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  CINÉMA ARTISTIQUE

 Comptes-rendus critiques de films

par  Daniel Weyl

 

 EFG

ED EG EI EM EP EU FA FE FI FL FO FR FU GA GI GO GR GRI GU

 

Clint EASTWOOD
liste auteurs

Breezy USA VO couleur 1973 107' ; R. C. Eastwood ; Sc. Jo Heims ; Ph. Frank Stanley ; M. Michel Legrand ; Int. William Holden (Frank Hamon), Kay Lenz (Breezy), Marj Dusay (Betty Tobin), Roger Carmel (Bob Henderson), Joan Hotchkis (Paula Harmon).

   Épris d'une mineure hippie, un homme mûr tenant à jouir seul de son train de vie confortable de directeur d'agence immobilière après un divorce et quelques liaisons, doit affronter la désapprobation publique et se résoudre à voir son existence bouleversée.

   Ours et poupée ou roi et bergère, quoi qu'il en soit il s'agit de jouer d'un mythe et rien de plus, bien qu'il s'accorde parfaitement avec la conception eastwoodienne de la liberté. En toile de fond, l'affrontement des générations et des classes entre hippies et champions du rêve américain, lequel n'est pas tout à fait incompatible avec celui de l'auteur. En apparence, pas de frontière : un riche peut aimer une ado de la génération "not washed", laquelle peut s'accommoder du cynisme de l'homme d'affaires. En réalité la souillon s'émerveille devant la douche de son bienfaiteur supplié de la laisser s'y décrasser, allant jusqu'à briquer la salle de bains après avoir obtenu satisfaction. Breezy, de plus, ne se drogue pas comme sa copine dont l'état lamentable s'affiche à dessein. Elle ne couche pas non plus avec l'automobiliste qui la prend en stop : hippie certes, mais propre.
   On retrouve la recette bien connue du blanchiment racialiste : "Tu es noir, mais toi ce n'est pas pareil…" De l'autre côté, tout est fait pour dévoiler le preux chevalier derrière le masque de cynisme de Frank. Sportif, il sait parler aux gosses, conseille des inconnues sur leur choix vestimentaire, se montre fair-play ou sensible avec les femmes de son passé, sauve un chien écrasé bref, passe avec succès tous les tests de bonté.
   Les contradictions sociales sont donc totalement gommées au bénéfice d'une conception individualiste. Il s'agit essentiellement de valoriser le courage d'un noble citoyen s'affichant avec une mineure qu'il a conquise au travers d'un échange d'une spirituelle vivacité.
   Excellent dialogue en effet, agrémenté d'une maîtrise du panoramique et pano-travelling pseudo réalistes pour enfoncer des portes ouvertes : ce qui est à découvrir ne débordant jamais le même cercle. Le risque se limite au son direct en extérieur (gratuit mais prometteur) et aux effets de zoom, impressionnants lorsque les vagues du Pacifique semblent devoir engloutir les amants sur la grève.
   Ainsi va ce destin, qu'il est constamment prévisible. On a beau saisir de grands instants d'enthousiasme juvénile face à la stupeur quinquagénaire. Au demeurant une agréable distraction aussi bien filmée qu'accompagnée en fosse par la pianistique concertante de bon
ton d'un Michel Legrand dûment hollywoodisé. 9/02/02 Retour titres Sommaire

Honky Tonk Man USA VO couleur 1982 122' ; R. C. Eastwood ; Sc. Clancy Carlile d'après son roman ; Ph. Bruce Surtees ; M. Steve Dorff ; Pr. Clint Eastwood/Malpaso ; Int. Clint Eastwood (Rod Stovall : Galerie des Bobines), Kyle Eastwood (Whit), John McIntire, Verna Bloom.

   Dans les années trente, Rod, chanteur-compositeur de country music, alcoolique, voleur de poules et tuberculeux doit auditionner à Nashville à la belle saison. En rutilante décapotable borgne il charge au passage, avec son neveu "Hoss" (Whit) qui sera le chauffeur sans permis du périple à travers le Tennessee, le grand-père plein de souvenirs de la Conquête de l'Ouest. Le voyage accumule les péripéties. Rod est arrêté à cause d'un vol de poules mais, à défaut de preuves, emprisonné pour consommation de whisky de contrebande. Whit le délivre en arrachant les barreaux de la prison à la force de la voiture. À Memphis, dans un cabaret réservé aux Noirs, Whit intoxiqué par la fumée des stupéfiants s'abat sur l'opulente poitrine de la chanteuse de blues qu'accompagne Rod. Une autre fois, Rod ayant conduit au bordel son neveu, pianote durant le dépucelage un boogie-woogie endiablé qui passe en fosse à leur départ.
   L'argent provient d'une dette recouvrée chez un mauvais payeur qui entendait s'acquitter en cédant sa servante mineure Marlène. Rod se fait rembourser l'arme au poing, mais éprise de lui la fille s'est glissée dans la malle de la voiture. Elle est découverte par un "Highway guard" qui les arrête à cause du phare borgne et du chauffeur, mais se laisse soudoyer. Ils tombent en panne dans un patelin où les gens ont un accent impossible. Des hennissements hors champ tiennent lieu de gentille moquerie. Rod se débarrasse de Marlène qui se prétend enceinte de lui. Le grand-père les quitte, puis Rod prend le bus pour Nashville. Whit chargé de la voiture retrouve à Nashville son oncle, qui est refusé à l'audition à cause d'une grave crise de toux, mais par ailleurs engagé pour faire un disque de "Honky Tonk Man", dont les paroles sont en partie de Whit. L'enregistrement terminé
in extremis, Rod meurt assisté de Whit et de Marlène qui, repentante, les a rejoints. À l'enterrement les deux ados seuls accompagnés à la guitare entonnent un chant d'adieu auquel se joint le fossoyeur noir.

   L'étui de l'instrument couché sur le gazon du cimetière s'ouvre comme un cercueil. Whit a jeté dans la fosse les clés de la voiture expirante, enveloppée de vapeur. Le fossoyeur recouvre respectueusement de terre le cercueil. Ils se mettent en route tous deux pour la Californie où Whit muni de la guitare doit rejoindre ses parents. Un couple dans un cabriolet garé écoute le dernier succès : "Honky Tonk Man".
   Un fascinant univers marginal et authentique se déploie à travers ce road movie de la Dépression, grâce à la liberté d'un montage plus intuitif que narratif et où, principalement d'écran, la musique n'intervient que discrètement en fosse ! 7/01/01
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Le Retour de l'inspecteur Harry (Sudden Impact) VO couleur 1983 117'
Commentaire

Impitoyable (Unforgiven) VF 1992 125' ; R. C. Easwood ; Sc. David Webb Peoples ; Ph. Jack Green : M. Lennie Nihaus ; Int. Clint Eastwood (Bill Munny), Gene Hackman (Little Bill Dagget), Morgan Freeman.

   En 1880 au Kansas, Bill Munny, ancien tueur notoire ramené dans le droit chemin par sa défunte épouse, mène avec ses deux enfants une rude vie de fermier. Il est sollicité par un jeune tueur admiratif pour un contrat avec les pensionnaires d'un bordel : abattre contre une prime de mille dollars deux cow-boys ayant mutilé et défiguré une consœur. Le héros n'accepte pas sans la participation de Ned, son ancien équipier noir. Le contrat est exécuté mais Ned battu à mort est exposé dans son cercueil avec une pancarte infamante par le Shérif Little Bill Dagget, une brute sans pitié qui terrorise le comté. Bill, qui fut déjà humilié et quasiment tué par le même, surgit dans le saloon-bordel où, sous la conduite du shérif, les hommes s'apprêtent à le prendre en chasse. Après avoir descendu l'équipe de Little Bill, il part tranquillement sur son cheval en menaçant de terribles représailles le premier des survivants qui ose le viser.

   Certes, le thème de la vengeance dans un monde sans loi est éculé, et Clint Easwood (Galerie des Bobines) sait bien faire jouer les ficelles du sentiment de vengeance en raison directe de l'humiliation. Mais il lui imprime une vigueur nouvelle. Le manichéisme traditionnel cède la place à une violence généralisée.
   Il n'y a donc d'issue que pour le plus violent, celui qui sait se dépouiller totalement de toute sensibilité. Le héros a ceci de particulier, qu'après totale rémission, il s'abandonne à la violence avec une rage redoublée par le réveil, sous l'effet du besoin et du sentiment de vengeance, du démon initial. Le mal chez lui reste toujours mêlé de bien. De même, le décor d'une grande beauté sauvage soulignée par des effets de lumière, exacerbe par antithèse le mal rongeur de cette humanité.
   Au finale, le tintement des éperons de Munny rythme implacablement le massacre. Rejetant déjà le bain de sang dans le passé, il s'éloigne au trot derrière un rideau de pluie diluvienne. Il terminera dans les affaires et, décemment, élèvera ses enfants, grâce au magot.
   Moralité : la fin justifie les moyens. C'est la bonne vieille odeur de poudre de l'Ouest rural revue à travers la guerre nucléaire de notre mondialisation. C'est à ce titre surtout qu'
Unforgiven mérite l'estime. 1/04/01 Retour titres Sommaire

Mémoires de nos pères (Flags of our Fathers) VO 2006 125' ; R. C. Eastwood ; Sc. William Broyles Jr. et Paul Haggis, d'après James Bradley ; Ph. Tom Stern ; Mont. Joel Cox ; M. C. Eastwood ; Pr. Warner Bros Pictures/C. Eastwood, Steven Spielberg, Robert Lorenz ; Int. Ryan Philippe (John "Doc" Bradley), Adam Beach (Ira Hayes), René Gagnon (Jesse Bradford), Jamie Bell (Iggy), Paul Walker (Hank Hansen), Benjamin Walker (Harlon Blok), Barry Pepper (sergent Mike Strank), Neal McDonough (Capitaine Severance), Tom McCarthy (James Bradley).

   En 1945, la victoire de la bataille décisive d'Iwo Jima se résume pour le public américain à une photo représentant cinq marines et un infirmier de la Navy en train de planter la bannière étoilée au sommet du mont Suribachi. Décrétés héros nationaux, les trois survivants, Jack Bradley, René Gagnon et Ira Hayes, un Indien Pima, sont rapatriés et font la tournée du pays pour, par la vente de bons du Trésors, lever des fonds afin de parachever cette guerre. Malgré les doutes émis par la presse, ils assurent aux parents de ceux qui ne sont pas revenus qu'ils étaient bien sur la photo.
   René Gagnon termine sa vie comme gardien d'immeuble et Ira meurt de froid dans la misère. Seul Jack, l'infirmier, a réussi dans les pompes funèbres. A la fin de sa vie, sur son lit de mort, il se remémore les horreurs traversées et tente de reconstituer la vérité, assisté de son fils James, le narrateur incarnant l'auteur du roman qui inspire le film. Qui était vraiment sur la photo, laquelle est en fait une reconstitution sur place, l'authentique drapeau ayant été récupéré comme relique par les autorités ?

   Dénoncer la réécriture de l'histoire comme régulation imaginaire du public, tel est le but. Mais beaucoup plus ambitieux, le film entend dresser la fresque démesurée sinon grandiose de la guerre. Il dispose pour ce faire d'un budget de quatre-vingt millions de dollars. Bien que plus de moitié moindre que pour Titanic, c'est bien lourd pour un démontage idéologique, bien encombrant pour s'y retrouver dans les défilés de la falsification des consciences, par trop hypothéqué par des visées financières pour dénoncer une entreprise conduite selon des intérêts contraires à ceux de l'histoire et des esprits qui s'en nourrissent !
   On se croirait en effet dans le film de quelqu'un qui ne figure sans doute pas par hasard dans la rubrique "production" : c'est le soldat Ryan rempilant dans le Pacifique. Mêmes corps déchiquetés que sur la plage du D Day, même genre de panoplie d'acteurs bien photogéniques... Impressionnant matos militaire... Il s'agit du reste davantage d'apologue que de vision inédite questionnante. Démonstration qui plus est confuse, non seulement de ce qu'elle s'encombre d'un tel coûteux spectaculaire, mais que s'y greffent d'autres causes plus ou moins claires, telle que celle du racisme anti-indien.
   Film par conséquent désespérément académique et vain. Il y avait matière à creuser sur place pourtant sur la base de la fameuse photo. Le ci-devant cynisme eastwoodien se fait du coup désirer. Il eût été plus stimulant que le sérieux larmoyant de cette superproduction. Voir aussi l'excellent article de Michaël Delavaud de la revue Eclipses. 4/10/08
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Blake EDWARDS
liste auteurs

Opération jupons (Operation Petticoat) USA VO 1959 124' ; R. B. Edwards ; Sc. Maurice Richlin, Stanley Shapiro, d'après Paul King et Joseph Stone ; Ph. Russell Harlan, Clifford Stine ; Pr. Robert Arthur ; Int. Cary Grant (commodore Matt Sherman : Galerie des Bobines), Tony Curtis (lieutenant Nick Holden), Joan O'Brien (Dolores Crandall), Din Merrill (Barbara Duran).

   Des auxiliaires féminins fuyant l'invasion japonaise sont évacuées dans un sous-marin de l'US Navy qui, repeint en rose pour cause de pénurie de peinture, est pris en chasse par ses compatriotes, lesquels finalement le reconnaissent comme des leurs grâce à un lâcher de sous-vêtements féminins par lance-torpille.

   L'argument censément émoustillant est aussi prétexte à faussement remettre en cause le machisme militaire. Aucune imagination. On a voulu créer des situations cocasses sans trop se préoccuper du tissu interstitiel. Par exemple il fallait des bébés, on embarque donc des femmes indigènes en danger, dont plusieurs accouchent dans le sous-marin (tout le monde sait que ces gens-là se reproduisent comme des lapins !) 28/04/01 Retour titres Sommaire

Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany's) 1961 VO 110' ; R. B. Edwards ; Sc. George Axelrod, d'après Truman Capote ; Ph. Franz Planer ; Dir. Art. Hal Pereira, Roland Anderson ; Mont. Howard Smith ; M. Henry Mancini ; Pr. Martin Jurrow/Richard Shepherd ; Int. Audrey Hepburn, (Lullaby "Holly" Golightiy), Georges Peppard (Paul Varjak), Patricia Neal (Edith Parenson), Mickey Rooney (Mr Yunioshi), José Luis de Villalonga (José de Silva Perreira), Alan Reed (Sally Tomato).

   Jeune femme fantasque aimant le luxe, Holly a quitté un mari texan pour s'installer à New York où elle organise des soirées. Mais pour arrondir ses fins de mois, elle doit rendre des visites rémunérées à un détenu de Sing Sing, Sally Tomato. A son voisin, l'écrivain Paul Varjak qui est amoureux d'elle, elle préfère donc le riche planteur brésilien José de Silva Perreira. Cependant la jeune femme ayant des ennuis avec la justice pour avoir transmis sans le savoir des messages codés de Tomato à son avocat, Perreira rentre dans son pays par peur du scandale. Elle compte bien le suivre, mais la fugue de son chat, qui s'est réfugié chez Paul, change son destin...

   La comédie se surpasse grâce à la personnalité d'Audrey Hepburn (Galerie des Bobines). En contraste avec une palette éclatante de comédie musicale : taxis ripolinés, dominantes orangées de la séquence d'escapade à deux dans New York, parapluie rouge parmi les noirs au finale, deux affiches colorées sur le mur minable, etc., la Grosse Pomme joue habilement sa mélancolique partie comme désert matinal ou pluviosité sur poubelles et caisses d'emballages. Le burlesque du propriétaire chinois (Mickey Rooney) est un contrepoint assez sobre comme convention. Le restant est réellement inventif : coïncidence providentielle du chapeau enflammé puis éteint par hasard, etc.
   Le mélange des genres mène toujours loin quand il procède d'un projet cohérent. Ici la cruauté amoureuse ne fait pas de concession à la comédie, qu'elle approfondit. 30/12/99
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Atom EGOYAN
liste auteurs

Exotica Canada VO couleur 1994 100' ; R. A. Egoyan ; Ph. Paul Sarossys ; M. Mychael Danna ; Int. Bruce Greenwood (Francis), Mia Kirshner (Christina), Don McKellar (Thomas), Elias Koteas (Eric), Arsinée Khanijian (Zoé).

   Film distillant à grands frais, avec sa subtile musique orientalisante accompagnant des images moites entrecoupées de flashes-back dilatoires, un lent mystère qui n'en est pas un.

   Trois destins de douleur se croisent. Ceux de Thomas, Francis et Eric. Thomas drague les hommes en leur offrant des places de ballet. Il tient un commerce d'animaux exotiques aux comptes douteux sur lesquels enquête l'inspecteur du fisc Francis. Ce dernier fréquente l'Exotica, une boîte de strip-tease dont Eric est l'animateur. Francis verse un supplément pour la prestation de proximité, à sa table, de la juvénile Christina avec laquelle il semble avoir des liens privilégiés, comme, à l'extérieur, avec la fille d'un ami qu'il rémunère pour un simulacre de baby-sitting. Un soir Eric viole le règlement en touchant Christina, sur l'incitation préalable et anonyme d'Eric qui l'expulse avec violence. Francis requiert l'aide de Thomas contre une indulgence fiscale. Thomas apprend que Francis est connu à l'Exotica pour avoir été accusé à tort du meurtre de sa propre fille. Son comportement avec les très jeunes femmes relève de la compensation fantasmatique. De même la violence d'Eric qui avait découvert le cadavre.

   Réalisation représentative de la tendance pseudo-artistique de certains auteurs capables de savants effets fétichistes pour connaisseurs à l'instar des frères Coen, voire de David Lynch. On se laisse fasciner le temps de la projection, puis tout se dissipe. 8/05/02 Retour titres Sommaire

De beaux lendemains (The Sweet Hereafter) Canada VO couleur 1997 110' R., Sc. A. Egoyan, d'après Russell Banks ; Ph. Paul Sarossy ; M. Mychael Danna ; Int. Ian Holm (Mitchell Stephens), Bruce Greenwood (Billy Ansel), Sarah Polley (Nicole Burnell), Arsinée Khanjian (Wanda Otto), Tom McCamus (Sam Burnell).

   L'avocat Mitchell Stephens tente de convaincre de se constituer partie civile les parents de quinze enfants tués dans un accident de bus scolaire. Il voudrait à la fois confondre les vrais responsables et mettre un coup d'arrêt à ce genre de catastrophe. Les souffrances personnelles occasionnées par sa fille droguée et séropositive qui avait failli mourir à trois ans, lui dictent les mots appropriés.
   Mais dans cette région montagneuse isolée il se heurte à des résistances liées non seulement au deuil mais aussi au poujadisme communautaire hostile à toute intervention extérieure. Cependant, à faire état d'une faute de la conductrice, le faux témoignage de l'adolescente et rescapée hémiplégique Nicole met fin au procès. Obsédée par le conte du joueur de flûte de Hamelin, qui entraîne tous les enfants dans un gouffre, à l'exception du petit boiteux resté en arrière, elle s'identifie à ce dernier et n'aspire qu'à rejoindre les petits défunts, pour de "beaux lendemains".

   Récit faisant jouer habilement les pièces d'un puzzle comportant belles photos, acteur principal remarquable, vastes paysages neigeux, jolie musique plus ou moins médiévale ad hoc avec flûte, luth, et tambour, proche de l'évocation amérindienne des Esprits, le tout davantage fait pour transformer en spectacle cannois un thème insoutenable.
   La petite-culotte glissant complaisamment le long des jambes jusqu'en bas c'est toujours intéressant et c'est pourquoi un plan lui est consacré,
fût-il totalement hors-jeu. Le talent du conteur qui sait faire interférer le présent du vieil homme allant rejoindre sa fille en avion, avec le passé de son enquête et celui qui a précédé l'accident à l'aide de raccords séduisants, ne saurait dissimuler le vide émotionnel des images et la médiocrité du jeu de la plupart des acteurs.
   La mort victorieuse soulignée par une musique consentante est l'aveu d'une incapacité au dépassement éthique
(1) ou visionnaire qu'on est en droit d'attendre d'une œuvre aussi ambitieuse. Subsiste un pénible malaise résultant de l'exploitation de la sensibilité du spectateur au moyen de belles images. 21/08/01 Retour titres Sommaire

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Serguei Mikhailovitch EISENSTEIN
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La Grève (Statchka) URSS 1924 1969m ; R. S. M. Eisenstein ; Sc. S. M. Eisenstein, V. Pletniev, I. Kravchounovsky, Gregori Alexandrov ; Ph. Edouard Tissé ; Pr. Goskino, Boris Mikhine ; Int. Ivan Kljuvkin (un activiste), Alexandre Antonov (un ouvrier), Maxime Chtrauch (l'indicateur " la chouette "), G. Alexandrov (le contremaître), Mikhail Gomorov (le suicidé), I. Klukvine (le militant).

   En 1912, dans une usine de la Russie tsariste, l'agitation ouvrière couve, mais rien n'échappe aux indicateurs, comparés à des animaux malfaisants dressés à traquer la Bête rouge. La grève éclate à la suite du suicide d'un ouvrier injustement accusé de vol. Bien que les commandes s'entassent sur son bureau, le patron utilise la liste des revendications pour lustrer ses souliers. Parmi la racaille embusquée au cimetière aux tonneaux, les indicateurs recrutent des provocateurs qui mettent le feu à un dépôt d'alcool. Les grévistes sentant la machination se dispersent mais ils doivent essuyer la violence des lances à incendie. La police montée chargeant envahit l'immeuble où se sont réfugiés les grévistes, laissant derrière elle un champ de cadavres.

   Premier film d'un brillant jeune homme de vingt-six ans qui, assisté d'un photographe hors-pair, met en œuvre toutes les ressources de son esprit inventif. C'est un kaléidoscope où se heurtent à toute vitesse des plans au contenu déferlant de toutes échelles.
   Réalisme, symbolisme burlesque et grotesque se mêlent dans la même fougue. Aux beaux
visages de l'ombre des opprimés où brillent la fureur des yeux et des dents s'opposent les chairs adipeuses et placidement cyniques des patrons ou, d'une autre façon, les trognes de la racaille provocatrice. Pittoresque réalisme de bas-fonds dans ce "cimetière" où l'on peut disparaître en un clin d'œil au fond des grands tonneaux affleurant à la surface. Les indicateurs incarnent le mal absolu.
   À force cela devient lourd, comme dans la scène du bœuf que l'on égorge en parallèle avec le
massacre (plagiée dans Apocalypse Now) ou celle emblématique du bébé lâché par un policier du haut de l'escalier. A ne laisser aucun répit dans l'accélération, le rythme du montage finit par se tétaniser, excluant toute émotion.
   Eisenstein s'avère là un intellectuel davantage qu'un artiste. Sa tête bouillonne d'idées extraordinaires qu'il met ensuite en application. 28/08/03
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Le Cuirassé Potemkine (Bronenosetz Potemkin) 1926 65'
Commentaire

Alexandre Nevski URSS VO 1938 100' ; R. S. M. Eisenstein ; Sc. P. Pavlenko et S. Eisenstein ; Ph. E. Tissé ; M. S. Prokofiev ; Int. N. Tcherkassov (le prince Alexandre Nevski), N. Okhlopkov (Vassily Bouslaï), A. Abrikosov (Gavrilo Olebsitche), D. Orlov (Ignat), V. Massalinova (Amelfa Timofeevna), V. Ivasheva Olaga), A. Danilova (Vassilissa).

   Après avoir battu les Suédois sur la Néva, le prince Alexandre Nevski s'est retiré dans une communauté de pêcheurs. Les Russes le supplient de se mettre à leur tête pour repousser les Chevaliers teutoniques. Il accepte et lève les paysans. Grâce à la stratégie et au courage du prince, les Teutons sont défaits sur le lac glacé Tchoudsk. La glace se rompt sous le poids de leurs armures, les Russes étant épargnés grâce à la cotte de maille. La belle Olga avait promis d'épouser le plus vaillant de ses deux prétendants, Gavrilo et Bouslaï. Après la mêlée, alors qu'ils sont tous deux couverts de blessures et épuisés, déclarant son rival le plus courageux, ce dernier se rabat sur une belle guerrière nattée.

   Par la stylisation des images autant que par le manichéisme naïf associé aux combats massifs et aux valeurs chevaleresques, l'œuvre se rattache au genre épique. Mais l'épopée se trouve adultérée par le parallèle distractif de l'épisode amoureux teinté de burlesque (le "montage d'attractions" ici n'est guère convaincant) et les arrière-pensées visant, au nom du danger allemand contemporain, à fédérer les peuples soviétiques autour de Staline. Le cadrage s'emploie à mettre en valeur le charisme du personnage d'Alexandre, identifié par le style du heaume à Alexandre le Grand.
   En bref, des procédés de l'ordre du divertissement de masse contribuent à l'instrumentalisation de l'art. Du coup, le manichéisme chevaleresque au nom de la guerre sainte devient une doctrine de haine. Les Teutons sont
fourbes et grotesques. Les représentants du pape qui les soutiennent évoquent la lâcheté et la mort.
   L'esthétique du film tient à des raisons formelles : le cadrage surtout, exalté par le commentaire dogmatique de la superbe partition musicale. La science du cadre permet de dépasser la centration de l'
a priori cognitif en faveur d'un jeu entre diégèse et cadre et la redistribution des rapports d'échelle à l'intérieur du cadre (composition quadratique (1)), d'autant mieux que la composition est toujours extrêmement épurée : lorsqu'un combattant raconte une blague il n'y a pas masse autour de lui comme à l'ordinaire. Les mouvements de foule paraissent feindre le respect des limites du cadre en le frôlant avant de le franchir. Des files interminables traversent le champ sur le tracé de figures décalées et mal inscrites dans le cadre comme si celui-ci n'était qu'une transition absurde et dérisoire du hors champ. Ce que confirme la distribution d'échelle des éléments dans le cadre : ciels dominant une mince bande de terre où s'alignent des silhouettes lilliputiennes. Ou contrastes d'échelle outrés entre premier et second plan.
   Les fiançailles de l'idéologie politique et de l'art seront toujours obscènes. Question cependant : qu'est-ce qui est le plus abject, l'endoctrinement autoritaire de l'Est ou la propagande bien-pensante et spontanée du cinéma dominant de l'Ouest ? 25/08/03
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Luciano EMMER
liste auteurs

Dimanche d'août (Domenica d'agosto) It. VO N&B 1949 75' ; R. L. Emmer ; Sc. Sergio Amidei, Franco Brusati, Cesare Zavattini, Luciano Emmer ; Ph. Domenico Scala, Leonida Barboni ; M. Roman Viad ; Pr. Colonna Films ; Int. Anna Baldini (Marcelle), Vera Carmi (Adriana), Franco Interlenghi (Henri), Massimo Serato (Robert).

   Manifeste néoréaliste reconstituant la journée du dimanche 7 août 1949 : début=matin et départ de Rome pour la plage d'Ostie, fin=soir et retour.

   Film de groupe avant la lettre par l'entrecroisement de plusieurs destins, et dont l'accompagnement musical se conjugue avec la diégèse de façon subtile. Coda de samba coïncidant ironiquement avec le geste de coquetterie un peu raide d'une femme antipathique, jazz au rythme énumérateur accordé avec une rangée en travelling de jeunes alignés de dos sur des travées, mais qui s'avère être effectivement joué sur la piste de danse.
   Le réalisme social touche diverses couches sans didactisme. Le filmage de Rome comme de la gare, de la route, du train, de la plage soigne l'aspect documentaire.
   Ce n'est pas tout à fait comme on l'a dit "l'authentique chef-d'œuvre du cinéma italien de l'immédiate après-guerre". On y sent l'influence du
Voleur de bicyclette (1948) dans la manière de filmer la multitude, même s'il y a plus de gouaille que de lyrisme ou de pathétique. 6/02/00 Retour titres Sommaire

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Jean EPSTEIN
liste auteurs

La Chute de la maison Usher Fr. muet N&B 1928 64'
Commentaire

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Victor ERICE
liste auteurs

L'Esprit de la ruche (El espíritu de la colmena) Esp. VO 1973 95’
Commentaire

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Jean EUSTACHE
liste auteurs

La Maman et la Putain Fr. N&B 1973 209'; R. , Dial., Sc. J. Eustache ; Ph. Pierre Lhomme ; Pr. Pierre Cottrell ; Int. Jean-Pierre Léaud (Alexandre), Danièle Lebrun (Veronika), Bernadette Laffont (Marie), Elisabeth Weingarten (Gilberte).

   Prix spécial du jury au festival de Cannes 1973. Fiction-document poétique post-soixante-huitard peignant à traits oxymoriques les mœurs libres et désabusées de l'époque. Alexandre, jeune oisif trônant aux Deux-Magots, vit aux crochets de Marie la "maman" de 30 ans en l'absence de qui il rencontre Veronika, une infirmière logée à l'hôpital qui "se fait baiser" copieusement à titre précaire par le tout-venant. Ils ont de longues conversations au "bord de l'eau", au café où dans l'appartement de Marie.
   Le ton est à la fois cérémonieux et primesautier, ce que contredisent les visages émouvants en plans fixes. On parle beaucoup de sexe, mais aussi de cinéma (hommage à Bresson notamment dont on sent par ailleurs l'influence). Elle demande : "vous ne voulez pas me baiser ?" Il décline tout d'abord. Les propos sont cyniques comme si l'amour qui triomphe à la fin dans une scène hystérique ne pouvait s'exprimer que de façon haineuse. La relation sexuelle triangulaire passionnée qui s'ensuit en exacerbe le ton.

   Ces interminables plans fixes sont portés par la tension d'une impro libre ou construite qui a du souffle, et la rigoureuse focalisation sonore par laquelle les événements en profondeur de champ sont silencieux, et cela sans musique aucune..! Un film qui fait date mais dont on n'a retenu que l'aspect réaliste du jeu spontané.
   L'essentiel est plutôt dans l'art de pousser le seuil de rupture du fragment le plus loin possible, et dans cette troublante contradiction entre l'apparence blasée et la passion qui couve. Ce qu'on a pris pour réalisme n'est que pièce du système. C'est là qu'éclate la liberté, davantage que dans la crudité des paroles clouées comme des trophées obscènes au maître-mur de cet édifice baroque et mouvant. 22/05/00
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Mes Petites amoureuses Fr. 1974 123'
Commentaire

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Ugo FALENA
liste auteurs

Roméo et Juliette It. N&B coloré au pochoir (Pathécolor) 1912 40' env. ; R., Sc. U. Falena, d'après Shakespeare ; Pr. Film d'Arte Italiana, Rome/S.A. Pathé-Frères, Paris ; Int. Francesca Bertini (Giuletta), Gustavo Serena (Roméo), Giovanni Pezzinga (Thibalde).

   Juliette et Roméo, qui appartiennent à des familles ennemies, s'aiment. Ils se marient en secret. Le père de Juliette la destine en mariage à Thibalde, qui surprend leur intimité. Roméo est exilé pour avoir blessé son rival en duel. Pour échapper à la décision paternelle, Juliette absorbe un narcotique donnant l'apparence de la mort. Revenu clandestinement, Roméo dupé se poignarde au moment où l'épouse morte s'éveille. Elle s'empare du poignard et va rejoindre son amour dans la tombe.

   Roulements d'yeux et gestes aussi grandiloquents que signalétiques s'exercent dans de beaux décors, médiévaux en extérieurs, stylisés et chatoyants en intérieur, par plans fixes avec quelques imperceptibles travellings de recadrage toutefois.
   À noter, le pathétique funèbre du drap de catafalque soulevé par un courant d'air d'outre-tombe et le voile remué de même venant caresser le poignard, ce qui inspire à Roméo le geste fatal.
   Irremplaçable intérêt de témoignage d'un genre du temps : celui du "film d'art", dont les vertus devaient reposer sur de prestigieux antécédents dramatiques ou picturaux. Voir les
images. 3/07/03 Retour titres Sommaire

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Joseph FARES
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Jalla ! Jalla ! Suède VO 2000 88' ; R., Sc. J. Fares ; Ph. Aril Wretblad ; M. Daniel Lemma ; Pr. Memfis film ; Int. Fares Fares (Roro), Torkel Peterson (Mans), Tuva Novotny (Lisa), Abdulahad Fares (Abdul), Kathoun Fares (Farmor), Laleh Pourkarim (Yasmin), Leonard Terfelt (Paul).

   Roro et Lisa s'aiment mais la famille arabo-chrétienne de Roro entend lui faire épouser Yasmin, une Libanaise. Il feint d'accepter pour rendre service à celle-ci menacée de rapatriement libanais si elle reste célibataire. Par ailleurs, Mans, le meilleur ami de Roro, a des problèmes avec sa petite amie parce qu'il ne bande plus depuis trois semaines. Mais il retrouve son intégrité après s'être follement épris de Yasmin. Le jour du grand mariage il y a foule. Roro déclenche une bagarre monstre en imposant Lisa à la place de celle attendue. Les deux couples s'enfuient avec la bénédiction du père de Roro.

   Tous les ingrédients d'une comédie burlesque avec matraquage de fosse, effets spéciaux, zooms brutaux et autres extravagances plus ou moins faciles, mais avec beaucoup de drôlerie, et divers jolis plans de visages de jeunes amoureuses. 11/03/02 Retour titres Sommaire

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Asghar FARHADI
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A propos d'Elly (Darbareye Elly) Iran VO (farsi) 2009 118' ; R., Sc. A. Farhadi ; Ph. Hossein Jafarian ; Mont. Hayedeh Safiyari ; Son Hassan Zahedi ; Pr. A. Farhadi ; Int. Taraneh Alidousti (Elly), Gloshifteh Farahani (Sepideh), Mani Haghighi (Amir), Shahab Hosseini (Ahmad), Merila Zarei (Shohreh), Peyman Moadi (Peyman), Rana Azadivar (Nassi), Ahmad Mehranfar (Manouchehr), Saber Abar (Alireza).

   Un groupe d'amis se connaissant de la fac de Téhéran va passer trois jours de WE au bord de la mer Caspienne. Il y a un célibataire et trois couples avec enfants dont Amir et Sepideh, qui a invité Elly, l'institutrice de leur fille, dans l'idée d'une union avec Ahmad le célibataire. Celle-ci a accepté sous la réserve expresse qu'elle ne restera qu'une nuit. Mais Sepideh insiste et cache même ses affaires et son portable pour qu'elle ne puisse s'échapper. 
   Chacun étant à ses occupations, Elly est chargée au pied levé de surveiller les enfants sur la plage. Soudain une des fillettes vient appeler à l'aide. Le petit Arash a disparu. On parviendra in extremis à le sauver de la noyade sans s'apercevoir tout de suite de l'absence d'Elly. Les recherches restent vaine et les secours en mer abandonnent. L'hypothèse que la jeune femme qui tenait tant à limiter son séjour ait pu s'éclipser met un doute, le corps restant introuvable. Joint par le portable de la disparue le fiancé accourt et comprend que l'escapade était une façon de rompre avec lui. Finalement il sera appelé à identifier le corps à la morgue.

   Situation limite d'autant que rien dans le ton de joyeux week-end en bande ne la laissait prévoir, et que l'ambiguïté ne cesse d'épaissir le mystère. Elle devient le révélateur du comportement humain dans ses contradictions les plus criantes, où la culpabilité joue un grand rôle. Ce qui est intéressant et peu banal c'est cette opacité du devenir, le récit procédant des enjeux liés aux personnages et de la nature de leurs rapports, et non l'inverse qui relèverait d'un programme déclaré. Ainsi le mensonge tenant lieu de défense de la culpabilité génère les péripéties. On hésite longtemps à dévoiler au fiancé la vérité pour se protéger du scandale que représente l'entremise matrimoniale auprès d'une jeune femme déjà engagée, faute morale gravissime dans cette société. Ce qui génère des développements dilatoires. Tout  du reste part du plan secret de Sepideh à cet égard et de ses ruses pour retenir Elly afin de caser son ami Ahmad. La caméra et le montage ont ce même rôle à accentuer le non-dit et le hors-champ qui est le non-dit de l'image.   12/02/15 Retour titres Sommaire

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John FARROW

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La Grande horloge (The Big Clock) USA VO N&B 1948 95' ; R. J. Farrow ; Sc. Jonathan Latimer, d'après Kenneth Fearing ; Ph. John Seitz ; M. Victor Young ; Pr. Paramount ; Int. Ray Milland (George Stroud), Charles Laughton (Earl Jannoth), Maureen O'Sullivan (Georgette Stroud), George Macready (Steve Hagen), Rita Johnson (Pauline York).

   Journaliste à Crimeway Magazine, une des nombreuses publications appartenant à l'ignoble magnat Earl Jannoth, George Stroud, n'a jamais pu prendre de vacances. Pire : sa femme attend depuis sept ans le voyage de noces. Une nouvelle fois, étant sur le départ, il est sollicité par le patron en raison de ses talents d'enquêteur. Il démissionne et se saoule dans un bar avec Pauline York, la maîtresse de Jannoth. S'apercevant qu'il a raté le train et que son épouse est partie avec leur petit garçon, il poursuit la soirée et se retrouve au domicile de la jeune femme, qu'il doit quitter précipitamment à l'arrivée de Jannoth. Ce dernier insulté par Pauline perd son sang-froid et l'assomme à mort avec un cadran solaire que George avait dérobé dans le bar.
   Ayant rejoint son épouse par air, George est rappelé pour mener une enquête concernant Pauline. Il accepte pour ne pas la compromettre. En réalité Jannoth dissimule le crime pour en charger la mystérieuse personne qui se trouvait avec sa maîtresse cette nuit-là : George doit donc retrouver un inconnu qui n'est autre que lui-même. Il découvre bientôt le
meurtre et comprend qu'il en sera accusé. Au siège de l'empire de Jannoth, les témoins affluent et George est bientôt forcé de se cacher. Mais, avec l'aide de son épouse revenue de la campagne, il finit par confondre Jannoth qui s'affole, abat son complice et associé puis fait une chute mortelle dans la cage de l'ascenseur.

   Le film lui ne tombe jamais dans la cage de la banalité pour maintes raisons. Le récit commence par la fin alors que George traqué dans l'immeuble risque sa vie. Ce compte à rebours est associé au thème de la grande horloge, qui est la fierté de Jannoth : une horloge parfaite réglant toutes les heures de l'édifice. Son mécanisme est logé dans une tour qu'occupe aussi le poste de commande.
   Cette métaphore qui est aussi celle du pouvoir s'enrichit en tant que telle d'un beau décor
futuriste constellé de cadrans et de témoins lumineux, auquel répond un luxe d'une modernité toujours en vigueur après plus d'un demi-siècle.
   Conduit avec une précision d'horloge, le récit se complexifiant graduellement ne laisse aucune chance à son héros. L'ultime dénouement jaillit donc comme un ressort qui se débande.
   La personnalité de Laughton fait merveille sans empiéter sur les autres personnages et le dialogue est constamment empreint d'une sorte d'inimitable humour sérieux. 16/04/03
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Rainer Werner FASSBINDER
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Pourquoi M. R. est-il atteint de folie meurtrière ? (Warum Laüft Herr R. Amok) RFA VO couleur 1969 88' ; R. W. Fassbinder et Michael Fengler ; Ph. Dietrich Lohmann ; M. "Gehnicht vorbei" de Christian Anders ; Mont. Franz Walsch et Michael Fengler ; Pr. Wilhelm Rabenbauer ; Int. Kurt Raab (Herr R.), Lilith Ungerer (son épouse), Amadeus Fengler (leur fils), Franz Marn (le patron), Harry Baer (un collègue).

   Monsieur Raab, jolie épouse au foyer, et gracieux enfant, travaille dans un cabinet d'architecte où il gagne bien sa vie et peut espérer de l'avancement, donc un appartement plus spacieux. Mais des ombres légères s'avancent. Son fils connaît quelque déboire scolaire, des conflits anodins éclatent entre ses parents et son épouse, ses coups de fil privés sur son lieu de travail dépassent un peu la mesure, il fait un long discours de pochard à la fête de Noël du bureau. On sent que sa promotion est compromise et que de toute façon ce travail ne l'intéresse pas.
   Un soir il saisit un lourd chandelier, allume la chandelle, se dirige vers la voisine qui papotait avec sa femme pendant qu'il s'évertuait à suivre une émission TV, l'assomme à mort puis de même façon exécute femme et fils. Le lendemain matin, il se pend dans les toilettes du bureau.

   À couper le souffle, tant cela survient comme dans la vie, sans aucun signe annonciateur, grâce sans doute aux séquences en temps réel associées au refus du raccord.
   La caméra semble prendre le malaise avec légèreté. Elle s'attarde longuement en plongée sur la tête penchée d'un collègue à sa table à dessin faisant de petits tracés avec minutie, puis toujours en plongée, passe à un autre, rendant simplement sensible le tassement vertébral généralisé dans l'air confiné stagnant à hauteur de table.

   Le Septième continent de Haneke lui doit sûrement beaucoup. Pas une ride ! Ne pas toutefois oublier la contribution de Michael Fengler. 29/01/01 Retour titres Sommaire

Whity 1970 RFA VO couleur 95’ 
Commentaire

Tous les autres s'appellent Ali (Angst essen Seele auf) RFA VO 1973 93' ; R., Sc. R. W. Fassbinder ; Ph. Jürgen Jürges ; M. Doc. Archives ; Pr. Tango Film, Munich ; Int. Brigitte Mira (Emmi), El Hedi Ben Salem (Ali), Barbara Valentin (Barbara), Irm Hermann (Krista), Fassbinder (Eugen).

   Récit assez didactique mais authentique et généreux. Un Marocain épouse une femme de vingt ans son aînée. Rejet brutal de la part des trois enfants mariés de celle-ci et du voisinage. Déboussolé, Ali la trompe puis lui revient mais gravement atteint par un ulcère à l'estomac. Entre-temps, par un de ces revirements imprévisibles du réel social, ils sont acceptés.

   Le récit n'impose donc pas sa logique rigide. Le réel psychologique est longuement interrogé dans des plans rapprochés fixes sur des regards ou, en plus intense, sur l'image du personnage dans le miroir. Les sons hors champ, dont celui du baby-foot, y impriment une forte tension. La profondeur de champ des intérieurs - parfois floue - à travers un chambranle marque la distance propre à l'étranger toujours quelque peu exclu.
   Les entrées de la maison armées de barreaux évoquent la prison. Regard malicieux du réalisateur lorsque les époux se quittent symétriquement chacun d'un côté le matin sur le trottoir au son d'une cloche ou qu'Emi prend la défense les Arabes tout en dégustant une banane. Mais inquiétude le soir lorsque Ali attend sur le même trottoir et que le même tintement se fait entendre.
   Ce sont en fait des ambiguïtés voulues comme quand Emi s'exclame : "On ne reste pas dans cette porcherie !", puis sanglote en émettant des bruits porcins. De même que, bien qu'apparemment antiraciste, elle souhaite dîner dans le même restaurant qu'Hitler. Elles sont à la mesure du déroulement imprévisible des faits.
   Fassbinder, en nous montrant l'envers du racisme ordinaire, rend dérisoires les fausses valeurs qui le sous-tendent. Mais il nous avertit que le bien ne repose que sur des ambiguïtés ou des motifs latéraux. 28/02/00
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Martha RFA VO couleur 1973
Commentaire

Maman Kusters s'en va au ciel (Mutter Küsters fahrt zum Himmel) RFA VO couleur 1975 95'
Commentaire

Roulette chinoise (Chinesisches Roulett) RFA VO couleur 1976 76' ; R., Sc., Dial. R.W. Fassbinder ; Ph. Michael Balhaus ; M. Peer Raben ; Pr. Films du losange/Albatros Prod. ; Int. Margit Carstensen (Ariane), Ulli Lommel (Kolbe), Anna Karina (Irène), Alexander Allerson (Gerhard), Andrea Schober (Angela), Macha Méril (Traunitz), Volker Spengler (Gabriel), Brigitte Mira (Kast).

   Gerhard vient passer le week-end avec sa maîtresse Irène dans son château que garde Kast avec son fils Gabriel. Il tombe sur son épouse Ariane en compagnie de Kolbe, son amant. Puis, flanquée de sa gouvernante muette Traunitz, débarque Angela, la fillette de Gerhard et d'Ariane, une infirme qui a manigancé la rencontre en faisant croire à son père qu'elle allait au zoo avec sa mère. Elle organise un jeu de la vérité appelé "roulette chinoise" (portrait chinois en français). On choisit secrètement une personne parmi l'assistance et on répond aux questions "si elle était telle chose que serait-elle ?" Le meneur de jeu, s'arrange pour qu'il en sorte un portrait cruel de sa mère. Celle-ci tire sur la gouvernante qu'elle ne fait que blesser après avoir visé sa propre fille.

   Prenant le contre-pied des valeurs cinématographiques admises, à partir d'une dramaturgie forte fondée sur la haine, le mensonge et la cruauté qui accouche la vérité, Fassbinder (ce ne peut être que de lui, cette façon insolente de suivre son propre chemin sans chercher à s'ajuster le moins du monde aux habitus de la profession) filme en gros plan des visages paradoxaux à la fois surpris dans leur naturel élan intentionnel et en suspens le temps du plan.
   Attestant que le mensonge provient d'une laborieuse présomption d'unité, le mobilier en plexiglas dédouble et redistribue par réflexion des fragments de corps, comme des mots en quête douloureuse de reformulation. Dans l'atmosphère raréfiée par les compromissions du monde réel, c'est donc un univers dépourvu des concessions sociales d'usage qui vient ventiler nos poumons asphyxiés.
   On a dit que ce n'était pas un bon Fassbinder. Air connu. Que veut dire bon ou mauvais en l'absence des critères appropriés ? Chaque détail est à sa place et tient son sens de l'indémontrable évidence d'un ensemble nécessaire. 5/07/03
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Le Mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun) RFA VO couleur 1978 120' ; R., Dial. R.W. Fassbinder d'après Gehrard Zwerens ; Sc. Peter Marthesheimer, Pia Frölich ; Ph. Michael Ballhaus ; M. Peer Raben ; Pr. Albatros Film ; Int. Hanna Shygulla (Maria Braun), Klaus Löwitsch (Hermann Braun), Ivan Desny (Oswald), Gottfried John (Willi), Gisela Uhlen (la mère de Maria).

   L'officier d'état civil qui fuyait sous les bombes est forcé d'achever les formalités du mariage de Maria et d'Hermann en uniforme d'officier et sur le départ au front. Il est donné bientôt pour mort mais elle n'y croit qu'après confirmation d'un copain de retour. Entraîneuse dans un bar, la veuve supposée devient la maîtresse d'un Noir américain dont elle tombe enceinte (l'enfant ne survivra pas). Hermann surgissant à l'improviste les surprend sur le point de. Maria tue son amant sans le vouloir, mais c'est Hermann qui endosse le crime et doit purger une lourde peine de prison.
   Déterminée en l'attendant à faire fortune pour deux, elle devient la maîtresse et la collaboratrice de l'homme d'affaires français Oswald, qui l'aime tout en admettant qu'elle n'aime que son mari. Il se rend à la prison à l'insu de Maria "pour connaître l'homme qu'elle aime" et conclure avec lui un pacte secret. À sa libération, Hermann refuse de vivre dans la maison qu'a fait construire sa femme et disparaît, ne donnant signe de vie que par l'envoi régulier d'une rose. Après la crise cardiaque fatale d'Oswald, il revient. Le jour même, le notaire leur rend visite pour leur apprendre qu'ils ont hérité chacun de la moitié de la fortune du défunt. Maria ayant machinalement comme une allumette soufflé sur le gaz au lieu de fermer le robinet, la maison explose.

   Le récit est donc en boucle. Explosions au début et à la fin, et le grand amour n'aura connu qu'une nuit, celle des noces. Ce choix narratif à la fois extravagant et conventionnel imprime une note d'ironie au récit rendu léger, en contraste avec le destin de l'héroïne. Véritable figure de tragédie aux actes et paroles d'une crudité pure. Son engagement matrimonial est si absolu que sa vie sexuelle continue sans culpabilité comme ce qu'elle se doit à elle-même pour accomplir sa grande mission d'amour.
   Le son très étudié participe fortement de l'univers émotionnel. Le souffle court de la locomotive s'accorde avec l'anxiété de Maria dans l'attente du retour à la gare. Sifflet ou pulsations de vapeur interviennent à d'autres moments. Le montage image-son témoigne également d'un travail du langage et non de la représentation
(1).
   Au premier plan de la scène où Maria démontre ses talents de femme d'affaires au milieu des négociateurs masculins, figure le clavier d'un piano à queue, l'adagio d'un concerto pour piano de Mozart accompagnant la scène. Puis Oswald se met au piano et double le pianiste de fosse d'un son faussé. D
issonante unisson sublimant le rayonnement de Maria au service duquel le pianiste se met à sa manière. C'est à la fin de cette scène que Maria lui déclare : "je veux coucher avec vous".
   En faisant honte au rouleau compresseur de la marchandise-spectacle, Fassbinder nous délie ! 5/11/00
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La Troisième génération (Die dritte Generation) RFA VO couleur 1979 106'
Commentaire

Lili Marleen RFA VO couleur 1980 115' R. R.W. Fassbinder ; Sc. R.W. Fassbinder, Manfred Purzer, Joshua Sinclair, d'après L. Andersen ; Ph. Waver Schwarzenberger ; M. Peer Raben, Norbert Schultze, Gustav Mahler ; Pr. Roxy Film/CIP Film/Rialto Film ; Int. Hanna Schygulla (Willie), Giancarlo Giannini (Robert Mendelsson), Mel Ferrer (David Mendelsson), Karl-Heinz von Hassel (Henkel), Christine Kaufmann (Miriam), Karin Baal (Anna Lederer), Adrian Hoven (Ginsberg).

   La chanteuse de Cabaret Willie devient la figure de proue du régime hitlérien pour avoir lancé une chanson nostalgique célèbre sur le front et au-delà : "Lili Marleen". Juif influent aidant une organisation de résistance, le père de son amant zurichois, Robert, un pianiste doué, la fait secrètement interdire de séjour en Suisse. Sans être farouche avec les dignitaires nazis, elle vit luxueusement avec son virtuose helvétique, qui la visite en Allemagne au risque de sa vie. Pour lui, elle collabore à la résistance. Les nazis la soupçonnant interdisent la chanson, désormais trop emblématique pour s'oublier. À la fin de la guerre, Willie rentre à Zurich où elle découvre que Robert maintenant chef d'orchestre en renom est marié. Elle part seule dans la nuit.

   Les faux raccords et autres astuces de liaison, les ellipses, les plans distanciés à travers des vitrages, les recherches d'angle rappelant l'esthétique nazie, les mystères de la polychromie nocturne, le montage parallèle "engagé" de la chanson avec les massacres du front, les qualités de la prestation de Hanna Schygulla, y compris son interprétation de chanteuse, n'empêcheront pas ce film d'être sans doute un des moins intéressants de Fassbinder.
   L'utilisation des plus conventionnelles de la musique de fosse (pourtant de Peer Raben !) n'en est qu'un symptôme. C'est que l'histoire et la biographie, où le réalisateur allemand n'est pas vraiment dans son élément, y pèsent trop. Le seul aspect vraiment personnel réside dans le portrait d'une femme que ses contradictions placent au-dessus des contingences bourgeoises. 26/06/02
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Berlin Alexanderplatz RFA-It. couleur 1980 15h 30, feuilleton en 13 épisodes et un épilogue VO (berlinois)
Commentaire

Lola, une femme allemande (Lola) RFA VO couleur 1981 113' R., Dial. R.W. Fassbinder ; Sc. Peter Märthestheimer, Pea Fröhlich, Rainer Fassbinder ; Ph. Xavier Schwarzenberger ; M. Peer Raben ; Pr. H. Wendland/Rialto Film/Trio Film ; Int. Barbara Sukowa (Lola), Armin Mueller-Stahl (von Bohm), Mario Adorf (Shuckert), Matthias Fuchs (Esslin), Karin Baal (la mère de Lola), Ivan Desny (Wittich), Christine Kaufmann (Susi).

   En 1957 Dans une petite ville allemande que pourrissent des spéculateurs immobiliers menés par Shuckert, cynique entrepreneur et propriétaire d'une maison close, le gouvernement a nommé un nouveau directeur des travaux publics, l'intègre von Bohm, qui souhaite remettre de l'ordre sans bousculer les privilèges. Mais, ignorant son identité, il s'éprend de la star du bordel Lola, également favorite de Shuckert. Quand il apprend la vérité, il décide d'abord de couler ce dernier, puis, pour épouser Lola, se laisse corrompre. La jeune beauté vénale devient une femme respectable tout en restant la maîtresse de Shuckert, qui leur a laissé la concession du bordel jusqu'à la majorité de la fille de Lola, dont il n'est autre que le père (présumé car on voit souvent la petite dans les bras d'un amant de cœur de Lola).

   Inspirée, comme L'Ange bleu de Sternberg, de Professor Unrat d'Heinrich Mann dans des décors aux tons dénaturés mais éclairages superlatifs et dont l'économie met en relief l'éthique frelatée des notabilités, c'est une satire sans illusion de la société allemande d'après-guerre, qui ne laisse pas même d'espoir dans les ressources féminines.
   La construction en séquences terminées par un zoom sur un fondu enchaîné flou qu'accompagne un accord modulé crescendo jusqu'à l'extrême aigu, y imprime un régime d'implacable démonstration ironique. Fassbinder a beau user de moyens symboliques
(1) (ex. éclairée par le phare intermittent des policiers, la dispute du ménage Shukert dans le cabriolet BMW dardant à intervalles panotés sa calandre menaçante au bout du long museau), il semble cependant s'être appuyé un peu trop sur ses acquis.
   Sa profonde humanité qui ne peut s'affirmer qu'à l'encontre des fausses valeurs régnantes se dégage mal d'une peinture sociale où les contradictions éclatent moins qu'à l'ordinaire. 11/04/02
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Querelle (Querelle, Ein Pakt mit dem Teufel) RFA VO (anglo-américain) couleur 1982 120' ; R., Sc. R.W. Fassbinder, d'après Jean Genet ; Ph. Xavier Schwarzenberger ; Déc. Rolf Zehetbauer ; M. Peer Raben ; Pr. Planet Film-Gaumont ; Int. Brad Davis (Querelle), Franco Nero (lieutenant Seblon), Jeanne Moreau (Lysiane), Laurent Malet (Roger), Hanno Poschl (Robert et Gil), Gunther Kaufmann (Nono).

   Le navire du marin Querelle, dont est amoureux le lieutenant Sablon, personnage narrateur, fait escale à Brest. Au cabaret-bordel la Féria, Querelle retrouve son frère Robert, amant de la patronne Lysiane (Jeanne Moreau : Galerie des Bobines). Les clients jouent les prostituées aux dés avec Nono le patron, époux de Lysiane. S’ils perdent, il les sodomise. Querelle joue ainsi la patronne. Trichant pour perdre, il est sodomisé par Nono. Il finira par coucher avec Lysiane qui le désire, mais ce n’est pour lui que diversion. Il découvre que s’il aime un homme il doit jouer le rôle actif à son tour.  
   Par ailleurs, il incline à patauger dans les trafics louches, tue un complice et se lie avec un autre meurtrier, double physique de son frère, qu'il aime mais donne à la police "par sacrifice".

   Pour exprimer un monde irreprésentable, toujours en position de viol des interdits : meurtre, délation, sodomie, vampirisme, etc., Fassbinder a choisi la stylisation des décors, des costumes, des gestes (ballet de la lutte, marins au travail circonscrits dans un petit carré comme sur un ring) de l'éclairage (visages bleus, rouges, verts), du son, du temps par l'anachronisme (jeux électroniques, moto Suzuki à l'image et au son et magnétophone miniaturisé dans un décor d'avant-guerre) et de l'espace par la condensation de lieux éloignés (Brest en port colonial). Les procédés paraissent relever du théâtre plus que du cinéma, mais ils satisfont surtout au parti pris de l'artifice affiché à l'encontre du vain naturalisme. C'est l'extérioration des contradictions et de la violence constitutives de la condition humaine qui fait œuvre de vérité.
   Ainsi celle-ci éclate-t-elle dans un jeu poétique où intervient sur cartons blancs le très beau texte de Genet ("Nous aimerions lier l'idée du chagrin à ces moments où Querelle sentait les rides légères de l'oubli sur son corps ravagé") et des citations de Plutarque, ainsi qu'un portrait de Saint-Just par Paganel.
   Entreprise quasi-mystique consistant à se charger du pire pour que le bien ne soit pas seulement le mépris (la censure) du mal. L'existence de Querelle est pathétiquement déniée à la fin comme sorte de récupération sociale d'une expérience cruciale dans un monde résolument dédié à la part homo du bisexuel Fassbinder. Superbe musique empoisonnée de Peer Raben, qui semble tenir le rôle du brouillard du roman de Genet : chœurs vaguement mystiques modulés en décrescendo avec point d'orgue à l'orgue, jazz à la Reinhard, tango.
   Aucune concession, paraît même se foutre du monde. 1/06/00
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Paul FEJOS
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Fantômas Fr. 1932 78' ; R., Sc. P. Fejos, d'après Souvestre et Allain ; Ph. Roger Hubert ; Pr. Braunberger/Richebé ; Int. Jean Galland (Fantômas), Thomy Bourdelle (Juve), Tania Fedor (Lady Beltham), Marie-Laure (marquise de Langrune), Gaston Modot (Firmin), Georges Rigaud (Charles Rambert).

   L'assassin de la marquise de Langrune, qui n'est autre que Fantômas, parvient à échapper à l'inspecteur Juve.

   Fantômas est le prétexte d'un polar d'époque tout ce qu'il y a de plus plat, avec sifflements lugubres dans un château et deux assassinats par strangulation avec l'assistance des accessoires les plus modernes : train, automobile, avion. Bien entendu Fantômas, à force de sauter des trains et des voitures en marche, réussira à s'échapper pour d'autres épisodes… 12/02/01 Retour titres Sommaire

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Federico FELLINI
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La Strada It. VO N&B 1954 ; R. F. Fellini ; Sc. F. Fellini, Tullio Pinelli, Ennion Flaiano, d’ap. F. Fellini et Tullio Pinelli ; Ph. Otello Martelli ; M. Nino Rota ; Pr. Ponti/De Laurentiis ; Int. Giulietta Masina (Gelsomina), Anthony Quinn (Zampano), Richard Basehart (Il Matto).

   Gelsomina, jeune fille simplette, est achetée 10000 lire à sa mère par le baladin Zampano qui l’enlève sur son triporteur. Elle assiste cet athlète de foire dans le spectacle itinérant dont le clou consiste à forcer une chaîne de fer en bombant la poitrine. Bien que traitée en esclave, tentée plus d’une fois de rentrer chez elle et souffrant de ses incartades féminines, elle aime en silence cet homme fruste et brutal. Zampano ayant tué sans le vouloir un gentil funambule qui le narguait, Gelsomina perd l’esprit. Il l’abandonne, mais quelques années plus tard s'effondre de chagrin en apprenant sa mort.

   Allégorisé par le cheminement itinérant, récit initiatique d’une brute épaisse qui découvre sa propre humanité longtemps après la mort de l’idiote qu’il avait traitée comme un chien.
   Influence néoréaliste dans tel décor en plan d’ensemble de buildings d’après-guerre entourés de terrains vagues animés aux plans visuel et sonore d'une population composée de nombreux enfants, ou d’un bistro devant lequel se chamaillent des ivrognes au fond d’une vaste place sillonnée par des rails. A la différence d’un Rossellini cependant la religion, fait culturel comme un autre, est un moyen de caractériser l’intrigue et les personnages. Le parcours routier comporte deux épisodes relatifs à l’église : halte dans un couvent et procession. C’est l’aspect humain qui prévaut au couvent : la sœur qui prend en affection Gelsomina est sœur de cœur. Les larmes de l'’adieu du petit matin sont un rappel du départ de la maison familiale. Quant à la procession elle constitue le matériau d’une vision proprement fellinienne.
   Faisant suite à la parade des trois musiciens rencontrés sur le chemin, auxquels Gelsomina emboîte le pas, par la transformation comique de la farandole en marche funèbre sur le même thème musical, elle est surtout mise en valeur de la naïve dévotion de l’héroïne, qui ne diffère pas de celle qu’elle porte à la performance du funambule. Ici Fellini dépasse magnifiquement le réalisme naïf au profit d’une approche de l’insondable humanité. Jusqu’à prendre des risques véritablement artistiques tels celui du dévoilement soudain de la dextérité de Gelsomina à la trompette, sorte d’événement fantastique à la mesure de la pureté du personnage.
   Ce n’est cependant jamais par un dérèglement de la mondanité cognitive au moyen de l’alchimie du langage filmique. Voilà sans doute pourquoi la musique a si grande importance : elle supplée une incapacité d’écriture. On a dit que Fellini était un génie. Oui mais thématique, pensant le filmable avant le filmique. Ce qui fait la valeur de La Strada, c’est le jeu extraordinaire des protagonistes, le pittoresque triporteur, le monde marginal du cirque, l’attention prêtée aux petites gens. C’est même l’imagination photographique : voyez ces vaguelettes noires bordées de blanc venant mourir sur le rivage nocturne comme des faire-part de décès dans le dernier plan. Mais, rien ne sort du filmage lui-même. Les cadrages, au-delà du style néoréaliste, sont strictement subordonnés aux besoins narrato-cognitif. De même que les mouvements d’appareil sont réglés sur les mouvements de champ sans nul sens de l’économie, et le montage repose platement sur le fondu-enchaîné de transition. Et pourtant, Fellini reste inimitable. 3/03/10
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Il Bidone It.-Fr. VO N&B 1955 108' ; R. F. Fellini ; Sc. F. Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano ; Ph. Otello Martelli ; M. Nino Rota ; Pr. Titanus/SGC ; Int. Broderick Crawford (Augusto), Richard Basehart (Carlo dit Picasso), Franco Fabrizi (Roberto), Giuletta Masina (Iris).

   Membre vieillissant d'une petite bande d'escrocs minables, Roberto peut mesurer sa médiocrité face à un ancien codétenu, richissime escroc de haut vol qui le méprise. Quand il tente de se rapprocher de sa fille restée avec sa mère et de l'aider pour ses études, il est reconnu par une victime et arrêté sous les yeux de l'adolescente. Dans l'une de leurs expéditions ordinaires chez les paysans, où déguisés en dignitaires ecclésiastiques ils déterrent un faux trésor légué, moyennant financement substantiel d'une kyrielle de messes au propriétaire du terrain par un prétendu défunt repenti, Roberto se laisse émouvoir par une jeune paysanne infirme de l'âge de sa fille. Il prétend ensuite lui avoir abandonné l'argent, mais ses acolytes le tabassent, trouvent l'argent sur lui et l'abandonnent dans un désert montagneux où il agonise.

   La crise morale pourtant authentique ne parvient donc pas à amender l'escroc. Le meilleur de ce mélange de néoréalisme et de comédie noire, est dans la dérision fellinienne éclatant dans certains plans. Le peintre du dimanche Carlo invité avec Roberto a naïvement apporté une de ses croûtes chez l'escroc riche et donc forcément connaisseur, lequel y jette un coup d'œil distrait puis passe à autre chose. Un peu plus tard, tandis qu'au premier plan le maître des lieux danse avec sa maîtresse parmi les invités, on voit plusieurs fois "Picasso" fugitivement à l'arrière plan dansant avec sa femme, le tableau sous le bras, et une dernière fois ostensiblement à la faveur d'un léger décadrage.
   Ou bien, son complice Augusto au cabaret fait la cour à une femme cadrée poitrine, dont un recadrage révèle qu'elle est en collant transparent avec un gros nœud sur les fesses. Ou encore, les escrocs s'émerveillant d'un cabriolet qu'ils ont "emprunté", tandis que des voitures américaines rappelant celle de l'escroc riche passent à l'arrière-plan.
   On retrouve aussi l'ambiance mélancolique des désertiques rues de bourgade nocturne où traînent ces bricoleurs en déshérence. Mais l'œuvre en son ensemble reste banale. Le trio du début composé avec une intention pittoresque inspirée du burlesque, d'un gentil à gueule d'ange, d'un dragueur futile et d'un loser, a un relent de déjà-vu. Le pathétique de la rencontre du père et de la fille aurait gagné à s'épargner les violons de fosse. Enfin, la fin réaliste de Roberto annule la dérision de sa fausse crise morale. Il n'y a pas dépassement mais juxtaposition de genres.
   En tout état de cause, c'est moins abouti que les productions de la même décennie (
La Strada 1954 ; Le Notti di Cabiria 1957). 31/08/01 Retour titres Sommaire

La dolce vita It.-Fr. VO N&B 1960 178'' ; R. F. Fellini ; Sc. F. Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano, Brunello Rondi ; Ph. Otello Martelli ; Mont. Leo Cattozo ; Déc. Piero Gherardi ; M. Nino Rota ; Pr. Riama/Pathé ; Int. Marcello Mastroianni (Marcello), Anita Ekberg (Sylvia), Anouk Aimé (Maddalena), Yvonne Fourneaux (Emma), Lex Barker (Robert), Alain Cuny (Steiner), Nadia Gray (Nadia), Magali Noël (Fanny), Valerai Ciangottini (Paola), Annibale Ninchi (le père de Marcello), Niko (Niko). Palme d'or, Cannes 1960.

   Récit fleuve décousu au rythme des tribulations à Rome de Marcello, journaliste qui fréquente le grand monde : un personnage falot, intellectuel raté, fiancé à Emma, vraie future mamma romaine qui, trompée régulièrement par ce fureteur nocturne impénitent, fait une tentative de suicide. Sous couvert de cette agitation primesautière sont satiriquement traversées les situations les plus contrastées, frasques d'une star américaine scandaleuse ou faux miracle traité comme grand spectacle populaire. Steiner est un ami cultivé qui seul rattache Marcello à ses rêves perdus d'une plus noble carrière. En se suicidant après avoir tué ses deux enfants, il incarne tragiquement l'ultime fait-divers qui, par dégoût, fait basculer Marcello définitivement dans la mondanité en devenant "public relation", sorte de bouffon voué à tirer les riches de leur élégant ennui. Un dernier signe du destin révolu lui est alors vainement adressé par une angélique adolescente (Paola) qui avait un moment attiré sa sympathie dans le café où elle était serveuse. A la fin il tombe sur un monstre marin échoué sur la rive, sorte de grotesque allégorie de son échec.

   Tout est surtout, comme toujours, dans la beauté des idées. Au générique, un hélicoptère dans lequel a pris place Marcello, transporte à destination du Pape au-dessus de Rome la statue d'un Christ bénissant le monde, ce qui est l'occasion pour le journaliste de batifoler à distance avec des jeunes femmes se prélassant en maillot de bain sur le toit en terrasse d'un immeuble. L'hélico fait donc le lien ironique entre les enjeux du récit via un substitut de la grue cinématographique. Marcello est, sur un mode blasphématoire, une sorte de Christ qui sera dérisoirement sacrifié sur l'autel de la "société du spectacle", celle où l'on a cessé d'être acteur de sa propre existence. 
   A travers un bavardage incessant qui a forme de reportage en des
scènes in extenso, percent des moments de grâce. Deux surtout me semblent éléments-clés : l'épisode, longuement préparé, du suicide et la rencontre de Paola.
    Prélude de comédie, le suicide raté d'Emma. Puis coucher silencieux des petits de Steiner sous des voiles de mousseline préfigurant la mort, beaucoup plus tard. Enfin, après le massacre, l'arrivée en bus de l'épouse qui ne sait encore rien et s'étonne de ces paparazzi qui, sans musique, virevoltent autour d'elle avec des frôlements ailés. "Paparazzi", pluriel de Paparazzo, le photographe de Marcello, en est resté dans la langue internationale.
   Après le suicide, Marcello qui a quitté le journalisme et traîne sur une plage sa bande de riches est hélé de loin, sur l'autre bord d'un petit estuaire par la petite Paola, qu'il avait en passant comparée à un ange à un moment quelconque du film. Mais, happé par la servitude de son nouveau job, il décline l'invitation à la rejoindre. Comme si après le choc du drame de Steiner, son idéal vivant disparu, il devait s'enfoncer davantage dans la médiocrité au lieu de saisir
par les cheveux le Kaïros.
    Pour le reste, caméra - quand elle ne cède pas au vertige de plans wellesiens - et montage sont sagement au service de l'idée, que
sursignifie la musique d'accompagnement, même si Fellini s'amuse à en relativiser le dictat en l'originant parfois, par surprise, dans la fiction (on s'aperçoit que c'était la radio de la voiture quand Maddalena l'éteint). 23/06/14 Retour titres Sommaire

Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti) It. VO couleur 1965 110' ; R. F. Fellini ; Sc. F. Fellini, Tullio Pinelli, Brunello Rondi, d'après F. Fellini et Ennio Flaiano ; Ph. Gianni di Venanzo ; Mont. Ruggero Mastroianni ; M. Nino Rota ; Pr. Angelo Rizzoli/Federiz (Rome)/Francoriz (Paris) ; Int. Giulietta Masina (Giulietta), Sandra Milo (Susie, Iris, Fanny), Mario Pisu (Giorgio).

   Pour Juliette, bourgeoise comblée qui a découvert que son mari et premier amour adulé la trompait à tour de bras, tout bascule. Elle cherche éperdue autour d'elle une issue à sa souffrance, dans son passé, dans le spiritisme, dans ses fantasmes, rêves et hallucinations, et même en affrontant la vérité de l'adultère à l'aide d'un détective. Cette descente aux profondeurs de son être lui apprendra qu'elle ne doit compter que sur elle-même et que ses seuls amis sont les arbres.
   Son plus vieux souvenir la ramène à ses six ans, à la fête de l'école où elle joue le rôle de la sainte martyre sur le grill. Son grand-père, chaud lapin qui a enlevé une ballerine, fait un scandale et interrompt le spectacle pour sauver sa petite fille de l'influence pernicieuse selon lui de l'enseignement religieux. Puis sur l'incitation d'un esprit appelé Iris, rencontré durant une séance de spiritisme et qu'elle identifie à la ballerine, ses fantasmes et hallucinations s'orientent sur la luxure. Elle fréquente Susie, une riche voisine obsédée sexuelle et sosie de la ballerine du souvenir. Puis son mari la présente, avec arrière-pensée, à un séduisant Espagnol qui la courtise discrètement. Tous les personnages composant ces situations, y compris sa mère, une beauté intemporelle assez méprisante, l'incitent à être aussi volage que Georgio.

   Réel et irréel se confondent parfois, et la prédiction d'un charlatan se trouve réalisée où un rêve de Susie fait allusion incidemment à l'épisode du martyre. De plus, en jouant l'air du film sur sa guitare, le bel Ibère brouille les frontières de la fiction. Surtout, la réalité est encore plus délirante que le rêve diurne ou nocturne, car Fellini en épinglant snobisme, faux-semblants et charlatanisme, nous régale d'une galerie de portraits fantasmagoriques. Se promenant vêtue d'une tunique semblable à une robe courte en compagnie d'une grande femme en plan large, Juliette ressemble à la fillette de l'épisode du martyre. A la fin dans un rêve diurne, elle se révolte contre sa mère et libère de ses liens la jeune martyre qui court vers son grand-père. Mais soudain adulte, elle s'entend dire qu'elle peut maintenant se débrouiller toute seule.
   Malgré l'actrice, les idées et la musique exceptionnelles, le film reste assez sage, sans vouloir nier son pouvoir de dérision et la force de certains plans délirants - notamment les fantasmes de Juliette - dont l'auteur a le secret. Comment est-ce possible ? Justement, et c'est exemplaire, ni l'imagination ni la musique, ni l'acteur, en soi, ne contribuent à la
filmicité (1).
   Trop souvent la valeur de l'image repose ici sur l'accompagnement musical tenant lieu de discours. On a parlé, à propos de l'effet Koulechov, du rôle déterminant du commentaire sur le sens des images. Pourquoi en irait-il autrement du commentaire musical ? 24/08/02
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Amarcord It.-Fr. VO Panavision-Technicolor 1973 118'
Commentaire

Intervista It. VO couleur 1987 112' R. F. Fellini ; Sc. F. Fellini, avec la collaboration de Gianfranco Angelucci ; Ph. Tonino Delli Colli ; M. Nicola Piovani ; Pr. Aljosha Production/Fernlyn/RAI 1/Cinecitta ; Int. Sergio Rubini (le journaliste), Maurizio Mein (l'assistant réalisateur), Anita Ekberg, Marcello Mastroianni et toute la troupe du film.

   Fellini tourne un film adapté de L'Amérique de Kafka. Il est interviewé par une équipe de reporters japonais, élément de distanciation ironique s'ajoutant au pittoresque du jeu des acteurs d'acteurs. Film dans le film où se mêlent passé et présent de Cinecitta, à la fois didactique du filmage, nostalgie du cinéma d'autrefois (on revoit notamment la scène de la fontaine de La dolce vita, confrontée avec Ekberg et Mastroianni d'aujourd'hui), nostalgie aussi de Nino Rota que pastiche Nicola Piovani, évocation de l'ambiance familiale du tournage avec référence à la vie de cirque et fantaisie fellinienne dite poétique : la scène dans le faux tramway devient un véritable trajet dans la ville d'avant-guerre et l'équipe est victime d'une fausse attaque indienne au finale.

   L'auteur de La dolce vita a l'art de parler de lui avec une apparente modestie, ce qui n'empêche que le succès du film repose sur la réputation du maestro. Authentique créateur jusqu'en 1970-1971, Fellini s'endormit sur ses lauriers après le magnifique accomplissement dans Amarcord et autres Clowns de son thème fétiche sur le mode tragi-cocasse : la nostalgie. 22/04/01 Retour titres Sommaire

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Pascale FERRAN
liste auteurs

Petits arrangements avec les morts Fr. 1994 108' ; R. P. Ferran ; Sc. Pierre Trividic, Pascale Ferran et Arnaud Desplechin ; Ph. Jean-Claude Larrieu ; M. Béatrice Thiriet ; Pr. Eclipsa, la Sept, Cinéa, Paneuropéenne ; Int. Didier Sandre (Vincent, le constructeur du château), Charles Berling (François, son frère cadet), Catherine Ferran (Zaza, leur sœur), Guillaume Charras (Jumbo, l'enfant).

   Puzzle réaliste de l'histoire, sur la côte bretonne, d'une famille et d'un petit garçon qui furent confrontés à la mort d'un proche. Un château de sable indéfiniment détruit par la mer puis soigneusement retaillé au couteau par Vincent rassemble tout le monde au finale, avant d'être définitivement absorbé par les vagues comme une mise en abyme. Chacun aura pu y projeter sa rêverie sur la mort.

   Sorte de documentaire-fiction à "plus-value sémantique", autrement dit d'une originalité assez conventionnelle. 10/04/00 Retour titres Sommaire

L'Âge des possibles Fr. 1995 105' ; R., Sc. P. Ferran ; Ph. Jean-Marc Fabre ; Son Jean-Jacques Ferran ; Pr. Agat Films & Cie/Théâtre National de Strasbourg ; Int. Anne Cantineau, Pascale Bussière, Denise Bombardier.

   Film de groupe humanisé par la vision tendre portée sur les personnages, notamment en focalisant sur le regard des protagonistes ou par l'éclairage, le choix de l'expression d'une physionomie, le cadrage. La musique d'accompagnement peut être un déterminant narratif à cet égard. Le mode d'articulation des diverses tendances idéologiques ou des comportements, traduit globalement une vision unitaire.
   Il s'agit de la vie à Strasbourg d'un milieu étudiant, où s'entrecroisent des parcours, se font et se défont des destins. Beauté de "plus-value sémantique", une fois de plus. 03/00
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Abel FERRARA
liste auteurs

King of New York USA VO couleur 1989 ; R. A. Ferrara ; Sc. Nicholas St. John ; Ph. B. Bazelli ; M. J. Della ; Int. Christopher Walken (Frank White), David Caruso (Dennis Gilley), Larry Fishburne (Jimmy Jump), Welsey Snipes (Thomas Flannigan).

   Sortant de prison, le caïd Frank White entend toujours régner sur les milieux new-yorkais au prix de meurtres sanglants. Sa bande composée essentiellement de blacks remuants, jouisseurs et intrépides lui est restée fidèle. Il ambitionne de devenir maire et soutient la construction d'un hôpital pour les pauvres. Mais une équipe de la police qui a juré de le coincer se résout, dans son impuissance, à lui tendre un traquenard avec la complicité d'un de ses lieutenants corrompu à prix d'argent. À l'enterrement des flics tués dans l'opération, Frank réchappé de justesse abat un meneur puis va s'expliquer avec le chef. Ce qui se termine par une fusillade dans le métro où tous sont mortellement touchés. Frank s'éteint un peu plus tard dans un taxi cerné par les forces de l'ordre.

   Christopher Walken avait déjà prouvé dans Dead Zone qu'il était un acteur fascinant, à la fois personnel et multiple. Le mérite de Ferrara est d'avoir mis en évidence ses potentialités sans tomber dans le fétichisme de l'acteur. Son visage (Galerie des Bobines), exprime tout le drame de l'ambivalence du gangster : un humain qui doit faire preuve d'inhumanité. Le motif de la fin poignante du méchant fût-il rebattu dans le cinéma hollywoodien, sa mort n'est pas dénuée d'un certain pathétique.
   La qualité photographique et la composition de l'image saturée de poisseuse vie urbaine sont telles qu'elles confinent à une irréalité propice au thriller, dont la violence doit rester ludique. Le spectateur peut à la fois s'identifier et se distancier. Que demander de plus au polar ? 20/05/01
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Marco FERRERI
liste auteurs

Le Lit conjugal (Una storia moderna : l'ape regina) It.-Fr. VO N&B 1963 90' ; R. M. Ferreri ; Sc. M. Ferreri, Rafael Azcona, Diego Fabbri, Massimo Franciosa, Pasquale Festa Campanile ; Ph. Ennio Guarneri ; M. Teo Usuelli ; Pr. Sancro Film Marceau Cocinor ; Int. Marina Vlady (Regina), Ugo Tognazzi (Alfonso), Walter Giller (le père Mariano), Riccardo Fellini Riccardo).

   Important concessionnaire automobile romain, quadragénaire et coureur de jupons, Alfonso épouse Regina qui l'épuise au lit, avec la complicité inconsciente du curé répliquant aux doléances : "C'est un désir sacré. On ne peut s'y soustraire". Le fringant mari finit paralysé, relégué dans une petite pièce au fond du grand appartement qu'ils partagent avec la tante de Regina, tandis que la jeune épouse prend en charge les affaires. Sur fond de chandelles votives, le gros plan d'une femme rayonnante coiffée de noir conclut assez funèbrement le film.

   Ce qui est terrifiant c'est que tout s'y déroule en douceur. A peine la caméra insiste-t-elle par un zoom à la dérobée sur le visage dur de la jeune mariée. Les événements succèdent aux événements sans à-coups, comme d'une mécanique bien huilée.
   Le verbe aimer n'a bientôt plus le même sens dans la bouche des époux. On continue à le proférer avec autant de dévotion, mais sa référence a basculé. D'autant plus "épanoui" que Regina lui a donné un enfant, Alfonso reste béatement satisfait de son mariage, "Il a de la chance, lui", comme il se l'entend confier par un ami. Le décalage avec ce que sait le spectateur relève du registre général de l'humour noir, qui émerge avec d'autant plus de force que, non seulement Alfonso est toujours légèrement ironisé, comme lorsque la voisine l'interpellant de l'autre côté de la cour est surcadrée au coin supérieur droit par un élément du
grillage (le supposant lui-même symétriquement encadré), mais surtout parce que la mort rôde tout au long.
   A l'instigation de la mariée, la première étreinte dans un édifice religieux en réfection a lieu, après un hommage rendu au saint cadavre d'une femme à
barbe, au milieu des plumes où repose un squelette-relique. A l'enterrement de la mère d'Alfonso - qui précipite la décrépitude du fils - une querelle de marchands éclate pendant la bénédiction parce qu'on a livré un cercueil d'homme. Ce qui donne lieu à des étalonnages indécents à la main puis à l'aide d'un mètre pliant, sous les yeux du fils éploré. Dans la dernière séquence enfin, le baptême est traité de façon à laisser croire à l'enterrement du héros.
   Une musique de fosse discrète, sachant parfois même s'effacer, jusqu'à permettre au besoin des plages de silence total, prête main-forte à la distanciation nécessaire.
   Précoce mais authentique Ferreri, en ce sens que la mort y côtoie la dérision, comme son plus naturel aliment. 10/04/04
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La Dernière femme (L'ultima donna) It.-Fr couleur 1976 110' ; R. M. Ferreri ; Sc. M. Ferreri, Dante Matelli, Rafael Azcona ; Ph. Luciano Tovoli ; M. Philippe Sarde ; Pr. Flaminia/Production Jacques Roitfled ; Int. Gérard Depardieu (Gérard), Ornella Mutti (Valérie), Michel Piccoli (Michel).

   Ingénieur, au chômage en raison d'un mauvais caractère, largué par son épouse militante féministe, Gérard élève seul son bébé Pierro à Créteil dans un environnement cauchemardesque de cages à lapins. Il se met en ménage avec Valérie, douce Vénus qui prend aussitôt soin de Pierro. Petit à petit le malentendu fondamental ronge la vie du couple : l'amour masculin est commandé par un tiers impérieux : le pénis. Le féminin exige la totalité. Il n'y a qu'une solution, éliminer l'intrus. C'est ce que fait Gérard en s'émasculant.

   L'intérêt réside surtout dans la démonstration, comme s'il y avait urgence dans le contexte de la libération sexuelle et des revendications féministes, à formuler une telle problématique.
   Aussi bien, les décors se laissent-il inspirer par des valeurs sûres (l'usine du
Désert rouge d'Antonioni, les HLM du réalisme social de l'époque), ce qui entraîne, nonobstant la part du malaise social ainsi exprimée, une certaine restriction quant à la liberté filmique, notamment dans le traitement de la couleur, qui sacrifie à la mode vestimentaire et décorative du temps.
   L'atout majeur réside dans le tragique de la cause perdue. Tragique au sens fort du terme : imparable et destinal. Le couteau électrique est un accessoire déjà anormalement sollicité, notamment à l'usage aussi suggestif que gratuit du débitage de saucisson gros calibre. La nudité impudique de Gérard met en valeur le contraste entre la carrure de l'homme et la fragilité de l'organe, dénonçant le mythe de la puissance virile. Une série grotesque de symboles comme la cerise double ou l'énorme canon construit pour amuser Pierro figure la même fatale remise en cause.
   Sauf dans la direction d'acteur, qui ne fait aucune concession au star-system et imprime à l'intrigue une marche primesautière à la limite du casse-gueule (un des meilleurs rôles de Depardieu avec Loulou de Pialat (Galerie des Bobines), la griffe de Ferreri s'affirme donc davantage par l'illustration d'un thème que par le risque artistique
(1).
   La Dernière femme n'en demeure pas moins irremplaçable en raison de l'audacieuse radicalité du propos. 2/08/04 Retour titres Sommaire

Conte de la folie ordinaire (Storia di ordinaria follia) It.-Fr. VO (US) couleur 1981 108'
Commentaire

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Mike FIGGIS
liste auteurs

Leaving Las Vegas USA VO 1995 111' d'après John O'Brien ; R. M. Figgis ; Ph. Declan Quinn ; M. Mike Figgis ; Int. Nicolas Cage (Ben), Elisabeth Shue (Sera), Julian Sands (Yuri), Richard Lewis (Peter).

   Un alcoolique profond (Ben) largué par sa femme et viré de son travail de scénariste, et une prostituée (Sera) émancipée de son mac (Yuri), s'aiment à Las Vegas en s'acceptant tels qu'ils sont. Il succombe, elle se souvient.

   Le thème, aussi intéressant fût-il, ne fera jamais un film. Celui-ci est composé comme une succession de clips fétichistes de la ville mythique en nocturne, du sexe, et de la musique de Mike Figgis sur le rythme jazzy de laquelle se succèdent les épisodes avec une prétention de drame éthylique et marginal.
   Le sexe, du coup, n'est pas même excitant. "Une histoire d'amour, de frustration et de mort peu commune" pouvait-on lire dans
Télérama du 8 novembre 2000 : comme mentent bien les mots qui s'aimantent ! 4/01/01 Retour titres Sommaire

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Ivan FILA
liste auteurs

Le Roi des voleurs (König Der Diebe) All./Slovaq. VO 2004 105'
Commentaire

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David FINCHER
liste auteurs

Fight Club USA VO 1999 133'
Commentaire

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Emmanuel FINKIEL
liste auteurs

Voyages Fr.-Pol. 1999 115' ; R., Sc. E. Finkiel ; Ph. Hans Meier, Jean-Claude Larrieu ; Son Pierre Gamet et François Waledisch ; Mont.-son Jean-Claude Laureux ; Mix. William Flageolet ; Mont. Emmanuelle Castro ; Pr. Yaël Fogiel ; Int. Shulamit Adar (Riwka), Liliane Rovère (Régine), Esther Gorintin (Véra), Nathan Cotgan (Graneck), Maurice Chevit.

   Récit du destin croisé de trois survivantes de la Shoah. Tombe en panne un car plein de vieux Ashkénazes rescapés des camps de la mort allant visiter Auschwitz.
   Riwka, Israélienne au beau visage soucieux qui se chamaille sans merci avec son époux, dévisage un vieil homme dans un véhicule de même destination qui les croise, comme si elle devait y discerner à travers le vitrage du temps et de la mort les traits d'un premier amour. D'autres visages estompés défilent tels des fantômes. Les passagers vont faire leurs besoins dans la nature à l'instar du fatal premier voyage.
   À Paris, Régine qui se croyait seule rescapée de sa famille apprend que son père vit toujours en Pologne. Elle le fait venir mais doute que celui qu'elle chérit et appelle déjà Papa soit le vrai.
   Solitaire depuis la mort de son mari à Moscou, Vera a suivi des voisins de palier en Israël pour y rejoindre une cousine. Après avoir péniblement trottiné à travers Tel Aviv, où le yiddish ne se pratique plus, elle la retrouve dans une maison spécialisée, très changée après un quart de siècle. Mais prise d'un malaise au retour elle est secourue par une certaine Riwka, qui l'accueille dans sa maison entourée d'un joli jardin. Puis la vieille émigrante va attendre le bus en face. L'observant avec inquiétude à travers ses carreaux, Riwka s'aperçoit que, trop fatiguée, elle laisse passer un premier bus. Mais le temps d'un appel au téléphone, Vera a disparu, emportée dans le bus suivant, avatar de celui d'Auschwitz. Restent à travers la fenêtre, les sièges de la station, vides à l'image de la mort qui n'a cessé d'accompagner tous ces voyages par les réminiscences, les méprises et les oublis, la quête de figures évanouies, les coïncidences où les mystérieuses attractions, tout un fin réseau tissant cette insaisissable étoffe de la destinée humaine où la vie s'unit à la mort, et qui s'inscrit si bien sur ces visages de femmes.

   Seule la vérité de la sensible chair féminine pouvait matérialiser l'impalpable. Et le parti pris documentariste parvient à donner corps à une métamorphose inédite de la tragédie, sous la forme d'une très longue quête proportionnée au travail de deuil d'un peuple. D'où "Voyages". 4/11/01 Retour titres Sommaire

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Gary FLEDER
liste auteurs

Dernières heures à Denver (Things to do in Denver) USA VO 1995 110' ; R. G. Fleder ; Sc. Scott Rosenberg ; Ph. Elliot Davis ; Pr. Cary Woods ; Int. Andy Garcia (Jimmy "The Saint" Tosnia), Christopher Walken (le Manipulateur), William Forsyth (Franchise), Bill Nunn (Easy Wind), Teat Williams (Critical Bill), Jack Warden (Joe Heff), Gabrielle Anwar (Dagney).

   Un gangster reconverti dans les vidéos de défunts à n'utiliser qu'après décès, est forcé de se remettre au service d'un grand caïd qui l'a rendu financièrement son obligé. Couple infernal dynamisé par le contraste manichéiste : lui, Jimmy-le-saint, chevalier au grand cœur qui sauve une prostituée mineure (réminiscence de Taxi Driver), aimé de la jeune Dagney incarnant l'idéal de la Middle Class, fair-play avec ses amis, bref, accaparant toutes les valeurs idéologiques positives ; l'autre le Manipulateur (!) veuf inconsolable et monstre tétraplégique à tête de sphinx (Christopher Walken, Galerie des Bobines) dont le fauteuil piloté à la pression du souffle exercé dans une tubule, roule sur les dalles de marbre d'un palais dont la démesure se devine à la brume opacifiant la perspective, sobrement meublé de deux gardes du corps et d'une nurse érotiquement décorative.

   Quelques flashes-back éblouissants comme de vrais flashes-photo nous exp(l)osent les tenants du contrat. Bernard, le rejeton psychopathique du Manipulateur, sombre dans la pédophilie depuis que sa fiancée lui a préféré un autre. Il convient donc de l'éloigner par la terreur avec instruction express de ne point tuer. Jimmy recrute ses anciens compagnons de prison pour l'intercepter, déguisés en flics sur une désertique route nocturne. Mais par faiblesse il abandonne un des premiers rôles du scénario à un affreux jojo qui fait un carnage fatal même à la fiancée.
   Le Manipulateur les condamne à l'atroce agonie du "sarrasin", commuée pour Jimmy en peine d'exil. Mais ayant différé celui-ci pour sauver ses copains à l'aide de son pécule secret, il est touché par la peine commune ainsi que sa maîtresse. Avant de mourir, il quitte la belle Dagney pour la préserver, exécute Bernard, engrosse pour lui complaire sa jeune prostituée et adresse à son bourreau un de ses produits vidéo où il apparaît en défunt vengeur. Toute l'équipe se retrouve pour des vacances éternelles sur le bateau de leur rêve. Le Manipulateur moralement vaincu renonce à ses activités criminelles.
   Rythmé par les vidéos de défunts, le récit tente encore d'éviter la linéarité en introduisant dans la diégèse le conteur, un ancien codétenu. Mais l'effort artistique porte également sur les trajectoires étudiées d'une caméra infatigable stimulée par une prestation de fosse branchée. Ou bien, pour les scènes sentimentales, sur de long plans fixes intenses à musique élégiaque.
   Plus c'est poussé plus c'est vide. Vide poussé. 26/07/02
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Richard FLEISCHER
liste auteurs

Soleil vert (Soylent Green) USA VO Panavision-couleur 1973 97'
Commentaire

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Anne FONTAINE
liste auteurs

Entre ses mains Belg.-Fr. couleur 2005 90' ; R. A. Fontaine ; Sc. Julien Boivent et A. Fontaine, d'apr. le roman Les Kangourous de Dominique Barbéris ; Ph. Denis Lenoir ; M. Pascal Dusapin ; Pr. Philippe Carcassonne, Bruno Pésery et Dominque Janne ; Int. Isabelle Carré (Claire Gauthier), Benoît Poelvoorde (Laurent Kessler), Jonathan Zaccaï (Fabrice Gauthier), Valérie Donzelli (Valérie).

   Employée dans une assurance à Lille, Claire Gauthier, mariée et mère d'une fillette de cinq ans, a en charge le dossier de dégât des eaux du vétérinaire Laurent Kessler, qui la courtise. Elle est attirée par cet homme triste et désabusé dont le comportement amoureux étrange l'amène à faire le rapprochement avec un tueur en série, au scalpel, de jeunes femmes. En effet sa meilleure amie, que Claire savait en contact avec lui, est assassinée de cette façon. Non contente de le protéger en gardant le silence, elle le rejoint dans son laboratoire. Il tente de l'égorger mais renonce et se suicide. 

   Scénario sur le fil du scalpel, filmé avec platitude comme s'il suffisait de simplement représenter la passion pathologique pour que la force dévastatrice en traverse l'écran. Tout le soin est versé au profit du vraisemblable. D'un côté le travail du vétérinaire, avec de vrais lionceaux si touchants, l'ambiance d'une grande compagnie d'assurance de l'autre.
   Or seule la liberté de jeu entre les éléments - que bride le vraisemblable - eût pu être à la hauteur d'une telle situation limite. Le contre-emploi de Poelvoorde en solitaire lugubre sonne faux. Le contraste trompeur eût même été préférable, à faire jouer la surprise d'un psychopathe fôlatre, à la mesure des capacités de l'acteur. Carré, quant à elle, est parfaite dans son rôle, enfermée dans un professionnalisme éclairé, qui ôte toute crédibilité à cette relation atypique, à ce saut amoureux dans le vide !
   Au total, les données du filmage ne sont jamais considérées comme un matériau transformable. Comme si le simulacre, la reproduction d'une réalité artificiellement constituée, était la vérité, et qu'on pouvait s'épargner la peine des subterfuges propres à toucher le spectateur là où il ne peut s'attendre à l'être. 23/04/15
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Frédéric FONTEYNE
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Une liaison pornographique Belg.-Fr.-Lux. 1999 72' ; R. F. Fonteyne ; Sc. Philippe Blasband ; Ph. Virginie Saint Martin ; M. Jeannot Sanavia, André Dziezuk, Marc Mergen ; Pr. Patrick Quinet ; Int. Nathalie Baye et Sergi Lopez.

   Un homme et une femme sont interviewés séparément, longtemps après, sur l'aventure érotique ensemble vécue. À la suite d'une petite annonce, ils se rencontrent dans un café puis vont à l'hôtel réaliser leur fantasme tenu secret tout en proposant quelques figures de la conjonction.

   Malgré un excellent scénario servi par des cadrages et un montage soignés, le ton en est constamment faux, comme le laissait déjà prévoir le titre racoleur. Le choix de deux acteurs attractifs est déjà une erreur, car prisonniers de leur personnage, Baye (Galerie des Bobines) et Lopez, ne sont pas libres de s'investir. Pire, leurs voix, postsynchronisées, sont désincarnées, les plans fixes restent vains : l'émotion, quand il y en a, est un effet isolé, sans genèse.
   Le naturalisme de l'interview n'est qu'un simulacre de plus. Quelques variantes dans les témoignages respectifs passent inaperçues parce qu'elles ne s'inscrivent pas dans une cohérence personnelle. Les scènes de lit appauvrissent le propos, non seulement parce qu'elles sont totalement dépourvues de passion, mais surtout, se substituent-elles au mystère du fameux fantasme.
   Le ton du dialogue est bêtement constatif : tout ce qu'ils savent dire est : "C'était très bien". Il y a d'ailleurs un abîme entre les deux personnages, au point qu'on croit changer de film en passant d'un plan à l'autre dans les champs-contrechamps. Ce qui manque au total est définitivement l'émotion. L'abus du ralenti pathétique en plan flou sur un touchant air de fosse n'y change rien, au contraire ! Sans la poésie, l'érotisme est impossible à rendre.
   Un film de plus piégé par le consumérisme ! 7/09/02
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John FORD
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Bucking Broadway (A l'assaut du Boulevard) USA N&B 1917 50' ; R. J. Ford ; Sc. George Hively, John Ford ; Ph. Ben F. Reynolds ; Int. Harry Carey (Cheyenne Harry), Molly Malone (la fiancée).

   Le cow-boy Cheyenne a la témérité de demander la main d'Helen à son père propriétaire du ranch, patriarche aux bacchantes et à la chevelure de neige. Mais un expert en chevaux débarque de New York en automobile. Il n'est pas sans prestige aux yeux d'une petite provinciale du Wyoming. Helen rentre avec lui à New-York. Prise d'un vague regret cependant, elle écrit à son cow-boy, joignant à la lettre le petit cœur, gage d'amour dont il possède la réplique. Cheyenne comprend qu'il a ses chances. Comme il n'a pas la patience d'attendre le prochain train, il rattrape à cheval le précédent, y sautant après avoir dessellé sa monture, tout cela en pleine course.
   L'hôtel de luxe où il descend avec sa selle pour seul bagage est précisément, à son insu, celui où doivent être célébrées les fiançailles. Pendant la cérémonie, le fiancé se conduit mal envers sa
promise. Cheyenne est prévenu par une jeune femme-escroc qui avait renoncé à le détrousser parce que "c'est un type bien". Pendant qu'il vole au secours de sa belle, la gentille voleuse est chargée de téléphoner au débarcadère où les cow-boys du ranch viennent précisément de livrer un troupeau de chevaux. Ils galopent par la ville à la rescousse. Après une énorme bagarre, Cheyenne et Helen sont enfin réunis.

   Véritable film d'aventure, qui ne se prend pas au sérieux. Tout en plans fixes mais jouant habilement des variations de grosseur. L'immensité des grands espaces, qui se passent parfaitement de Monument Valley, est mise en valeur dans les trois dimensions. Le dressage des chevaux en plan lointain s'y intègre.
   L'intrigue sentimentale se tempère avec bonheur d'humour et de fantaisie. C'est dire que les pesanteurs hollywoodiennes à venir n'y sévissent pas encore. La demande en mariage au père d'Helen est montée en faisant alterner la demande elle-même en plan moyen, d'une part avec le contrechamp de Helen dont l'expression s'ajuste à l'évolution de l'événement, d'autre part avec des inserts en gros plan des pieds embarrassés du demandeur. En une combinaison caractéristique du dépassement des genres, elle se conclut par un touchant plan rapproché sur les mains jointes des trois
protagonistes.
   Dans la séquence du train, la vigueur des exploits physiques du héros est mise en valeur par le montage. On passe à un plan lointain dont l'échelle caractérise l'exploit, puis à un plan moyen du héros galopant parallèlement avant de sauter du cheval sur la plate-forme du
wagon.
   Les situations cocasses engendrées par le parachutage des "sauvages" chez les civilisés ont le mérite de la
sobriété. Les scènes de bagarre collective sont d'authentiques morceaux de slapstick. Le dernier plan, en mêlant parfaitement le burlesque débridé de la bagarre au happy end sentimental, résume bien l'esprit de ce western pétant de santé.
   Et, ce qui ne gâche rien, il fait témérairement la nique au racisme de rigueur au cinéma (voir
La Croisière du Navigator de Buster Keaton, 1924) en proposant un Noir pour modèle d'élégance à Cheyenne en quête de costume de fiançailles. 21/05/03 Retour titres Sommaire

Straight Shooting USA N&B 1917 59' ; R. J. Ford ; Sc. George Hively ; Ph. George Scott ; Int. Harry Carey (Cheyenne Harry), Molly Malone (Joan Sims).

   Pittoresque fermier à la barbe taillée en cercle, le vieux Sims vit avec son fils et sa fille Joan dans un domaine bâti de ses mains. L'abominable Big Jim voudrait les chasser pour s'agrandir. Il charge le mauvais garçon Cheyenne Harry de faire disparaître la petite famille. Ému à la vue du père et de la fille en train d'enterrer le fils abattu par un homme de main, Cheyenne adopte leur cause et parvient avec l'aide d'une autre bande à vaincre l'accapareur. Joan tombe amoureuse et délaisse son fiancé pour le sauveur.

   Des plans généraux plongeant sur les collines fourmillant de cavaliers et de troupeaux, la rivière traversée au galop pour joindre la ferme Sims, les havres de paix ombragés et gorgés d'eau contrastant avec l'aridité des vastes étendues, donnent une idée de l'imaginaire topographique modelant le paysage américain selon toutes ses ressources.
   Mais avec une économie de moyens témoignant de la maîtrise à 23 ans de Sean O'Feeney alias Jack Ford dit John Ford. Ainsi les arrivées et départs des cavaliers en profondeur de champ à travers la porte de la ferme dont l'intérieur avec ses occupants est cadré en même temps, de sorte que l'on a deux plans dans un seul. Le jeu des acteurs, y compris dans les gros plans est d'une sobriété exemplaire, et les prises de vues mettent en valeur la grâce ou la spontanéité de gestes saisis au vol.
   Je ne donne pas un
Straight Shooting pour mille Cheyennes. Qu'est-ce qui a tué cette fraîcheur du jeune Ford ?
   - ...
   Vous avez perdu ! Ce n'est pas l'âge mais le moralisme, la soumission aux bien-pensants qui forment la majorité d'un public modelé par le marché du rêve.
22/01/02 Retour titres Sommaire

Hommes de la mer (The Long Voyage Home) USA VO N&B 1940 105' ; R. J. Ford ; Sc. Dudley Nichols ; Ph. Gregg Toland ; M. R. Hageman ; Pr. W. Wanger/Argosy UA ; Int. Thomas Mitchell (Aloysius Driscoll), John Wayne (Ole Olsen), Ian Hunter (Thomas Fenwick), Barry Fitzgerald (Cocky), John Qualen (Axel Swanson), Ward Bond (Yank), Mildred Natwick (Freda), Arthur Shields (Donkeyman).

   Au port de New York pendant la guerre, le Glencairn charge des explosifs et appareille pour l'Angleterre avec un équipage disparate, bagarreur et soudé comme il se doit. Une tempête provoque la mort de Yank. Smith qui se promène avec une mystérieuse boîte en métal est soupçonné d'espionnage. On n'y trouve que des lettres d'amour de sa femme, qui s'inquiète de la tendance éthylique qui l'a éloigné d'elle. On craignait les sous-marins ; ce sont les avions allemands qui attaquent. Smith est tué. Sa femme recueillera sa dépouille au port.
   Les marins ayant rempli leur contrat débarquent en terre britannique. Se promettant de ne pas se laisser griser par le plaisir et l'alcool et donc de ne pas se ruiner, afin de n'être pas embarqués, parfois de force, sur un rafiot en partance pour l'autre bout du monde. On entoure surtout Ole qui depuis 10 ans n'a pu rentrer en Suède chez sa mère pour cette même raison. Il a de plus accumulé assez d'argent pour se marier. Mais entraînée par un complice des enrôleurs, toute la bande fait la fête. Drogué, Ole est embarqué. Ses amis le délivrent, mais Driscoll est piégé à sa place sur le cargo qui sera coulé par l'ennemi.

   La dure vie des marins en butte non seulement aux dangers naturels mais aussi à la méchanceté des hommes est certes un thème approprié au dévoilement de la condition humaine. Tout ici cependant sonne faux. L'ambiance de studio, les bruitages excessifs qui s'y réverbèrent, la musique (violons ou accordéon selon que c'est sentimental ou bon enfant), la photographie bien léchée de Gregg Toland, les acteurs hyperprofessionnels, excluent toute émotion vraie. On ne sent à aucun moment la puissance de la mer. Les éclairages signalétiques schématisent à l'extrême l'image, voire n'hésitent pas à user du cliché (pavé gras fataliste sous les pas des marins au bout du voyage).
   Le pittoresque trop voulu des personnages à la fois par les individus et la composition du groupe : avec son chef naturel (Driscoll), personnage attachant dont la disparition doit toucher le spectateur comme d'un père, le chouchou qui ne saurait mourir (Olé), le mélancolique alcoolique (Smitt), les burlesques qui s'ignorent, etc. L'inamovible John Wayne
(Galerie des Bobines) sait déjà s'imposer par une particularité vestimentaire : les grosses bretelles passées très près du cou de façon à mettre en valeur l'ampleur des épaules.
   On peut commencer à comprendre une des raisons pour lesquelles l'
œuvre de Ford reste globalement décevante. Il compte beaucoup sur la performance des acteurs et très peu sur les possibilités du matériau, laissant l'initiative aux techniciens. Cela s'accorde d'ailleurs tout à fait avec la rigidité d'une démarche qui impose ses vérités, empêchant le spectateur d'en construire par lui-même. 3/07/09 Retour titres Sommaire

Les Raisins de la colère USA VO N&B 1940 124'
Commentaire

La Charge héroïque (She Wore a Yellow Ribbon) USA VO couleur 1949 103' ; Sc. F.S. Nugent, L. Stallings ; Ph. W.C. Hoch ; Pr. M.C. Cooper/Argosy Pictures/RKO ; Int. John Wayne (capitaine Nathan Brittles), Joanne Dru (Olivia), John Agar (lieutenant Flint Cohill), Ben Johnson (sergent Tyree), Harry Carey Jr. (lieutenant Pennell), Victor McLaglen (sergent Quincannon).

   Blanchi sous le harnois et en fin de carrière, le capitaine de cavalerie Nathan Brittles, doit à la fois contenir les Indiens sur le pied de guerre et évacuer la femme et la nièce du commandant. Cette dernière, qui arbore le ruban jaune emblématique des amoureuses (voir le titre original), étant en outre l'enjeu sentimental des deux jeunes lieutenants.
   Talonné par les Indiens, il regagne le camp bredouille le jour de sa retraite. Avant minuit cependant, vêtu en éclaireur, le vieux capitaine rejoint en secret la troupe qu'il conduit à la victoire grâce à la ruse bien connue consistant à libérer les chevaux indiens, ce qui ridiculise définitivement et le titre français et les Indiens, qui ne savent pas surveiller leurs montures de guerre en plein conflit. Tout est bien qui finit bien : Olivia fait son choix et Brittles rempile comme chef des éclaireurs.

   Le ressort émotionnel semble conçu pour un public infantile. Vieilli de vingt ans par le maquillage, John Wayne (Galerie des Bobines) incarne la figure du père que l'on n'a pas eu, celui capable de proférer le jugement de Salomon, comme de prendre d'un geste auguste et tendre les jeunes filles sous son aile. Sa stature se mesure à la multiplication d'interminables faux départs à la retraite. Il est aussi, en pleine discorde générale, copain avec le grand chef indien.
   Est-ce pour ce genre de détail que Ford est réputé aimer les Indiens ? Mais cet exemple n'est valorisant que pour l'officier. Sean O'Feeney alias John Ford semble n'aimer que deux sortes d'hommes : les officiers et les Irlandais. Tous les autres sont ridicules quand ils ne sont pas cantonnés dans des rôles de genre. L'inamovible sergent Quincannon même, qui est bien irlandais mais pas officier, doit se contenter d'être un personnage "haut en couleur".
   Que vient finalement magnifier cet accessoire démesuré cher à l'auteur de
Rio Grande, je veux dire Monument Valley, flamboyante d'un chromatisme daté ? La conduite héroïque des officiers et des Irlandais !
   Misère éthique
(1) donc, aggravée et confirmée par l'injonction esthétique de plans grandioses et du pathos musical de fosse. 27/01/02 Retour titres Sommaire

L'Homme tranquille (The Quiet Man) USA VO couleur 1952 129' ; R. J. Ford ; Sc. F.S. Nugent ; Ph. W.C. Hoch, A. Stout ; M. V. Young ; Pr. J. Ford/M.C. Cooper ; Int. John Wayne (Sean Thornton), Maureen O'Hara (Mary Kate Danaher), Barry Fitzgerald (Michaeleen), Ward Bond (le père Lonergan), Victor McLaglen (Red W. Danaher), Mildred Natwick (Mrs Tillane), Arthur Shields.

   Champion de boxe yankee ayant tué un adversaire en combat, Sean Thornton revient au village irlandais qui l'a vu naître. Dissimulant son passé, il rachète la chaumière de ses parents défunts et courtise Mary Kate Danaher, belle voisine rousse, ce qui le met doublement en conflit avec son frère Red, qui est à la fois opposé au mariage et concurrent malheureux dans l'acquisition de la chaumière.
   Avec la complicité du père Lonergan, l'entourage le conduit à accepter le mariage en laissant croire que la riche veuve qu'il convoitait en vain n'attend que le départ de sa sœur. Il tombe dans le piège mais, véritable affront, conserve la dot légitime de la jeune mariée. Décrétant la grève du lit, celle-ci somme d'agir son mari qui se dérobe pour éviter tout pugilat, au risque de paraître lâche.
   Mais le jour où Mary Kate tente de s'enfuir, son époux, encouragé par la réputation de dur à cuir de Red, la ramène de force sur plusieurs miles à travers la campagne jusqu'au beau-frère pour exiger son dû. S'ensuit un combat homérique suivi de près par tout le village enthousiaste. Satisfaite, Mary Kate rentre au foyer préparer le repas, tandis que les deux adversaires se prennent peu à peu d'affection. On finit par se retrouver autour de la table dressée par l'épouse apaisée.
   Dans de pittoresques extérieurs irlandais rehaussés par la qualité de la photo couleur, un festival de stéréotypes vient flatter les illusions les plus naïves du public quant à l'existence d'un monde simple et beau.
   Il y aurait donc, confirmées même par les prêtres, deux vertus cardinales, viriles de surcroît : la pêche et les pugilats. Partant de là, deux sortes d'hommes peuplent l'univers : les faibles, inexistants, et les pêcheurs au poing d'acier, ces derniers finissant toujours par s'accorder après s'être foutu sur la gueule. A ce titre, sous les traits burinés de l'inévitable transfuge Quincannon, Red est digne de Sean/Wayne (Galerie des Bobines), qui appartient à la surhumanité des pugilistes d'élite. C'est pourquoi le col de sa veste est relevé comme celui d'un haut dignitaire mythique du temps jadis et qu'il porte en vrai cow-boy de studio des jeans aux impressionnants revers roulés, au besoin dotés de grosses bretelles réglementaires, accessoires empruntés en même temps que Quincannon, à
La Charge héroïque ou à Rio Grande. 23/12/03 Retour titres Sommaire

Rio Grande USA 1952 VO N&B ; R. J. Ford ; Sc. J.K. McGuinness ; Ph. B. Glennon, A. Stout ; M. V. Young ; Pr. Ford/M.C. Cooper/Argozy Pict./Republic ; Int. John Wayne (lieutenant-colonel Kirby Yorke), Maureen O'Hara (Mrs Yorke), Ben Johnson (Tyree), Claude Jarman (Jeff Yorke), Harry Carey Jr (Daniel Boone), Victor McLaglen (sergent Quincannon).

   1868 au Texas. À la suite d'un échec à West Point, le jeune Jeff Yorke, qui s'est engagé en maquillant son âge, est affecté dans le régiment de cavalerie commandé par son père le lieutenant-colonel Kirby Yorke, qu'il n'a revu depuis quinze années. Séparée de son mari pour des raisons politiques, Mrs Yorke débarque au camp pour reprendre son petit. Ce dernier refuse et se distingue dans une opération contre les Indiens, à la grande fierté des parents réconciliés.

   Film insupportable de mièvrerie yankee sous un verni de simplicité qui n'est que de l'indigence. Le jeune téméraire conquiert l'admiration du père héroïque qui peut ainsi garder secrète la fibre paternelle vibrant dans la vaste poitrine guerrière (Galerie des Bobines). Madame la Colonelle se tape toute la lessive du régiment et le sergent Quincannon est tendre aux enfants sous sa carapace patibulaire, des chorales militaires éclatent à tout propos.
   Tout cela sous la forme de scènes tournées à l'indigence, sans ampleur ni épaisseur, détachées comme des tableaux parlant, avec des décors lugubres aux sons réverbérés en studio. Bref les séries B du maître restent des séries B. 3/09/01
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La Prisonnière du désert (The Searchers) USA VO 1956 Technicolor 119'
Commentaire

L'Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) USA VO N&B 1961 122' ; R. J. Ford ; Sc. W. Godbeck, J. W. Bellah ; Ph. W. H. Clothier ; M. C. J. Mockridge ; Pr. W. Goldbeck./J. Ford/Paramount ; Int. James Stewart (Ranson Stoddard), John Wayne (Tom Doniphon), Vera Miles (Hallie Stoddard), Lee Marvin (Liberty Valance), Edmond O'Brien (Dutton Peabody), Andy Devine (Link Appleyard).

   Par un long flash-back constituant la matière du film, le sénateur Ranson Shoddard évoque son passé pour exposer à un journaliste les raisons qui l'amènent dans cette bourgade de l'Ouest à l'enterrement de Tom Doniphon. Venu jadis jeune juriste y tenter fortune, il y est cruellement amoché par la Terreur du coin, Liberty Valance. Mais Tom, le magnifique cow-boy qui a gardé sa vareuse militaire de La Charge Héroïque ou Rio Grande, le prend sous son aile. Le protecteur de la veuve et de l'orphelin courtise Hallie la servante de l'auberge où le jeune juriste fait la plonge en attendant mieux, tout en réfléchissant sur les moyens de coincer Valance. Mais conscient que la légalité est dans tel cas dérisoire, notre pied-tendre finit par défier le bandit, qu'il tue malgré son ignorance des armes.
   Parallèlement, Stoddard participe à l'alphabétisation des ignorants et à l'instauration du Droit en contribuant à la création de l'État fédéral, à la représentation duquel il acceptera d'être élu après avoir appris qu'il n'a pas occis Valance, dont le meurtrier n'est autre que Wayn... pardon, Tom. Ce dernier découvre cependant que Hallie est éprise de Ranson. Il met le feu à ce qui devait être la maison conjugale. Les amoureux se marient puis gagnent Washington pour une brillante carrière politique. Finalement le journaliste renonce à transcrire ce récit pour ne pas ternir la légende de l'
homme qui tua Liberty Valance.

   Conclusion bien conforme à l'esprit de l'auteur qui ne sait tenir de langage que falsificateur. Car décidément Ford, depuis qu'il se prend au sérieux, a perdu toute chance d'être un véritable artiste.
   À l'encontre de l'art, qui décape, il badigeonne tout d'une couche poisseuse de clichés. Choses et gens ont d'ores et déjà leur place assignée parmi les accessoires les plus éculés. Une clarinette basse sur un tempo de marche funèbre invite le spectateur à verser une larme sur le cercueil du véritable héros de l'histoire, et ainsi de suite avec des trémolos de violon sur le pèlerinage de Hallie à la propriété en ruine (on pourrait même suivre à la trace le récit sans les images).
   John Wayne (Galerie des Bobines) incarne la figure du vrai mâle américain dans un monde de lâches, comme ce gros dégonflé de shérif plus ou moins métèque. Superbe et généreux, Tom Doniphon offre même à son esclave noir un whisky au comptoir du saloon ! Le seul autre brave, le directeur de la feuille locale qui n'hésite pas à publier contre Valance, noie son audace dans l'alcool.
   La population masculine a somme toute des problèmes de foie, qu'il soit jaune ou cirrhosé, quand elle n'est pas comique par elle-même avec ses couards, ses Mexicains (souvent les mêmes) ou le bègue de service pour amuser la galerie. Stoddard (James Stewart : Galerie des Bobines) est en revanche un homme intrépide prenant la défense des femmes et s'attaquant à plus fort que lui. Mais sans Tom il ne s'en fût pas tiré.
   L'ensemble est au fond d'un manichéisme grossier, avec en face l'immonde Valance qui ne se départit ni du fouet ni de la bouche cruelle et dégoûtée qui l'a rendu célèbre. Certes on nous fait l'éloge du Droit et de la Culture comme bases nécessaire de l'État moderne, mais sur un ton fétichiste comme s'il y avait un doute et qu'il valût mieux adorer des idées que de se commettre à des pratiques.
31/05/02 Retour titres Sommaire

Les Cheyennes (Cheyenne Autumn) USA VO Panavision-couleur 1964 140'
Commentaire

Frontière chinoise (Seven Women) USA VO Panavision couleur 1965 86' ; R. J. Ford ; Sc. J. Green, J. McCormick ; Ph. J. LaShelle ; M. E. Bernstein ; Pr. B. Smith/Ford/MGM ; Int. Anne Bancroft (Dr Cartwright), Margaret Leighton (Agatha Andrews), Flora Robson (Miss Binns), Sue Lyon (Emma Clark), Betty Field (Florrie Pether), Eddy Albert (Charles Pether), Mike Mazurki (Tunga khan), Anna Lee (Mrs Russell).

   En 1935, dans une Chine affaiblie par les guerres intestines, rôdent des bandes d'une cruauté inouïe. Les membres d'une mission laïque américaine se sentent protégés par leur qualité d'hôtes intouchables et la présence à proximité de l'armée régulière. La mission accueille enfin le médecin qui lui manquait : une jeune femme détonant par son allure libre avec l'esprit puritain qu'une directrice sectaire impose à tout le personnel. Elle recueille avec réticence les survivants d'une mission anglaise décimée par le terrible Tunga Khan.
   Mais ils sont porteurs du choléra. Le Dr Cartwright enraye l'épidémie au prix d'un dévouement total. L'armée ayant levé le camp à l'approche de Tunga Khan, celui-ci investit la mission dont il fait fusiller les résidents chinois et emprisonner les Américains pour la rançon. Puis le brigand se ravise : c'est la personne de la doctoresse qui sera la monnaie d'échange. Pour améliorer les conditions d'existence de ses compatriotes et avoir les moyens d'assurer un accouchement imminent difficile, elle accepte d'honorer le lit du sauvage potentat, ce qui lui vaut de la directrice un mépris révélateur d'une grave névrose. En définitive elle obtient la libération des otages, puis du même poison, tue Tunga Khan avant de se suicider.

   Bien que l'histoire se déroule en Chine, elle a tout du western : la mission ressemble à un fort, et les bandits à des Indiens qui l'envahissent au galop, aux accents d'une musique de fosse qui pourrait s'appliquer aux premiers occupants du Nouveau Monde. Mais il y a une différence énorme, qui tient sans doute à ce qu'ainsi déplacée, l'indianité peut donner libre cours à une imagerie raciste sans culpabilité.
   Ici, nous avons affaire à de vrais représentants du mal absolu. Les bandits chinois n'ont d'autre loi que la force. Ils violent, mutilent, tuent et s'entretuent dans des combats singuliers par lesquels le dominant affirme sa suprématie sur la bande. Et miracle, ce vieux démon une fois liquidé, l'auteur peut enfin s'adonner à une cause véritable, totalement inattendue de la part de l'auteur des
Cheyennes : celle des femmes.
   Même si la mise en scène et le montage sont assez rigides, et que les sons en extérieur ne dissimulent pas même une réverbération de studio, même si le personnage de la doctoresse est artificiellement émancipé sur le mode viril, toujours en pantalon, cigarette au bec et cheveux courts, nous avons affaire à une lutte exemplaire entre l'obscurantisme puritain et les forces progressistes, qui l'emportent.
   Porté par le thème du sacrifice, un tragique vrai prête son souffle à ce propos. La banalité de la situation initiale : un huis-clos au mauvais décor de studio, une antique torpédo pétaradante de film burlesque, des personnages n'ayant pas le profil de la victime, laissent croire à cette tranquille immunité toujours associée à la présence américaine, en fiction comme en réalité. Puis c'est un déferlement de violence, atypique d'autant qu'il est conduit avec une certaine sobriété, et qui se résout par un acte ultime et salutaire propre à faire basculer les consciences.

   Voilà qui rachète toutes les hollywoodiennes bassesses antérieures. 19/10/02 Retour titres Sommaire

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Walter FORDE
liste auteurs

Rome Express GB VO N&B 1932 85'
Commentaire

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Miloš FORMAN
liste auteurs

L'As de pique (Cerný Petr) Tchéc. 1964 N&B 87'
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Les Amours d'une blonde (Lasky Jadne Plavovlásky) Tchéc. 1965 VO N&B 80'
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Au feu les pompiers (Horí Má Panenko) It.-Tchéc. VO couleur 1967 72'
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Vol au-dessus d'un nid de coucous (One Flew Over the Cuckoo"s Nest) USA 1975 /VO couleur 134' ; R. M. Forman ; Sc. Lawrence Hauben d'apr. Ken Kesey ; Ph. Haskell Wexler ; M. Jack Nitzsche, Ed Bogas ; Pr. Fantasy Film ; Int. Jack Nicholson (McMurphy), Louise Fletcher (l'infirmière-chef Ratched), Will Sampson (Chief Bromden, l'Indien), Dean Brooks (Dr Spivey), William Duell (Sefelt) Danny DeVito (Martini), Brad Dourif (Billy Bibbit), William Refield (Harding),  Sidney Lassick (Chesswick), Vincent Schiavelli (Fredrickson), Christopher Lloyd (Taber), Marya Small (Candy), Louisa Moritz (Rose). 

   Détenu fort remuant, McMurphy est transféré pour évaluation dans une institution psychiatrique aux méthodes rétrogrades. Son comportement libre y sème une zizanie salutaire aux patients. Mais il se heurte aux barbares méthodes de l'institution conduites par la glaciale infirmière-chef Ratched. Le héros se prend d'amitié pour un gigantesque Indien sourd-muet qui se dévoile à lui simulateur. Ils forment ensemble le projet d'une évasion. Mais McMurphy est lobotomisé après avoir tenté d'étrangler Miss Ratched, qui avait provoqué le suicide du jeune Billy en le culpabilisant pour avoir couché avec Candy, la copine de McMurphy introduite en fraude. Après avoir euthanasié l'ami végétatif, l'Indien fait une démonstration de force en arrachant un poste sanitaire avec lequel il défonce une fenêtre par laquelle il s'échappe. Il disparaît dans la nature.

   Cause juste : dénoncer la psychiatrie du flicage, libérer les psychiatrisés, mais moyens bas : à la faveur d'un numéro d'acteur "époustouflant", sous le nom de 7e art, instrumentaliser la cause pour faire sortir les kleenex à recettes. Toute cette petite troupe  familiale bien œdipienne est confinée dans un nid étanche à la vie extérieure, une couvée de polissons livrés à une mère terrible qui aurait expulsé du lit conjugal le doux Hercule silencieux, père relégué dans un monde parallèle. Le héros est ce fils trop libre appelant à la révolte, qui sera proprement castré par sa génitrice. Bien signalée comme pôle absolu du mal par la coiffure cornue, c'est Méduse à l'impavide regard, comme reflétant la sidération de ses victimes. La progéniture, puisée dans la pinacothèque des films d'horreur, représente un catalogue des monstruosités liées aux étapes de la morphogenèse. Plutôt tératologie que physiognomonie. Sauf le héros que doit forcément plébisciter le public, et le chérubin bouclé Billy, dont l'initiation sexuelle conduit au sacrifice sanglant pourvoyeur de pathos compassionnel. Dans une ambiance éthérée de spiritualité précolombienne, sous un ciel d'aube aux sons de la scie musicale rythmée au tambourin, le drame se résoudra par la fuite du géant dont la silhouette s'éloigne de dos au petit trot sur fond d'éternelle nature.
   Tout est donc dichotomie simpliste : intérieur/extérieur, bons/méchants, mères/putes, culture/nature. La question psychiatrique est éludée par dénégation : la meilleure façon de les guérir est de révéler aux fous qu'ils ne le sont guère. Reste le rêve bêta d'un retour au monde pur des esprits exotiques pour échapper aux murs qui sont pourtant la rançon du "progrès", le monde extérieur restant ostensiblement celui de la liberté.
   Dès lors que c'est au service de cette idéologie, inutile de s'étendre davantage quant aux moyens filmiques mis en œuvre.  12/01/15
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Amadeus (Amadeus) USA 1984 VO technicolor 157' ; R. M. Forman ; Sc. Peter Shaffer d'apr. sa pièce ; Ph. Miroslav Ondřiček ; Déc. Patrizia von Bradenstein ; Cost. Theodor Pistek ; Dir. mus. Neville Mariner (Academy Chorus of St. Martin in the Fields) ; Pr. Saul Zaentz (Warner Bros) ; Int. F. Murray Abraham (Salieri), Tom Hulce (Mozart), Roy Dotrice (Leopold Mozart), Jeffrey Jones (l'empereur Joseph II), Richard Frank (le prêtre). 

   L'ancien compositeur officiel de la cour de Vienne, Salieri, tente de se suicider dans l'asile où il se ronge, s'accusant de la mort de Mozart trente-deux ans auparavant. Au confesseur accouru il confie cyniquement comment par jalousie il voulut abréger la vie du grand compositeur, dont il fut le témoin et le secret admirateur. C'était un surdoué de la musique affectivement immature, sous la coupe d'un père rigide, qui exige qu'il rentre à Salzbourg alors qu'il est invité à Vienne par l'empereur. Mais Amadeus épouse Constance, la fille de sa logeuse de Vienne, où il s'installe. Bien qu'ayant les pieds sur terre, Constance ne peut empêcher la folle prodigalité d'Amadeus qui de plus boit et se surmène au travail autant qu'en festivités.
   L'entourage musical de l'empereur, dont Salieri, met les bâtons dans les roues de ce jeune génie qui lui fait de l'ombre, en s'efforçant de lui nuire auprès du souverain. Mais Mozart parvient toujours à convaincre celui-ci d'amender ses audaces. A la mort de son père, il compose Dom Juan dont le terrible commandeur est comparé par Salieri au fantôme de Léopold. L'idée lui vient de s'en servir pour achever d'épuiser la santé de son rival et l'envoyer dans la tombe. Avec l'intention de se l'approprier, il lui commande
sous un déguisement le Requiem,le faisant espionner par une bonne dépêchée gratuitement par un soi-disant admirateur anonyme. Mozart à court d'argent se laisse imposer un rythme infernal de travail. Constance retourne chez sa mère avec leur fils, puis se ravise. A son retour, elle tombe sur Salieri qui rédigeait le Requiem sous la dictée de Mozart à bout de force. Elle le chasse mais Mozart meurt, à 35 ans.         

    Qualifier de "chef d'œuvre du septième art" (Jean Tulard) ce film très hollywoodien me paraît quelque peu relever de l'hystérie. Essayons de faire la part des choses. S'il y a quelque chose de méritant c'est de ne pas utiliser la musique uniquement comme pourvoyeuse d'esthétique musicale en renfort de l'image, même si, paradoxalement, un film sur Mozart sans musique du tout eût été plus honnête, plus authentiquement repensé, nécessairement. Il y a pourtant un amour de la musique qui amène à discerner ce que celle-ci en particulier a d'exceptionnel. Le soin mis aux extraits d'opéra et la bonne idée de monter une version populaire traduisent, à ne pas le fétichiser, le respect envers cet art.
   Deuxièmement l'aspect biographique donne une perspective qui n'est pas uniquement hagiographique. Le personnage d'Amadeus rend bien l'idée d'une forme de liberté qui vient débrider quelque peu la vie protocolaire de cour.
   Les décors (naturels de Prague) et les costumes sont parfaits. Trop peut-être, étant conçus pour faire voyager le spectateur confortablement dans le temps. Car on se trouve tout de même plongé dans un monde factice.
   Cela tient à l'absence totale d'imagination du filmage conformément au crédo hollywoodien, qui consiste davantage à exhiber des décors, une action et des numéros d'acteurs attrayants qu'à se soucier d'élaborer une écriture, davantage à séduire le spectateur qu'à l'amener à se transformer.    
    C'est pour cela qu'en contrechamp le tableau du père comme figure terrible du destin revient si complaisamment. Toute la phase finale
est un chef d'œuvre de poncif. Mozart titubant au petit jour au bout d'une rue en profondeur de champ. Il s'approche et croise un chat noir qui disparaît promptement du champ droite-cadre. Puis la dernière nuit, un montage alterné inspiré de Dracula oppose à la calèche du retour de Constance au galop précipité, filmée sous des angles accusés dans une nuit bleutée, un Mozart épuisé, empêché par Salieri de se reposer. Enfin la fosse commune, inévitablement sous la pluie. Une main émerge d'un des suaires entassés au fond. La pauvre bonne en larmes pour bien faire sentir qu'elle regrette le rôle malfaisant qu'on lui a fait tenir.   
   Un film oscarisé (meilleur film 1984) très étrange donc, par ce mélange d'amour sincère de son sujet et de prostitution au marché.
06/04/15 Retour titres Sommaire

Larry Flint (The People vs Larry Flint) USA 1996 VF/VO Scope-couleur 126' ; R. M. Forman ; Sc. Scott Alexander, Larry Kanszewski ; Ph. Philippe Rousselot ; M. Thomas Newman ; Pr. Oliver Stone, Janet Yang, Michael Hausman ; Int. Woddy Harrelson, Courtney Love, Edward Norton. Ours d'or Berlin 1997.

   Au-delà de la biographie de Larry Flint qui a fait fortune dans la presse érotique en bousculant la frontière du porno, éloge d'un défenseur de la liberté du citoyen américain, parcourant la suite des procès dont il sort finalement victorieux. C'est également le portrait d'un homme qui a su concilier vie professionnelle et vie amoureuse en expérimentant ses modèles jusqu'à épouser Altéa, le plus scandaleux.

   La sincérité de leur amour, de même que tout ce qui est susceptible de faire vibrer le spectateur (attentat contre Flint, mort d'Altéa dans sa baignoire), est certifié par d'abondants commentaires musicaux de fosse au moment voulu. Malgré l'extrême médiocrité des acteurs, le film se veut de plus l'œuvre d'un maître par ses performances de caméra et de montage : tout y semble fait pour éviter la monotonie du plan fixe et du montage purement logique.
   Cet éclectisme technique
(1) gratuit reflète exactement une indigence artistique qu'explique notamment le grave malentendu de base : l'enjeu véritable de la lutte de ce novateur à sa manière n'est pas la liberté de la presse et du citoyen, mais celle de la consommation de masse. Ce n'est pas un visionnaire de l'humanité en marche qui gagne contre les partis rétrogrades, mais un promoteur du consumérisme encourageant l'exacerbation du libéralisme économique. Tout se vend, tout est permis pourvu qu'il y ait profit.
   L'insincérité foncière du propos se traduit par un malaise inconscient entraînant un récit pléthorique, prisonnier d'une logique exclusive de la représentation
(2) (en contradiction avec les efforts techniques). À souligner de plus l'aberration d'une version doublée(3) directement au micro, sans aucun souci d'épaisseur physique et contextuelle.
   Mais, n'en déplaise à l'Ours d'or, la version originale, bien que plus véridique, ne sauve pas le film de la médiocrité, qui semble liée à l'exil du réalisateur. Malgré les grands succès comme Vol au-dessus d'un nid de coucous ou Amadeus, la période américaine reste incommensurable avec l'inoubliable production du pays d'origine. Les services d'immigration américains ont-ils scrupuleusement vérifié l'identité de ce Tchèque qui se faisait
passer pour le génial auteur des Amours d'une blonde ? 21/07/02 Retour titres Sommaire

Man on the Moon USA-GB-All.-Jap. VO 1999 117' ; R. M. Forman ; Sc. Scott Alexander et Larry Karaszewski ; Ph. Anastas Michos ; Mont. Lynzee Klingman et Christopher Tellefsen ; M. R.E.M. ; Pr. Universal ; Int. Jim Carrey (Andy Kaufman et Tony Clifton), Dany DeVito (George Shapiro), Courtney Love (Lynnes Margulies), Paul Giamatti (Bob Zanudo).

   Biographie filmée d'Andy Kaufman (1949-1984), amuseur public qui sut tellement brouiller la frontière entre réalité et fiction, qu'on cria au canular quand il s'annonça cancéreux du poumon, voire que sa mort à trente-cinq ans passa pour fictive.
   Le récit aligne une suite d'épisodes en respectant la chronologie depuis l'enfance jusqu'au décès passé d'un an. Après s'être produit dans des cabarets avec plus ou moins de succès, Andy rencontre le producteur George Shapiro qui le fait engager à la télé. Le comique fait aussi des interventions dans les universités et organise le championnat du monde de catch intersexe, où il rencontre sa compagne Lynnes, etc. Il a surtout le talent du détournement, exigeant par exemple de se produire avec Tony Clifton, vieux crooner vulgaire dont il tient lui même le rôle à l'insu de tous, sauf de Shapiro, etc.

   Les deux scénaristes, qui avaient déjà sévi dans Larry Flint (comme dans Ed Wood de Tim Burton), ont une fois de plus saboté le travail en affadissant la vie du comique américain, en choisissant d'accumuler les curiosités biographiques plutôt que de s'efforcer à la structure organique qui va au cœur des choses. Miloš Forman entérina, se contentant d'une mise en scène illustrative, dépourvue d'imagination filmique. C'est Harry Carrey qui fait tout le boulot, réinventant les spectacles comiques avec le talent qu'on lui connaît.
   Ce qui reste un mystère complet, c'est l'admiration que certains critiques peuvent vouer à un tel film, qui n'est que le strict filmage d'un scénario médiocre. La seule fantaisie, assez pitoyable, est l'épilogue, où l'on voit apparaître Clifton un an après la mort d'Andy et où Bob, l'associé d'Andy qui avait aussi incarné cet alter ego, est cadré en alternance au milieu du public afin qu'on sache qu'il n'y est pour rien.
   Si vous ne voulez pas pleurer de rage, évitez à tout prix les trois premiers films de Forman. 16/08/08
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Bill FORSYTH
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Local Hero GB VO couleur 1982 111' ; R., Sc. B. Forsyth ; Ph. Chris Menges ; M. Marc Knopfler ; Pr. David Putman ; Int. Burt Lancaster (Felix Happer), Peter Riegert (MacIntyre), Fulton MacKay (Ben), Denis Lawson (Gordon Urquhart), Peter Capaldi (Danny Oldsen).

   MacIntyre, un jeune cadre de la Knox, importante compagnie pétrolière texane, est dépêché dans un petit village de pêcheurs écossais dont la position stratégique exige l'implantation d'un complexe pétrolier. Menée par l'aubergiste Gordon Urquhart en raison de ses compétences financières, la population est décidée à ne lâcher le terrain communal qu'au prix fort. On ne rêve déjà plus que Rolls ou Lamborghini. Les habitants pourtant déjà importunés par des exercices aériens de la Royal Navy sont tout prêts à laisser détruire un environnement exceptionnel.
   Charmé cependant par la vie simple des pêcheurs comme par la femme de l'aubergiste, MacIntyre se détache peu à peu de sa mission. Le grand patron Felix Happer (B. Lancaster : Galerie des Bobines), un passionné d'astronomie, débarque attiré par les phénomènes célestes locaux dont lui rend compte MacIntyre par téléphone. Après avoir tenté en vain de convaincre le vieux Ben domicilié dans une cabane sur la plage de lui vendre ses terrains, qui sont les mieux placés, séduit par le site et ses habitants, il décide d'abandonner le projet pour fonder un institut d'astronomie et d'étude du milieu marin. Ce dernier avait été réclamé par une jeune femme spécialiste de plongée surveillant les fonds pour le compte de la Knox.

   Fable philosophique et poétique donc, dénonçant les méfaits du capitalisme. La poésie provient du paysage, de l'humour, et de certains événements qui semblent tenir du fantastique comme la plongeuse, identifiée à une sirène qui déterminerait implicitement le cours des événements.
   Malheureusement, la mise en scène se contente d'être le fade instrument du scénario. Les belles photos et les idées loufoques ou généreuses en soi ne sauraient passer pour chose cinématographique. 12/07/01
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Clemente FRACASSI
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Aïda It. VO 1953 95' ; R. C. Fracassi ; Sc. Carlo Castellin, Anna Gobi ; Ph. Piero Portalupi ; Pr. Gregor Rabinovitch ; M. G. Verdi, Renzo Rossellini ; Int. Sophia Loren (Aïda, doublée par Renata Tebaldi), Lois Maxwell (Amneris), Luciano Della Marra (Radamès).

   L'esclave et princesse éthiopienne Aïda et le héros militaire égyptien Radamès s'aiment. Radamès renonce à épouser Amneris la fille du pharaon et à hériter du trône. Ayant trahi sa patrie par une ruse du père d'Aïda le roi d'Ethiopie, il est condamné à être emmuré vivant. Il mourra avec Aïda qui a pu se glisser dans la crypte du supplice. Il ne reste à Amneris qu'à maudire les juges et pleurer son bien-aimé.

   Mise en scène involontairement comique, non pas tant par le carton-pâte criard des décors que par l'extrême maladresse des ballets et le naïf parti pris consistant à calquer scrupuleusement les personnages sur ceux des fresques antiques. 6/09/02 Retour titres Sommaire

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Freddie FRANCIS
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Dracula et les femmes (Dracula Has Risen From the Grave) GB VF couleur 1968 92' ; R. F. Francis ; Sc. John Elder ; Ph. Arthur Grant ; M. James Bernard ; Pr. Hammer (producteur habituel de la série Dracula) ; Int. Christopher Lee (Dracula), Rupert Davis (l'évêque), Barbara Erwing (Zena), Veronica Carlson (Maria).

   Un idiot découvre suspendue dans la cloche de l'église une femme vidée de son sang par la double plaie fatale au cou. L'évêque force le curé à l'accompagner au château du comte Dracula dont il scelle l'entrée avec une croix d'airain après avoir accompli le rituel d'exorcisme. Entre-temps le curé resté en arrière se blesse aux rochers. Son sang va nourrir Dracula pris dans les glaces d'un torrent. Le monstre s'éveille et vampirise le curé, qui va le servir dans sa quête de femmes. La jeune personne convoitée après un coup d'essai sur la servante Zena, est la nièce de l'évêque, fiancée à un jeune athée énergique. Malgré les précautions d'usage celle-ci est vampirisée, mais dans une lutte avec le jeune homme devant le château, Dracula déséquilibré va s'empaler sur la croix d'airain plantée dans le sol depuis que Maria l'a détachée du portail.

   Outre les données habituelles, comme les très gros plans sur les yeux rougis par l'afflux sanguin, autoritaire et superbe, Christopher Lee incarne parfaitement la figure paternelle cannibalique remontant à Saturne.
   Les contre-plongées sur sa personne procurent une sorte de vertige comme d'une figure inversée de la fosse funéraire. Il fouette furieusement son attelage à la mesure de sa frénésie érotico-vampirique. Son château, contrairement à l'habitude, est inaccessible aux voitures. Effort de renouvellement.
   Hélas les crescendo musicaux systématiques pour signaler quand avoir peur annulent les effets d'image et rendent le spectateur passif. En outre une contradiction logique grève la crédibilité du récit : comment Dracula pouvait-il vampiriser une victime et la suspendre au battant de la cloche alors qu'il était doublement prisonnier de la glace et d'un sommeil léthargique ? On peut aussi déplorer un titre français trompeur.
   J'attends d'un film de vampires qu'il nourrisse de son sang mon imaginaire érotique dans l'ambivalence archaïque de l'avidité sexuelle orale et de l'épouvante cannibalique. Cela ne paraît possible qu'à se libérer des mythes et de ses représentations : sur écran totalement noir. 20/04/01
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Arnold FRANCK et Georg Wilhelm PABST
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L'Enfer blanc du Piz Palü All. muet N&B 1929 135'
Commentaire

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Georges FRANJU
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Les Yeux sans visage Fr. N&B 1959 88' ; R. G. Franju ; Sc., Ad. Boileau-Narcejac, Jean Redon, Claude Sautet, d'après J. Redon ; Dial. Pierre Gascar ; Ph. Eugen Schüfftan ; M. Maurice Jarre ; Pr. Jules Borkon ; Int. Pierre Brasseur (Dr Genessier), Alida Valli (Louise), Edith Scob (Christiane Genessier), Juliette Mayniel (Edna), Béatrice Altariba (Paulette), Claude Brasseur (un inspecteur), François Guérin (Jacques), Alexandre Rignault (l'inspecteur Parot).

   Louise, l'assistante du professeur Genessier qui lui a refait la figure, porte au cou un collier de chien en perles masquant la cicatrice. Au volant d'une 2CV qui transporte aussi des corps, elle cherche des visages de jeunes filles que le patron tente de transplanter sans succès sur sa fille défigurée. Déclarée morte par prudence, celle-ci ne peut s'empêcher d'adresser un imperceptible signe téléphonique à son fiancé Jacques - l'assistant du Dr - qui alerte la police. Trop tard : dans un geste de révolte tournant à la démence, Christiane poignarde Louise au scalpel, délivre l'ultime "donneuse" sur le point d'être sacrifiée et avant d'ouvrir la volière des colombes qui la suivront au fond des bois, libère les chiens de laboratoire, qui dévorent leur maître.

   Le décor crée une ambiance de manoir lugubre, nocturne et désaffecté, à l'intérieur somptueusement bizarre où se multiplient les ombres, et résonnent les aboiements hors champ comme chez le Dr Moreau. Massif et impavide personnage au regard aigu, Genessier est responsable de l'accident de voiture qui a privé sa fille de physionomie. Adulant celle-ci au point de dévisager sa plaie avec amour, Louise endosse le rôle du serviteur dévoué jusqu'à la mort (d'où le collier) au service du Vampire, que suggère, outre le décor intérieur dépourvu de miroirs en dépit du masque, le viol par Genessier du caveau de famille dans un cimetière brumeux aux arbres décharnés où résonne l'appel des corneilles.
   Habile procédé d'horreur, la face monstrueuse n'est entrevue qu'une fois, à travers la vision floue d'une des victimes encore intacte, se réveillant terrifiée à l'instant où Christiane l'observe sur le billard. Vêtue de déshabillés évoquant les poupées du 19
e siècle, le geste à la fois fragile et mécanique rythmé par une musique de manège dissonante en diminuendo, Christiane est recluse dans une chambre haute chauffée par cheminée comme une princesse moyenâgeuse. Belle de la Bête, elle câline les molosses carnassiers.
   Bref, au détriment de la suggestion, trop de clichés et de réminiscences telles que
The Most Dangerous Game (1932) et Les Diaboliques (la maison, la 2CV, la banlieue nocturne, etc. (1954)). 4/03/01 Retour titres Sommaire

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John FRANKENHEIMER
liste auteurs

L'Ile du docteur Moreau (The Island of Dr Moreau) USA VF 1996 96' ; R. J. Frankenheimer ; Sc. Ron Hutchinson, Richard Stanley, d'après H.G. Wells ; Ph. William A. Fraker ; M. Gary Chang ; Pr. Edward R. Pressman ; Int. Marlon Brando (Dr Moreau), Val Kilmer (Montgomery), Edward Douglas (David Thewlis), Fairuza Balk (Aissa).

   Cette troisième adaptation(1) pour un modeste budget de quarante millions de dollars est un produit de masse nullissime tentant de s'inspirer des recettes à succès.

   Espèce d'antipape pommadé de blanc en raison d'une allergie au soleil, échappé directement d'Apocalypse Now dans des décors postiches, Marlon-Moreau (Galerie des Bobines) bâillant d'ennui trône sur une papamobile toute caparaçonnée, une télécommande à la main contrôlant ses créatures implantées électroniquement. Avec des relents de Planète des singes, les monstres terrorisent les petits ospectateurs en grognant et ânonnant à qui mieux-mieux.

   Ce pourrait être burlesque si ce n'était affligeant de mercantile médiocrité. Film interdit aux moins de quatre ans. 14/07/02 Retour titres Sommaire

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Carl FRANKLIN
liste auteurs

Le Diable en robe bleue (Devil in a Blue Dress) USA VO couleur 1995 100' ; R., Sc. C. Franklin ; Ph. Tak Fujimoto ; M. Elmer Bernstein ; Int. Denzel Washington (Easy), Jennifer Beals (Daphne), Tom Sizemore, Don Cheadle.

   Los Angeles en 1948. Chômeur noir criblé de dettes, Easy est amené à accepter des boulots pas très nets qui le propulsent au cœur d'une sombre affaire. Il doit retrouver une certaine Daphne, une Blanche, Noire d'origine, qui porte une robe bleue et déclenche tous les conflits. Les cadavres s'accumulent autour de lui. D'autres personnages importants, toujours blancs, lui proposent des tâches connexes grassement rémunérées. Il se révèle un détective hors-pair totalement immunisé dans un monde irréel.

   C'est tout ce qu'on demande au roman noir américain des années quarante : frisson mais immunité. La reconstitution urbaine affiche une jolie palette de couleurs animées par de rutilantes automobiles que n'affecte jamais la poussière ambiante, véritables joujoux sous cloche.
   Présentés comme victimes morales et économiques de la ségrégation, les Noirs supportent d'autant mieux leur misère supposée qu'on ne les voit qu'au volant de ces mêmes rutilants véhicules exempts de poussière, en boîte de Jazz, en gangsters ou batifolant sur des pelouses privatives.
   Bref un excellent divertissement bien déréalisant, qui sait limiter le tragique au rôle du piment dans la ratatouille. 10/11/01
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Stephen FREARS
liste auteurs

Mary Reilly GB 1995 120' ; R. S. Frears ; Sc. Christopher Hampton, d'après valerie Martin ; Ph. Philippe Rousselot ; M. George Fanton ; Pr. Ned Tanen, Nancy Graham Tanen, Norma Heyman ; Int. Julia Roberts, John Malkovich, Glenn Close.

   Un Hyde érotisé par le regard d'une servante que fascine sa cruauté, lui-même en retour jekyllisé par la fraîcheur candide de Julia Roberts. La part trouble de Mary provient d'une enfance martyrisée par un père violent : situation psychologique étudiée et peut-être superflue, ou en tout cas trop justificative : l'érotisme peut-il admettre une quelconque causalité psychologique sans se réduire au symptomal ?

   Le décor évoque un château avec salle des tortures (le labo, dramatisé d'un amphithéâtre) et cour intérieure toujours embrumée où Mary est autorisée à cultiver des herbes comme au couvent.
   Angles de vues tourmentés par des plongées quelque peu excessives. Éclairage diffus et couleurs feutrées à la limite de la sépia, excepté le sang. Sons intéressants comme de tintements de chaînettes, de crissements de courroies ou de cordes. Belles études de visages : angulosité de Jekyll, vulgarité funèbre de la maquerelle. Meilleurs moments, les silences meublés de sonorités menaçantes et légères.
   Les excès optiques et musicaux banalisent le film. On est pris le temps de la projection, puis cela s'estompe. La meilleure idée est dans l'imaginaire érotique à peine esquissé de Mary, qui permet de dépasser les effets d'horreur, que le cinéaste ne cherche pas à accentuer du reste. Dommage qu'il n'ait pas approfondi le genre de l'érotisme esquissé, et que le fantastique soit aussi conventionnel !
   Au fond un poil trop didactique. 17/09/99
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Karl FREUND
liste auteurs

La Momie (The Mummy) USA N&B 1932 72' ; R. K. Freund ; Sc. John Balderson ; Ph. Charles Stumar ; Maq. Jack Pierce ; Pr. Universal ; Int. Boris Karloff (Im-Ho-Tep et Ardath Bey), David Manners (Frank Whemple), Edward Van Sloan (le professeur Muller), Zita Johann (Helen Grosvenor).

   En 1921 on a trouvé la momie du grand prêtre Im-Ho-Tep. Elle est ressuscitée à la suite de la lecture du manuscrit de Toth. Dix ans plus tard Frank Whemple, assisté du mystérieux Ardath-Bey, tente par le même procédé de redonner vie à une momie de princesse. Laquelle s'est réincarnée dans la personne de Helen Grosvenor, la fiancée de Frank. Frank sauve Helen des mains d'Ardath-Bey, alias Im-Ho-Tep, déjà condamné trente-sept siècles auparavant pour avoir tenté de réveiller la princesse, et qui allait la sacrifier pour s'unir à elle dans la vie éternelle.

   Taillé sur mesure pour Boris Karloff (le Frankenstein de James Whale est de 1931 !), on ne peut en dire autant de l'actrice principale, Zita Johann censée, avec un physique petit-bourgeois, être la réincarnation d'une princesse antique.
   Film très conventionnel avec de gros-plans très maquillés de la momie et des éclairages antisolaires dignes du ci-devant muet mais, appliqué au parlant, le procédé est excessif.
   Globalement : mythologie coloniale et tintinesque des années 30, fondée sur la culpabilité des dominants se projetant dans les maléfices qui émanent des dominés... 25/09/99
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Les Mains d'Orlac (Mad Love) USA N&B 1935 70' ; R. K. Freund ; Sc. Guy Endore, John Balderston, d'après Maurice Renard ; Ph. Gregg Toland ; Pr. MGM ; Int. Peter Lorre (Dr Gogol), Frances Drake (Yvonne Orlac), Colin Clive (Stephen Orlac), Ted Healy (Reagan).

   Le pianiste virtuose Orlac perd ses mains dans un accident. Le grand chirurgien Gogol, amoureux de son épouse Yvonne, qui le repousse, lui greffe les mains d'un assassin exécuté. Il persuade son rival être l'auteur d'assassinats récents. Yvonne en doute et rend visite à Gogol, qui tente de l'étrangler. Orlac survient à pic pour tuer le malfaisant.

   Peter Lorre dans le rôle du Dr Gogol, c'est taillé sur mesure et prévisible d'autant... Un peu trop d'accessoires du fantastique et de l'horreur : la poupée de cire, l'architecture vaguement gothique, tout cela bien ostensible.
   Le véritable fantastique n'est pas affaire d'accessoires, mais de puissance de transformation du matériau le plus banal. 11/99
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Kinji FUKASAKU
liste auteurs

Battle Royale (Batoru rowaiaru) Jap. VO 2000 113' ; R. K. Fukasaku ; Sc. Kenta Fukasaku, d'ap. Koshun Takami ; Ph. Katsumi Yanagijima ; M. Masamichi Amano ; Pr. Masao Sato, Masumi Okada, Tetsu Kamaya ; Int. Tatsuya Fujiwara (Shuya Nanahara), Aki Maeda (Noriko Nakagawa), Taro Yamamoto (Shougo Kawada), Masanobu Ando (Kazuo Kiriyama), Kou Shibasaki (Mitzuko Souma), Chiaki Kuriyama (Takako Chigusa).

   Au vingt et unième siècle, une classe de lycéens anesthésiés pendant un voyage de fin d'année scolaire en autocar, se retrouve sur une île déserte, sous le contrôle de Kitano, un ancien professeur, assisté de forces armées, à la suite de l'instauration d'un régime politique de type fasciste baptisé Battle Royale.
   Pour apprendre l'obéissance et le respect, les adolescents sont contraints de participer à un jeu sanglant auquel se sont joints deux volontaires vainqueurs des jeux précédents.
   Lâchés dans la nature avec armes et provisions, ils ont pour consigne de s'entretuer, le gagnant étant le dernier survivant. Le terrain se divise en zones dont certaines sont prohibées à certains moments, signalés une heure avant par haut-parleur. Les joueurs portent un collier inamovible qui explose en cas de manquement aux règles. Celles-ci leur ont été expliquées sur une vidéo par une jeune speakerine de style Manga pleine d'un facétieux entrain. L'identité et le sexe des morts sont annoncés tous les jours par Kitano lui-même à l'aide du haut-parleur, et affichés à l'écran en caractères d'imprimerie comme pour un jeu vidéo.
   Il y aura en fait trois survivants, un couple et un volontaire, qui se sont alliés et parviendront à tuer Kitano.

   La critique a cru devoir y déceler une parabole et un chef-d'œuvre d'humour noir. Autrement dit, il ne faudrait pas prendre l'aspect gore à la lettre. Il s'agit en effet d'un récit de science fiction, d'autant plus irréaliste qu'il s'identifie à l'univers du jeu vidéo, dont le dénouement très moral laisse une note d'espoir qui exclut toute complaisance eschatologique.
   En réalité le massacre témoigne d'une telle délectation à l'étalage d'hémoglobine qu'il faut renoncer à ce pieux compromis avec une esthétique relevant du grand bazar planétaire. Le film s'inscrit au contraire dans les plus habiles productions de masse sur la base d'une propagande insidieuse en faveur de l'idéologie dominante. Le jeu vidéo est une intéressante couverture qui tout à la fois séduit un public tombé dedans dès la naissance et déréalise la violence de l'image. La violence au service de l'individualisme - que ne parvient pas à dénier une chute des plus formalistes - dans un contexte de compétition pour la survie, se présente sous la forme politiquement correcte d'une imagerie de Playstation.
   Il permet ainsi de nourrir les fantasmes de vengeance nés de la frustration sociale, économique, politique, spirituelle, qu'engendre un monde ne connaissant d'autre loi que celle du profit. 1/01/04
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Samuel FULLER
liste auteurs

Le Port de la drogue (Pickup on South Street) USA VO N&B 1953 85' ; R., Sc. S. Fuller, d'après Dwight Taylor ; Ph. Joe MacDonald ; M. Leigh Harline ; Pr. Jules Schermer/20th Century Fox ; Int. Richard Widmark (Skip McCoy, Galerie des Bobines), Jean Peters (Candy), Thelma Ritter (Moe Williams, Galerie des Bobines).

   Film anti-rouge censuré au doublage(1), substituant au thème de l'espionnage communiste celui de la drogue, d'où le titre français ! Dans le métro, sortant de prison, un sympathique malfrat sûr de lui (Skip McCoy) subtilise dans le sac à main d'une midinette (Candy) un porte-monnaie contenant le microfilm d'un secret industriel que convoitent les communistes. Mais Candy est filée par un agent du contre-espionnage, et Skip vite repéré cherche à monnayer sa trouvaille. La fille tombe amoureuse de lui et il obtiendra une amnistie après avoir rossé un affreux communiste meurtrier d'une brave indicatrice.

   Curieusement, Pickpocket de Bresson semble parfois, accessoirement, s'inspirer des scènes (image et son) du métro. Joli filmage à grain fin de la ville et du port où niche Skip dans une cabane lacustre reliée au quai par une passerelle branlante.
   Le polar, même de qualité, reposera toujours sur des valeurs fragiles, surtout lorsqu'il se raccroche aux préjugés les plus crasses. 24/04/00
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Urban GAD
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L'Abysse (Afgrunden) Danemark N&B Muet 1910 38'' ; R., Sc. U. Gad ; Ph. Alfred Lind ; Pr. Hjalmar Davidsen ; Int. Asta Nielsen (Magda Vang), Poul Rumert (Rudolph, l'artiste de cirque), Robert Dinesen (Knud Svane).

   Magda, vivant de leçons de piano, et Knud, ingénieur, se sont rencontrés sur la plate-forme d'un tram électrique. La jeune femme est invitée à passer les vacances d'été au presbytère du pasteur, le père de Knud. Lors d'une promenade ils croisent une parade de cirque où Rudolph, le cow-boy de la troupe, la salue de façon marquée. Elle convainc son ami d'assister au spectacle, occasion de revoir le beau cow-boy. Par amour, elle se laisse le soir même enlever à cheval et monte avec son amant un spectacle érotique. Mais il est volage et elle est tentée de suivre Knud, qui a retrouvé sa trace et lui propose un destin plus paisible. Rudolph survient à temps qui la retient par le désir. Magda fait scandale en agressant sauvagement une rivale en plein spectacle. Le couple est chassé du cirque. Elle tient maintenant la partie de piano dans un orchestre de cabaret pendant que Rudolph consomme à la terrasse. Knud tombé-là par hasard fait passer à la pianiste par le garçon de café un mot anonyme de rendez-vous à la pause dans le cabinet privé, ce dont elle se refuse, avec un inconnu. Prévenu par le garçon qui pense tirer avantage financier de cette situation scabreuse, Rudolph la force à s'y rendre. Mais l'entrevue s'éternisant le garçon le pousse à intervenir. Knud est invité à sortir et dans la lutte qui s'ensuit Magda poignarde à mort son amant avec un couteau trouvé sur la table. La police doit l'arracher cramponnée au cadavre pour l'emmener.  

   Moyen métrage étonnamment moderne, aux cartons laconiques, sans grimaces ni gesticulations, tourné largement en extérieurs en usant de la profondeur de champ et de la caméra précocement (légèrement) mobile, n'hésitant pas à fragmenter l'action par un montage pourvu de raccords dans l'axe ou le mouvement. A noter que le mouvement de camera est aussi un procédé de montage. Quand le beau cow boy salue Magda, celle-ci est rejetée hors-champ. La caméra en sens inverse la fait revenir alors que l'homme est déjà sorti du champ, en une sorte de jeu du désir.  Il y a même manifeste contre le théâtre filmé, à cadrer face un spectacle de cirque vu de profil pour les spectateurs virtuels situés hors-champ droite-cadre, où émerge une partie de la fosse d'orchestre, si bien que les acteurs saluent de profil. Le montage parallèle quant à lui pousse au paroxysme la tension, quand le garçon de café par avidité excite Rudolph attablé en terrasse alors que Magda et Knud sont en tête à tête privée. Mais moderne aussi par la liberté du propos dans cette odyssée amoureuse par déclassement sans voyeurisme d'une petite bourgeoise dédaignant un parti aseptique pour aller se vautrer dans la sciure et le crottin.
   Liberté mortelle à l'homme que celle des bêtes ! Au moment précis où l'ingénieur demande à Magda sa carte au début, un chien errant s'introduit gauche-cadre jusqu'au milieu du champ parmi les tables de la terrasse, puis fait demi-tour, ressortant par la même voie au moment précis où la carte est remise. Chien contre civilité, le destin est en marche. Plus tard on retrouve un chien semblable à la pension parmi les artistes. Le chien ne connaît du sexe que le rut. Le sexe dévastateur décide du destin de Magda, qui ne peut résister à Rudolph quand Knud lui offre son bras. Cela culmine dans l'érotisme du numéro sur scène consistant en étroites rotations spasmodiques du bas-ventre animant hanches et fesses, lesquelles se trémoussent collées au corps du mâle qu'elles contournent en insistant sur la braguette, après l'avoir ligoté... Et quand je pense qu'elle aurait pu être ma grand-mère !  20/11/17
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Abel GANCE
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La Roue (1 et 2) Fr. muet N&B 1922 179'
Commentaire

Bonaparte et la Révolution Fr. N&B 1925/1970 270' ; R., Sc., Dial., Découpage A. Gance ; Ph. Jules Kruger ; M. Arthur Honegger ; Mont. Max Saldinger/Gance/Claude Lelouch (1970) ; voix de Jean Toppart ; Int. Albert Dieudonné (Bonaparte), Antonin Artaud (Marat), Harry Krimer (Rouget de Lille), Annabella (Violine), Gina Manes (Josephine), Edmond Van Daël (Robespierre), Alexandre Koubitzky (Danton), A. Gance (Saint Just), Damia (la marseillaise), Marguerite Gance (Théroigne de Méricourt), etc.

   Quelle merveille que l'éclairage dans Bonaparte et la Révolution de Gance ! C'est le "faux" qui conduit au vrai : du symbolique à fleur d'image. Ne peut-on dire que cette époque étant révolue, le symbolique(1) a migré dans les coins et les interstices ? L'éclairage participe du traitement épique du cadrage et du montage. Les scènes de guerre ainsi que celles des fêtes sont extraordinaires et ne peuvent être définies que par un paradoxe : la lisibilité dans la confusion dynamique. Le montage alterné joue de la comparaison grandiose comme celle des vagues de la mer démontée où vogue le frêle esquif de Bonaparte, avec l'assemblée dont le mouvement houleux est imprimé par le balancement de la caméra. Les surimpressions sont animées de pulsations alternées dynamisant le souffle.
   Malheureusement, tout cela est à mettre au crédit d'un autre film daté de 1925,
Napoléon. Ce que nous avons sous le titre Bonaparte et la Révolution, c'est un film muet remanié et postsynchronisé, ce pourquoi il n'était pas fait au départ. Gestuelle et mimiques remodelées par des éclairages d'une étonnante vigueur poétique contiennent déjà en elles-mêmes paroles et cris. De plus, la bande-son est saturée comme si le son requérait la même continuité que l'image ! Les scènes de foules tonitruantes alternent sans répit avec les paroles plaquées et les bruitages souvent grossiers, comme le bruit des pas à la course semblable à la sonorisation d'un mauvais dessin animé. Et la voix de Bonaparte est celle de Dieudonné plus vieux de cinquante ans !
   Pour vraiment juger de la réelle qualité artistique de ce film il faudrait pouvoir disposer de la version originale muette ! 31 juillet 99
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La Fin du monde N&B 1930 103' ; R., Sc. A. Gance d'après La Fin du monde de Camille Flammarion ; Ph. Jules Kruger, Nicolas Roudakoff, Émile Pierre, Lucas, Lachowsky ; M. (adaptation) Michel Levine, Siahan, Zederbaum ; Pr. L'Écran d'Art ; Int. Colette Darfeuil (Geneviève de Murcie), Abel Gance (Jean Novalic), Victor Francen (Martial Novalic), Samson Fainsilber (Schomburg), George Colin (Werster, le boursier), Jean d'Yd (Murcie), Sylvie Grenade (Isabelle, la maîtresse de Schomburg).

   Inventeur d'une comète qui se dirige vers la terre, l'astronome Martial Novalic, qui s'inspire des idées généreuses de son frère Jean - écrivain devenu fou à la suite d'un choc crânien - prépare un monde meilleur. Il parvient à étouffer les mouvements d'un conflit mondial, et fait proclamer la république universelle avant le cataclysme, en espérant des survivants. En effet, la comète ne fait que frôler la terre, et le monde tourne à la religiosité.
   Le piment de l'histoire tient à la lutte de deux factions. Les purs derrière Novalic, qui a réussi à convaincre le boursier Werster. Ce qui lui permet de tenir tête au puissant et richissime Schomburg, ami de l'État et spéculant sur la guerre. Mais ça se complique. Geneviève, fiancée admirative de Jean Novalic et fille de Murcie, un savant à qui Martial a ravi le prix Nobel, est confiée à son frère par Jean avant qu'il ne sombre dans la déraison. Bien que sommée d'épouser Schomburg qui l'a violée après avoir acheté son père, elle travaillera avec Martial au sauvetage de l'humanité. Mais elle aime trop la vie facile et retourne à son père et à Schomburg. Entouré de flics, celui-ci vient en ascenseur arrêter Martial et Werster, qui sabotent l'antenne de la tour Eiffel pour empêcher la déclaration de guerre. Prise de remords Geneviève prévient par téléphone Werster qui lui recommande de ne pas monter avec eux. Elle passe outre et meurt avec Schomburg dans l'accident que provoque le boursier en sectionnant le câble au chalumeau.

   Le personnage de Schomburg est magnifiquement méphistophélique, et Martial incorruptible avec grandiloquence. Un autre aspect intéressant est la figure du Christ. Au début, Jean Novalic tient le rôle du Christ dans une représentation de la Passion à l'église. C'est une sorte de Christ-Jean de l'Apocalypse vivant dans le dénuement, se disant né pour souffrir et qui pressent la fin du monde avant que son frère ne la calcule.
   Alité alors que son esprit vacille, il est entouré de colombes blanches. L'esprit de Jean plane sur tout le film et en détermine le dénouement rédempteur. Tout ici tend au lyrisme mystique sans parvenir à s'en frayer véritablement la voie.
   Les procédés se ressentent du genre muet auquel devait d'abord appartenir ce film. Éclairages superbes mais gestes et intonations de voix outrés. "Un film conçu muet, comme
La Fin du monde d'Abel Gance, note Dominique Villain (in L'Œil à la caméra, Cahiers du cinéma, p. 88), avait une image trop significative pour qu'on puisse y ajouter du son".
   Il faudrait étudier de près le décor, qui se ressent de l'illuminisme gancien : le logement de Jean curieusement oblong, situé dans un recoin de la ville et flanqué de niches d'oiseaux, ou les effets aériens tirés des structures de la tour Eiffel.
   Au total, Gance s'attaque ici à des thèmes qu'il est difficile d'arracher aux pires poncifs. S'il sut néanmoins s'en garder, c'est sur un mode dispersé. 14/09/02
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Un grand amour de Beethoven Fr. 1936 NB 135'
Commentaire

Cyrano et D'Artagnan Fr.-Esp.-It. Eastmancolor 1962 145' ; R., Sc. A. Gance, d'après Alexandre Dumas et Edmond Rostand ; Ph. Otelio Martelli, Picon Borel ; M. Michel Magne ; Pr. Circe, C.C. Champion, Agata Films ; Int. Jean-Pierre Cassel (d'Artagnan), José Ferrer (Cyrano de Bergerac), Sylvia Koscina (Marion Delorme), Dahlia Lavi (Ninon de Lenclos), Michel Simon (le père de Cyrano), Philippe Noiret (le roi).

   1642 : deux Gascons pauvres et ambitieux se rencontrent sur le chemin de Paris. Ils font assaut de gasconnades pour se hausser mais n'étant dupes ni l'un ni l'autre, deviennent inséparables. D'Artagnan doit avec les mousquetaires servir Richelieu, Cyrano, la reine dans le camp opposé. Leur amitié non seulement surmonte ces contradictions, mais s'en renforce. Cyrano est un vrai prodige de la nature : poète et inventeur, il parle aux oiseaux et se montre capable de vaincre à l'épée les cent hommes de la bande des Ecorcheurs, mis en embuscade par Richelieu.
   Les deux compères ont l'heur de plaire à deux beautés du temps, Marion Delorme et Ninon de Lenclos qui font un choix inverse de celui des élus de leurs sens. Invités, masqués par prudence, à pénétrer nuitamment jusque dans l'alcôve, ceux-ci intervertissent les rôles. Les dames galantes sont comblées, sauf la nuit où ils reprennent leur identité. Elles se retrouvent gâtées dès que l'ordre habituel est rétabli. Un jour ils sont découverts. Les Belles d'abord offusquées reconnaissent ensuite à leur corps défendant que le choix des amants n'était pas si mauvais. Les deux couples assortis à la faveur des masques finissent par se former officiellement.

   Combinant dans un flamboyant Eastmancolor, théâtre, film de cape et d'épée, conte galant, récit fantastique et biographie de Cyrano, cette ambitieuse entreprise, où l'on reconnaît certes la liberté de Gance, est un échec pour deux principales raisons, semble-t-il.
   La première, c'est que le théâtre y domine au détriment du cinéma : cela commence par une exposition en règle, et se déclame en vers, dans des décors souvent factices. La deuxième est le défaut absolu de tragique. Non seulement celui-ci s'est toujours imposé comme constituant la véritable respiration du grand artiste Gance, mais en l'occurrence, le danger, les complots et l'érotisme qui font l'intrigue s'en trouvent dépourvus de sel autant que de sang.
   Ce qui devait s'épanouir par le dépassement audacieux du genre se résout dans une fantaisie pittoresque sans plus. 2/03/03
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Nicole GARCIA
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L'Adversaire Sui. -Fr.-Esp. 2002 129'
Commentaire

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Philippe GARREL
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La cicatrice intérieure 1971 57'
Découpage
Commentaire

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Tony GATLIF
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Gadjo dilo Fr.-Roumain 1997 110' ; R., Sc. et M. Tony Gatlif ; Ph. Éric Guichard ; Son et mont.-son Nicolas Naegelen ; Mix. Dominique Babouriau ; Mont. Monique Dartonne ; Déc. Brigitte Brassart ; Pr. Daru Mitran ; Int. Romain Duris (Stéphane), Rona Hartner (Sabine), Izidor Serban (Isidor).

   Le jeune Parisien Stéphane traverse la Roumanie hivernale à pieds et en stop à la recherche d'une chanteuse tzigane qu'adula son père. Il est recueilli dans un village tzigane par le vieil Izidor dont le fils mafieux vient d'être arrêté. Avec son aide et celle de la troublante Sabine, la seule à baragouiner le français, il recherche dans le pays des chanteurs à enregistrer. Ayant tourné à l'érotisme fiévreux, la relation avec Sabine est perturbée par la mort de Gadidjan, le fils d'Izidor assassiné par les Gadje du village, qui dévastent en outre le campement. Stéphane finit par détruire et enterrer ses enregistrements à la satisfaction de Sabine.

   Beau document sur la vie d'un village tzigane dans un milieu hostile à bas niveau économique, comportant musique et danses dans les fêtes sur place et chez les mafieux où voltigent les billets de banque.
   L'ambiance érotique d'abord imperceptible s'affirme de plus en plus sous des figures inspirées par la danse, les mots, les gestes. Stéphane ayant bricolé un phonographe à pavillon avec un cornet de journal, Sabine pour mieux tendre l'oreille, pose sa joue sur la main qui tient le pavillon en disant "c'est beau !"
   Malheureusement les clichés débarquent au passage à l'acte. On a même droit aux amants se pourchassant dans les bois dans le plus simple appareil. En voici d'autres d'aussi délicieuse naïveté : pour aider le spectateur à comprendre le rituel de la noce où le père feint d'interdire le départ de sa fille, la caméra capte le regard de l'étranger : d'abord inquiet, puis souriant lorsqu'il a compris. Dans la même logique, quand Izidor va faire réparer les chaussures de Stéphane, on nous montre une rangée de réparateurs de lessiveuses. "Que la cause suive l'effet" disait Bresson. Mais quand Gatlif applique ce principe, c'est par un poncif : un élargissement du champ révèle qu'en panne, la voiture dont on croyait le mouvement autonome est tirée par deux chevaux.
   Enfin, tout en ayant l'air de donner la préférence à la collectivité, Gatlif tombe dans le star-system en soulignant lourdement dès le début la figure de Sabine au milieu d'autres femmes. On me rétorquera : ce ne sont pas deux ou trois clichés… Oui mais révélateurs d'une incompétence à penser le film avant les scènes.
   Au total l'intérêt tient dans le pittoresque documentaire et l'érotisme. N'empêche qu'on est déjà heureux de découvrir un monde différent. 3/07/01
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Swing Fr. 2002 90' ; R., Sc. T. Gatlif ; Ph. Claude Garnier ; Déc. Denis Mercier ; Mont. Monique Dartonne ; Pr. Princes films ; Int. Oscar Copp, Lou Rech, Tchavolo Schmitt.

   Max, dix ans, veut apprendre la musique manouche. Swing, fillette manouche de son âge qui se fait passer pour un garçon lui procure une mauvaise guitare moyennant un diskman. Il prend des leçons avec Miraldo, l'oncle de Swing, contre des services de scribe.

   Le garçonnet, qui vit chez sa grand-mère dans une belle villa strasbourgeoise fait avec Swing les quatre cents coups, dans ce quartier des faubourgs mêlé de bicoques et de caravanes. Une tendre complicité s'établit entre les deux enfants. Max s'initie à la nature et aux vertus des plantes sous la conduite de Swing et de Miraldo. Mais celui-ci est emporté par un malaise soudain et Max doit partir en Grèce avec sa maman. Les larmes amères du deuil et de la séparation se confondent.

   Joli conte de fées où le visage de porcelaine incrustée de bleu de Max se conjugue symboliquement avec la chaude profondeur de celui de Swing.
   Le beau rêve de concorde entre les communautés se concrétise en même temps dans ce chœur de jeunes Alsaciennes en langue rom et arabe au sein de l'orchestre manouche. La musique d'écran remplit véritablement un rôle de médiation culturelle. Le spectateur se sent de plain-pied avec les scènes de "bœuf", notamment dans une grande caravane Tabbert cadrée en profondeur de champ avec des danseuses.
   Les effets de lyrisme par l'image et le montage sont moins convaincants. Ainsi l'usage de prises de vues aériennes tanguant sur la campagne alsacienne pour incarner le bonheur des enfants. L'une d'elle enchaîne sur ce cliché de l'amour : Swing court dans un champ, l'herbe défile à toute vitesse, on décolle puis on plane. La musique et les enfants, si bien observés, suffisaient amplement.
   Voici mieux : à la fin Swing, qui ne sachant pas lire abandonne sur le trottoir le journal qu'a rédigé Max sur leur aventure, s'enferme dans un réduit sombre derrière une froide porte métallique bleue et frontale clôturant le film.
   Mais cela ne suffit pas pour introduire une véritable dimension tragique, un élément de vérité cruciale qui eût fortifié la dialectique de l'espérance, au lieu d'imposer de bons sentiments auxquels nul ne saurait croire. 17/03/02
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Valérie GAUDISSART
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Apesanteurs Fr. 1999 couleur 20' ; R., Sc. V. Gaudissart ; Ph. Benoît Chamaillard ; Son Jean-Philippe Le Roux ; M. Roland Cahen ; Mont. Catherine D'Hoir ; Pr. Joël Farges ; Int. Nathalie Boutefeu, Pascal Cervo, François Caron, Yongsou Cho, Blandine Pelissier.

   "En permission pour raisons de famille exceptionnelles", une jeune femme dans une chambre d'hôpital rassemble des affaires - dont un drap qu'elle renifle et subtilise - : celles de son père qui vient de mourir. Puis elle flâne, choisit un cercueil, se laisse maquiller dans l'opération publicitaire d'un grand magasin, prend en photo un couple de jeunes mariés islandais sur le toit d'un immeuble, sort en boîte où elle rencontre un Japonais, remet sa valise aux objets trouvés, puis rentre en taxi à la prison où elle passe à la fouille.

   Des effets intéressants, comme le père s'éloignant dans un couloir d'hôpital qui évoque la prison, les langues étrangères, islandais et japonais, traduisant joie et tendresse ou l'épisode de la valise. Mais, à l'instar de la coupole carcérale en verrière tournoyant en contre-plongée intérieure comme un mauvais vertige, des angles, des mouvements des sons et des rythmes superlatifs s'évertuent à exprimer le désespoir sans pouvoir former un système ordonné au drame humain. 9/01/01 Retour titres Sommaire

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Augusto GENINA
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Prix de beauté Fr. NB 1930 101' ; R. A. Genina ; Sc. A. Genina, René Clair, Georg-Wilhem Pabst ; Ph. Rudolph Maté, Louis Née ; M. Wolfgang Zeller et René Sylviano ; Pr. Sofar ; Int. Louise Brooks et la voix de Hélène Regelly (Lucienne), Georges Charlia (André), Jean Bradin (le prince de Grabovski), Yves Glad (le maharadjah).

   La petite dactylo parisienne Lucienne est élue miss Europe à Saint-Sébastien où la courtisent un prince et un maharadjah. Y débarque André, le fiancé jaloux qui menace la miss de la plaquer si elle ne le rejoint pas dans le train de Paris. Lucienne y retrouve in extremis cet ouvrier imprimeur dont elle accepte de partager la modeste existence ; le temps de prendre conscience qu'elle s'ennuie et brûle de renouer avec les fastes et les honneurs. Elle quitte son amant pour rejoindre le prince qui lui a promis un contrat dans un film. Elle y fera merveille mais André la tue par balle au cours de la projection privée.

   Mal synchronisé, le dialogue est entaché de maladresses ("Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" murmure sans rire le maharadjah à miss Europe). Et la voix d'Hélène Regelly émane du corps de Louise Brooks comme un esprit qui se serait trompé de médium. En réalité on pourrait se passer du son tant ce film a les caractéristiques du muet. Ce qui veut dire que l'image y est assez éloquente par elle-même.
   D'abord par le choix des acteurs, depuis l'aspect caricatural des personnages secondaires : le regard bleu du maharadjah irradiant en contraste avec le poil noir, le prince à la moustachette déliée tendant une main gantée sur mesure, jusqu'à la justesse de ceux de premier plan, comme la tronche de Titi de Georges Charlia. Il est vrai que la personnalité de Louise Brooks domine la distribution. Que serait le film sans elle ?
   Mais, revers de la médaille, c'est une valeur extrinsèque, entraînant déperdition de la force propre du film, qui est trop méritant pour s'en remettre au star-system. Témoins, la véridicité des scènes de foule parisienne en cadrage serré ou encore la scène de la mort de Lucienne (sur laquelle délira un Ado Kirou) dont la face immobile mais palpitant des reflets intermittents de la projection, fascine le prince et le meurtrier en contemplation, tandis que la défunte, véritable fantôme de lumière, poursuit sa prestation à l'écran. 22/10/02
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Bahman GHOBADI
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Un temps pour l'ivresse des chevaux (Zamani barayé masti ashba) Ir. VO couleur 2000 75'
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Les Chants du pays de ma mère (Gomgashtei dar aragh) Ir. VO couleur 2002 102' 
Commentaire

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Xavier GIANNOLI
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Quand j'étais chanteur Fr. couleur 2006 112' ; R., Sc X. Giannoli ; Ph. Yorick Le Saux ; Mont. Martine Giordano ; déc. François-Renaud Labarthe ; Cost. Nathalie Benros ; M. Alexandre Desplat ; Prod. EuropaCorp ; Int. Cécile de France (Marion), Gérard Depardieu (Alain Moreau), Mathieu Amalric (Bruno), Christine Citti (Michèle).

   Chanteur de bal à Clermont-Ferrand, le quinquagénaire Alain Moreau est attiré par Marion, jeune mère d'un enfant de six ans abandonnée par son mari et collaboratrice de son copain Bruno, qui tient une agence immobilière. Le lendemain d'une soirée arrosée la jeune femme se réveille dans le lit d'Alain, qui sifflote dans la salle de bain. Elle part en catimini. Il tente de la revoir mais elle décline, le vouvoyant. Comme il cherche à se reloger via l'agence de Bruno cependant, c'est elle qui lui fait visiter les maisons. Il continue sa cour sans jamais la brusquer. Elle accepte de le rencontrer, en amie, avec une stricte réserve maintenue jusqu'à l'ultime instant du film où, censée l'avoir quitté définitivement en sortant du champ, elle se ravise et revient se jeter dans ses bras.         

   Giannoli prend le contre-pied du cinéma dominant en traitant, au lieu de son assouvissement à satiété, du désir lui-même. Désir, d'abord au sens où l'acte sexuel est rhétoriquement traité comme accessoire : l'on s'en débarrasse immédiatement, bien qu'il continue d'insister à travers le vouvoiement antithétique, et le désigne par ce biais dénégateur.
   Désir ensuite de par le différé de l'accomplissement, promis à travers gestes et expressions témoignant d'une étonnante direction d'acteurs, au point de redonner à Depardieu (Galerie des Bobines) la modestie qui sied à l'interprète. Cécile de France, 
toujours aussi modeste, elle, et donc soumise aux intérêts à chaque fois différents du film interprété, fait preuve d'une retenue intensifiant jusqu'à l'incandescence le non-dit érotique.
   Enfin par le filmage lui-même. Le décor et le contexte volcanique régional, comme le costume, dès l'abord rouge, de la femme désirée. Alain fait ses délices des idylles se nouant
entre danseurs sous ses yeux au rythme de ses chants du désir. Et puis cette visite à deux des maisons, vides où pourtant des lits apprêtés occupent furtivement les coins-cadre, Alain gravissant des escaliers à distance indécente derrière Marion toujours en jupe courte. 14/06/14 Retour titres Sommaire

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Terry GILLIAM et Terry JONES
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Monty Python Sacré Graal (Monty Python and the Holly Grail) GB VO couleur 1974 90' ; R. T. Gilliam et T. Jones ; Sc. Monty Python ; Ph. Terry Bedford ; M. Neil Innes ; Pr. Python pictures ; Int. Graham Chapman (le roi Arthur), John Cleese (Lancelot), Terry Gilliam (Pastsy).

   Le roi Arthur rassemble les chevaliers de la Table Ronde en vue de la quête du Graal. Comme il laisse pas mal de cadavres sur le terrain de ses cocasses, anachroniques et absurdes exploits, la police londonienne motorisée finit par arrêter tout le monde.

   Le burlesque visuel tenant à l'absence de chevaux oblige les cavaliers à mimer la chevauchée tandis que les serviteurs bruitent les sabots en heurtant l'une contre l'autre deux moitiés de noix de coco. L'essentiel pour le reste est en parlote. Les cartons de dessins animés séparant les épisodes filmés sont une fantaisie britannique bien connue.
   Aussi soignée que soit la réalisation, tout motif préexistant au tournage est voué à la platitude. On rit puis on se fatigue des mêmes ressorts. 15/05/01
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Marco Tullio GIORDANA
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Nos meilleures années (La Meglio Gioventu) It. VO 2003 360'
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Francis GIROD
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La Banquière Fr. 1980 couleur 131' ; R. F. Girod ; Sc. Georges Conchon, Francis Girod ; Dial. Georges Conchon ; Ph. Bernard Zitzermann ; Déc. Jean-Jacques Caziot ; Cost. Jacques Fonteray ; M. Ennio Morricone ; Pr. Ariel Zeitoun ; Int. Romy Schneider (Emma Eckhert), Jean-Louis Trintignant (Horace Vannister), Jean-Claude Brialy (Paul Cisterne), Claude Brasseur (Largué), Jean Carmet (Dr Vernet), Marie-France Pisier (Colette Lecoudray), Daniel Mesguish (Rémy Lecoudray), Jacques Fabbri (Moïse Nathanson), Noëlle Chatelet (Camille Sowcroft), Daniel Auteuil (Duclaux), Georges Conchon (Bréhaud), Thierry Lhermitte (Devoluy), François-Régis Bastide (le ministre).

   Emma Eckert, juive aux penchants homosexuels qui a adopté le fils d'une de ses anciennes maîtresses décédée, fonde une banque pour l'épargne populaire à la suite d'une bonne opération en bourse (1923), vit dans le luxe, fraye avec des gens influents tout en étant très populaire, prend pour amant le brillant Rémy Lecoudray. Le grand banquier Vannister a juré sa perte et, usant de son crédit auprès du pouvoir, la fait emprisonner. Afin d'établir son innocence, elle s'évade avec l'aide de Colette Lecoudray, est relaxée à la faveur d'un changement de gouvernement, mais abattue sur l'ordre de Vannister au cours d'un meeting où elle proclame son honnêteté. Elle expire dans les bras de Colette.

   Caution de l'Histoire (le film s'inspire de la vie de Marthe Hanau), récit pittoresque et croustillant, couche légère de féminisme bon teint, idées larges, toilettes, automobiles et décors luxueux, actrice prestigieuse (Galerie des Bobines. Qui "éclate d'une beauté souveraine, d'une élégance majestueuse, d'une autorité superbe" dixit Claude Bounia-Mercier in Guide des films de Jean Tulard) au milieu d'une pléiade d'acteurs ("Elle est, de plus, superbement entourée d'une pléiade d'acteurs de premier plan" (idem)), musique d'Ennio Morricone… la grosse cavalerie n'a jamais fait le talent. Elle est au contraire symptôme d'impuissance. 1/11/00 Retour titres Sommaire

Terminale Fr. 1998 100' ; R., Sc. F. Girod ; Ph. Thierry Jault ; M. Laurent Petitgirard ; Mont. Isabelle Dedieu ; Int. Bruno Wolkowitch (Rémi Terrien), Adrienne Pauly (Sarah), Eléonore Gosset (Caroline), Anna Mouglalis (Claire).

   Une lycéenne se suicide par défenestration en plein cours de philo à la suite d'une vexation de son professeur Rémi Terrien. Ses camarades les plus proches apprennent qu'elle avait couché avec lui. Ayant découvert qu'il est négationniste, en cherchant par effraction à son domicile des preuves de son comportement sexuel, ils décident, pour une partie de la bande, de le tuer, et lui fixent rendez-vous à minuit sous prétexte de lui restituer un manuscrit compromettant sur la Shoah. Mais le surgé, qui les soutient, veut les précéder pour leur éviter de se compromettre. Au matin le cadavre est découvert. En raison de la personnalité de la victime, la police enterre l'affaire. L'identité du meurtrier restera ignorée de tous par accord tacite des participants.

   Film languissant par sa platitude, la longueur complaisante des plans et de la musique de chambre qui l'accompagne, et usant sans complexes du cliché : miaulements hors champ la nuit de la conspiration, exposition complaisante de seins dans un lit.
   La seule subtilité réside dans le leurre du début montrant le jeune prof de philo sympa avec son bon chien dans une 504 pourrie et pris dans un embouteillage comme tout le monde. Puis on lui fait une sale gueule à coup de maquillages et de pansement à la suite d'une expédition punitive des lycéens. Il représente alors le mal intégral qui justifie la morale du talion, la vengeance se légitimant dans le film par le consensus de l'impunité. 25/10/00
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Amos GITAÏ
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Berlin Jérusalem Fr. -Isr. VO couleur 1989 89' ; R. A. Gitaï ; Sc. Amos Gitaï, Gudie Lawaetz ; Ph. Henri Alekan, Nurith Aviv ; Son Antoine Bonfanti ; Prod. Agav Films/Channel Four TV/la Sept/RAI2/la maison de la culture du Havre, etc. ; Int. Lisa Kreutzer (Else), Rivka Neuman (Tania), Markus Stockausen (Ludvig).

   Fuyant brusquement le nazisme et peut-être aussi pour rompre avec le deuil d'un jeune fils, la poétesse berlinoise Else Laskier-Schüler se rend en Palestine où, avant elle, émigra Tania, une révolutionnaire russe rencontrée dans le Berlin foisonnant des années vingt, au pittoresque traduit par les singulières gesticulations de la troupe de Pinna Bauch.
   Avec Tania, on assiste à la colonisation d'abord pacifique des terres palestiniennes à travers la vie de la ferme collective installée dans les ruine d'une forteresse croisée. Les Colons d'abord bien accueillis par les Arabes finissent par prendre les armes pour défendre les terres qu'ils se sont appropriées avec la bonne conscience de ceux qui les travaillent. L'un d'eux est tué. Dans un long travelling final à Jérusalem, on suit Else qui assiste à l'attentat de 1950 contre les autorités anglaises puis poursuivant son chemin se trouve dans l'actuelle ville embouteillée et déchirée par les conflits israélo-arabes.

   La violence s'est déplacée mais elle est toujours active. Sous un traitement assez sobre, et bien que Pinna Bauch marque un temps bien trop fort et discordant, le film offre un intérêt documentaire certain.
   La poésie semble provenir essentiellement du son, enregistré en direct. Le silence y est substantiel, et prend tout son sens lorsqu'un bruit pur s'y superpose, comme les chants d'oiseaux au cimetière où Else dit adieu à son fils ou bien le soir dans les ruines cet appel répétitif bouleversant saluant le cadavre du colon, et qui n'est autre que celui d'un crapaud-buffle argentin rajouté au mixage, dixit Bonfanti en personne. Aix-en-Provence, 22/03/01
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Kadosh (Sacré) Fr.-Isr. VO 1999 110'
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Kippour Fr.-Isr. VO 2000 123'
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Alila Isr. VO 2003 120'
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Free Zone Fr.-Isr. VO 2005 93'
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Maurice GLEIZE
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Le Récif de corail Fr. N&B 1938 95'
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Jean-Luc GODARD
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