CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

Terrence MALICK
liste auteurs

La Ballade sauvage (Badlands) USA VO 1974 94' ; R., Sc. T. Malick ; Ph. Brian Probyn, Tak Fujimoto ; M. George Tipton ; Pr. Edward Presman ; Int. Martin Sheen (Kit Carruthers), Sissy Spacek (Holly Sargis), Warren Oates.

   D'après un fait divers : en 1959 Charles Strakweather et sa petite amie âgée de quatorze ans avaient assassiné dix personnes dont le père de la jeune fille au cours d'une folle cavale à travers le Middle-West. Il fut exécuté et elle, condamnée à la prison à vie. Dans un bourg paisible et arboré du Dakota, l'éboueur Kit aborde la lycéenne Holly et une relation s'ensuit où la sexualité n'intervient que comme une conséquence banalement obligée ("ce n'était que ça !"). Opposé à leur relation, le père de Holly est abattu avec le même naturel. Holly gifle Kit puis le suit dans ce coupé noir-mate, aplati et ramassé, qui a l'air d'un trou sournois dans la pellicule.
   Les autres crimes sont de même dans l'ordre des choses sans tragique inutile. En fin de cavale à travers l'Arizona à même la terre aride, ils trônent dans une Cadillac qui est leur chant du cygne. Kit, s'étant laissé rattraper, distribue ses menus objets personnels et serre la main des flics ; on le laisse dire quelques mots à Holly avant l'envol pour le Dakota où ils seront jugés. En plan général frontal puis plus rapproché, une compagnie militaire armée et des dizaines de policiers les escortent sur l'aérodrome. Ils embarquent. L'hélice amorce sa rotation. Un facteur traverse la piste chargé d'un gros sac postal.

   Cette fin "transparente", c'est-à-dire qui ne doit rien au cliché, délestée de tout jugement de valeur, est bien cohérente avec le ton du film, qui cependant repose en même temps beaucoup sur la personnalité des acteurs. Kit est un petit James Dean noueux et chaloupé. Il mourra jeune comme son prestigieux modèle, mais pitoyable et victime de l'indifférence du réel à son destin. Loin d'être un Clyde Barrow, ce n'est qu'un épouvantail comme le suggère sensiblement ce plan d'ensemble de dos à la tombée de la nuit où il contemple au loin le Montana qu'il n'atteindra jamais, les bras entortillés sur le fusil barrant les omoplates, distordus pour n'effrayer que des oiseaux. Sa sympathie pour les flics, qui le lui rendent bien, est un dérisoire répit du destin.
   Holly est une figure indécidable (Galerie des Bobines). Alors que, comme Charles Strakweather, Kit est exécuté, Holly, contrairement à son modèle réel, bénéficie de la libération conditionnelle et épouse le fils de son avocat. C'est elle la narratrice qui conte
off cette aventure comme s'il ne s'agissait pas vraiment d'elle, ce qui contribue à l'impression du caractère autodynamique des événements.
   La musique d'accompagnement est suffisamment discrète et appropriée aux images pour ne pas chapeauter ce délicat équilibre.
   D'éminents critiques ont émis des réserves, arguant qu'on ne pouvait éprouver de sympathie pour les personnages. Ils pensaient peut être à leurs actes. Ce qui indique une incompréhension totale comme il faut s'y attendre chaque fois qu'un film sort des sentiers battus. Porter des jugements de valeurs sur les personnages au cinéma est une manière commode de ne pas aborder les vrais problèmes. 12/11/00
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