix-sept ans, auquel elle ne dit rien de son père. Tous deux admirateurs de la comédienne Huma Rojo dans Un Tramway nommé désir, ils se mettent en quête d'un autographe. En voulant rattraper le taxi dans lequel Huma a pris place, Estaban meurt renversé par une voiture. Manuela fait don du cœur de son fils au service de transplantation d'organes où elle exerce comme infirmière.
   Puis quittant Madrid pour Barcelone à la recherche du père, un transsexuel appelée Lola, elle fait, comme dans un retour au passé, le chemin inverse de celui d'il y a dix-sept ans lorsqu'elle fuyait Lola avec son bébé. Sa vie est ballottée au gré des pérégrinations. Elle retrouve d'abord, tapinant, Agrado, transsexuel plaqué par Lola. Elle travaille pour Huma, puis recueille Rosa, une religieuse séropositive et enceinte de Lola, qui meurt en couches. Manuela recueille le bébé dont le père resurgit. Lola pleure à la fois de joie pour la naissance et de chagrin du deuil d'un fils dont il ignorait l'existence.

   Facture confuse et récit dépourvu d'émotion vraie, mais qui n'est pas sans mérite de traiter crûment de la marginalité féminine ou transféminine. L'ingéniosité filmique, citations ou métaphores, n'y change rien, d'autant que certains actes de dévotion peuvent agacer : Manuela et Estaban regardent à la télévision All About Eve de Mankiewicz, auquel Almodovar rend hommage. Par une sorte de mauvais présage, Bette Davis y déclare mépriser les chasseurs d'autographes. Autre hommage, la scène où Estaban trouve la mort est une allusion à Opening Night de Cassavetes.
   Les traversées prolongées des longs tunnels ferroviaires figurent le destin de cette femme qui retrouvera au bout, par l'amitié, le goût de vivre. Ni la palette des couleurs tantôt tapageuse, tantôt d'un camaïeu mat, tantôt d'un bleuté technologique, ni les commentaires musicaux passant de l'entraînement léger au pathétique populaire de bandonéon ne présentent de nécessité dans leur disparate.
   Linéaire, malgré les possibilités offertes par les troubles spatiotemporels de l'intrigue, la chronologie impose des informations superflues comme l'épisode de la transplantation, qui ne connaît aucun écho ultérieur. Affligé du clin d'œil obligé à Gaudi, le voyage à Barcelone est plus touristique que dramaturgique. La bande-son est exsangue, les bruitages étant réduits aux stricts besoins narratifs. La vérité psychologique est fort rudimentaire. Par ex., après dix-huit ans sans nouvelles, Agrado rencontrée par hasard remarque immédiatement, sans même compter sur ses doigts : "on ne s'est pas vu depuis dix-huit ans".
   En bref, non seulement les personnages n'ont pas d'épaisseur, mais ils sont faux. La douleur maternelle est toute en performances d'actrice (Cecilia Roth fut très remarquée par la critique). Davantage, la marginalité, qui ne va pas habituellement sans alarme, paraît s'être embourgeoisée, d'où peut-être Oscar et César. Enfin, cette intéressante logique du rebouclage, qui ramène tout à Lola, reste une donnée essentiellement artificielle, sans aucun effet de structure.
   Audace traitée avec circonspection par conséquent. Mieux eût valu platitude traitée avec audace... 10/03/02
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Parle avec elle (Hable con ella) Esp. VF 2002 112'
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Robert ALTMAN
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M.A.S.H. USA VO Panavision-couleurs (DeLuxe) 1970 116' ; R. R. Altman ; Sc. Ring Lardner, d'après Richard Hooker ; Ph. Harold Stine : M. Johnny Mandel ; Pr. Ingo Preminger/20th Century Fox ; Int. Donald Sutherland (Hawkeye), Elliot Gould (Trapper John), Tom Skerritt (Duke), Sally Kellerman (major Lèvres brûlantes), Robert Duvall (major Burns). Palme d'or à Cannes.

   Pendant la guerre de Corée, trois appelés capitaines-chirurgiens exercent dans un hôpital mobile de campagne dont ils bouleversent les règles au détriment de l'ordre militaire. Sous leur impulsion, la désobéissance, le canular, l'alcool et le sexe font la loi.

   Tiré courageusement d'une nouvelle qui était sur la liste noire, ce film eut un immense succès et de nombreuses récompenses, ce qui n'est pas étranger au fait qu'il commentait la guerre du Viêt-Nam, alors au paroxysme, sans vraiment rien remettre en question. Son mérite est de présenter des scènes de charcutage sans chercher d'autre effet que celui de l'humour noir provenant du comportement de ces trois potaches galonnés.
   Il y a plus de vérité cinématographique dans ce genre de parti-pris que dans le réalisme bien léché d'un Spielberg. De même que l'arrivée incessante des blessés à l'antenne présentifie beaucoup mieux le front que toute vision de carnage. Tout cela tourné, dans une polychromie maîtrisée, avec une belle fluidité qui doit à la fois au savoir-faire du cadrage en Panavision et du montage.
   C'est là que le bât blesse. L'insolence foncière du propos semble démentie par le luxe d'une facture jurant avec les enjeux éthiques et idéologiques initiaux. Reste l'agréable spectacle d'une poignée d'individus antimilitaristes à titre particulier, ayant marqué un point contre l'autorité militaire, comme ils l'ont fait dans le match de foot contre l'équipe du général en trichant pour faire gagner un pari de six mille dollars à leur équipe. En définitive ce qui est impardonnable, c'est de laisser croire que la liberté c'est le culot, et que l'antimilitarisme repose sur le refus de la contrainte en vue du plaisir personnel.
MASH élude en effet ceci : que le comportement de ces hommes était une réponse à une situation de stress intense et permanent.
   Un tournage sur cette base eût été beaucoup plus subversif, mais nuisible au succès commercial. 14/07/03
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Short Cuts USA VO 1993 couleurs DeLuxe 187', Lion d'or Venise 1993 ; R. R. Altman ; Sc. R. Altman et Frank Barhydt d'après Raymond Carver ; M. Marc Isham ; Ph. Walt Lloyd ; Pr. R. Altman, Scott Bushnell ; Int. Tim Robbins (Gene Shepard, le motard),) Lily Tomlin (Doreen Piggot, la serveuse), Tom Waits (Earl Piggot, le poivrot), Lili Taylor (Honez Bush, sa fille), Robert Downey Jr. (Bill Bush, l'époux de cette dernière), Madeleine Stowe (Sherri Shepard), Peter Gallagher (Stormy Weathers) ; Anne Archer (Claire Kane), Fred Ward (Stuart Kane), Buck Henry (Gordon Johnson), Andie MacDowell (Ann Finnigan), Jack Lemmon (Paul Finnegan), Zane Cassidy (Casey Finnigan), Bruce Davison (Howard Finnigan), Huey Lewis (Vern Miller), Lori Singer (Zoe Trainer), Matthew Modine (Dr. Ralph Wyman), Christopher Penn (Jerry Kaiser), Jennifer Jason Leigh (Lois Kaiser), Lyle Lovett (Andy Bitkower), Frances McDormand (Betty Weathers), Julianne Moore (Marian Wyman), Annie Ross (Tess Trainer), Chris Penn (Jerry Kaiser, le nettoyeur de piscine), Joseph C. Hopkins (Joe Kaiser), Josette Macario (Josette Kaiser), Cassie Friel (Sandy Shepard), Dustin Friel (Will Shepard), Austin Friel (Austin Shepard).

   La serveuse de bar Doreen a pour époux le poivrot Earl, dont la fille Honey est la femme de l'artiste Bill, copain de Jerry qui assure le nettoyage des piscines et supporte difficilement que sa propre femme Lois arrondisse les fins de mois du ménage en faisant du porno téléphonique.
   Claire et Stuart rencontrent le chirurgien Ralph et sa femme Marian qui est peintre, au concert où se produit une jeune violoncelliste prénommée Zoé. Stuart s'octroie trois jours de pêche avec deux complices. Ils découvrent le corps d'une jeune femme dans la rivière, ce qui ne les décourage nullement. Se contentant d'attacher le cadavre, il n'alertent la police qu'au dernier moment, ce qui horrifiera Claire quand elle l'apprendra.
   Sherri, la sœur de Marian, est mariée à un motard de la police qui va égarer le chien familial puis se ravisant le récupère avec une brutale autorité chez des enfants qui l'ont adopté.
   Le petit Casey Finnigan est renversé par la voiture de Doreen, dont il refuse l'aide parce qu'il n'a pas le droit de parler aux étrangers. Il rentre à pied chez lui puis s'endort pour ne plus se réveiller après avoir été soigné à l'hôpital par le chirurgien Ralph.
   Zoé qui est la voisine des Finnigan se suicide pour n'avoir pas été réconfortée après la mort de Casey par sa mère, une chanteuse de jazz vieillissante.
   Le tout pimenté d'un tremblement de terre qui permet de camoufler un crime sexuel en attribuant la mort d'une jeune femme à un éboulement.

   En bref, une gageure, celle de dix histoires entrecroisant les destins de plusieurs familles rattachées entre elles par des liens divers, font un puzzle tournoyant et multicolore entre loufoquerie et drame, que tend à stabiliser un système rigoureux d'intersections logiques. Cette performance de nouage à mille fils se double d'une peinture sociale de la middle class sur la base d'une vision sans illusion des choses de la vie.
   Le résultat n'est pas à la mesure de l'ampleur du projet. Trois heures s'écoulent sans lassitude grâce aux multiples intrigues interférant en parallèle pour finalement habilement converger.
   Œuvre d'artisan cependant et non d'artiste, dont la richesse toute thématique reste d'une désespérante monotonie. 14/11/03
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Mathieu AMALRIC
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Le Stade de Wimbledon 2001 70' ; R., Sc. M. Amalric ; Ph. Christophe Beaucarne ; Son Philippe Morel ; M. Grégoire Hetzel ; Mont. François Gedigier ; Pr. Paulo Branco ; Int. Jeanne Balibar, Esther Gorintin, Anna Pructnal, Ariella Reggio, Anton Petje.

   Une jeune Française enquête à Trieste sur le passé d'un penseur sublime n'ayant jamais publié une ligne. Elle recueille les témoignages de ses anciens amis qui la dirigent sur la compagne de l'illustre défunt, citoyen de Wimbledon.

   Bercé sur un mode assez bressonien par la voix off de l'actrice, on visite un peu Trieste, ses rues montueuses et son port puis Wimbledon sans oublier le stade, pittoresque contraste touristique. La jolie musique minimaliste au piano de Grégoire Hetzel nous entraîne à la ballade mélancolique de l'évocation d'un mort. Mort doublement car il n'existe pas dans l'univers réel du spectateur, qui ne dispose donc d'aucun motif pour participer à la traque d'un fantôme de fantôme.
   Adaptation assez vaine finalement, pourtant très en faveur, semble-t-il, auprès de la critique. 15/03/02
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Tournée 2009 111' ; R., M. Amalric ; Sc. M. Amalric, Philippe Di Folio, Marcelo Novais Telos, Raphaëlle Valbrune ; Ph. Christophe Beaucarne ; Mont. Annette Dutertre ; Pr. Les Films du Poisson, Arte France Cinéma, Neue Mediopolis Film Produktion ; Int. M. Amalric (Joachim Zand), Ulysse Klotz (Ulysse), Damieu Odoul (François), et la troupe du New burlesque : Miranda Colclasure (Mimi Le Meaux), Linda Marraccini (Miss Dirty Martini), Julie Ann Muz (Julie Atlas Muz), Suzanne Ramsey (Kitten on the Keys), Angela de Lorenzo (Eve Lovello), Alexander Craven (Roky Roulette).

   Ayant tenté sa chance aux USA, Joachim Zand, ancien producteur de TV, revient en France avec les "New burlesque", troupe atypique de strip-teaseuses pleines d'invention, à laquelle il a promis la consécration parisienne. Mais il comptait sur l'aide de François, ancien collègue qui le lâche. La tournée se poursuit dans le Grand Ouest, puis à Toulon pendant que Joachim court pour convaincre François dans la capitale d'où il ramène ses deux fils, qui repartiront en train.

   Forme de chronique décousue, ballotée au gré des événements les moins fonctionnels, ce récit filmique flirte avec l'imprévu du présent, avec sa violence, et avec l'impossible du futur, ce qui est la meilleure voie possible du cinéma, qui s'accommodera toujours mal du scénario prévisible, de la réduction de l'action à un imperturbable programme linéaire et des acteurs à des récitants pressés, comme trop souvent dans le cinéma français.
   Dans la meilleure tradition d'un Renoir ou d'un Tati, mettant à profit la profondeur de champ, le plan superpose toujours plusieurs actions simultanées et le faux racccord brise la plate concaténation logique. Exemple : fuyant une bagarre soudaine dans le hall, une des streap-teaseuses se retrouve dans les toilettes de l'hôtel en compagnie d'un homme de rencontre. Ils s'enferment pour faire l'amour. Ejaculation précoce. Mais elle ne se démonte pas et pousse entre ses cuisses la tête de l'homme défaillant. Orgasme bruyant. Un groupe d'enfant également réfugié là frappe à la porte. Changement de plan où l'on frappe à une autre porte qui ouvre sur la scène suivante.
   Etonnement face à un tel sens du cinéma de la part d'un homme qu'on a tendance à ramener à l'acteur à succès (voir Galerie des Bobines). 23/02/12
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Rabah AMEUR-ZAÏMECHE
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Wesh wesh Fr. VO (français et arabe) 2001 83' ; R. R. Ameur-Zaïmeche ; Sc. R. Ameur-Zaïmeche, Madjid Benharoudj ; Ph. Olivier Smittarello ; Son Bruno Auzet, Alain Bélac, Olivier Guinat, Olivier Srittarel, Richard Parsons, Julien Villacomba ; Mont. Nicolas Bancilhon, Marine Fronty ; M. Assassin, Zebda, Coltrane ; Pr. Sarrazink Productions ; Int. Rabah Ameur-Zaïmeche, Ahmed Hammoudi, Farida Mouffok, Brahim Ameur-Zaïmeche.

   Filmé et produit en famille.

   Rapatrié illégalement après cinq ans de prison et deux ans d'exil forcé au Bled, Kamel rejoint sa famille dans la cité des Bosquets en Seine Saint-Denis. Devant l'impossibilité de trouver du travail sans ses papiers il traîne dans le ghetto beur où la jeunesse, entraînée dans toutes sortes de dérives, essuie de perpétuelles humiliations policières, ce qui n'empêche pas le trafic de drogue. Les flics en se saisissant de son frère impliqué, brutalisent sa mère. Kamel la venge en faisant subir le même traitement au flic raciste responsable. Pris en chasse par la police il est abattu dans la forêt voisine.

   Tourné et monté diversement, à la fois comme un reportage, caméra à l'épaule, plans serrés dans la masse humaine, un peu distordus par la proximité, avec de légers effets d'angle, et comme un thriller abordant la cité par panoramique bas-haut pour finir en glissant sur les façades dressée comme des murs fatals, alternant avec des séquences tendres en très lents travellings arrière sur un étang voisin où les parias s'offrent le luxe d'une partie de pèche. Un extérieur nuit de la cité sombre constellée de lumières, accompagné par Coltrane dans Naïma, introduit quant à lui une ambiance urbaine nocturne sublimée. Les variations musicales de fosse répondent du reste à celles de l'image. Rap au générique, musique arabe au hammam, rock suave en nocturne.
   Certes, bienvenus sont le montage-son et le mixage, notamment le bruitage des portes évoquant la prison dans ces étroits et lugubres couloirs intérieurs de la cité ; délectable est cette touche d'humour de la rencontre entre la petite amie française de Kamel et la mère qui la congédie en arabe, ce que la sœur traduit par d'aimables paroles de civilité.
   Mais l'éclectisme délaye d'autant mieux ces efforts qu'ils sont sous-tendus par une éthique
(1) à courte-vue, propre à attiser les haines plutôt qu'à éclairer les consciences. Voire, brouiller électroniquement les visages policiers comme dans un vrai document se protégeant des retombées judiciaires, est un procédé malhonnête en tant qu'il accrédite une thèse contestable : même si les flics étaient vraiment tous des salauds, ils ne pourraient être tenus pour responsables d'une situation qui s'est développée lentement avec la complicité des pouvoirs publics dans un contexte général de déshumanisation dû à l'extension planétaire du système du profit. 12/03/02 Retour titres Sommaire

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Theo ANGELOPOULOS
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L'Éternité et un jour (Mia eoniotita ke mia mera) Fr.-Gr.-It. VO 1998 130' ; R. T. Angelopoulos ; Ph. Yorgos Arvanitis et André Sinanos ; M. Eleni Karaindrou ; Int. Bruno Ganz (Alexandre), Isabelle Renauld (Anna), Achileas Skevis (l'enfant).

   Atteint d'une incurable maladie évolutive, Alexandre, grand écrivain et poète vieillissant doit être hospitalisé pour ne plus revenir. Son passé lui remonte à la gorge. Il redécouvre sa femme défunte à travers des lettres d'amour et, parallèlement, se prend d'affection pour un petit Albanais réfugié qu'il arracha aux griffes de la police et des trafiquants. Il doit l'aider au rapatriement malgré la peine de la séparation.

   Les thèmes s'entrecroisent et s'échangent. Les images et les événements surviennent au gré des deux séries croisées : action présente et mémoire. La poésie du thème répond à celle des images en plans longs : passé fellinien dans une grande villa du littoral, nocturnes urbains, faubourgs désaffectés, paysages portuaires, scène de noce dans les rues et sur le port, frontière sous la neige rejetant derrière d'immenses grilles, comme des mouches dans un filet, les parias politiques et économiques, intérieur d'un bus nocturne plus large que nature où joue un orchestre de chambre et somnole un révolutionnaire muni d'un drapeau rouge, etc.
   Remords, questionnement vital et tendresse pour l'enfant font un mélange poignant menant à l'ultime "passage sur l'autre rive" sur le mode du pas de la valse lente rythmant le récit. En somme une fin de vie à la mesure d'un grand écrivain : plus humaine, plus imaginative, plus souffrante, en un mot plus poétique que celle que nous pouvons, pauvres mortels, espérer.
   Bon gavage de fausse spiritualité mené de main de maître, car on se laisse prendre à des images au contrepoint musical souvent superbe avant de comprendre que ce ne sont que des images d'images, photographies soumises à des effets préexistants minutieusement préparés. 13/07/01
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Michelangelo ANTONIONI
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L'Avventura It.-Fr. VO noir et blanc 1960 139'
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La Notte It.-Fr. VO noir et blanc 1961 125' 
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Le Désert rouge (Il deserto rosso) It.-Fr. VO Eastmancolor 1964 120' ; R. M. Antonioni ; Sc. M. Antonioni, Tonino Guerra ; Ph. Carlo Di Palma ; M. Giovanni Fusco ; Pr. Film Duemila Cinematografics Federiz/Francoriz ; Int. Monica Vitti (Giulana), Richard Marris (Corrado Zeller), Carlo Chionetti (Ugo), Xenia Valderi (Linda).

   Dans un décor moribond dominé par l'hyperindustrialisation et le commerce mondial (le port, les navires de fret), Giulana, mère d'un garçonnet et femme d'un chef d'entreprise, parfait époux qui ne la comprend guère, s'effondre intérieurement après un accident de voiture suivi d'une tentative de suicide. Elle croit trouver le soutien affectif qui lui manque en Corrado, industriel associé au mari, qui doit installer une usine en Patagonie. Entre-temps, le drapeau de quarantaine est hissé sur un cargo à quai près de la baraque de planches où l'on encanaille son dimanche en compagnie de quelques amis des deux sexes. Giulana s'enfuit affolée et manque se noyer dans la voiture qui pile au bord de l'eau. Un lent rapprochement avec Corrado s'opère, jusqu'au lit, qui la dessille.

   Le décor meurtri et la démesure technologique sont l'expression du désarroi de la jeune femme ainsi que la maladie, qui rôde si bien qu'elle inspire à son fils la simulation d'une paralysie. L'écarlate rythmant les superstructures ou disposé en plaques aléatoires sur quelque paroi évoque un processus de mise à vif. Ce "désert rouge" comme figure de la détresse, est contrepointé off par le bruitage lancinant des machines et le cri des sirènes de navires, parfois électroniquement anamorphosés comme d'un cauchemar. Capable de se précipiter sur le sandwich entamé d'un gréviste comme une rescapée famélique, Giulana incarne la fragilité absolue de ceux qui ne comprennent pas la réalité qui les entoure. C'est par l'exploration de cette souffrance que le film s'affirme comme réquisitoire contre un monde absurde.
   L'intérêt artistique
(1) réside dans le refus du réalisme, qui ne sait en général que s'attacher aux apparences ou illustrer une théorie sociale. Dépouillement et composition plastique se mettent au contraire au service de l'expression d'un naufrage intérieur. Par une puissante économie de l'ambivalence associée au jeu optique subjectivant sur les couleurs et la mise au point, celui-ci se confond, atroce figure de la douleur d'âme, avec le paysage même de la folie du monde capitaliste.
   Au total, la laideur se fait beauté de rendre à l'évidence la dimension véritable de l'humanité, masquée par les intérêts accessoires qui la conduisent. 21/10/03
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Blow-up GB VO couleurs 1967 111' 
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Identification d'une femme (Identificazione di una donna) It.-Fr. 1982 couleurs, 128’
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Par-delà les nuages (Al di là delle nuvole) USA-All.-It.-Fr. VO 1995 115' ; R. M. Antonioni ; Sc. M. Antonioni, Tonino Guerra, Wim Wenders, d'après Rien que des mensonges, recueil de nouvelles d'Antonioni ; Ph. Alfio Contini ; M. Lucio Dalla, Van Morrison, Laurent Petitgand, Passengers (Brian Eno, U2) ; Mont. Claudio di Mauro et M. Antonioni ; Déc. Thierry Flamand ; Pr. Philippe Carcassonne et Stéphane Tchalgadjieff ; Int. John Malkovitch (le narrateur et le réalisateur), Sophie Marceau, Irène Jacob, Inès Sastre, Fanny Ardant (Galerie des Bobines), Peter Weller, Jean Reno, Marcello Mastroianni, Jeanne Moreau (Galerie des Bobines), Vincent Perez.

   Un cinéaste promenant son appareil photo en France et en Italie, croise quatre histoires d'amour. Un jeune homme aime trop une femme pour la consommer. Le réalisateur (John Malkovich) est fasciné par une jeune femme (Sophie Marceau) meurtrière de son père. A Paris, la rupture de deux couples. Une jeune femme (Irène Jacob) se demande si elle peut aimer à la fois un homme et Dieu.

   Très beau film encombré de superbes décors et de quelque didactisme à proposer une conception pessimiste du bonheur, comme si cet apriorisme monolithique éternel existait ailleurs que dans l'idée ! La patte du grand maître se reconnaît à cette multiple mise en perspective : narrateur représenté traversant quatre épisodes d'amour dont un auquel il participe.
   Admirons la façon dont la musique sait intervenir à intervalles comme véritable instance narrative la plupart du temps complémentaire et non substitutive. Le plan fixe prolongé est décidément fascinant
quand il participe d'un système où le rythme ne se confond pas avec le montage. Les parquets de la pension du début craquent pour indiquer une certaine fragilité en même temps qu'une absence d'intimité (Le patron est d'ailleurs rendu ostensiblement témoin des événements).
   Mais fallait-il représenter l'érotisme exacerbé par l'impossible dans des scènes aussi convenues que porno ? Quelle est aussi la nécessité d'une Aix-en-Provence désertique comme dans le fantastique ou comme au théâtre où la vie se limite à celle qu'imprime les acteurs à la scène ? Il y a quelque chose de touristique dans l'alternance de ces lieux style "luxe, calme, volupté".
   Bref Antonioni, grand novateur des années soixante, semble aujourd'hui manquer de confiance en lui. Images trop riches. Trop de concessions aux goûts du jour. 29/01/00
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Gregg ARAKI
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The Doom generation Fr.-USA VO 1995 84' ; R., Sc. et Mont. G. Araki ; Ph. Jim Fealy ; M. Don Gatto ; Int. James Duval (Jordan), Rose McGowan (Amy), Johnathon Shaech (Xavier Red).

   Road movie-gore-thriller-psycho-fantasto-ado.

   Au cours d'une virée dans une vieille limousine à l'intérieur décoré comme un autel populaire sud-américain, Amy, dix-huit ans, frimousse dysharmonique à proportion d'une marginalité voulue et Jordan, joli garçon tendre et éthéré, embarquent un beau voyou lubrique qui allait être mis en pièces par une bande de décervelés.

   Ça rote et jure à qui mieux-mieux. Amy, très branchée avec ses lunettes noires de diverses formes au volant de sa grosse cylindrée représente sans doute un certain idéal de la jeune femme américaine "libérée" qui sait à la fois se défendre à coup d'insultes grossières et se payer du bon temps. Ce qu'elle accomplit avec son copain, qu'elle aime, et le passager, qui lui apprend des choses plus proches de la bravade juvénile que de l'authentique désir, à l'instar des décors criards et gratuitement stylisés du film.
   L'invité cependant s'avère doué dans le crime de sang et, pour défendre Amy dont le physique provocant n'attire que des ennuis, il commet des hécatombes avec détails sanglants spectaculaires à la limite du surnaturel. Mais est impuissant contre une bande de néo-Nazis qui violent Amy sur le drapeau américain et castrent Jordan à mort. Ils continuent le périple à deux, abrités derrière de grosses lunettes noires.
   Performance convulsive, représentant bien la tendance d'un certain public à s'étourdir dans l'excès gratuit pour masquer le vide intérieur. "Doom" (=échec) n'est que l'alibi prétendument sociologique d'un racolage de bas étage. 2/09/00
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Dario ARGENTO
liste auteurs

Suspiria It. VF couleurs 1976 95' ; R. D. Argento ; Sc. D. Argento, Claudio Nicolodi ; Ph. Luciano Tavoli ; M. D. Argento, Les Goblins ; Pr. Claudio et Salvatore Argento ; Int. Jessica Harper (Suzy), Joan Bennett (Mrs Blank), Alida Vali (miss Tanner), Stefania Casini (Sarah), Flavio Bucci (le pianiste aveugle), Udo Kier (le psychiatre).

   Débarquant de New York pour suivre des cours de danse à la Tanz Academy de Fribourg, Suzy découvre un monde inquiétant. Deux pensionnaires meurent dans des circonstances tragiques, des larves envahissent les locaux, le pianiste aveugle est égorgé par son chien après avoir été congédié, Suzy elle-même est prise d'étranges malaises. Ayant appris que l'institution avait été fondée par une sorcière à la fin du siècle précédent, elle mène son enquête, découvre un passage secret où l'équipe de direction vient prendre ses ordres de la fondatrice dont le corps est en état de survivance maléfique. Suzy parvient à planter un couteau dans sa chair invisible puis s'échappe de l'immeuble qui, soudain embrasé, engloutit ses occupants.

   Prises de vues, décor et musique se conjuguent pour composer un univers soumis à la logique imaginaire du mal. Le gothique curieusement se dessine en filigrane dans les styles baroque et belle-époque avec une dominante chromatique de rouges profonds de messe noire. Les poignées de porte trop hautes, les réminiscences de boîte à musique de l'accompagnement de fosse et le physique infantile de Jessica Harper évoquent la fillette égarée dans un cauchemar.
   Accompagnés d'une composition de figures sonores du frôlement, du grincement et des gémissements, les plans généraux en plongées suggèrent les mauvais esprits planant avant de s'abattre sur leurs proies humaines. Détachés de toute référence à une instance naturelle du récit, les mouvements de la caméra matérialisent avec insistance des présences occultes. Tout cela recouvre un certain nombre de réminiscences qu'on pourrait recenser, comme
L'Enfant et les sortilèges, Les Contes d'Hoffmann ou encore Terence Fisher voire Hitchcock.
   On est donc affligé d'un esthétisme envahissant, sans compter le rappel signalétique incessant du tonnerre et des éclairs, éclipsant totalement la réelle "intelligence émotionnelle" de la caméra. La pellicule étant déjà
ensorcelable, pourquoi y injecter en plus de l'imagerie ad hoc ? 7/10/01 Retour titres Sommaire

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Darren ARONOFSKI
liste auteurs

Pi USA VF N&B 1998 85' 
Commentaire

Requiem for a Dream USA 2000 97' ; R. D. Aronofski ; Sc. D. Aronofski et Hubert Selby Jr. d'après la nouvelle de ce dernier : "Last Exit to Brooklyn" ; Ph. Matthew Libatique ; M. Clint Mansell ; Mont. Jay Rabinowitz ; Pr. Eric Watson et Palmer West ; Int. Helen Burstyn (Sara Goldfarb), Jared Leto (Harry), Jennifer Connely (Marion Silver), Marlon Wayans (Tyrone C. Love).

   Hallucinant processus de dévastation morale et physique par la drogue de quatre personnes intimement liées.

   Ayant espéré en vain des voies de socialisation honorable, Tyrone et Harry, deux copains toxico exacerbés par le manque, replongent et finissent dans les geôles du Sud, livrés à la férocité d'un personnel réac. Marion, la petite amie du second, vend par contrecoup son corps dans des parties fines. Quant à Sara, la mère du même, elle échoue dans un hôpital psychiatrique à la suite d'un régime amaigrissant composé à son insu d'amphétamines. Celui-ci devait lui permettre de se parer de la robe rouge préférée d'un mari pourtant séparé, pour participer dignement à son émission de télé fétiche.

   Découpage exacerbé jusqu'au split-screen, accélérés tétaniques, effets spéciaux répétés, éclairages et maquillages cauchemardesques, esthétique de clip jouant des contrastes de grosseur avec de très gros plans hyperréalistes et des plongées qui semblent commandées par un œil malveillant, musique et bruitages lancinants, bref une technicité tapageuse commente - nouvelle génération de la méthode Koulechov - des images banales par elles-mêmes : il suffit de couper le son pour s'en convaincre, le plus évident étant le jeu approximatif des acteurs.
   C'est un incessant matraquage d'ingénieux effets camouflant un néant d'émotions intérieures, qui met à l'épreuve les nerfs du spectateur dont la conscience se trouve davantage révulsée que disposée à s'ouvrir. L'intention satirique est louable, le split-screen pourquoi pas pour autant qu'il est surdéterminé, et le montage parallèle se dote d'intéressantes liaisons métaphoriques fédérant les trois calvaires.
   N'y manque que le vrai souffle unificateur, apte à rendre superflu tout laborieux savoir-faire. 12/12/02
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Hal ASHBY
liste auteurs

Bienvenue Mister Chance USA VO couleurs 1980 130' ; R. H. Ashby ; Sc. Jerzy Kosinski ; Ph. Caleb Deschanel ; M. Eumir Deodato ; Pr. Lorimar ; Int. Peter Sellers (Chance), Shirley MacLaine (Eva Rand), Jack Warden (le président), Melvyn Douglas (Benjamin Rand), Richard Basehard (l'ambassadeur soviétique).

   Bâtard ou enfant trouvé plein de dignité affable, Chance a toujours vécu, au titre de jardinier, chez le "vieil homme" avec une domestique noire qui s'occupait de lui. Analphabète, il n'est jamais monté dans une automobile, n'est jamais sorti, passe son temps devant la télé à zapper quand il n'est pas au jardin. À la mort de son "tuteur", il doit déguerpir et serait mort de faim s'il n'avait été recueilli par Eva Rand dont la Cadillac l'a blessé à la jambe. Il est soigné par le médecin du milliardaire Benjamin Rand, haut-conseiller privé du président des États Unis et en phase terminale de maladie incurable.
   Par un malentendu burlesque sur ses capacités, Chance "Gardiner" devient l'ami intime du couple et rencontre le président qui trouve une valeur hautement politique à ses phrases infantiles. Dragué par Eva avec l'accord de Ben qui pense à sa succession, Chance devient célèbre, passe à la télé, est pressenti futur président. Pendant l'enterrement de Ben, il s'éloigne vers un étang sur les eaux duquel il continue sa promenade.

   Délicieuse fable philosophique développée avec soin, sans hâte, à l'image du héros débitant tranquillement ses fadaises. Les investigations policières à partir de ses vêtements conduisent à le rattacher aux années trente, comme s'il était parachuté d'un autre temps, ce qui creuse un simulacre de distance avec le présent, propice à la satire. Les situations les plus scabreuses tournent à l'avantage de ce révélateur social débile et socialement inapte.
   Comme il n'existe aucune trace administrative de son existence, on soupçonne la CIA d'avoir détruit ses dossiers. À l'appeler par son prénom, il impressionne le président qui en devient impuissant. Sa science se limitant au jardinage, on admire ce qu'on croit être des métaphores botaniques. Ses limites intellectuelles deviennent du laconisme tactique. Sa sexualité blanche est prise par Eve pour de la force d'âme, son obsession de l'image pour de l'imagination érotique, etc. Autant d'effets satiriques pointant les chimères d'une société foncièrement immature. L'air d'évidence naïve de Sellers y contribue avec beaucoup d'humour.
   Le commercial de qualité existe donc ! 28/06/01
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Anthony ASQUITH
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Pygmalion GB VO 1938 81' ; R. A. Asquith, Leslie Howard ; Sc. Anatole de Grunwald, W.P. Lipscomb, Cecil Lewis, Ian Dairymple, d'arpès George Bernard Shaw ; Ph. Harry Stradling ; M. Arthur Honegger ; Pr. Gabriel Pascal ; Int. Leslie Howard (Henry Higgins), Wendy Hiller (Elisa), Wilfred Lawson (Doolittle).

   Henry Higgins, savant linguiste reconnu et membre de la haute société, parie qu'il fera une duchesse de la petite fleuriste ambulante Elisa. Après des mois d'éducation elle parvient à faire illusion à la cour même. Mais se refusant à n'être qu'un objet d'expérience, elle se rebelle et décide de disparaître. Higgins prend alors conscience qu'il ne peut se passer d'elle. Elle accepte de rester.

   Une fois satisfaite la partie la plus intéressante, c'est-à-dire l'accomplissement du mythe de la métamorphose après quelques savoureux ratés, on s'enlise dans un duo théâtral fastidieux où la morgue de Higgins s'affronte à l'amour propre blessé de la jeune fille, saupoudré du piment de la figure paternelle (supposée haute en couleur). Nul indice d'amour à aucun moment. On croit donc comprendre que c'est l'habitude qui réunit le couple à la fin.
   Rien de commun avec
My Fair Lady de George Cukor réalisé en 1963 avec la très gracieuse Audrey Hepburn dans le rôle principal, version traitée en émouvant conte de fées qu'illumine une généreuse gamme chromatique. 17/04/01 Retour titres Sommaire

La Femme en question (The Woman in Question) GB VO N&B 1950 88' ; R. A. Asquith ; Sc. John Cresswell ; Ph. Desmond Dickinson ; M. John Wooldridge ; Pr. Teddy Baird/Rank ; Int. Dirk Bogarde (Bob Baker), Jean Kent (Astra), Susan Shaw (Catherine), John McCallum (Murray), Hermione Baddelay (Mrs Finch), Charles Victor (Pollard), Bobbie Scoggins (Alfie Finch), Duncan Macrae (divisionnaire Lodge).

   Alfie Finch, le gamin de la femme de ménage, découvre étranglée chez elle la jolie cartomancienne Astra. L'enquête policière recueille des versions en fonction de proches dont le statut et les intérêts sont eux-mêmes ambigus. Comme chaque témoignage s'illustre dans un flash-back, la même actrice incarne des personnages contrastés. On ne sait plus qui est qui, mais le divisionnaire Lodge menant son enquête avec autant de détermination que de flegme finit par confondre Pollard, vieux veuf fou de jalousie, alors que les soupçons du spectateur étaient dirigés sur Murray, le colossal marin irlandais au cœur tendre, ou Bob Baker, individu au comportement forcément suspect étant incarné par un acteur qui fera carrière sur ce modèle.

   Le dénouement permet commodément de faire bon marché de tout le matériel opaque subsistant, qui restera dans l'ombre.
   L'intérêt tient au soin de la mise en scène (ce qui ne veut pas dire grand-chose) à laquelle la musique de fosse participe assez intelligemment, puisqu'elle ne fait qu'accentuer les ambiguïtés en épousant l'esprit des témoignages, ou à la prestation de la femme orchestre et à la fascinante gueule de renard momifié de Lodge, pure matérialisation de l'éternité d'une fonction.
   Du joli travail, n'excluant pas une certaine paresse d'esprit et d'imagination. 24/07/03
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L'Ombre d'un homme (The Browning Version) GB VO N&B 1951 90' ; R. A. Asquith ; Sc. Terence Rattigan, d'après sa pièce ; Ph. Desmond Dickinson ; Pr. A Two Cities - Javelin Film (Terry Baird) ; Int. Michael Redgrave (Andrew Crocker-Harris), Jean Kent (Millie Crocker-Harris), Nigel Patrick (Frank Hunter), Wilfrid Hyde-White (proviseur Frobisher), Ronald Howard (Mr. Gilbert), Biran Smith (Taplow), Bill Travers (Mr. Fletcher).

   Surnommé le Himmler de la troisième, le professeur d'humanités Andrew Crocker-Harris change d'établissement pour raisons de santé. Sa déchéance est totale : sa femme le trompe et le persécute, il ne touchera pas de pension de retraite pour n'avoir pas atteint le quota d'annuités et il est unanimement détesté. Le proviseur même lui impose de faire son discours d'adieu le premier au mépris des règles de préséance, qui réservent la conclusion au plus ancien.
   Cependant Tapow, un élève atypique qui éprouve de la compassion pour le professeur le plus craint, lui offre la traduction de l'
Agamemnon gentiment dédicacée en hommage à celle qu'il avait lui-même entreprise dans sa jeunesse, et Hunter, l'amant de sa femme prend sa défense, lui conseillant de quitter Millie comme il l'a fait lui-même. Crocker-Harris prend ses distances avec son épouse, accepte l'amitié de Hunter, et fait son discours en dernier, mais c'est une autocritique radicale, adoptant le point de vue de la mort. Elle est saluée par une salve d'applaudissements.

   Tout repose sur le caractère hors-norme du personnage principal, doté en définitive d'une honnêteté intellectuelle et d'une rigueur morale d'une pureté inconcevable dans la vie réelle, et constituant la matière du retournement de situation qui fait l'intérêt dramatique du film. Les acteurs sont admirables de dignité britannique distanciée par la délectation du jeu.
   Tout cela : dramaturgie reposant sur la psychologie d'un caractère idéal et prestation des acteurs n'est guère fait pour adapter la pièce au cinéma, au contraire, c'est le cinéma qui doit se plier à la loi du théâtre, ce qui n'ôte rien au plaisir distingué qu'y éprouve le spectateur. Images. 1/07/03
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Jacques AUDIARD
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De battre mon cœur s'est arrêté Fr. couleurs 2005 107'
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Jacqueline AUDRY
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Huis-clos Fr. N&B 1954 95' ; R. J. Audry ; Sc., Dial. Pierre Laroche, d'après Jean-Paul Sartre ; Ph. Robert Juillard ; M. Joseph Kosma ; Pr. Films Marceau ; Int. Aletty (Inès), Frank Villard (Garcin), Gaby Sylvia (Estelle), Yves Deniaud (le garçon d'étage).

   Trois inconnus victimes de mort violente sont réunis dans le salon privé d'un hôtel très spécial qui se trouve être l'Enfer. Un vieux garçon d'étage est leur seule source d'information. La mort, qui n'admet aucun faux-semblant, est un puissant révélateur. À l'exception de la cynique Inès, chacun refuse d'abord de reconnaître ses fautes puis doit s'incliner. Estelle choisit Garcin par besoin sensuel (elle ne l'eut pas même remarqué dans la vie réelle) et fait souffrir la lesbienne Inès qui se venge comme elle peut. Ils sont condamnés à se supporter pour l'éternité. "L'Enfer c'est les autres", conclut Garcin, énoncé didactique qui fait bon marché de l'amour et de la solidarité.

   L'intérêt dramatique réside plutôt dans la dérision par la mort des valeurs de la cité humaine. Le garçon d'étage à la moue désabusée met sur la voie les défunts, qui font pas à pas leur apprentissage : pas besoin de dormir donc pas de lit, impossible de mourir donc inutile de s'entretuer : les différends sont réduits par force à de pâles joutes dépassionnées.
   Un des mérites de la réalisation est d'avoir su s'évader de l'espace qui convient à la scène de théâtre. Une baie fermée par un rideau est l'écran où défilent les images des vivants. Les morts peuvent donc constater
de visu comme bien on les oublie, et l'écran finit comblé par un mur de briques. Le monde des vivants est encore mieux présentifié lorsque le cadre de la baie se confond avec celui du film. Le huis-clos et le monde infernal prennent alors sens et valeur du contraste avec la vie vivante. À tel point que les quelques clichés de décor ou tics d'acteurs y passent mal. Le jeu d'Arletty (Galerie des Bobines) en revanche est si vivant que la mort d'Inès en devient crédible.
   Adaptation
(1) en somme plutôt réussie. 16/05/02 Retour titres Sommaire

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Claude AUTANT-LARA
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L'Auberge rouge (générique) Fr. N&B 1951 95' ; R. C. Autant-Lara ; Sc., Dial. Jean Aurenche, Pierre Bost, Claude Autant-Lara ; Ph. André Bac ; M. René Cloërec ; Déc. Max Douy ; Pr. Simon Schiffrin ; Int. Fernandel (le moine), Françoise Rosay (Marie Martin), Julien Carette (Pierre Martin : Galerie des Bobines).

   Un couple d'aubergistes exerçant sur une route de montagne isolée assassine la clientèle pour la détrousser avec l'aide d'un serviteur noir. La dernière victime est un joueur d'orgue de barbarie dont le singe a pu s'enfuir dans la nuit hivernale. A la suite d'un accident, les occupants d'une diligence cherchent refuge dans l'auberge fatale. Le cadavre dissimulé en hâte sous un bonhomme de neige, l'on sabote les piliers du pont d'accès à l'auberge pour retenir la diligence. Un bon capucin accompagné d'un novice n'obtient l'hospitalité que grâce à l'aumône des voyageurs, son compagnon étant protégé par la fille de la maison qui en est éprise.
   Cependant l'épouse de l'aubergiste dévoile en confession à l'homme de Dieu leur métier véritable. Le moine cherche désespérément à lancer l'alerte sans violer le secret de la confession. Des gendarmes à cheval ayant retrouvé le
singe viennent le remettre à son propriétaire au moment où l'on s'avise que le bonhomme de neige bloque la sortie de la diligence maintenant réparée. Pendant qu'on le déplace, le moine, qui en connaît le contenu, le bombarde de boules de neiges, entraînant toute la compagnie dans le joyeux jeu de massacre. Son contenu macabre paraît et les aubergistes sont arrêtés. La diligence peut passer mais, le pont s'effondre : elle est précipitée dans le gouffre. Son moinillon étant détourné par l'idylle, le capucin reste seul.

   Belle intrigue dans une ambiance reflétant parfaitement la situation d'une auberge de campagne isolée en pleine montagne sous la neige grâce aux décors soignés de Max Douy.
   La réalisation se borne néanmoins à la mise en valeur d'une action soutenue par des Gueules que domine un Fernandel prodigue de ses meilleurs tics (Galerie des Bobines), sans aucune imagination filmique. On en retient un catalogue de mimiques et de gags.
   La parfaite unité de l'intrigue ne fait donc rien d'autre que d'accuser la grossièreté foncière de l'appareillage filmique. 27/09/03
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Le Franciscain de Bourges 1968 110' ; R. C. Autant-Lara ; Sc. Jean Aurenche, Pierre Bost, d'après le récit véridique de Marc Toledano ; Ph. Michel Kelbert ; Déc. Max Douy ; M. Antoine Duhamel ; Pr. Ghislaine Autant-Lara ; Int. Hardy Krüger (Stanke), Jean-Pierre Dorat (Marc Toledano), Gérard Berner (Yves Toledano).

   Marc Toledano et son frère Yves sont arrêtés par la Gestapo. Interrogatoires, tortures. Stanke le franciscain, infirmier à la prison de Bourges, les soigne et les soutient moralement.

   Film linéaire à souhait avec reconstitution invraisemblable. On ne sent pas la présence permanente des terribles tortionnaires SS et les scènes de torture semblent conçues pour effrayer un enfant au moyen de cris, mots terribles, coléreux ou cyniques, hurlements de chiens (que font ces bergers allemands dans le bureau ?), meurtrissures multicolores avec des bleus qui mangent le visage. Avant de les passer par les armes, on oblige les deux ados dans le camion qui les emporte à s'asseoir sur leur propre cercueil. Mais pour les six autres condamnés ensuite, pas de cercueil.
   La prison très propre, impeccable, vide, silencieuse, muséale, historique (film tourné sur les lieux mêmes) et sécurisante avec son brave pépé de gardien-chef. Le mirador toujours sous le même angle dans la pénombre du petit matin trop circonscrit pour être menaçant. Les costumes civils ne sont pas même d'époque, ni les coupes de cheveux des jeunes, pas davantage la "Traction" Citroën. Acteurs faux et démodés. Figurants ne sachant pas comment se tenir. Ton convenu à force d'être sérieux et grave. Manque total d'humour ou à tout le moins, de jeu. Le Franciscain assez nunuche. Les seuls bons acteurs incarnent les frères Toledano.
   En fosse, les violons..! 31/05/00
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Clarence BADGER et Josef von STERNBERG
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Le Coup de foudre (It) USA N&B Muet 1927 72' 
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John BADHAM
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Meurtre en suspens (Nick of Time) USA VO 1995 85' ; R. J. Badham ; Sc. Patrick Sheane Duncan ; Ph. Roy H. Wagner ; M. Arthur B. Rubinstein ; Int. Johnny Depp (Gene Watson), Christopher Walken (Mr. Smith), Charles S. Dutton (Huey), Peter Strauss (Brendan).

   De retour avec sa fillette de San Diego où il a enterré son ex-épouse, Gene est accosté à la gare de Los Angeles par un couple de faux policiers qui les entraînent dans un van et lui mettent en main un marché infernal : si dans les quatre-vingt dix minutes à venir il n'a pas exécuté X, une politicienne en campagne électorale, supprimée sera sa fille séquestrée dans le van. Muni d'un revolver et talonné par Smith, Gene se rend à l'hôtel où se déroule la campagne. Il cherche à gagner du temps et s'adresse d'abord à l'assistante de la future victime, qui est abattue en allant prévenir le mari de sa patronne, directeur de la campagne impliqué dans le complot. Puis à un cireur noir qui va délivrer la fillette pendant que Gene sort son revolver au meeting, mais c'est pour neutraliser Smith qui allait abattre la politicienne.

   Le principe du rythme repose sur le temps réel légèrement accéléré, l'action de quatre-vingt dix minutes se réduisant aux quatre-vingt cinq du film, et entrecoupé par les inserts d'une horloge digitale lumineuse. En réalité le rythme est cassé par le caractère gratuit des actions dilatoires. Comme elles sont interminables, l'implacable Smith semble un patient mouton. Il fait du reste des concessions qui jurent avec l'inspiration psychopathique de son personnage. Malgré des sons et rythmes musicaux intéressants et une excellente scène prémonitoire à la gare où un jeune en roller tournoie comme un oiseau de mauvais augure autour de Gene et de sa fille, la médiocrité foncière du film ne cesse de s'accuser.
   Elle se confirme dans le plagiat de l'attentat politique de
Dead Zone (Cronenberg, 1983) avec le même Christopher Walken (Galerie des Bobines) dans des décors spatialement comparables (la mezzanine). 18/09/01 Retour titres Sommaire

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Alexeï BALABANOV
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Des monstres et des hommes (Pro ourodov i lioudiéi) Rus. VO 1998 93'
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Sharunas BARTAS
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Trois jours (Trys dienos) Lituanie VO couleurs 1991 75' ; R., Sc. S. Bartas ; Ph. Vladas Naudzius ; Pr. Studio Kinema ; Int. Katerina Golubeva, Rima Latypova, Audrius Stonys.

   Deux hommes de la campagne abordent deux jeunes femmes à Kaliningrad. On suit l'un des couples qui s'est formé comme spontanément sans l'expression d'aucun sentiment. Ils sont rejetés d'un hôtel où ils se réintroduisent par la fenêtre avec la complicité de clients, restent un moment dans la cave puis s'installent chez une fille de connaissance. Une relation sexuelle immobile et douloureuse cadrée aux épaules où les mains se joignent enfin timidement conclut le séjour. Le film se reboucle sur la maison de campagne isolée avec son étang, présentée au début à différentes saisons.

   Solitude et misère dans des paysages portuaires ou urbains somptueusement crasseux, que complète une bande-son résolument hyperréaliste. La beauté de la campagne peuplée des animaux de la ferme n'offre pas davantage d'espoir. Les plans généraux pointent la solitude dans la beauté plastique et compositionnelle. Le plan séquence et le plan fixe invitent à s'y abîmer.
   Bref, une esthétique de la misère physique et morale jouant beaucoup trop, semble-t-il, sur la plastique de l'image comme configuration de lignes, répartition étudiée de masses, effets de matière et de lumière. Du documentaire superlatif. Il y manque la poésie qui ne sera jamais sublimation du réalisme, et l'éthique
(1) : l'exhibitionnisme de la désespérance est forcément réducteur à censurer les ressources latentes de l'humanité, donc l'espoir.
   Peut-on espérer voir un jour Bartas s'éveiller à toutes ses puissances ? 20/02/01
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The Corridor (Koridorius) Lit. VO N&B 1994 80' 
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Few of us 1996 Lit. VO couleurs 105'
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The House couleurs 1997 120' ; R., Sc. S. Bartas ; Ph. S. Bartas, Rimvydas Leipus ; Pr. Paulo Branco ; Int. Francisco Nascimento, Valeria Bruni-Tedeschi, Alex Descas, Leos Carax.

   Audace de ces plans fixes s'éternisant pendant que le son balise le hors champ grouillant de vie de la maison ou des gros plans de visages dont de savants éclairages font ressortir la laideur de peau, et briller les yeux comme des diamants pensants. Hyperréalisme des portraits de vieillards, de monstres ou d'estropiés... Unification des temps dans un seul lieu où se croisent et se combinent, comme une concrétisation de la mémoire du narrateur filmé, les types et les scènes les plus hétéroclites. Il y a même des extérieurs de facture picturale, en plan de grand ensemble, très insolites sur un lac gelé photographié sous une lumière mate de coucher de soleil. L'invasion de la propriété par les militaires y ajoute une touche de conscience engagée. Qualité de l'image irréprochable ! Et pas d'intrigue (pas de commercial). Quand on sait dans quelles conditions artisanales travaille Bartas, on est soufflé.

   Quoi qu'on puisse penser de l'obstination prométhéenne de Bartas à saisir une liberté nue, alors qu'elle ne passe que par le dépassement des contraintes les plus vulgaires, il n'en appartient pas moins à la très petite famille des véritables cinéastes de la planète. 12/03/00 Retour titres Sommaire

Seven Invisible Men (Septyni nematomi zmones) 2005 VO couleurs 119' 
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Xavier BEAUVOIS
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Selon Matthieu
Fr. 2000 100' ; R. X. Beauvois ; Sc. Cédric Anger, Xavier Beauvois, Catherine Breillat ; Ph. Caroline Chapetier ; Son Eric Bonnard, Jean-Jacques Ferran, Béatrice Wick ; Mont. Christophe Nowak ; M. Jean-Sébastien Bach ; Pr. Alain Sarde, Why not Production ; Int. Nathalie Baye (Claire, voir Galerie des Bobines), Benoît Magimel (Matthieu), Antoine Chappey (Eric), Fred Ulysse (le père), Jean-Marie Winling (Le patron), Françoise Bette (la mère), Mélanie Leray (Dominique).

   Au pays de Caux, Matthieu, son frère Eric et leur père travaillent dans la même entreprise. À cinquante-trois ans, le père est licencié pour avoir fumé à son poste. Matthieu tente en vain de mobiliser la maison et l'usine. Au bout du rouleau, le père meurt renversé par une voiture. Matthieu se met en tête de le venger en séduisant la femme du patron. Mais il en tombe amoureux. Elle ne veut pas entrer dans les complications. A la suite d'une violente agression physique du mari, il est licencié avec son frère. Fou de rage, ce dernier le poursuit en voiture dans la campagne. Les autos quittent la route puis les conducteurs indemnes tombent dans les bras l'un de l'autre.

   Film d'envergure, qui ne se contente pas d'épouser les pérégrinations du héros, mais plante un large décor économique et social comme l'indique le plan séquence du générique à l'hélicoptère sur le pays de Caux avec ses lieux de loisir et de travail, bien que la peinture sociale se concentre de façon quasi ethnologique sur la famille ouvrière. Le cadrage et le montage sont remarquables de justesse elliptique : aucune surcharge ne vient engoncer le spectateur dans une masse d'informations. Cependant, à l'exception du sexe et des beaux paysages marins, le filmage ne tombe jamais dans le centrage et la monstration appuyée.
   Mais tellement rongé par le doute qu'il censure son véritable enjeu par des compromis idéologiques et une esthétique volontariste. L'approche ethnologique unilatérale, loin d'être un élément nécessaire au jeu organique du film n'est qu'un regard tendre porté sur un milieu social. Les vues de la mer sont trop belles en soi pour interagir avec les personnages. En s'amourachant de Claire, Matthieu n'est pas loin d'épouser les valeurs patronales et de rejeter son milieu. La référence à l'
Evangile et le recours à La Passion selon Matthieu paraissent disproportionnés avec le propos.
   Le lisse extérieur l'emporte finalement sur la nécessité intérieure qui, lorsqu'elle est assez forte, est la seule source véritable de l'effet artistique
(1). 26/07/03 Retour titres Sommaire

Des hommes et des dieux Fr. 2010 couleurs 114' 
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Jacques BECKER
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Casque d'or Fr. 1951 96'
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Touchez pas au grisbi Fr.-It. 1954 94’ 
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Le Trou Fr. 1959 115’
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Wofgang BECKER
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Good Bye Lenin All. VO 2003 107' ; R. W. Becker ; Sc. Bernd Lichtenberg ; Adapt. B. Lichtenberg, W. Becker ; Ph. Martin Kukula ; M. Yan Tiersen ; Pr. Stephan Arndt/xFilm Creative Pool, WDR, Arte ; Int. Daniel Brühl (Alex), Katrin Sass (la mère), Chulpan Khamatova (la fiancée infirmière), Maria Simon (Ariane, la sœur), Florian Lucas (Denis), Alexander Beyer (Rainer), Michael Gwisdek (Klapprath), Burghart Klaussner (le père).

   Peu avant la chute du Mur, lors d'un affrontement violent avec la police à Berlin-Est, Alex voit sa mère s'effondrer dans la rue sous le coup d'un infarctus. Huit mois de coma pendant lesquels la réunification s'accomplit. Pour ne pas causer à cette Communiste exemplaire un choc, il recrée autour d'elle avec la complicité familiale et autres le décor physique et social de la RDA.
   A la suite d'un deuxième infarctus elle avoue avoir menti au sujet de son mari en le disant disparu à l'Ouest pour refaire sa vie. C'est elle qui avait coupé les ponts après avoir rêvé le suivre de l'autre côté où l'avaient entraîné des raisons idéologiques. Alex dépiste son père selon le souhait de la mère, qui le reverra avant de succomber. Elle meurt apaisée, d'autant qu'entre-temps son fils a monté avec un copain un téléfilm d'actualité présentant, à l'inverse de la réalité, la population de l'Ouest affluer à l'Est, avide d'embrasser le communisme.

   Le récit assez pittoresque par la situation et sentimentalement pimenté aux drames de la séparation provisoire et définitive, est une politique-fiction renvoyant dos à dos communisme et capitalisme, dont les travers se répondent comme dans un dialogue burlesque. L'idée de base, bien que reposant sur une analyse plutôt sommaire, est donc séduisante.
   Ce qui ne suffit pas à faire oublier l'usage de procédés filmiques des plus grossiers encore alourdis par une musique de fosse aussi lénifiante que dictatoriale. Le succès unanime ne s'explique que par une chose : la falsification des véritables contradictions, qui apaise les consciences en proie à la peur du changement. C'est dire que
Good Bye Lenin est surtout résonateur d'idéologie. 6/02/05 Retour titres Sommaire

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Mikhail BELIKOV
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Raspad USA/URSS VO 1990 105' ; R. M. Belikov ; Sc. M. Belikov, Oleg Pridhoko ; Ph. Alexander Shagaev, Wassili Trushkovski ; Int. Sergei Shakurov (Sacha), Tatiana Kochemasova, Stanislav Stankevich, Georgi Drozd.

   Sous la forme d'un reportage de la catastrophe de Tchernobyl, des destins se croisent autour des enquêtes du journaliste Sacha. On découvre le désastre en même temps qu'un médecin qui suit par hasard les pompiers, puis par le truchement des habitants, désinformés par la Censure. Le peuple est évacué dans des cars, les Apparatchik en limousine.
   Apparaît en filigrane le rôle joué par la catastrophe (27 avril 1986) dans l'abolition du système soviétique. Les détails concrets de la vie des personnages font un contrepoint ordinaire donnant son relief à la tragédie. Certains actes ou événements quotidiens peuvent être fatals. Cette jeune femme qui jardinait avec sa petite fille hors de la ville se trouve mortellement irradiée sans savoir ce qu'est devenue son enfant. Son jeune fils à sa recherche est évacué mais revient dans la ville abandonnée où il meurt. Des jeunes mariés ont passé leur nuit de noce dans la forêt au voisinage de la centrale, on n'en saura pas davantage...
   Mais en même temps, tracas et cocasseries du quotidien vont leur train. La femme de Sacha a-t-elle couché avec Tchouric ou bien n'était-il en caleçon seul avec elle jusqu'à l'aube que parce que son pantalon taché à l'huile de sardine était au séchage? Quoi qu'il en soit les relations avec Tchouric, un Apparatchik ou apparenté, restent cordiales. C'est lui qui évacue la femme et l'enfant de Sacha à qui il procure, sur sa demande, un coupe-file pour la zone interdite. A la fois amer et beau joueur, Sacha fait le pitre avec un trophée de cerf. Cependant il compromet son espérance de vie en allant planter le drapeau rouge au cœur de la zone dévastée.

   Fiction-témoignage donc, qui ne tombe pas dans le piège du film catastrophe. Les excès angulaires de certaines prises de vue sont légitimés à la fois par le style du reportage et la tonalité particulière, à la fois tragique et extravagante, inclassable du film. On ne perçoit l'événement que par ses entours. Notamment le ballet nocturne des véhicules de toute sorte, imprimant à l'intrigue un caractère sourdement mécanique.
   L'enchaînement événementiel n'est pas programmé en vue du spectaculaire. Il est imprévisible comme le réel. La causalité est plus affective que logique. Ainsi, Sacha a oublié de rapporter un échantillon de terre pour son père natif de Grèce. Sur le conseil de ses amis, il lui refile de la terre russe. Mais il a oublié le kéfir. L'épouse de Sacha confirme par téléphone au père que le kéfir a bien été acheté. L'exploit de la conquête d'une centrale poursuivant sa secrète 
œuvre de mort est dérisoire.
   Traiter un thème aussi contraignant avec autant de liberté mérite tous les éloges du cinéphile d'aujourd'hui, empoisonné aux radiations de la médiocrité cinématographique mondiale. 7/06/01
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Marco BELLOCCHIO
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Buongiorno, Notte It. 2003 105'
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Rémy BELVAUX, André BONZEL et Benoît POELVOORDE
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C'est arrivé près de chez vous Bel. N&B 1992 95' ; R. R. Belvaux, A. Bonzel, B. Poelvoorde ; Sc. R. Belvaux, A. Bonzel, B. Poelvoorde et Vincent Tavler, d'après Rémy Belvaux; Int. Benoît Poelvoorde (Ben, le tueur), Jacqueline Poelvoorde (la mère de Ben), Rémy Belvaux (le reporter), André Bonzel (le cameraman).

   En noir et blanc à petits moyens, en décors et sons réels en extérieur, contre-pied de la demande publique : non seulement noir et blanc, mais pas d'intrigue, démystification de la caméra, accompagnement à la course par caméra portée, paroles inaudibles, récit entrecoupé de haïkaï ironiques de circonstance déclamés par Poelvoorde. Style reportage, la caméra cadrant successivement chaque locuteur, à plans longs et montage elliptique. Trop de plans fixes vides. Acteurs de cette parodie de film noir, les membres de l'équipe sont décimés un par un. Le dernier plan, fixe, vide et penché vaut pour la mort du cameraman.
   La parodie confine au burlesque par la présentation plaisamment didactique des meurtres et l'extravagance de la cruauté des viols, bains de sang et autres dégueulis dans la soupe. Tourne beaucoup trop autour de la performance de l'acteur principal (Benoît Poelvoorde), de ses propos cyniques et scatologiques ("il a fait caca !"). Ne l'aime-t-on pas surtout pour ce genre d'audace ? Voyez plutôt l'hallucinant Punishment Park. 22/01/00
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László BENEDEK
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L'Équipée sauvage (The Wild One) USA VO N&B 1953 79'
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Yamina BENGUIGUI
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Inch'Allah dimanche Fr. VO 2001 98'
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Roberto BENIGNI
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La Vie est belle (La vita è bella) It. VO couleurs 1998 120' 
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Ingmar BERGMAN
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L'Attente des femmes (Kvinnors väntan) S. VO N&B 1952 91'
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Le Septième sceau (Det sjunde inseglet) S. VO N&B 1956 95'
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Les Fraises sauvages (Smultronstället) S. VO N&B 1957 92'
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La Source (Jungfrukällan) S. VO N&B 1959 88'
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Cris et chuchotements (Viskningar och rop) Suède VO couleurs 1972 87' 
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Sonate d'automne (Höstsonat) Suède VO couleurs 1978 90' ; R., Sc. I. Bergman ; Ph. Sven Nykvist ; M. Chopin, Bach, Haendel ; Pr. Persona/Norsk Film GmbH (Munich) ; Int. Ingrid Bergman (Charlotte : Galerie des Bobines), Liv Ullmann (Eva), Lean Nyman (Hélène), Halvar Björk (Victor), Gunnar Björnstrand (Paul), Erland Josephson (Joseph).

   Eva, épouse d'un pasteur de campagne qu'elle estime sans l'aimer, invite avec enthousiasme sa mère, une grande pianiste qu'elle n'a pas vue depuis sept ans, et qui ne connaît pas le presbytère. Après l'arrivée triomphale en Mercedes et une brillante leçon de piano, soulignant le contraste entre la grande dame et la disgracieuse maladroite (il s'agit bien de Liv Ullmann !) et repliée sur elle-même (belle pourtant lorsqu'elle explique à sa mère que l'esprit n'a pas de limites), retour de bâton. Lorsque Eva lui annonce qu'elle héberge sa sœur atteinte d'une maladie incurable, la maman fait la gueule.
   Puis on apprend que trois ans auparavant, Eva a perdu Erik, son petit garçon de quatre ans que sa grand-mère n'a connu ni vivant ni mort. Charlotte parle beaucoup et écoute peu, mais quand Eva explique que son fils vit toujours à ses côtés, elle hurle au délire. La petite Eva se réveille alors et dresse un cruel réquisitoire contre sa génitrice : une égoïste qui, laissant sa fille dans le désespoir, abandonnait son foyer pour mener une brillante existence internationale. Charlotte, qui pensait d'abord rester, lève le camp.

   Sobriété absolue. Pas d'effets de raccord, de musique de fosse, point. Des plans fixes. Du cut. Du montage alterné ou parallèle. La chambre d'hôpital de Leonardo à différentes heures du jour, alterne avec la scène où Charlotte, sa compagne, conte l'agonie. Montage alterné aussi de la confrontation de chacune des filles avec la mère en gros plan dont le visage se décompose. Pendant les explications Hélène, en parallèle, parvient à tomber de son lit et rampe, tant elle a à dire. L'évocation de l'enfance malheureuse d'Eva est illustrée en alternance par des scènes glacées et distanciées. Le défilement des diapos d'Erik se fait au rythme d'un battement de cœur. Le cimetière où il repose est au bord du lac qui le prit. A la fin, montage parallèle opposant le calme du dialogue d'Eva avec son fils au cimetière et le fracas du train dans lequel la mère regrette qu'Hélène ne soit pas morte.
   Bel essai d'un homme sur le calvaire d'une femme et l'impossibilité de refaire le passé où il s'enracine, mais montrant que la souffrance est voie de vérité. Le parti pris de sobriété donne primauté à l'expression de la parole et des visages.
   On peut préférer à ce naturalisme les artifices poétiques de
Cris et chuchotements en ce qu'ils nous mènent jusqu'au fond, avec l'horreur, de l'absurde de la mort. 22/04/01 Retour titres Sommaire

Saraband Suède VO couleurs 2003 107'
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Busby BERKELEY
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Je suis un criminel (They Made Me a Criminal) USA VO N&B 1939 92' ; Sc. Sig Herzig ; Ph. James Wong Howe ; M. Max Steiner ; Pr. Hal B. Wallis/Warner Bros ; Int. John Garfield (Johnny), Gloria Dikson (Peggy), Claude Rains (le détective Philan), Ann Sheridan (Goldie), Bobby Jordan (Angel).

   Accusé de meurtre mais innocent qui s'ignore tel, le champion de boxe new-yorkais Johnnie file vers l'ouest sans un sou. Il est accueilli à bout de forces chez une vieille fermière qui réhabilite de jeunes délinquants, assistée de Peggy, la grande sœur d'un des pensionnaires. Le fugitif s'intègre si bien qu'il devient indispensable aux adolescents et bientôt à Peggy. La ferme périclitant, afin de la renflouer, il prend le risque de se trahir en s'inscrivant - sous un pseudonyme - à un tournoi de boxe.
   Entre-temps le détective Philan a retrouvé sa trace, bien que l'affaire soit classée, l'assassin ayant été par erreur déclaré décédé dans un accident. Afin d'identifier le boxeur, qui est gaucher, il fait le voyage de New-York pour assister au match. Johnny, qui l'a repéré, renonce au combat puis, devant l'immense déception de ses amis de la ferme, se ravise, espérant n'être pas reconnu en feignant être droitier. Il tient tant bien que mal quatre reprises pour le gain maximum, non sans user un moment de son terrible gauche. Prêt à suivre Philan, qui l'a bien reconnu, Johnny annonce son départ sans en dire clairement la raison.
   Devant le détective, Peggy montre son désespoir de femme amoureuse et son frère se couche sur les essieux du train qui doit les ramener à New-York. Sachant que le meurtrier était droitier et convaincu maintenant qu'il a affaire à un brave type, Philan repart seul après avoir repoussé son prisonnier sur le quai.

   Film injustement méconnu dont la sobriété et la justesse de ton méritent le détour. La qualité proprement filmique tient à l'imprévisibilité de l'intrigue. Entre comédie et tragédie, on ne sait à aucun moment de quel côté va basculer le destin. Chaque évènement est un présent pur, sans futur prémédité. Grâce à la direction d'acteur, à la façon dont l'action ne s'inscrit pas dans une causalité ad hoc, et à la discrétion de la musique de fosse, qui trop souvent en général prétend décréter le sens ultime. 1/05/08 Retour titres Sommaire

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Raymond BERNARD
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Les Misérables (1ère époque, N&B, 1933) ; R. R. Bernard ; Sc. André Lang, d'après Victor Hugo ; Ph. Jules Kruger ; Déc. Jean Perrier, L. Carré ; Cost. Paul Colin ; M. Arthur Honneger ; Pr. Pathé-Natan ; Int. Harry Baur (Jean Valjean), Charles Vanel (javert), Florelle (Fantine), Marguerite Moreno (La Thénardier), Henry Krauss (Mgr Myriel), Charles Dullin (Thénardier), Jean Servais (Marius), Emile Genevois (Gavroche).

   Adaptation(1) illustrative. Chaque épisode péniblement retracé (sauf peut-être celui du vol des couverts). Pourquoi s'obstine-t-on à faire des films pour illustrer de l'archi-connu ? L'intérêt de l'adaptation serait de prendre le mythe à rebrousse-poil. Florelle (Fantine) insupportable de pathos. Harry Baur sobre, toutefois. Ce n'est pas le cas de la prise de vue avec ses cadrages penchés ou ses compositions abusivement diagonales en plongée. Rien à voir avec Les Croix de bois du même auteur. 31/08/99

   2e époque : plus unitaire, moins linéaire, à cause de l'unité de lieu, ce qui prouve le mimétisme de la démarche. Assez belles échauffourées du Paris social. Baur toujours sobre. Dullin un peu trop acteur. Demazis récite comme à l'ordinaire. Acteurs en général un peu outrés. Les prises de vues obliques conviennent mieux à la ville : elles font lignes de fuite et instaurent un malaise approprié aux taudis. 12/09/99 Retour titres Sommaire

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Kurt BERNARDT
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Le Tunnel Fr. N&B 1933 80' ; R. K. Bernardt ; Sc. Kurt Bernardt/R. Steinbicker, d'apèrs B. Kellermann ; Dial. A. Arnoux ; Ph. K. Hoffmann ; M. W. Gronostay ; Déc. K. Vollbrecht, H. Fenschel ; Pr. Vandor-Film ; Int. Jean Gabin (l'ingénieur Mac Allan), Madeleine Renaud (Mary), Edmond Van Daelle (le contremaître), Robert Le Vigan, Gustav Gründgens (il existe une version allemande et une version anglaise tournées avec d'autres acteurs).

   L'audacieux projet de l'ingénieur Mac Allen d'un tunnel atlantique reliant les deux continents est accepté par un consortium de financiers, dont un traître qui va jusqu'à saboter le percement dès que ça arrange ses affaires. Cependant ce récit héroïque des temps modernes se double d'une tragédie intime. Le couple Mac Allan-Mary souffre quelque peu de l'épuisante tâche de cet ingénieur-démiurge un peu Sisyphe. Puis Mary meurt sous un train pour s'être précipitée à la nouvelle d'une catastrophe dans la galerie. Mac Allan en sort grandi d'avoir surmonté les épreuves du tunnel malgré son deuil.

   Le thème par conséquent de l'amour tragique n'est qu'un faire-valoir de l'image virile qui propulse déjà la star Gabin vers un futur glorieux (Galerie des Bobines). L'esthétique du film s'inspire de l'imagerie des soutes esclaves venues de Métropolis. Pléthore de torses nus luisant dans la nuit souterraine savamment éclairée, foules des prolétaires en colère emplissant recoins et passerelles des grandes salles voûtées, orateurs n'ayant aucun mal à se faire entendre dans le chaos où l'on chante même en chœur sans dissonance ni décalage, basculement soudain de l'opinion à la voix du héros. Les locomotives surgissant des profondeurs relient presque instantanément la côte au chantier situé à 500 km sous la mer.
   Trop de clichés, trop d'effets laissent un sentiment d'efforts vains. 5/10/00
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Le Beau Brummel (Beau Brummel) USA VO couleurs 1954 111' ; R. K. Bernardt ; Sc. Karl Tunberg, d'après la pièce de Clyde Fitch ; Ph. Oswald Morris ; M. Richard Addinsell ; Pr. Sam Zimbalist ; Int. Stewart Granger (Brummel), Peter Ustinov (le prince de Galles puis George IV), Robert Morley (George III), Elizabeth Taylor (Lady Patricia).

   Biographie du célèbre dandy anglais (1778-1840) ami du prince de Galles, qui finit dans la misère. L'intérêt du film réside dans la fascination que peut exercer par son insolence, son adresse physique, son audacieuse élégance vestimentaire, ses amours prestigieuses, un roturier frayant avec la haute aristocratie.
   Moyennant une somme modique, le spectateur peut se croire lui aussi admis à franchir les barrières sociales les plus étanches. La composition de Stewart Granger, plausible sans altérer l'image romanesque de la star (illustrée notamment en 1952 dans
Scaramouche (G. Sidney) et Le Prisonnier de Zenda (R. Thorpe), en 1953 dans Salomé (W. Dieterle) et postérieurement, en 1955 dans Les Contrebandiers de Moonfleet (F. Lang) et La Dernière chasse (R. Brooks)) se prête parfaitement au jeu de l'"identification spectatorielle". La qualité de la photo comme la somptuosité des décors en Technicolor ou l'excellence de la distribution sont, nonobstant un accompagnement musical insupportable de banalité (rejouez-nous les violons du misérable galetas final !), à la hauteur de cette lucrative illusion. Le contrat commercial serait au moins rempli si on ne plongeait, par une paresseuse ellipse soudaine, dans le marasme de l'épilogue français.
   Comme si le réalisateur et/ou le producteur, s'étant permis des libertés avec la vérité historique, étaient pris d'un soudain scrupule réaliste. 13/08/01
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John BERRY
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Tension USA VO N&B 1949 90' ; R. J. Berry ; Sc. Allen Rivkin, d'après John Klorer ; Ph. Harry Stradling ; M. Andre Previn ; Int. Richard Basehart (Warren), Audrey Totter (Claire), Cyd Charisse (Mary), Barry Sullivan (Bonnabel), Lloyd Gough (Barney).

   Responsable nocturne d'un drugstore, Warren trime dur pour offrir à Claire, sa fatale et blonde épouse antipathique, lavie en rose et billets verts. Elle le quitte pour un riche grossiste en alcools dénommé Barney. Le mari venu reprendre son bien est rossé par l'amant. Humilié, il décide de se donner une seconde identité afin d'assassiner l'usurpateur. Il remplace ses lunettes par des lentilles, change de style vestimentaire et loue un appartement sous le nom de Paul Sothern, se donnant pour un représentant de commerce en déplacement toute la semaine. Bientôt se noue une liaison avec la jolie voisine Mary. Après l'avoir, sous pseudonyme, menacé par téléphone, Warren s'introduit chez Barney, mais renonce à le tuer, estimant cyniquement l'affront lavé pour celui qui s'est chargé du fardeau de son épouse. Peu après celle-ci réintègre soudain le domicile conjugal à la suite du meurtre de son amant.
   À la recherche du mystérieux inconnu du téléphone, l'inspecteur Bonnabel joue constamment avec un élastique qui représente sa méthode : amener les suspects à se trahir en les mettant sous tension. Claire retient son légitime à la maison sous prétexte qu'étant tous deux suspects, ils doivent être
solidaires. Mary est affolée par la disparition de Warren. Elle fournit innocemment une photo qui amène les policiers à identifier le suspect. Sous prétexte de l'inviter à boire un café, Bonnabel entraîne la jeune amoureuse au drugstore de Warren. Elle le reconnaît mais, miracle de la force de l'amour, ils ne se trahissent pas. La police a découvert que l'arme du crime appartenait à la victime. Les soupçons de Bonnabel se portent sur Claire. Il la séduit, lui promettant monts et merveilles et même des vacances à Acapulco, puis lui glisse qu'en l'absence de preuve il ne peut arrêter Warren. Elle tombe dans le panneau, va dénicher l'arme pour la cacher dans l'autre appartement de Warren.
   Une mauvaise femme est emprisonnée, un amour se libère. Le flic sort, Warren s'approche de Mary qui l'attend.
Fondu au noir.

   Le film sait dépasser à plus d'un égard l'intérêt strictement narratif du crime parfait par dédoublement d'identité. Lequel donne une dimension profondément dramatique à la passion amoureuse qui le complique. En raison aussi de la sobriété de l'actrice, l'instant où Mary reconnaît Warren à sa voix au drugstore est véritablement pathétique.
   Le casting est d'ailleurs toujours judicieux. Admirons l'accord du visage triangulaire aux yeux en amande du flic avec son cynique nonchaloir. Effet à la mesure du régime métonymique, toujours plus sensible qu'une démarche strictement déductive. La poupée sur le lit vide dit mieux la douleur de l'époux abandonné qu'une longue
plainte. Sa veste rayée transversalement comme une livrée de bagnard explique à sa façon la renonciation de Warren au crime.
   Loin de centrer sur le concept, le cadrage saisit la chair des choses : seuls des corps partiels s'affrontent lors de la
correction administrée à Warren ; et un reflet spéculaire est parfois plus sensible que la description complète d'une action : voir le retour de Claire.
   Une série B qui surpasse la plupart des superproductions actuelles. 15/04/03
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Bernardo BERTOLUCCI
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Le Dernier tango à Paris
Commentaire (Ultimo tango a Parigi) It.-Fr Eastmancolor 1972 126'

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Luc BESSON
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Jeanne d'Arc Fr. couleurs 1999 140' ; R. L. Besson ; Sc. Andrew Birkin, L. Besson ; M. Eric Sera /London Philarmonic Orchestra ; Ph. Thierry Arbogast ; Déc. Hughes Tissandier ; Cost. Catherine Leterrier ; Pr. Leeloo/Gaumont/Sony ; Int. Milla Jovovich, John Malkovich, Faye Dunaway, Dustin Hoffman, Pascal Greggory, Vincent Cassel, Tcheky Karyo.

   On connaît l'histoire de Jeanne d'Arc. En insistant sur la vengeance, le goût du sang, le caractère hallucinatoire des visions et des voix, en atténuant la responsabilité de l'Église, en escamotant le procès, Besson rationalise le mythe. La thèse serait respectable si elle n'était prétexte à un spectacle de bas-étage que maquille une musique de fosse grandiloquente, avec force balise de signaux narratifs à l'intention d'un public de veaux supposé. Les mots d'ordre au cadreur : centrer bien frontalement là où ça va saigner : le chevalier en armure dont la tête va sauter sous le tranchant. Accentuer les angles des gros plans sur la gueule patibulaire des juges. Ne pas manquer le minois de peau de vache de Dunaway. Le casting vise bien au typage attendu par le bétail postulé. Le roi est un imbécile heureux, les Anglais ont le poil roux, les chevaliers campent de rudes lurons de péplum, les prélats sont joufflus comme des moines de camembert. Quant à Jeanne d'Arc, le visage anguleux et les grands yeux vides sont bien l'expression du refus de toute spiritualité.
   En l'absence de véritable enjeu spirituel, la caméra a beau s'agiter pour rendre compte des mouvements d'esprit de l'héroïne : elle ne fait qu'exacerber gratuité et prétention. 5/01/03
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Fabián BIELINSKY
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El Aura Arg.-Esp.-Fr. VO 2005 125’
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Christophe BLANC
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Une femme d'extérieur Fr. 1999 110' ; R. C. Blanc ; Sc. Christophe Blanc, Roger Bohbot, Eve Deboise ; Ph. Pascal Poucet ; M. Martin Wheeler ; Pr. Bertrand Gore, Nathalie Mesuret, Emmanuelle de Reynal ; Int. Agnès Jaoui (Françoise), Serge Riaboukine (Jacques), Emmanuel Fayat (Richard), Marine Richaud (Solange).

   Réalisme français subtil bourré de naturel avec une pointe de burlesque, ce qui ne suffit pas pour abolir les frontières de genre. Cadrages serrés pour qu'on puisse s'y croire.

   Une femme de trente-cinq ans qui a "tout" pour être heureuse découvre que son mari la trompe, l'oblige à partir et se laisse dériver d'homme en homme jusqu'à la dépression, mais tient ferme le cap, malgré les enfants qui en pâtissent, déclarant que si elle avait continué sa vie conjugale, elle aurait manqué la moitié de sa vie.

   Beau portrait tout en showing, notamment par le contraste que forme la tranquille stature oursonne (ou baleinière comme il est dit explicitement et comme la nudité grasse et épaisse du personnage le suggère, le mot baleine étant du reste écrit quelque part sur un mur) de Jacques le mari, avec ce délire féminin sinon salutaire du moins nécessaire. Une certaine ambiguïté fait toucher du doigt de profonds paradoxes, mais sans dépasser la sphère psychologique.
   Attachant et météoritique. 15/03/00
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Betrand BLIER
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Un, deux, trois, soleil Fr. 1993 100' ; R., Sc. B. Blier ; Ph. Gérard de Battista ; M. Khaled, Anton Bruckner ; Pr. Patrice Ledoux ; Int. Anouk Grinberg (Victorine), Marcello Mastroianni (le père), Myriam Boyer (la mère), Olivier Martinez (Petit-Paul), Jean-Pierre Marielle (l'heureux cambriolé), Patrick Bouchitey (le serveur), Claude Brasseur (l'enfoiré).

   De quatorze à vingt cinq ans, dans la banlieue de Marseille, entre une mère irresponsable et un père alcoolique, Victorine fait son apprentissage sexuel, amoureux, social. Son premier amour, Petit-Paul, meurt d'un accident du travail (voleur abattu par l'"enfoiré" de volé), et elle épouse son destin sous la forme d'un beauf bien fécond, pas plus mauvais qu'un autre après tout.
   Mais ce qui retient l'attention est la déconstruction narrative entraînant une vision non-linéaire, simultanée de toutes les étapes, de sorte qu'on n'est jamais quitte ni du drame d'hier ni de celui à venir. Petit-Paul continue à "vivre" après sa mort en témoin de la vie conjugale de Victorine. La petite fille et la femme accomplie coexistent au lieu d'être mutuellement exclues par la logique chronologique : la vie individuelle bouillonne de toutes les potentialités affectives. Il en va de même de son aspect collectif. De l'image cosmopolite mouvementée et incandescente de la banlieue, sublimée par la musique de Khaled, sont tirées des combinaisons imaginaires "généreuses". Autour de la table se trouvent quelques enfants étrangers distraitement fondus dans la masse familiale. En intervertissant les lettres des bâtiments, des farceurs de la cité semblent favoriser cette utopie d'une liberté combinatoire qui pourrait réguler l'injustice régnante. Ainsi, après un trajet incertain d'alcoolique, aggravé par la confusion des bâtiments, le père se retrouve-t-il au sein d'une tablée de Noirs dans un décor en tous points semblable.

   Très beau travail donc, auquel la sublime performance d'Anouk Grinberg prête la main. Dommage que l'énergie considérable dépensée en iconoclastie ne fût pas dévolue à la puissance pelliculaire. Le plan surchargé s'en banalise. Les mêmes effets s'obtenant par le travail des interstices, le bizarre n'est-il pas superfétatoire ?
   C'est toujours la même erreur, "la plus-value sémantique", imposant un critère quantitatif, alors que l'art procède d'un saut qualitatif : sont artistiquement pertinents des opérateurs langagiers et non anthropométriques. Blier se trahit par le recours à la caution des acteurs vétérans. Il n'est pas dénué de sens artistique mais l'épuise en complaisance, didactisme, effort démonstratif. 4/06/01
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August BLOM
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Amour de danseuse Dan. 1911 38' ; R. A. Blom ; Sc. A. Kjerulf ; Ph. Axel Graatkjœr ; Pr. Nordisk Film Kompany ; Int. Asta Nielsen (Camille Flavier). Valdemar Psilander (Paul Rich), Johannes Poulsen (Jean Mayol), Valdemar Møller (M. Simon), Karen Poulsen (Yvette Simon).

   Ayant remplacé au pied levé la vedette malade, la comédienne Camille Flavier devient la maîtresse du metteur en scène Jean Mayol, qui la trompe avec Yvette Simon, alors qu'elle-même pose pour le peintre Paul Rich, un ami de Jean. Camille est priée à se produire en soirée chez les Simon, où sa prestation dégénère en violente crise de jalousie. Paul l'invite chez lui au repos à l'abri d'un rideau. Jean survenant assure Paul qu'il n'aime que Camille mais en partant perd un billet de rendez-vous amoureux. Elle a entendu les protestations de Jean, et tombe de haut en trouvant le billet après son départ. La femme bafouée va mettre la preuve de la trahison sous le nez de M. Simon, qui se munit d'un pistolet. Elle court au domicile conjugal où elle sait se trouver les amants, en s'assurant d'être suivie. Quand Camille ressort au bras de Jean déguisée en Yvette elle est interceptée par le mari, qui s'excuse de la méprise ; sans se tenir quitte pour autant car il persiste et surprend Yvette, qu'il tue. À cette nouvelle Camille tombe en catalepsie. A sa sortie de l'hôpital, Paul emmène en villégiature chez ses parents la convalescente. Quand Jean vient en visite, elle signifie nettement qu'elle l'a quitté pour Paul.
   
   C'est l'occasion de voir comment l'école danoise contribue à dégager peu à peu le cinéma du théâtre. Les gestes conservent un résidu d'emphase sans aller jusqu'à l'outrance expressionniste et ils sont compensés par des comportements d'autant plus naturels que malicieux, comme Camille chassant les insectes à la terrasse du café. Tous les intérieurs sont cadrés à même échelle, plan moyen, comme des scènes et munis de portes, comme si les entrées et sorties de champ par les bords-cadres latéraux n'était pas assez crédibles. Il y a même une transposition de la distribution cour et jardin sous la forme de deux portes à l'arrière-plan, à gauche celle par où entrent les amants, à droite celle par laquelle sort Camille pour se cacher. Il semble que la véritable conscience du cinématographe vienne du hors-champ. On pourrait croire qu'il y avait déjà un hors-champ des planches, mais c'est faux. Un véritable hors-champ ne peut être que cinématographique car le monde représenté par reproduction photographique tient sa consistance d'une solidarité avec ses prolongements virtuels dans tous les sens. La figure de l'amorce est proprement filmique.
   Il y a d'abord une deuxième scène à l'arrière-plan derrière des rideaux qui permet de juxtaposer deux plans en profondeur. Mais, point besoin de rideaux. Il suffit que la profondeur de champ soit occupée par une autre action, ce qui libère d'un reste d'artifice théâtral. Enfin le hors-champ est parfaitement intégré à deux reprises. Comme dans L'Abysse d'Urban Gad (1910), les spectateurs du théâtre dans le film se situent hors-champ latéralement (ici gauche-cadre) par rapport à la scène, de sorte que les acteurs sont vus de profil. Dans la scène de jalousie où Camille pointe un doigt accusateur sur Yvette, hors-champ mais qu'on a vue sortir du champ et qui le réintègre après. A remarquer que cette audace filmique est préparée par le cadrage qui ne laisse émerger à l'avant-plan que les têtes des spectateurs de dos. 11/02/18
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Lidia BOBROVA
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Dans ce pays-là (V Toj Strane) Rus. VO couleurs 1997 85' 
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Sergueï BODROV
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Le Prisonnier du Caucase (Kavkazskij plennik) Rus. VO couleurs 1996 100'
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Budd BOETTICHER
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