CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

Clint EASTWOOD
liste auteurs

Le Retour de l'inspecteur Harry (Sudden Impact) VO couleurs 1983 117' ; R. C. Eastwood ; Sc. Joseph Stinson ; Ph. Bruce Surtees ; M. Lalo Schifrin ; Pr. C. Eastwood/Warner/Columbia ; Int. C. Eastwood (Harry Callahan), Sondra Locke (Jennifer).

   Plusieurs personnes liées entre elles sont abattues successivement, une femme et des hommes atteints, eux, aux parties génitales. Vengeance d'une femme peintre de renom, Jennifer, pour avoir été violée en réunion, avec sa sœur qui en perdit la raison. Trop efficace dans son métier, l'inspecteur Harry a des ennuis avec ses supérieurs, la justice même entend le modérer, et tous les gangsters de la ville sont à ses trousses. Mais il parvient toujours à les vaincre par de spectaculaires massacres.

   Tout cela jusqu'ici bien cousu de fil blanc. Etant sur l'affaire, il rencontre par hasard Jennifer. Ils se plaisent, couchent ensemble, mais Harry finit par la soupçonner sur de sérieux indices. Un seul des violeurs est encore en vie, qui intercepte Jennifer dans l'intention de lui faire subir une dernière fois tous les outrages avant de la supprimer. Mais Harry arrivant à temps avec son gros calibre y met bon ordre. Jennifer se résigne déjà à être arrêtée par le seul homme qui éloigne son traumatisme. Mais contre toute attente, tirant profit de ce que l'arme de celle-ci se trouvait entre les mains du méchant, il prend sur lui d'absoudre la meurtrière.
   Critiqué vertement pour son idéologie fasciste, mais aussi qualifié du plus féministe dans l'œuvre de Clint, ce film est aujourd'hui apprécié en raison de son originalité, de ce que le protagoniste s'y présenterait comme un "dinosaure", dépassé par les événements, faisant montre par conséquent d'une certaine fragilité, qu'il surmontera en véritable héros initiatique. Qu'en penser ?
   Le dernier jugement est insoutenable, de reposer sur une grossière confusion entre la figure du protagoniste dans le film et l'image péjorative que les ennemis de Harry ont intérêt à soutenir à son encontre. En l'occurrence la hiérarchie, dont l'immobilisme et les compromissions sont remis en question par ce membre atypique des forces de l'ordre. Le mot "dinosaure" lui est du reste craché à la figure par un chef cramoisi de rage. C'est une insulte, définissant l'insulteur surtout, et non une donnée psychosociologique relative au protagoniste et à l'éthique du film.
   Ensuite il y a contradiction à qualifier de féministe un récit qui place l'individu au-dessus de la loi. Car la question du féminisme est celle de la construction du droit des femmes dans une société qui les opprime. Or, le droit étant indivisible, cela supposerait que le premier individu venu puisse s'arroger le pouvoir de décider par lui-même du statut juridique d'une femme en fonction d'une situation particulière, de la même façon que le citoyen Harry peut décréter Jennifer ne relever point de la justice criminelle.
   Quant au fascisme, il est clair que le film illustre bien autre chose que la doctrine fasciste (ni corporatisme, ni totalitarisme, ni dictature). Il s'agit plutôt, tout bêtement, de l'imaginaire individualiste généré par le libéralisme. La force prime le droit, encouragée par le fait que l'économie précède le droit dans la conscience de tout consommateur, qui pourrait se dire : individu dont les droits sont en raison des moyens financiers. Cogito consumériste :
Je paye donc j'ai le droit (pour moi).
   Or, à niveau éthique indigent, esthétique nulle ou gratuite, on l'a souvent constaté. Ici, ce sont, outre une réalisation assez approximative réservée à des spectateurs peu regardants (voyez comme le car de retraités conduit par le flic rattrape d'un bond miraculeux la moto du malfaiteur), les poncifs qui en tiennent lieu, ce qui revient au même. Clint est un roc sûr de son droit, sur lequel viennent se briser des vaguelettes antagonistes. Jennifer est digne, pathétique, et suffisamment jolie pour être d'avance absoute par le spectateur. Sourire carnassier, langue de vipère, gueule patibulaire et défroque clochardisée signalent les violeurs. Et fallait-il que le dernier survivant allât s'empaler sur une licorne du manège comme au Doigt de Dieu ? Le décor forain : encore une réminiscence mal assimilée de tant de mauvais films d'horreur !
   Bref, un film raté, ce qui ne doit bien sûr rien ôter aux réussites du même auteur, dont témoigne surtout la précédente critique. 12/05/08
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