CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

Bigas LUNA
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Bambola Fr.-It.-Esp. 1996 95' (version it.) ; R. B. Luna ; Sc. B. Luna, Cesare Frugoni ; Ph. Fabio Conversi ; M. Lucio Dalla ; Pr. Rodero Drive, Starline Prod, UGC Images, Euripide Prod, La Sept Cinéma ; Int. Valeria Marini (Mina alias Bambola), Stefano Dionisi (Flavio), Jorge Perugoria (Furio), Anita Ekberg (la mère).

   Le corps surépanoui de Bambola va provoquer des catastrophes et infléchir le cours de plusieurs existences. À la mort d'une mère virtuose de l'alcool et de la gachette, la jeune femme et son frère Flavio reprennent le restaurant lacustre familial en y s'associant l'ami Ugo pour le rentabiliser. Celui-ci mortellement jaloux sans titre de Bambola, est tué accidentellement par Settimio, beau jeune homme auquel il voulait casser la gueule. L'involontaire meurtrier est violé en prison par les amis de Furio, un dur pris de passion pour Bambola entrevue au parloir et dont il exige le slip. Il lui envoie le sien propre.
   Sur la suggestion de son frère qui est tombé amoureux de Settimio, Bambola accepte, censément pour l'amadouer, de rencontrer Furio dans une cellule capitonnée. Il la prend brutalement. Ses cris de plaisir douloureux retentissent par transposition spatiale dans la nuit tombant magnifiquement sur le large paysage d'embouchure fluviale où retentit le troublant soprano d'un opéra discordant. Elle tombe amoureuse bien que préférant "faire l'amour plutôt qu'être baisée". Un peu radouci, Furio découvre la douceur du baiser. Libéré contre toute attente pour bonne conduite, il emménage chez Bambola pendant que Flavio au parloir convainc Settimio de vivre avec eux. Furio chasse les clients, cloître Bambola, tente d'assassiner Flavio. La jeune femme parvient à s'enfuir. Il la rattrape et va lui faire violence quand il est abattu par Flavio avec le maternel fusil.

   La violence, surtout sexuelle, est au principe du film. Les décors, baraquements lacustres, épaves échouées, environs désertiques, prison, suggèrent une marginalité propice. Alors que l'auberge est censée être un relais pour les routiers, on ne voit ni route ni camions. Bambola d'abord vêtue décemment, la tête couverte d'un foulard, peu à peu se métamorphose. Aucun vêtement ne parvient vraiment à contenir ses chairs épanouies. Lorsqu'elle va acheter des anguilles à bicyclette chez les pêcheurs, c'est au milieu des mâles (de même qu'au restaurant), à travers les hautes pousses céréalières, à une distance indécidable où tout semble permis. Que Furio poursuive Bambola à travers des rideaux de culture et les repères se brouillent.
   Bien entendu, Furio fera des anguilles un usage érotique. Lui, qui n'a connu aucun obstacle à ses désirs en prison où il avait tout le monde dans sa poche, entend avoir les mêmes prérogatives dans la vie réelle, plus libre en apparence, mais il se heurte à d'autres règles qui lui sont fatales.
   La mise en scène cède parfois aux clichés (le personnage de la mère joué par Anita Ekberg évoque les poivrotes de western), mais la force atypique du projet parvient à laisser son empreinte, et pas seulement par le traitement de l'espace. L'effet d'antinomie de l'accompagnement musical
lento au piano dans le style des romances du cinéma d'auteur, par exemple, n'y est pas pour rien.
   Bref, c'est, avec bonheur, la passion mortelle espagnole qui l'emporte sur le réalisme français dans cette coproduction franco-italo-espagnole. 26/08/00
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