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CINÉMA ARTISTIQUE

 Comptes-rendus critiques de films

par  Daniel Weyl

 

HIJK

HE HI HO HU IL IM IO IT JA JE JO KA KAZ KE KH KI KL KO KU KUR

Michael HANEKE
liste auteurs

Le Septième continent (Der Siebente Kontinente) Autr. VO couleurs 1989 107' ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Anton Peschke ; Mont. Marie Homolkova ; M. Alban Berg ; Pr. Veit Heiduschka/Wega Film ; Int. Birgit Doll, Dieter Berner, Leni Tanzer, Udo Samuel.

   Notre Terre compte six continents. Le septième est une monstruosité invisible au nôtre, concrétisée par ce rêve de l'Australie (l'Autre de L'Osterich), sur ce chromo pastel récurrent d'une plage désertique barrée à l'arrière-plan d'un mont érodé d'où dévalent d'immenses chutes. Deux rochers couchés au centre évoquent vaguement, l'un une sépulture, l'autre un cadavre en position fœtale comme celui recouvert que croisent sur la route les protagonistes.

   C'est aussi le hors champ hyperbolisé : 1) par un cadrage serré sur des portions de corps, d'actes, d'objets et une bande son (le son est indivisible) réaliste, 2) par la ponctuation de fermetures au noir laissant se dérouler librement l'espace-temps hors champ. Monstruosité : celle d'un régime d'abondance et de confort extrême auquel il manque l'essentiel.

   Georg et Anna ne manquent de rien, pas même de satisfactions érotiques. Mais un beau jour, première fissure : leur fille Eva prétend à l'école avoir perdu la vue. On s'aperçoit alors qu'il y en a d'autres, infinitésimales : le soulier impeccable que Georg lace sur le rebord immaculé de la baignoire, les larmes du frère d'Anna puis les siennes propres dans la voiture pendant le lavage, le sursis d'extinction de la lumière qu'Anna refuse tous les soirs à sa fille, l'aspect répugnant de la mécanique d'ingurgitation durant les repas...
   Mais ce ne sont que des symptômes impalpables, incommensurables avec le drame.
On apprend par la lecture off d'une lettre adressée aux parents de Georg que celui-ci a démissionné de son travail au moment où il tenait un poste important. Ayant décidé d'émigrer en Australie, ils soldent leur compte en banque, vendent la voiture.
   Une autre lecture
off nous apprend qu'après avoir hésité ils emmènent Eva avec eux, dans ce qu'on réalise être la mort. Ils détruisent minutieusement tout ce qui leur appartient chez eux, déchirent et jettent leur capital en liquide dans les WC (en temps réel), abattent le grand aquarium qui répand son contenu. Puis après avoir empoisonné Eva, se tuent l'un après l'autre. Le carton final indique que c'est une histoire vraie, que les grands-parents d'Eva, négligeant la lettre, ont porté plainte contre X. Classé sans suite... 29/11/99 Retour titres Sommaire

Benny's Video Autr. VO couleurs 105' 1992 ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Christian Berger ; Mont. Marie Homolkova ; Son Karl Schlifelner ; Pr. Wega Film,Veit Heiduschka, Bernard Lang ; Int. Arno Frisch, Angela Winkler, Ulrich Mühe, Ingrid Strassner.

   Sobre, juste et terrifiant par méthode et procédé :

   Un ado de quinze ans pourri de matériel vidéo sophistiqué drague une fille chez lui et la tue avec un pistolet d'abattage "pour voir", après l'avoir défiée de le tuer, tout cela sous l'œil de sa propre caméra. Les parents camouflent le crime mais il se dénonce.

   Plénitude urbanistique bleutée de l'image, insertion des scènes de sang en abyme sur un écran intradiégétique qui suggère une distance bourgeoise encore plus cruelle. L'abattage du cochon au générique est repris par des métonymies (la neige, les cris, etc.) au fil de l'intrigue (par ex. la "neige" des inter séquences vides de la caméra du héros). La reprise thématique implacable "enfonce le clou" (le lait renversé épongé comme le sang de la victime sur du carrelage).
   Construction rigoureuse et sans faille. 14/11/99
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71 fragments d'une chronologie du hasard (71 Fragmentes einer Chronologie des Zufalls) Autr. VO couleurs 1994 96' ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Christian Berger ; Son Marc Parisotto ; Mont. Marie Homolkova ; Pr. Veit Heiduschka, Wega-Film ; Int. Gabriel Cosmin Urdes (le gamin roumain), Lukas Miko (Maximilien, l'étudiant), Otto Crünmnadl (Tomek, le vieux), Anna Bennent (Inge Brunner), Udo Samuel (Paul Brunner).

   Le cinéma use ici de son privilège d'omnipotence sur l'espace-temps représenté, en reconstituant, à partir d'un fait divers, les itinéraires de tous les acteurs réunis dans le drame qui laissa trois cadavres dans une agence bancaire de Vienne. Les "fragments" séquentiels entrecoupés de fermetures au noir comme un couperet du destin alternent avec des séquences de J. T. montrant la violence du monde en Israël, Yougoslavie et autres.
   Mais les arrière-plans de circulation urbaine sont autrement plus violents : défilement inépuisable et accéléré des autos telles des obus mugissants. Le film nous souffle donc qu'il y a la violence médiatisée et médiatique, et pourtant la véritable est parmi nous. Cette dernière cependant, il en rend compte sans jamais la montrer.

   Un jeune homme muni d'un pistolet sans intention particulière "pète les plombs" à la suite d'une série d'empêchements ordinaires : un embouteillage, une panne de billetterie, l'agressivité d'un pompiste, la queue au guichet bancaire, une altercation avec un autre client qui le jette à terre... On le voit soudain faire feu tous azimuts comme filtré par une caméra de surveillance en plongée. Les victimes s'écroulent sans bruit hors champ.
   Un seul plan fixe très serré en plongée d'une portion de corps dont le visage est tourné de l'autre côté. Une flaque de sang qui prend source sous l'aisselle s'élargit très lentement. Le plan ne semble servir qu'à ça : observer un effet des lois de la physique des fluides sur un carrelage horizontal.

   Le long plan fixe consacre en fait la place de la métonymie filmique comme donnée fondamentale du langage cinématographique. Non seulement métonymie de hors champ comme ici, mais également métonymie de l'invisible sous-tendant la moindre figure. Le vieillard qui téléphone en plan moyen est immobile et ses lèvres remuent à peine. Seul mouvement remarquable : les légers sursauts de la main sur l'accoudoir, sorte d'émergence microdynamique d'un univers qui comprend l'intérieur secret du personnage et gagne, à travers la problématique famille au bout du fil, d'autres portions d'univers.
   Voir aussi le joueur de ping-pong de face en plan moyen à l'entraînement automatique, dont le geste mécanique et déjeté du bras droit, accompagné du claquement sec en rafale des balles pendant plusieurs minutes, désigne comme le détraquement de la machine sociale.
   Une fois de plus, la dédramatisation de l'image s'avère le véritable chemin du tragique. Mais le jeu et l'artifice dramatisent d'une autre manière : les paroles sont transcrites en sous-titres. Il n'y a que les sons modulés parfois jusqu'à l'excès : un journal qu'on plie, une mâchoire broyant un aliment végétal cru. Le son non-verbal est la véritable trace dramaturgique de la marche de ce hasard qui se change en destin sous nos yeux. La suite hétérogène des sons semble se frayer un chemin matériel dans une hystérésis qui se refermera à l'identique.
   En tout, remarquable mise en cause de la représentation
(1) et démonstration éclatante de l'étrangeté radicale du cinéma. 23/01/00 Retour titres Sommaire

Funny Games Autr. VF 1997 108' ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Jürgen Jürges ; Mont. Andreas Prochaska ; Son Walter Amann ; Dec. Christoph Kanter ; Pr. Veit Heiduschka ; Int. Susanne Lothar, Ulrich Mühe, Arno Frisch, Frank Giering.

   Dans une propriété isolée au bord d'un lac, un couple avec un enfant de huit ans reçoit la visite de deux jeunes gens gantés de blanc qui les torturent toute une nuit avant de les assassiner, sous la forme d'un jeu de type médiatique dont ils prennent à témoin le spectateur en s'adressant directement à la caméra.

   Ce qui introduit un léger trouble dans la démarcation entre les deux mondes, celui du spectateur réel et celui de la fiction. Cependant une courte séquence intervenant avant l'épilogue indique que nous sommes en effet dans un univers où ces catégories s'interpénètrent. La femme parvient à s'emparer d'un fusil et abat l'un des tortionnaires. Mais l'autre se précipite sur une télécommande et ressuscite son complice en rembobinant l'histoire.
   Le cauchemar, ce n'est pas la souffrance et la mort mais l'impossibilité d'agir en raison de l'abolition du cadre cognitif. Le comportement affable et glacé du meneur de jeu est calqué sur celui des vedettes de la télévision. Les gants blancs évoquent la tenue du clown blanc. La référence implicite à
Des souris et des hommes complète la figure d'une paire d'implacables pantins s'adonnant inlassablement, sans prendre de repos, à une obscure besogne de nettoyage systématique : ils sont déjà "passés" chez des voisins, et leur travail de la nuit accompli, frappent au petit matin chez d'autres.
   Le cadrage et le montage s'emploient à construire un dispositif comparable à l'ablation de l'organe naturel de protection visuelle, les paupières, devant l'insoutenable. Un plan large cadre longuement la grande pièce où repose le cadavre sanglant de l'enfant tandis que les parents suppliciés et attachés se livrent à des contorsions désespérées.
   Le plus formidable réquisitoire contre la banalisation de la violence, dont les médias portent une grande part de responsabilité. 28/01/03
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Code inconnu. Récit incomplet de divers voyages Fr.-All.-Roum. 2000 117' ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Jürgen Jürges ; M. Giba Gonçalves ; Mont. Karin Martush, Nadine Muse, Andreas Prochaska ; Pr. Marin Karmitz, Alain Sarde/MK2 production, Studio Canal+ ; Int. Juliette Binoche (Anne : Galerie des Bobines), Thierry Nauvic (Georges), Alexandre Hamidi (Jean), Ona Lu Yenke (Amadou), Luminita Gheorghiu (Maria).

   La Parisienne Anne est comédienne. Georges, son compagnon photographe de guerre au Kosovo a un frère plus jeune, Jean, qui refuse de reprendre la ferme de leur père. Originaire d'Afrique noire, Amadou dont la petite sœur est sourde-muette est éducateur musical dans une institution de sourds-muets, leur père est chauffeur de taxi. Maria est une Roumaine sans papier qui mendie pour aider sa famille restée au pays. Jean dans son désarroi se trouve jeter un papier froissé dans l'escarcelle de la mendiante. Amadou le prend violemment à partie en présence d'Anne. La police arrive et embarque le Noir et la Roumaine, qui est expulsée.

   Dans un récit fragmentaire et suspensif au montage abrupt engendrant un flottement propice aux liens les plus implicites, des destins disparates se croisent, dessinant le monde nouveau où nous vivons, sans le connaître comme le soulignent les concerts de tambours des sourds-muets.
   En même temps la vérité est questionnée et démystifiée par la confusion volontaire entre le récit principal déjà éclaté entre les situations diverses (les "divers voyages"), et des séquences du film qu'est en train de tourner Anne.
   Quoi qu'il en soit, le tragique est toujours au détour du chemin, qu'il procède de l'exclusion sociale, de l'exil, de la proximité de la guerre aggravée par la fin de l'immunité physique de l'Occident, des mutations sociales et culturelles de la société française (et avec elle, européenne).
   Cependant, les séquences du film dans le film, qui donnent dans les excès de cruauté les plus extravagants, paraissent encore plus vraies que le récit principal parce qu'elles métaphorisent l'ensemble des situations. Car nous avons affaire à une réalité implacable et non à des destins individuels plus ou moins arrangés. L'action étant constamment sur le fil du rasoir, on s'attend vraiment à l'assassinat imminent d'Anne dans son film.
   La réaction du public cannois puis des critiques les plus influents fut significative. Le film a été globalement rejeté parce qu'il dérogeait aux codes de la bienséance cinématographique. La pire insulte, celle d'"intellectualisme" (autrefois on ajoutait "décadent", mais c'est devenu tautologique) lui fut infligée à l'unanimité. Pourtant Haneke est un des très rares cinéastes actuels qui soit vraiment de son temps sans nul recours au didactisme, toute représentation
(1) du monde social niant le multiculturalisme et autre effet de la mondialisation étant désormais fausse. En feignant la confusion entre retenue et intellectualisme les Cannois et consorts, pour être en paix à bon compte avec leur conscience, méconnaissent la mission véritable de l'art.
   De même que l'autocuiseur qui supporte des forces internes nécessitant une soupape de sécurité est toujours lisse à l'extérieur, de même l'absence totale de pathos narratif exhibé assure la tenue d'un ensemble soumis à des surpressions émotionnelles inouïes. 29/06/03
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La Pianiste Autr.-Fr. 2000 126'
Commentaire

Caché Autr-Fr. couleurs 2005 117'
Commentaire

Le Ruban blanc (Das weisse Band) Autr-All.-Fr. N&B 2009 144'
Commentaire

Amour Fr.-Aut.-All. 2012 127' ; R., Sc. M. Haneke ; Ph. Darius Khondji ; Mont. Monika Willi ; Pr. Les Films du Losange, X Filme, Wega Film ; Int. Jean-Louis Trintignant (Georges), Emmanuelle Riva (Anne), Isabelle Huppert (Eva), Alexandre Tharaud (Alexandre).

   Un couple d'octogénaires, professeurs de conservatoire retraités, vit à Paris dans un appartement haussmannien. Anne devient hémiplégique à la suite d'une opération de la carotide. Sa santé ne cesse de se détériorer, il faut prendre soin de tous les tracas liés à un être mentalement diminué et incontinent. Georges prend tout en charge, empêchant leur fille Eva de s'immiscer. Il finira par l'euthanasier par suffocation.

   Question qu'il ne faudrait jamais éluder : peut-on tirer de ce film un bénéfice émotionnel assez fort pour être pourchassé par un trouble qui questionne ? La réponse est ici, non ! Derrière les apparences d'une parfaite maîtrise, c'est un mélange de belle direction d'acteurs admirables et de recettes puisées sans nécessité aucune dans la propre filmographie de l'auteur : plans fixes prolongés, cadrages distants, ou rapprochés en plongée, caméra clinique refusant le pathos pour déverser à nu l'expression de l'horreur.
   Le parti-pris réaliste ne parvient pas à dépasser le stade de la contemplation morbide d'une reconstitution de la réalité quotidienne la plus dure, - bien que flatteuse pour le spectateur qui s'identifie au milieu privilégié -, feignant la réalité elle-même, prenant au sérieux le simulacre comme s'il était de la plus haute importance de témoigner de l'authenticité douteuse du référent supposé de cet irréel qu'est la fiction de ce qui, par hypothèse, pourrait avoir été,
être, advenir et, s'interdisant du coup le jeu auquel invitent les formidables possibilités du cinématographe. Même si les moments les plus réussis semblent y satisfaire : la malade rétablie interprétant au piano une sonate, scène s'avérant vision hallucinatoire qui s'évanouit quand Georges arrête le lecteur de CD. Autrement dit, tour de passe-passe, qui permet de glisser subrepticement du niveau de l'action à celui de l'imagination, et non distorsion poétique qui forcerait la pellicule sémantique vers un enjeu vital informulable.
   Croyant de bonne foi s'adresser à l'artiste, la Palme d'or et autres hautes récompenses internationales à foison, faisaient honneur au maître artisan flanqué de
deux idoles des planches. Par-delà, on cautionnait un cinéma  consensuel et décadent, se refusant tout risque au-delà de ce qui est censé refléter fidèlement notre existence, avec le sordide pour caution d'authenticité.
   Quelle issue reste-t-il autre que ressasser la misère de notre condition de mortels en admirant l'abnégation de ceux qui s'efforcent vainement de la soulager ?

   En résumé, à considérer, dans son évolution, la filmographie, on peut se convaincre que le système des grandes récompenses, avec les intérêts en jeu qui l'accompagnent, auront eu, peu à peu, la peau d'un réalisateur vraiment original. 25/11/13
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Marcel HANOUN
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Un arbre fou d'oiseaux Fr. 1995-96 couleurs 46' ; R. M. Hanoun ; Int. Lucienne Deschamps.

   Sabine a perdu son amour. Elle travaille son deuil en confiant des paroles à un dictaphone et par l'écriture. Quête de mots et d'actes à valeur symbolique(1) pour cerner l'indicible de la souffrance.

   Filmé sans complaisance, le visage fané et affaissé de Sabine est plus beau d'être l'expression de la souffrance et de son dépassement. Mai 2000 Retour titres Sommaire

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Philippe HAREL
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La Femme défendue Fr. 1997 98' ; R. P. Harel ; Sc. Eric Hassous ; Ph. Gilles Henry ; Mont. Bénédicte Teiger ; M. Carlo Grivelli ; Pr. Lazennec ; Int. Isabelle Carré (Muriel) et Philippe Harel (François).

   Quintessence du réalisme français, perfection dans le fourvoiement adulé d'un cinéma talentueux.

   François super-riche-quadra marié drague Muriel, jeune beauté à fossettes de vingt-deux ans, très attirée à son corps défendant. Il déploie toute une subtile stratégie pour la convaincre de coucher avec un homme marié et y réussit. Mais tombe vraiment amoureux. La double vie de son amant, qui ne veut pas divorcer, devient vite insupportable à Muriel, d'autant plus exigeante qu'elle l'aime. Elle fait plusieurs tentatives infructueuses pour le quitter, finit par y réussir, le laisse inconsolé.

   Il paraît que l'étalage des technologies modernes est indispensable à l'amour adultère. Porsche et téléphone mobile, mais aussi cafés, restaurants, hôtels, et appartements parisiens perchés dans le ciel où les scintillements nocturnes à perte de vue figurent le rêve d'une existence idyllique. Ces accessoires prennent une telle importance plastique que Harel a même pu se passer de musique.
   Seule dérogation, le beau paysage neigeux de la fin avec la voix
off de François se lisant sa propre lettre qui restera sans réponse. La neige pour exprimer la nostalgie amoureuse, n'a-t-on pas déjà vu ça quelque part ? On pardonne parce que Philippe Harel a su montrer sans didactisme ni parti pris ce qu'une double vie pouvait avoir de sordide et d'incomplet.
   Isabelle Carré est pleine de fraîcheur sans naïveté. Ses fossettes sont tout ensemble marque de juvénilité touchante et d'énergie. Elle est le véritable sujet du film, grâce à la caméra subjective qui permet de confondre le réalisateur avec l'acteur, et c'est par ce procédé que Harel prend parti sans le faire.
   Si l'on continue à faire du divertissement aussi intelligent, on pourra se passer définitivement d'art
(1). 20/08/00 Retour titres Sommaire

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Mary HARRON
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I Shot Andy Warhol USA VO 1996 103' ; USA VO 1996 ; R. M. Harron ; Sc. M. Harron, Daniel Minahan ; Ph. Elien Kuras ; M. John Dale ; Int. Lili Taylor (Valerie Solanas), Jared Harris (Andy Warhol), Stephen Dorff (Candy Darling).

   Reconstitution avec circonstances, du meurtre manqué de Warhol par l'auteur du Manifeste pour castrer les hommes. En 1968, d'autant plus furieuse qu'elle a été blousée par son éditeur, Valerie tire sur Andy Warhol qui lui a volé un scénario.

   Sous une apparente neutralité, le récit donne une image plutôt favorable de cette jeune furie qui, détournant la théorie chromosomique, déclarait la masculinité une maladie qu'on pouvait sans inconvénient supprimer.
   Tandis que la caractérisation de Warhol se limite à l'aspect folklorique - pour ne pas dire caricatural - du personnage et de sa clique. Sans l'ambition documentaire ce serait sans conséquence. Prétendre à la valeur de vérité des faits en feignant d'observer un déroulement objectif par des plans qui s'étirent serait en effet un parti pris acceptable parmi d'autres, s'il n'y avait, non seulement partialité évidente, mais aussi usage de procédés injustifiés comme celui, immodéré, de filtres colorés ou de gazes au secours de l'expression du mythe warholien.
   L'information et le cinéma s'en trouvent tous deux bafoués. Et le spectateur moyen arrivé ignorant dans la salle obscure, en repart mystifié. 16/11/01
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Harold HARVEY
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Carnival of Souls USA VO N&B 1962 75' ; R. H. Harvey ; Sc. John Clifford, Harold Lawlor, James Barnett ; Ph. Maurice Prather ; M. Gene Moore ; Pr. Harold Harvey ; Int. Candace Hilligoss, Sidney Berger, Frances Feist, Harold Harvey.

   Fantastique. Des jeunes au volant font la course. Précipitée dans le fleuve, une des deux voitures s'engloutit. Trois heures après, alors qu'on drague déjà le fond, une jolie organiste émerge seule rescapée. Engagée dans une autre région comme titulaire d'un orgue d'église, elle quitte la ville sans revoir ses parents (tout cela se décide semble-t-il le jour même de l'accident !).
   Cependant elle est prise d'inquiétantes visions où apparaît un mort-vivant qui semble vouloir d'elle quelque chose. Mystérieusement attirée par une "rotonde" désaffectée, c'est-à-dire un lieu de plaisir du siècle dernier où valsent des morts-vivants, elle est sujette aussi à des crises de dématérialisation, sourde au monde qui ne perçoit plus sa présence. Son comportement avec les hommes est froid comme si elle ne pouvait investir dans l'amour. Pourchassée à la fin par la foule des morts-vivants, elle tombe sur le sable de la grève et disparaît. Ses traces de pas relevées par la police témoignent de ce surnaturel évanouissement. On la retrouvera noyée avec les autres dans la voiture immergée.

   Influence, sans nul plagiat, de Psychose (1960) : le N&B, la jeune femme prenant la route jusqu'à la nuit où elle a des visions, quittant aussi précipitamment la station-service où elle s'était arrêtée. L'architecture de la "rotonde" s'apparente à celle de la maison de Bates, etc.

   Le thème de la mort à moitié accomplie est assez intéressant : on sent bien que la jeune femme n'est plus vraiment de ce monde, et qu'elle est en quête d'on-ne-sait-quoi (l'accomplissement de sa propre mort). Dans certains plans d'ensemble où elle est solitaire dans un lieu désertique, elle paraît flotter au-dessus du sol, les jambes plus claires que la jupe se confondant avec un sol de même tonalité.
   Mais les éclairages inquiétants s'inspirent par trop du muet, provoquant une rupture esthétique malvenue. Accompagnement d'orgue funèbre un peu facile. Le visage de l'actrice est opportunément à la fois joli et curieux.
   Au total plutôt astucieux que marquant, mais belle performance pour un auteur passé aux oubliettes (absent, à ma connaissance, des dictionnaires français du cinéma). 15/10/00
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Henri HATHAWAY
liste auteurs

L'Impasse tragique (The Dark Corner) USA VO N&B 1946 98' ; R. H. Hathaway ; Sc. J. Dratler, B. Shoenfeld ; Ph. J. MacDonald ; M. C. Mockridge ; Pr . F. Kohlmar/20th Century Fox ; Int. Mark Stevens (Bradford Galt), Clifton Webb (Hardy Catheart), Lucille Ball (Kathleen), William Bendix (Stauffer), Kurt Kreuger (Antony Jardine), Cathy Downs (Mrs. Catheart).

   Dépassé par une machination incompréhensible à son encontre, le détective privé Bradford Galt est aidé moralement et concrètement par sa secrétaire Kathleen qui se dérobe au sexe tout en maternant le patron. Bradford est filé, puis manque passer sous une voiture. Il découvre que le commanditaire est son ancien associé Antony Jardine, à cause duquel il a fait de la prison.
   En réalité le responsable en coulisses est l'expert d'art Hardy Catheart, qui projette d'assassiner Jardine, amant de sa femme, en maquillant le crime pour en charger Bradford. Ce dernier ayant donné rendez-vous chez lui à la future victime, est assommé par Stauffer, l'homme de main de Hardy qui lui met en main le
tisonnier après en avoir frappé à mort Jardine.
   Ses esprits recouvrés grâce aux soins de Kathleen survenue au bon moment, le détective cache le corps sous son lit puis ensemble, ils parviennent à retrouver la trace de Stauffer, qui ne mène qu'à son cadavre. Lequel conduit Bradford à l'expert qui au moment où il va tirer sur lui est abattu par son épouse, à qui Bradford a appris la mort de l'amant. On vient arrêter Bradford qui est aussitôt innocenté.
Happy end : le mariage du détective et de sa dévouée secrétaire est fixé au lendemain matin.

   Tourné deux ans après Laura, c'est un témoignage de la fascination que dut exercer le film de Preminger à sa sortie. Ce que traduit le plagiat tournant autour de Clifton Webb dans un rôle exactement identique, en dandy vieillissant au sein des mêmes décors luxueux, amateur de portraits et mourant tragiquement pour avoir refusé de renoncer à la jouissance d'une femme beaucoup plus jeune.
   Sans la féerique beauté de Gene Tierney c'est incompréhensible. C'est toute la dimension onirique du vrai polar qui fait cruellement défaut. Le film a beau mobiliser toutes les ressources du film noir : action
nocturne en extérieurs donnant lieu à de beaux clairs-obscurs, allusions sexuelles crues sous des allures pudibondes, il comporte par ailleurs trop de faiblesses. Les actions occultes dirigées contre le héros semblent bien anodines pour justifier l'anxiété à la base du suspense. Il y a toujours sur l'arrière une porte pour fuir la police dont l'arrivée est signalée par de grands crissements de pneus.
   En résumé, une honorable facture que dévitalisent plagiat, clichés et ressorts mous. 15/02/03
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Le Carrefour de la mort (Kiss of Death) USA VO N&B 1947 100'
Commentaire

Nevada Smith USA VO Panavision-couleurs 1966 120' ; R. H. Hathaway ; Sc. John Michael Hayes ; Ph. Lucien Ballard ; M. Alfred Newman ; Pr. Paramount ; Int. Steve McQueen (Max Sand alias Nevada Smith), Karl Malden (Tom Fitch), Brian Keith (Jonas Cord), Arthur Kennedy (Bill Bowdree), Martin Landau (Jesse Coe), Ralf Vallone (Father Raccardi), Suzanne Pleshette (Pilar).

   Max voue son existence à la recherche de Jesse, Bill et Tom, meurtriers de ses parents. La rage affûte sa ruse et décuple ses forces. Il reçoit des leçons de tir d'un compagnon de rencontre, apprend même à lire pour mieux se diriger. Il poignarde Jesse Coe, l'as du couteau, puis commet un hold-up pour retrouver Bill au bagne et l'abattre. Evadé, il se fait engager sous un pseudonyme dans la bande de Tom qu'il laisse agonisant après l'avoir truffé de plomb.
   Voici comment un gentil garçon devient un affreux desperado. Vaines sont les exhortations au pardon et à la paix du Père Raccardi, dont la famille connut jadis le même sort que les parents du héros. À la fin il lave tranquillement ses crimes avec son cheval, en franchissant la petite rivière qui serpente le long de la vallée.

   Les beaux paysages avec arrière-fonds montagneux ont quelque chose de glacé. Tout souligne la puissance de la haine. Le sentiment de vengeance se légitime dans l'atrocité du crime. Sa mère, une Indienne, violée puis écorchée vive. Son père le crâne brisé. Les attributs indiens plus ou moins mythiques se mettent au service de la vengeance : habileté du corps, ruse, courage, détermination. Il y est aidé par des transpositions de la mère : une prostituée Kiowa puis une Mexicaine du bagne qui meurt dans ses bras.
   Par un subtil relent raciste, l'indianité est une sorte de malédiction fatale. Les talents d'acrobate et le physique indolent de Steve McQueen font ici merveille en soulignant cette anomalie de naissance : le métissage. La musique de fosse tente hélas de se substituer à cette sensation de maîtrise du corps et de l'espace par laquelle peut se juger un Western réussi. Un philobatisme (aptitude à maîtriser les choses dans le mouvement et la distance) fondamental l'anime. Avec le revolver et le cheval, l'espace est comme contrôlé à distance. Un bon cow-boy n'a de contact physique avec d'autres hommes que pour la bagarre. Pour le reste, il exerce sa toute-puissance imaginaire en jonglant avec êtres et choses.
   L'immensité du décor est à la mesure de ce pouvoir. C'est pourquoi la caméra fait ici un excellent travail : en variant l'échelle et l'axe des plans comme pour réévaluer avec le plus de précision possible les chances de dépassement physique du misérable insecte solitaire et démuni qu'est le héros de Western.
   Le Western ne serait donc rien d'autre que l'accomplissement audiovisuel d'un fantasme infantile de toute-puissance. 7/07/02
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Howard HAWKS
liste auteurs

Scarface (Scarface/Scarface Shame of the Nation) USA VO N&B 1931 93'
Commentaire

La Dame du vendredi (His Girl Friday) USA VO N&B 1940 92' ; R. H. Hawks ; Sc. Charles Lederer, Ben Hecht d'après B. Hecht, Charles MacArthur ; Ph. Joseph Walker ; M. Morris Stoloff ; Pr. H. Hawks ; Int. Cary Grant (Walter Burns), Rosalind Russel (Hildy Johnson), Ralph Bellamy (Bruce Baldwyn), Gene Lockhart (Pinky Hartwell), Helen Mack (Mollie Malloy), Porter Hall (Murphy).

   Divorcée et journaliste démissionnaire, Hildy vient annoncer son remariage à son ex-mari et patron, Walter Burns, le directeur d'un important quotidien. Ce sympathique filou va tout faire pour la récupérer au bureau et au lit. Il joue des tours pendables au fiancé et confie à la future l'interview d'un condamné à mort, qui va l'entraîner dans de passionnantes complications.
   Le condamné s'étant évadé, ils le cachent. L'homme est innocent mais le shérif et le maire tiennent à l'exécution pour des raisons électorales, jusqu'à tenter de dissimuler le document attestant la grâce du gouverneur. Le condamné découvert, Walter et Hildy sont arrêtés, puis le document venant au jour, libérés. Ayant, grâce aux redoutables stratagèmes de Walter, pris conscience de ses véritables vocations, Hildy va réintégrer le journal et convoler avec le patron.

   Le film ne vaut guère que par la pièce qui l'inspire. Servie par un brillant dialogue où l'humour le dispute à la satire politique mordante, c'est une comédie de mœurs bourrée de péripéties loufoques ou savoureuses, qui va comme un gant à Cary Grant (Galerie des Bobines).
   Cependant, les répliques ont beau s'enchaîner sur un énergique tempo, il est pénible de rencontrer les planches à l'écran, avec protocole et didactique d'usage, où des personnages glapissants font leur entrée en scène comme s'ils venaient des coulisses et non du hors champ ou d'un autre plan ! 19/04/03
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Le Grand sommeil (The Big Sleep) USA VO N&B 1946 114'
Commentaire

La Captive aux yeux clairs (The Big Sky) USA VO 1952 122'
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Florian HENCKEL VON DONNERSMARCK
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La Vie des autres (Das Leben der Anderen) All. VO 2006 137'
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Mark HERMAN
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Les Virtuoses (Brassed Off) GB VF couleurs 1996 107' ; R., Sc. M. Herman ; Ph. Andy Collins ; Déc. Don Taylor ; Mont. Michael Ellis ; M. Trevor Jones ; Pr. Steve Abbott ; Int. Tara Fitzgerald (Gloria), Pete Postletherwaite (Daniel, le chef d'orchestre), Ewan Mc Gregor (son fils).

   Dans la cité minière de Grimley sous Thatcher, la crise économique fait rage, mais la fanfare des mineurs tient bon. Gloria, enfant du pays experte au bugle est admise par exception à partager le sort du groupe exclusivement masculin, plus particulièrement celui d'un ami d'enfance. Mais travaillant à la direction de la mine elle est bientôt mise en quarantaine. La mine ferme. Sélectionnés pour la finale des fanfares à Londres, les musiciens doivent renoncer faute d'argent.
   Entre-temps Daniel, qui est silicosé, a une crise fatale qui le mène à l'hôpital tandis que son fils se débat dans les déboires conjugaux et financiers. Gloria est renvoyée pour avoir défendu l'intérêt des mineurs en jetant un dossier à la tête du grand patron. Mais au moment où rien ne va plus (le fils a fait une tentative de suicide), finançant de ses deniers le voyage à Londres, elle est réintégrée dans l'orchestre. Ils gagnent le grand prix, ce qui permet à Daniel, échappé de l'hôpital de faire à l'Albert Hall un discours contre le démantèlement de l'industrie minière.

   On reconnaîtra là sans peine les ingrédients du succès : fraternité sociale, zeste de sexe, bons sentiments, gueules attachantes, jolie fille pas bégueule ; et une solide stratégie narrative : le dénouement miraculeux intervient quand il n'y a plus d'espoir. Tout se résout à l'accent des cuivres dans un temple d'apothéose (l'Albert Hall) où l'épouse hostile à l'orchestre est de retour, où les paroles du chef littéralement ressuscité semblent rétablir seules une justice en ce lieu comparable au parlement.
   Les visages n'inspirent que sympathie. Daniel représente un beau type de sexagénaire populaire et sympa, sorte de capitaine de vaisseau inflexible sous la tempête. Son fils, quadragénaire fragile au visage enfantin surmonté du bonnet immortalisé dans
Vol au dessus d'un nid de coucous (1975), endosse tous les malheurs. Pour arrondir ses fins de mois il fait le clown pour les enfants riches, figure tragique rebattue donc, autre ingrédient tellement efficace qu'il se pend dans son costume. Star et fée généreuse aux coûteuses toilettes chez les Gueules noires, Gloria émoustille la galerie en acceptant sans chichis dans son lit le joli prolo blondinet (qui rappelle Brad Dourif, le pauvre ado suicidé de Vol au-dessus d'un nid de coucous, décidément...) Les autres compères se distribuent en des types variés propres à compléter le bouquet.
   Reste l'impression d'avoir manqué le concert. 3/06/01
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Werner HERZOG
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Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) RFA VO couleurs 1972 ; R., Sc. W. Herzog, d'après le journal de bord de Carjaval ; Ph. Thomas Mauch ; M. Popol Vuh ; Pr. Werner Herzog ; Int. Klaus Kinski (Don Lope de Aguirre), Helena Rojo (Inez), Ruy Gerra (Pedro de Ursúa), Del Negro (Carvajal).

   En 1560, partant des hauts plateaux péruviens, un détachement de Conquistadors a pour mission de découvrir l'Eldorado à travers la jungle amazonienne. À cours de vivres, ils descendent l'Amazone en radeau. Le commandant en second, Don Lope de Aguirre, se rebelle contre le chef Ursúa qui veut rebrousser chemin. Dès l'exécution d'Ursúa sa fiancée s'enfonce à jamais dans la jungle infestée d'Indiens. Les escarmouches de ceux-ci déciment peu à peu toute la troupe, y compris la fille d'Aguirre, qui expire dans ses bras. Sur un radeau infesté de singes ce dernier persiste en solitaire déclamant sa glorieuse et pitoyable quête.

   Opéra baroque sur la superbe partition de Popol Vuh contrepointée de cris d'animaux sauvages, avec un Kinski en vieux guerrier chirurgicalement retaillé à coups de sabre.
   L'expédition est sous-tendue par les valeurs de l'extrême et de l'impossible, que figurent ces femmes aux atours princiers, dévalant sans dommage les pentes rocheuses appuyées d'une main délicate sur un rude poing guerrier. Le véritable enjeu n'est pas cet or qui fascine tant les esclaves non-indiens, mais la volonté de puissance, véritable poison qui fait régresser à jamais l'Europe humaniste.
   Ainsi la lenteur quasi-atemporelle du rythme semble-t-elle laisser le temps à la cruauté de se retourner contre les Conquistadors après avoir été leur instrument de conquête, et le caractère inflexible d'Aguirre se met-il au service de son propre anéantissement.
   Un hapax dans l'histoire du cinéma. 9/11/01
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Nosferatu, fantôme de la nuit (Nosferatu, Phantom der Nacht) Fr. -RFA. VF couleurs 1978 105' ; R., Sc. W. Herzog, d'après Bram Stoker ; Ph. Jörg Schmidt-Reitwein, Michel Gast ; M. Popol Vuh, Wagner, Gounod, etc. ; Pr. W. Herzog Filmproduktion/Gaumont ; Int. Klaus Kinski (Dracula), Isabelle Adjani (Lucy Harker : Galerie des Bobines), Bruno Ganz (Jonathan Harker), Roland Topor (Renfield), Walter Ladengast (Van Hesling).

   Missionné dans les Carpathes pour conclure la vente au comte Dracula d'une maison, Jonathan Harker tombe en son pouvoir. Le monstre se rend en Allemagne avec une armée de rats porteurs de la peste.

   Certains éléments sont retranscrits de Murnau. Ce qui n'est pas forcément inintéressant. Ainsi Dracula chauve dans une étroite redingote, toutes griffes dehors parfois lentement repliées sur la poitrine, parfois préhensiles, tendues vers sa proie. Mais la voix qui s'y ajoute, molle et fluette, est parfaitement dans le ton.
   Le style donne plutôt dans la grandeur nocturne, avec vastes perspectives urbaines luisantes sous les rangs de réverbères. Dracula s'y lance éperdument tête en avant, pans de redingote au vent et zigzaguant comme s'il ne savait où donner de la tête. Les files de cercueils convergent selon une figure à la géométrie déjetée de croix gammée.
   Une solennité macabre et somptueuse imprègne tout le film, qui semble sonner le glas de l'humanité. Lenteur générale des rythmes sauf les chevauchées de Jonathan. Son galop final le long d'une ligne oblique dirigée vers l'arrière-plan ne rencontre qu'un désert.
   Quel luxe d'effets ! Très beau mais d'un esthétisme un peu encombrant. 5/06/00
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George Roy HILL
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Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid) USA VO couleurs 1968 100' ; R. G. R. Hill ; Sc. William Goldman ; Ph. Conrad Hall ; M. Burt Bacharach ; Pr. John Foreman/20th Century Fox ; Int. Paul Newman (Butch Cassidy), Robert Redford (Sundance Kid), Katharine Ross (Etta Place), Strother Martin (Percy Garris), Jeff Corey (shérif Bledsoe), Ted Cassidy (Harvey Logan).

   Butch Cassidy et Sundance Kid, deux pirates du rail pourchassés par une patrouille de l'Union Pacific se réfugient chez une institutrice. Ils gagnent tous trois la Bolivie comme une Terre Promise. Les deux compères écument les banques, puis aspirent à se ranger. Mais le destin les relance, police aux trousses, sur les grands chemins, sans Etta qui, pour s'épargner de les voir mourir, est retournée au pays. Ils rêvent maintenant de l'Australie mais finissent massacrés par une police assistée de renforts considérables.

   À s'en tenir au projet du film, montrer deux sympathiques desperados qui n'ont plus leur place dans leur propre monde et dont les rêves exotiques se heurtent à une réalité banale et inflexible, le cas est intéressant. Surtout si des figures de la liberté comme le saut dans le vide du Grand Canyon pour échapper aux poursuivants ou les acrobaties à bicyclette le soulignent. On peut admettre aussi à la rigueur les prises de vues insistantes sur deux belles gueules pour attirer la sympathie ou mieux, faire croire à une invulnérabilité illusoire appuyée sur un faux ethnocentrisme yankee.
   Mais la construction est bâclée. Les poursuites à cheval rythmées en accompagnement par un chœur de
chabadas Lelouchien cèdent à une mode que le restant du film supporte très mal. De même que les inserts multipliés de photos sépia procèdent d'une pauvre mythification du passé, incompatible avec le tragique torride de ce destin.
   Les situations sont entièrement au service de la performance des acteurs. Ils débarquent en Bolivie directement dans un trou folklo avec vigognes et cochons, figurant l'ironie du destin. Situation artificiellement
ad hoc. Et avec de petits bagages incompatibles avec les fréquents changements effectifs de costumes.
   Le cul entre plusieurs esthétiques et l'œil fasciné par les acteurs (ils remettent ça dans
L'Arnaque), Hill manque de corps et de charpente. 17/05/01 Retour titres Sommaire

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Alfred HITCHCOCK (voir mon article publié sur Hitchcock)
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Correspondant 17 (Foreign Correspondant) USA VF N&B 1940 ; R. A. Hitchcock ; Sc. C. Bennet, J. Harrison ; Ph. R. Mate ; Eff. sp. L. Zavitz ; M. A. Newman ; Pr. W. Wanger/United Artists ; Int. Joel McCrea (Johnny Jones alias Huntley Haverstock), Laraine Day (Carol Fisher), Herbert Marshall (Stephen Fisher), Georges Sanders (Herbert Folliott), Albert Bassermann (Van Meer), Edmund Gwenn (Rowley).

   Le reporter Johnny Jones en mission en Europe cherche à interviewer le diplomate hollandais Van Meer, dépositaire de la clause secrète d'un traité entre son pays et les alliés. Il rencontre Carol, dont le père Stephen Fisher travaille pour l'ennemi sous une couverture pacifiste. Ensemble, les amoureux volent au secours de Van Meer enlevé par l'ennemi. Regagnant l'Amérique, le père, la fille et le reporter se retrouvent tous les trois dans le même avion, qui est abattu en mer par un croiseur allemand. Comme l'aile sur laquelle ils se sont réfugiés risque de chavirer, Stephen se sacrifie pour le couple. Et tout se termine par un discours patriotique de l'héroïque reporter à la radio.

   Film bavard et d'un propagandisme grossier où l'on reconnaît malgré tout la patte du maître dans l'étrange décor de moulins hollandais où s'évanouissent comme par enchantement les ravisseurs et dans le soin mis au montage des effets spéciaux de l'accident d'avion.
   Œuvre somme toute mineure, en dépit de l'admiration qu'on a pu lui vouer. 22/09/01
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La Corde (Rope) USA VO couleurs 1948 77' 
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L'Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train) USA VO 1951 101'
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(Voir également D.W., Septième art : du sens pour l'esprit, pp. 46-50)

Fenêtre sur cour (Rear Window) USA VO couleurs 1954 112'
Commentaire (voir également D.W., Souffle et Matière
, pp. 136-137)

La Main au collet (To Catch a Thief) USA VF Vistavision-couleurs 1955 105' ; R. A. Hitchcock ; Sc. J. M. Hayes, d'après D. Dodge ; Ph. R. Burks ; Eff. sp. J. P. Fulton ; M. L. Murray ; Pr. A. Hitchcock/Paramount ; Int. Grace Kelly (Frances Stevens), Cary Grant (John Robie), Charles Vanel (Bertrani), Brigitte Auber (Danielle Froussard), Jean Martinelli (Froussard).

   Un ancien résistant et cambrioleur surnommé "le chat" est soupçonné par la police d'une série de cambriolages. Robie, dont tombe amoureuse la riche héritière Frances Stevens, démasquera lui-même le coupable, qui se trouve être la fille d'un homme aux ordres de l'ancien chef de Robie dans la résistance.

   Visité guidée en Vistavision de la fastueuse et pittoresque côte d'Azur où se greffe l'historiette d'un rat de Palace. Le jeu assez ironique et très présent de Cary Grant (Galerie des Bobines) avec la prestation un peu raide de la star Grace Kelly (Galerie des Bobines) : ingrédients jamais combinés au plat principal. De même que les paroles se détachent de l'image tant c'est bavard (effet du doublage ?(1)). Le véritable héros n'est pas le petit félin rôdant sur les tuiles mais le pull finement rayé de Cary, assez complaisamment affiché tout au long.
   La tonalité des rapports amoureux du couple est calquée sur celle de
Rear Window (1954) : c'est Grace qui drague, et l'homme qui fuit de façon insultante sans qu'elle en paraisse affectée, copie aussi médiocre qu'est superbe l'original. Préfiguration, quelque part, de la menace de l'avion de North by Northwest (1959). La voix prêtée à Grace d'Elina Labourdette a exactement les mêmes inflexions que celle d'Agnès dans Les Dames du Bois de Boulogne.
   Le suspense n'eût pas nui à ce polar médiocre. 2/01/00
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L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) USA VO Vistavision-couleurs 1956 120'
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Sueurs froides (Vertigo) USA VO Technicolor Vistavision
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La Mort aux trousses (North by the Northwest) USA VO couleurs 1959 136' ; R. A. Hitchcock ; Sc. E. Lehman ; Ph. : Robert Burks ; M. Bernard Herrmann ; Eff. Sp. A. Gillespie, Lee Le Blanc ; Générique Saul Bass ; Pr. A. Hitchcock/MGM ; Int. Cary Grant (Roger Thornhill : Galerie des Bobines), Eva Marie Saint (Eve Kendall), James Mason (Philippe Vandamn), Leo G. Carroll (le professeur), Martin Landau (Léonard).

   À la suite d'un quiproquo, le publiciste Roger Thornhill est entraîné dans une affaire d'espionnage, étant pris pour Kaplan, un agent du contre-espionnage créé de toutes pièces pour les besoins des services du contre-espionnage. Vandamn, le chef des trafiquants, entreprend de le faire tuer par ses hommes de main. Thornhill s'éprend de la maîtresse de Vandamn, qui est en réalité un agent du contre-espionnage. Poursuivis à la fin sur le mont Rushmore par les hommes de Vandamn, qui sont précipités dans le vide, les amoureux parviennent tous deux à s'échapper avec les microfilms.

   La scène de l'avion est admirable toujours par la conception et la maîtrise de la réalisation, notamment la rigueur du montage. Hitchcock explique dans une interview qu'il tourne là le dos au cliché du genre : grands espaces par opposition aux rues étroites à pavés gras du film noir, avion venu de nulle part au lieu de la limousine pointant au bout de la rue. La Cadillac noire sur la route déserte est, en l'occurrence, un leurre commentant le cliché : Thornhill a un mouvement de frayeur et l'on s'attend à ce que des mitraillettes crachent.
   Dans le même esprit, le face à face de part et d'autre de la route avec un péquenot chapeauté mime le duel de Western. On s'enchante aussi des allusions à la guerre froide : une Škoda file le taxi de Thornhill au début. On s'amuse encore des simulacres de la mort : l'homme tenant un chapeau à la main devant la cabine, véritable cercueil dressé, comme pour saluer par anticipation le cadavre de Thornhill en train de téléphoner ou bien Leonard inscrit après sa chute dans les formes anguleuses d'un fauteuil comme dans une bière, Vandamn en contrechamp versant des larmes sur ses mains jointes (en réalité sur son amour trahi et son poing meurtri par le direct).
   On applaudira même sans faute à la métaphore de ce train phallique à la pointe écarlate perçant le tunnel de la nuit de noce en wagon-lit.
   Mais le film a quand même pris un sacré coup de vieux. Les scènes de dialogue ne sont que d'interminables indicateurs de récit. Si l'humour reste bien vivant, il apparaît trop souvent verbal et détachable du film. Les trésors d'astuce psychanalytique déployés naguère par Raymond Bellour dans le but de dévoiler la force secrète de l'œuvre peuvent aujourd'hui faire sourire : il n'y avait rien de plus dans ce film que du bon cinéma, et ce n'est déjà pas si mal. 24/10/00
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Psychose (Psycho) USA VO N&B 1960 109'
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Les Oiseaux (The Birds) USA VO couleurs 1963 120'
Commentaire (
voir également D.W., 7e art : du sens pour l'esprit, "Le son des oiseaux" pp. 195-202)

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Franz HOFER
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La Boule noire (Die schwarze kugel) All. teinté 1913 35'
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Dennis HOPPER
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Easy Rider USA VO couleurs 1969 90' ; R. D. Hopper ; Sc. Peter Fonda, D. Hopper, Terry Southern ; Ph. Laslo Kovaks ; Pr. Pando Company/Raybert Production ; Int. Peter Fonda (Billy), Dennis Hopper (Wyatt), Jack Nicholson (Hanson).

   Deux motards marginaux de Los Angeles un peu trafiquants et très portés sur la drogue partent sur les routes du Sud, le réservoir bourré de came. Ils chargent un Baba stoppeur qui les héberge dans sa communauté, sont emprisonnés pour avoir insulté à la majesté d'un défilé local et sympathisent avec un avocat alcoolique qu'ils embarquent en croupe.
   Le Sud profond les accueille si bien à coup de battes que l'avocat y reste. En hommage à sa mémoire, ils passent dans un bordel connu de lui à La Nouvelle Orléans et se livrent sur deux prostituées menées dans un cimetière à une sorte de sexuelle messe noire sur la base d'un mauvais trip. Ayant repris la route ils tombent sous les balles de braves types qui se promenaient en camionnette.

   Apologie de l'aspiration à la liberté, ce film-culte dénonce l'idéologie réactionnaire qui l'étouffe. Bien que l'image de la liberté qu'il tente de véhiculer paraisse aujourd'hui bien pâlotte et naïve (faire l'oiseau sur la moto, le solennel portrait de la communauté hippie, l'éloge de la marijuana, les théories sociales implicites, les jeux de lumière complaisants sur les chromes des machines, voire le cadrage des chevaux sauvages dans le décor), la brève évocation des forces de la haine qui l'emportent est terrifiante, et d'autant que dans le snack où on les jauge vertement pour leur dégaine, des jeunes filles leur témoignent au contraire de la sympathie.
   Les effets de montage psychédélique en flashes alternés et plans distordus ponctués de paroles délirantes de la scène du cimetière ne passent plus. Le montage-son est beaucoup plus intéressant dans cette même scène d'abord avec le contrepoint sonore d'une machine haletante et la rumeur extérieure de la circulation, mais aussi les sifflements des avions lors de l'essai de la "marchandise" au prégénérique, le claquement d'aile, sous la pression des doigts, des pages d'un livre dans un environnement bruissant d'oiseau ou l'attaque meurtrière "sudiste" précédée de stridulations d'insectes nocturnes mais suivie d'aboiements hors champ.
   Le travail du son est sans doute l'aspect le plus intéressant, conférant au film une certaine longévité. Lorsque, réservée au seul soulignement du bitume défilant avec le paysage, la musique pop se tait, c'est pour mieux laisser place aux sons naturels, oiseaux et vent. Les bruitages hors champ
d'enfants et d'animaux domestiques sauvent du ridicule le long travelling des membres de la communauté immobilisés pour la prière telle une galerie des ancêtres.
   En somme les effets de mode et les concessions faites aux performances d'acteur (celles de Nicholson surtout) inhibent le superbe potentiel d'un film qui restera en bonne place dans les annales. 18/05/01
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James W. HORNE
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Campus (Sportif par amour) USA 1927 60' ; R. J. W. Horne ; Sc. Carl Harbaugh, Bryan Foy ; Ph. J. Devereux Jennings, Bert Haines ; Pr. Joseph Schenck ; Int. Buster Keaton (Ronald), Ann Cornwald (Mary), Florence Turner (la mère), Harold Goodwin (Jeff Brown, le rival).

   En tant que meilleur étudiant du campus, Ronald est encouragé par les professeurs à prononcer un discours contre le sport le jour de la remise des prix. Refusant cependant de le fréquenter tant qu'il n'aura pas changé de point de vue, Mary part au bras du fringant sportif Jeff.
   L'année suivante, la nouvelle université où sont inscrits Mary et Jeff voit débarquer le fort en thème avec une valise bourrée de documentation et de matériel sportifs. La nouvelle recrue expérimente le pentathlon et le base-ball avec tant de maladresse qu'elle est condamnée à l'infamie du rebond humain dans une bâche secouée.
   Convoqué à la direction à cause de ses mauvais résultats, Ronald explique que c'est par amour qu'il a délaissé les matières intellectuelles en faveur du sport. Le doyen, qui ne se remet pas d'un échec sentimental de jeunesse, le prend en sympathie et l'impose comme barreur à l'équipe d'aviron sur le point de concourir. Le capitaine à beau tenter de s'en débarrasser au moyen d'un narcotique, son comportement atypique l'amène à innocemment échanger sa tasse de café contre celle du remplaçant déjà désigné, qui plonge dans un profond sommeil.
   C'est donc ce trouble-fête redouté qui tient la barre. Grâce à son ingénieuse loufoquerie pourtant, son équipe l'emporte. Mais Mary n'est pas présente à l'arrivée. Plaqué parce qu'arrogant, Jeff s'est enfermé avec elle dans sa chambre pour la contraindre à l'épouser en provoquant son renvoi. La prisonnière joint miraculeusement par téléphone Ronald qui se morfondait au vestiaire. Il fonce aussitôt à travers le campus et par des prouesses physiques dignes du pentathlon et du base-ball, franchit la fenêtre au moyen d'une perche, puis avec une adresse de lanceur de poids bombarde le kidnappeur en fuite, etc.
   A la directrice et au doyen qui les surprennent et s'apprêtent à prononcer l'exclusion, Mary annonce leur mariage. Puis défilent plusieurs phases de la vie conjugale que conclut une paire de tombes côte à côte.

   Tout cela, nourri de gags puisant dans le monde de l'enfance propre au burlesque. Ainsi, trempée par une pluie diluvienne, la veste de Ronald rétrécit pendant son discours, comme s'il grandissait sous nos yeux. Le caractère présocial de son comportement entraîne un rapport conflictuel avec la société : ce même discours provoque le départ du public. Le monde du travail est un monde absurde où le héros, pour payer ses études, doit jongler au bar ou se grimer en serveur noir.
   Mais le film se construit tel un récit initiatique. Plus l'impuissance initiale est grande, plus valeureuse est la victoire finale marquant l'accession au monde adulte, tout en imprimant dans la durée une vitalité à l'intrigue.
   Remarquable utilisation de la profondeur de champ qui dramatise le mouvement du sprinter démarrant minuscule à l'arrière-plan pour finir en très gros plan avant de sortir du cadre. Notons également que la barre du saut à la perche se confond presque avec le bord supérieur du cadre, si bien que le bond de l'athlète culmine dans le hors champ supérieur. 14/11/02 (Voir aussi
Keaton) Retour titres Sommaire

Œil pour œil (Big Business) USA muet 18' 1929 ; R. J. W. Horne ; Sc. Leo McCarey ; Ph. George Stevens ; Pr. Hal Roach ; Int. Stan Laurel, Oliver Hardy, James Finleyson.

   En Californie, à bord d'une camionnette découverte, Laurel et Hardy tout emmitouflés, vendent des arbres de Noël. Après deux premiers insuccès, ça tourne mal avec le troisième individu importuné, qui démantibule leur véhicule pendant qu'ils dépiautent la maison et saccagent le jardin. Un policier prend des notes. Ils fondent en larmes quand il les interroge, ainsi que le client irascible, suivi de tous les témoins. Troublé, le flic passe l'éponge. On se réconcilie. Laurel et Hardy offrent un cigare à leur ennemi puis après un coup d'œil complice, éclatent de rire. Mais toujours sur place, le flic les prend en chasse, tandis que le cigare explose à la face du paisible citoyen.

   L'intérêt comique réside dans l'infantilisme, notamment pendant que les bourreaux détruisent, les victimes sont, alternativement, spectateurs de leur infortune. Ils ne réagissent réciproquement qu'une fois le forfait entièrement accompli.
   C'est malheureusement tourné et monté sans aucun souci de solutions proprement filmiques, ce qui réduit le médium cinématographique à un simple support au service du scénario. Ici, Leo McCarey ne fit que superviser. Quand il dirige c'est nettement mieux. Voyez plutôt Wrong Again (1928). 27/01/04
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James W. HORNE et Charles ROGERS

La Bohémienne (The Bohemian Girl) USA VF N&B 1935 70' ; R. J. W. Horne et C. Rogers ; Sc. A. Bunn, d'après M. Balfe ; Ph. A. Lloyd, F. Corby ; Pr. H. Roach/MGM ; Int. Laurel et Hardy, Jacqueline Wells (princesse Arline), Maë Bush (Mme Hardy), James Finlayson (capitaine Finn), Antonio Moreno (Corne du Diable).

   Les Bohémiens Laurel et Hardy élèvent la petite princesse Arline, enlevée en représailles à un grand seigneur méprisant, par la femme de Hardy et son amant, qui se sont enfuis. Au bout de douze ans Laurel, Hardy et Arline devenue une beauté, sont arrêtés par le seigneur qui reconnaît bientôt sa propre fille grâce à un médaillon de famille. Laurel et Hardy sont graciés après avoir été passés à la torture qui a rétréci l'un et agrandi l'autre, ce qui donne lieu à un jeu burlesque de plongée/contre-plongée déformantes.

   Au vu de l'énergie déployée pour traiter des mœurs bohémiennes sous la forme d'un opéra-bouffe aux interminables couplets, il faut supposer un fantasme secret du public américain, celui d'une marginalité permettant de remplacer le conformisme du rêve américain par un autre conformisme.
   Au beau milieu de cette médiocrité cependant une scène inoubliable : Laurel remplissant des bouteilles de vin de fruit contenu dans un tonneau à l'aide d'un tuyau. Aspirant d'abord, ingurgitant une bonne pinte, puis pour changer de bouteille embouchant le tuyau, avalant le liquide qui continue de couler, se coinçant le doigt dans le goulot, et intrépide à la tâche s'empêtrant dans le nombre et ainsi de suite, tout se terminant par une belle cuite. Grâce à de légères et judicieuses variations de grosseur, le
jonglage est délectable. 20/04/03 Retour titres Sommaire

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Danièle HUILLET et Jean-Marie STRAUB
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Du jour au lendemain (Von heute auf Morgen) Fr.-All. VO N&B 1996 ; R., Sc. Straub et Huillet d'après l'opéra en un acte d'Arnold Schoenberg ; Ph. William Lubtchansky ; M. Arnold Shoenberg ; Int. Christine Whittlesey (elle), Richard Salter (lui).

   Revenant d'un dîner en ville, les époux avouent avoir chacun été séduit par un convive de l'autre sexe. Ils se querellent puis, non sans le secours de quelque ruse féminine, se réconcilient aux dépens des deux autres venus les relancer chez eux. C'est la victoire de l'amour sur l'amourette.

   L'opéra de Shoenberg affirme la primauté de l'amour de façon un peu trop moraliste, mais la musique restera inimitable surtout au finale lorsque le sprechgesang jaillit enfin. Retenons cependant que les réalisateurs ont su dépasser l'opéra filmé.
   Certes il y a scène et décor de théâtre, mais les différentes zones sont utilisées comme autant de lieux stratégiques entrant dans la composition des plans. Ainsi, le couple en visite dans l'entrée au fond à gauche sur un décrochement en profondeur est cadré avec l'angle de la pièce plus à gauche et en avant où un petit poêle en coin symbolise le foyer. Dans la même scène, le contrechamp où se tiennent les époux s'orne de plantes vertes à foison comme une vivante prolifération.
   La direction du regard nous reporte hors champ à droite de la caméra lorsque le couple ressoudé évoque son bonheur, avec quelques coups d'œil interpellateurs jetés à gauche en raccord de champ.
   Dans l'ensemble, associé à la pellicule noir et blanc, le jeu sur l'espace morcelé avec variation des grosseurs de plan, ample utilisation du hors champ, entrées et sorties de champ, champs vides, personnages en amorce et raccords de regard, provoquent la magie d'un espace filmique de façon parfaitement nécessaire, sans nul ombrage porté à l'œuvre initiale. 11/08/01
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André HUNEBELLE
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L'Impossible Monsieur Pipelet Fr. N&B 1955 87' ; R. A. Hunebelle ; Sc. Jean Halain ; Ph. Paul Cotteret ; M. Jean Marion ; Pr. André Hunebelle ; Int. Michel Simon (Maurice Martin), Gaby Morlay (Germaine Martin), Etchika Chaoureau (Jacqueline Martin), Mischa Auer (l'écrivain), Maurice Baquet (Jojo), Jean Brochard (M. Richet), Louis de Funès (Oncle Robert), Louis Velle (Georges Richet), Noël Roquevert (le colonel).

   Jacqueline Martin, qui vient de décrocher son "bachot" est la joie et la fierté de ses parents concierges ("pipelet" : concierge). Cependant Georges, fils du propriétaire, un magnat du petit pois, demande la main de Jacqueline. Refus des pères, l'un par morgue l'autre par fierté. Les amoureux prennent la fuite puis se ravisent. Ils sont accueillis à bras ouverts. Le mariage se fera.

   Comédie aussi bien ficelée que cousue de fil blanc. Les rois épousent des bergères, mais ce sont des parvenus. Tendre, bourru et défendant bec et ongles sa progéniture, Michel Simon (Galerie des Bobines) campe un personnage sur mesure. L'environnement social a le pittoresque du Paris populaire disparu depuis belle lurette. On entonne sa chansonnette à la tablée familiale des jours de fête. On va soutenir le neveu qui se fait massacrer à la boxe et ça se termine en pugilat dans la salle. Le vaillant boxeur, Maurice Baquet, fait son numéro d'acrobate. Les autres comiques ont leur emploi attitré. Roquevert en colonel pète-sec, bien entendu. Mais un hurluberlu se détache du lot : l'oncle Robert joué par un jeune de Funès encore atypique, hirsute et moustachu.
   Comédie bon enfant où le spectateur pouvait encore jouir de son propre reflet petit-bourgeois. On mesure là la distance avec la préfabrication des modèles d'aujourd'hui, concoctés de toutes pièces pour hisser le consommateur dans l'empyrée vide de la consommation. 15/06/02
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John HUSTON
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Le Faucon Maltais (The Maltese Falcon) USA VO N&B 1941 100' ; R., Sc. J. Huston, d'après Dashiell Hammett ; Ph. Arthur Edeson ; M. Adolph Deutsch ; Pr. Hal Wallis/Warner Bros ; Int. Humphrey Bogart (Sam Spade), Mary Astor (Brigid O'Shaughnessy), Peter Lorre (Joel Cairo), Sydney Greenstreet (Kasper Gutman), Barton Mac Lane (le lieutenant Dundy).

   Intrigue très embrouillée où une jeune femme venue chercher protection, est cause de la mort de l'associé du privé Spade, qu'elle implique dans les manigances d'une bande. Celle-ci recherche le "faucon maltais", fabuleuse statuette en or sertie de pierres précieuses, cadeau des Chevaliers de Malte à Charles Quint.

   La bande est constituée de trois figures contrastées pour faire louche : un gros (Gutman), un gay (Joel), un gamin susceptible. Le Gros et le Privé se donnent la réplique dans les rôles respectifs du méchant et du bon incarnés par les têtes d'affiche, bien que Peter Lorre soit un élément non négligeable qui ajoute du piment à ce jeu cousu de fil blanc. Spade-Bogart (pantalon remonté une seule et unique fois (cf. Galerie des Bobines)) est un privé autoritaire et cynique qui se fait materner par sa secrétaire, accueille avec flegme la mort de son associé Miles Archer et envoie en taule pour vingt ans sa maîtresse en prétendant qu'il l'attendra jusqu'à sa libération.
   Sans doute sont-ce ces valeurs désuètes accentuées par la forte présence de l'acteur Bogart qui font le succès de ce film totalement dépourvu d'originalité. Et pourtant il continue à avoir la faveur de la critique… La haine de l'art va son train. 3/11/00
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Quand la ville dort (The Asphalt Jungle) USA VO N&B 1950 112'
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African Queen USA VO couleurs 1951 120' ; R. J. Huston ; Sc. James Agee, J. Huston, d'après C. S. Forester ; Ph. Jack Cardiff ; M. Allan Gray ; Pr. Sam Spiegel ; Int. Katharine Hepburn (Rose Sawyer), Humphrey Bogart (Charlie Allnutt), Robert Morley (Samuel Sawyer, le pasteur), Peter Bull (le capitaine de la Luisa).

   1915. Vieille fille ayant évangélisé les Noirs, Rose Sawyer doit descendre le fleuve sur l'African Queen, vieux rafiot du trafiquant d'alcool Charlie Alnutt. L'intimité forcée au milieu du danger rapproche ces deux cœurs solitaires qui n'étaient pas faits pour se rencontrer. Ils sont capturés par les Allemands et eussent été pendus sans l'intervention de la providence qui fait exploser au bon moment la canonnière teutonne.

   Il faut saluer la qualité de la pellicule couleur et l'authenticité du décor africain (remarquable performance des crocodiles figurants), avant de s'affliger du conformisme profond (comme on dit "débile profond") du film.
   On pourrait croire à ce dépassement du genre qui fait les grandes œuvres. Mais en réalité la note burlesque de l'intrigue n'est là que pour en affadir le côté aventureux. De même que le contraste entre ce vieux caboteur remontant sans cesse son pantalon (cabotin rehaussant ses attributs : cf. Galerie des Bobines) et cette fleur fanée de pelouse britannique (Galerie des Bobines), évangéliste à la conquête de l'Ouest, est censé émoustiller le spectateur qui pourtant, alerté par la parenté de l'éclat immaculé des dentures n'est pas dupe.
   Le jeu des acteurs est toujours un peu outré selon la recette qui fait le succès hollywoodien. Les Noirs sont stupides, les Allemands aussi ridicules que cruels, mais le pasteur a un joli regard azuré, et le couple pittoresque est porté par le souffle patriotique approuvé par Dieu, qui déclenche à la prière de sa brebis un Nouveau Déluge rien que pour sauver l'African Queen.
   L'étude du mal que répand un tel spectacle en donnant au monde une image aussi fausse que séduisante du cinéma reste à faire. Après les deux films d'envergure que sont
The Asphalt Jungle (1950) et The Red Badge of Courage (1951), les producteurs auront eu (provisoirement) la peau d'un réalisateur plutôt gênant pour la profession. 7/05/00 Retour titres Sommaire

Plus fort que le Diable (Beat the Devil) USA VO N&B 100' 1954 ; R. J. Huston ; Sc. A. Veiller, J. Huston, d'après J. Helvick ; Dial. Truman Capote ; Ph. Oswald Morris ; M. Franco Mannino ; Pr. Huston/Artistes associés ; Int. Humphrey Bogart (Billy Dannreuther), Jennifer Jones (Gwendolen Chelm), Gina Lollobrigida (Maria Dannreuther, Robert Morley (Petersen), Peter Lorre (O'Hara).

   Partis d'un petit port méditerranéen, des aventuriers convoitent un gisement d'uranium africain.

   Ce quarteron d'escrocs plus bêtes que méchants représente un burlesque assortiment : un gros, un longiligne, un étique fanfaron moustachu, un petit rondouillard inquiétant (Lorre à son ordinaire). Complètent la distribution, deux femmes, une brune (Gina Lollobridgida : médiocre), une blonde, Jennifer Jones (magnifique dans le rôle d'épouse d'un faux lord anglais, faisant craquer les cadres sociaux par sa liberté de ton, qui doit aussi au scénario de Truman Capote) et Bogart, qui n'en a jamais fini de remonter son pantalon (Galerie des Bobines).
   Dans l'ensemble les personnages sont stéréotypés (capitaine de navire alcoolique comme Haddock) et le mouvement d'ensemble reste très médiocre. Tout repose bien trop sur le prétendu pittoresque de la petite société. "Sorte d'exercice métaphysique de haute voltige dans lequel un auteur prouve qu'il peut devenir un prodigieux critique cinématographique" estimait Bertrand Tavernier dans
Humphrey BOGART.
A vous de juger. 26/08/99
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Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison) USA VO Scope-couleurs 1956 105' ; R. J. Huston ; Sc. John Lee Mahin, J. Huston, d'après Charles Shaw ; Ph. Oswald Morris ; M. Georges Auric ; Pr. 20th Century Fox ; Int. Robert Mitchum (caporal Allison), Deborah Kerr (sœur Angela).

   Un marine rescapé d'un torpillage partage la vie d'une bonne sœur sur une île déserte du Pacifique en guerre. Ils survivent à une occupation japonaise grâce à l'expérience militaire du caporal qui de plus, en désamorçant les canons de 105, évite le massacre de ses collègues durant l'assaut final. La rencontre, à l'insu de la société, d'une vierge de Jésus et d'un soudard en temps de guerre est à la base un sujet croustillant. Mais ce soldat dont le courage force l'admiration est un brave type un peu fruste qui rentre dans sa niche sitôt sa chaîne brisée. Quant à sœur Angela, elle n'accomplit maint autre exploit que celui d'être fidèle à Dieu.

   Le mérite revient finalement au militaire (Robert Mitchum : Galerie des Bobines) : tout cela cousu de fil blanc mais solide en raison de la qualité d'un dialogue souvent spirituel, du soin mis à la direction des acteurs, de la fermeté du découpage, du style particulier de la photographie qui sait éviter le piège de l'exotisme facile tout en jouant de l'ambiance particulière des beautés sonores et visuelles de la sauvage nature pacifiée par le Scope. 19/02/03 Retour titres Sommaire

Reflets dans un œil d'or (Reflections in a Golden Eye) USA VO Scope-couleurs 1967 109'
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Fat City USA VO Eastmancolor 1972 96' ; R. J. Huston ; Sc. Leonard Gardner d'après son roman ; Ph. Conrad Hall ; M. Marvin Hamlish ; Pr. Columbia/John Huston/Ray Stark ; Int. Stacy Keach (Billy Tully), Jeff Bridges (Ernie Munger), Susan Tyrell (Oma), Candy Clark (Faye), Nicholas Colsanto (Ruben Luna).

   Boxeur sur le déclin depuis que sa femme l'a quitté, Billy Tully, qui croit reconnaître un futur champion dans le jeune Ernie Munger, l'adresse à son entraîneur Ruben. Dans un environnement urbain misérable, Billy mène une existence miteuse. Entré en ménage avec une poivrote geignarde et paresseuse appelée Oma, il se contente d'emplois journaliers dans la récolte des noix ou des oignons. Quant à Ernie, il épouse une fille qu'il a engrossée. Mal arrangés, ses combats sont des fiascos ou des victoires peu glorieuses. Il ne dédaigne donc pas à l'occasion de partager le travail de son aîné. Malgré cet exemple et son passé, Billy tient à reprendre les gants. Il quitte Oma et dispute un match dont il sort vainqueur. Il largue pourtant l'entraîneur qui l'exploitait. À la fin, Billy et Ernie se rencontrent et prennent un verre ensemble. Ils se comparent par plaisanterie au vieux Philippin qui les sert, un vrai spectre vivant.

   C'est d'une part un document sur un univers urbain déshérité, qui semble toujours, grâce à la photo de Conrad Hall, baigner dans une impalpable poussière stérile : "Fat City" est un titre ironique signifiant l'abondance. C'est aussi un jugement à l'égard d'un milieu social défavorisé et porté par de fausses espérances. Ce qui en fait le prix est un regard sans jugement ni dramatisation, entraînant un indécidable de mauvaise augure.
   Le tragique d'un fait anodin où passe le doute est plus proche de l'absurdité du réel, qui ne prévient jamais.
   Quel abîme entre un tel film et les hollywooderies des débuts ! Huston a véritablement trouvé sa voie sur le tard, à partir du magistral Reflets dans un œil d'or. 20/01/03
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Le Malin (Wise Blood) USA VO couleurs 1979 105' ; R. J. Huston ; Sc. Benedict Fitzgerald, d'après Flannery O'Connor ; Ph. Gerry Fisher ; Pr. Michael Fitzgerald ; Int. Brad Dourif (Hazel Motes), Ned Beatty (Hoover Shaotes), Harry Dean Stanton (Asa Hawks), Amy Wright (Sabbath Lily), Daniel Shor (Emery).

   De retour de l'armée, Hazel Motes découvrant le délabrement de la maison familiale, la tombe de ses parents et l'économie déclinante de la région, prend le large par rail affublé en prêcheur et muni de son chèque de blessé démobilisé, tout en niant farouchement, pour quiconque le questionne, être prêcheur ni croyant en aucune manière.
   Débarqué à la ville, il rencontre Asa, prêcheur aveugle et sa fille Sabbath Lily, qui le dévisage avec insistance. Il entrave leur pieuse action de rue, leur déclarant fonder, lui, l'Eglise du Christ sans Christ et prêcher gratis. Notre anti-prêcheur loge chez la prostituée du coin, puis achète une Ford pourrie qui servira à la fois de véhicule, de domicile et de chaire ambulante.
   Cependant Hazel retrouve la trace de l'aveugle et de sa fille dans une pension de famille où il prend ses quartiers. Il découvre que celui qui était censé avoir sacrifié sa vue par piété est un simulateur, et devient l'amant de sa prétendue fille. Celle-ci dorlote une momie réduite qu'un jeune gardien de zoo encombrant a dérobée au musée par amitié pour Hazel, qui n'en a cure et la détruit. Le jeune importun du zoo finit par courir la ville déguisé en Conga, l'homme singe à qui l'on se vante d'avoir serré la main.
   Puis tout va de mal en pis. Hazel écrase un prêcheur qui sabotait ses prises de parole. Jugée dangereuse la voiture est mise hors-service par un shérif. Ensuite le héros se brûle les yeux à la chaux vive, marche dans des chaussures emplies de cailloux et se saucissonne le torse avec du fil barbelé. Sa maîtresse envolée, l'hôtesse s'offre à lui en mariage. Il s'enfuit dans la nuit pluvieuse. La police qui l'a retrouvé étendu sur un terrain vague le ramène mourant.

   Il n'était pas inutile d'entrer quelque peu dans les détails pour donner une idée des qualités littéraires(1) du scénario. On peut alors aisément comprendre qu'une telle richesse de contenu, préexistant à la conception du film, fût indigeste à la pellicule.
   Le grotesque grinçant de la musique de fosse entreprend en vain de faire croire à la singularité de cette œuvre qui ne s'appartient pas vraiment.
   Il y a certes originalité dans le témoignage social d'une époque où les prêcheurs couraient les rues, à travers le regard acidulé du réalisateur, dont la Ford est l'instrument malicieux et pervers impulsant le destin du personnage par des pannes fastes ou néfastes, se remettant d'elles-mêmes une fois leur mission accomplie. Et la mort du véhicule signe celle du propriétaire.
   Mais, au total, subsiste une sensation d'originalité inaccomplie, quel que soit le mérite d'un audacieux jeune homme de soixante-treize ans dont les jeunes débuts comme vieux réalisateur hollywoodien remontaient à 1941 (
Le Faucon maltais). 8/02/03 Retour titres Sommaire

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Kon ICHIKAWA
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La Vengeance d'un acteur (Yukinojo henge) Jap. VO Scope-couleurs 1963 113'
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Konstantin IERCHOV et Gueorgi KROPATCHEV
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Viy ou le Diable (Viï) URSS VO couleurs 1967 78' ; R. C. Ierchov, G. Kropatchev ; Sc. Alexandre Ptouchko, K. Ierchov, G. Kropatchov, d'après la nouvelle de Gogol ; Ph. F. Provorov, V. Pichialnikinov ; Dir. art. et truc. A. Ptouchko ; Déc. N. Markine ; M. Karen Khatchatourian ; Int. Léonide Kouravliov (Khoma), N. Koutouzov et N. Varleï (la sorcière), A. Glazirine (son père), N. Zakhartchenko (Khaliava), V. Salnikov (Gorobets), P. Veskliarov (le recteur).

   Trois séminaristes en vacances se perdent dans la nuit sur le chemin du foyer. Une vieille fermière très laide leur offre l'hospitalité. Mais c'est une sorcière qui prend à part Khoma et, montant sur son dos, le chevauche dans le ciel. A l'atterrissage, il la bat à mort. Elle se change en une belle jeune fille agonisante. Il s'enfuit et retourne au séminaire où le recteur lui fait savoir que la fille d'un grand propriétaire terrien, moribonde après avoir été rouée de coups, le fait demander nommément pour dire les prières de ses derniers instants. Malgré ses protestations il est emmené manu militari en chariot jusqu'à la ferme par les serfs du seigneur.
   La jeune fille vient de mourir mais le père fait savoir au séminariste qu'elle a souhaité qu'il prie au chevet de sa dépouille trois nuits durant. Surveillé de près, Khoma ne peut s'y soustraire. Il est enfermé chaque soir dans l'église où est exposée la bière ouverte. La première nuit la jeune fille se dresse puis tente de traverser le cercle magique qu'il a tracé à la craie autour de lui. Au chant du coq elle se recouche inerte. La deuxième nuit le cercueil en lévitant donne des coups de boutoir sur la paroi invisible du cercle. Au chant du coq, il se remet en place mais les cheveux de Khoma ont blanchi. La troisième nuit la sorcière convoque force gnomes et loups-garous qui se pressent autour du cercle, puis Viï, le diable, lui-même. Entre le premier et le deuxième chant du coq le cercle s'étant brisé, ils ont le temps d'assaillir Khoma avant de rentrer dans l'ombre. Au matin, les serfs trouvent deux cadavres : celui de la vieille sorcière et celui de Khoma.

   Reconstitution bien léchée de la vie quotidienne d'une ferme, tellement qu'on se demande si l'on n'a pas affaire aux animaux primés d'un kolkhoze modèle. Le décor exhibe d'ailleurs les coutures d'une étude de la vie rurale au temps de Gogol. Tout indique le professionnalisme naïf.
   La caméra savante ne se contente pas d'un travelling latéral des rangs des séminaristes avant le départ. Elle s'abaisse aussi en plan serré sur les bottes martelant le sol, dans le style reportage. Le meilleur est dans le portrait truculent, accommodé d'une pointe de burlesque de ces jeunes séminaristes insolents, impies et
débauchés, même si la musique y prête vainement main-forte : est-il besoin de rajouter des notes de musique quand l'image se suffit à elle-même ? Les effets spéciaux concernant la transgression des lois de la physique sont tout à fait convaincants.
   Mais le pire est à venir : la pauvreté d'imagination dans la conception des créatures maudites, plus pitoyables qu'effrayantes dans le
grotesque, condensant tous les clichés du genre. 13/04/05 Retour titres Sommaire

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Youri ILIENKO
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La Nuit de la veille de la Saint-Jean (Vecer nakanune Ivana Kupala) URSS/Ukraine VO couleur et scope 1968 70' ; R., Sc. Y. Ilienko d'après Gogol ; Ph. Vadim Iljenko ; M. L. Grabowski ; Int. Boris Chmielnitzki (Petro), Larissa Kadotchnikova (Pidorka), Evgueni Fridman (Bassavrouk).

   Parce qu'il est pauvre, Pietro se voit refuser la main de Pidorka. Il signe avec le diable un pacte qui le rend riche au prix du meurtre d'un enfant avant la Saint-Jean. Cela accompli, il épouse Pidorka mais est hanté par des visions d'horreur.

   Montage très pictural par pellicule teintée et plans d'inspiration folklorique, de même que la musique, illustrant le fantastique gogolien. Ilienko visiblement fasciné par Paradjanov reproduit carrément des plans inspirés des Chevaux de feu (1964). À se contenter du mimétisme, les images n'ont aucune nécessité intérieure, et la réalisation, ni narrative ni poétique est d'une extrême confusion.
   N'est pas poète qui veut. 25/04/01
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Shohei IMAMURA
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La Ballade de Narayama (Narayama Bushiko) Jap. VO couleurs 1983 128' ; Sc. S. Imamura ; Ph. Masao Tochizawa ; M. Shinichiro Ikebe ; Pr. Imamura Toei ; Int. Ken Ogata (Tatsuhei), Sumiko Sakamoto (la mère), Tonpei Hidari (Risuke), Takejo Aki (Tama-yan). Palme d'or à Cannes la même année.

   La vie au XIXe siècle d'un village japonais perdu en pleine nature, où la terre ne suffit pas à nourrir une population rude aux traditions aussi rigides qu'ancestrales. Les fœtus en surnombre avortés servent de fumure aux rizières, les progénitures féminines se vendent et les personnes ayant atteint l'âge de soixante-dix ans vont, portées par le fils aîné, se laisser mourir sur la montagne de Narayama.
   A l'instar de Norin qui, en trop bonne santé, est pourvue d'une excellente dentition, mais se prépare en se cassant plusieurs dents sur un rebord de pierre. Son fils aîné Tatsuhei accomplissant le pénible rituel aura la joie de voir exaucé le vœu d'une chute de neige dès sa mère déposée au sommet. Interférant entre-temps avec l'histoire de Norin, la vie du village est révélatrice de mœurs archaïques. Un mourant fait promettre à sa fille de coucher avec tous les jeunes hommes du village pour racheter la mort de l'un d'entre eux, tué de sa main en essayant de pénétrer chez elle. Mais elle refuse le frère de Tatsuhei réputé pour son haleine fétide. Celui-ci, qui se contentait d'une chienne, se met dans une telle colère que son frère lui promet une nuit avec une femme. Sa propre épouse fait les frais du marché. En transmettant à celle-ci son savoir de femme pour lui succéder, Norin le lui interdit. Finalement Tatsuhei trouve une volontaire.
   Pour le vol de quelques sacs de patates, toute une famille doit être mise à mort par les villageois. L'épouse du deuxième fils de Norin appartient à cette famille. Le jour fixé pour le massacre, Norin donne des patates à sa belle-fille à porter chez les siens en l'autorisant à s'occuper d'eux, afin qu'elle n'échappe pas à la sentence. La maison est encerclée, tous sont emprisonnés dans des filets, jetés dans une fosse et enterrés vifs.

   Les grands thèmes de l'existence, amour, naissance, vie et mort sont traités sur un laps d'un an, inauguré sous la neige et se terminant de même, comme un cycle en concentré. Des inserts de copulation d'insectes insistent métaphoriquement sur la reproduction, en liant intensément le cycle de vie de la nature environnante avec celui des personnages dont la vie érotique est largement décrite.
   Archaïsme, communion avec la nature et avec les forces spirituelles composent un univers panthéiste. Mais filmé avec les moyens les plus classiques, sans aucun sens du pouvoir de la pellicule à traduire la présence de l'invisible. Une musique de fosse surcommente l'intrigue, à l'exception de la séquence de la montagne : trop tard pour la contemplation, qui est indivisible.
   Pas un instant dans cet épisode au thème aussi fort par lui-même n'affleure le sens du sacré. La mère en prière couverte de neige semble poser banalement. Le visage ni le corps n'expriment la moindre émotion, en raison notamment d'un système de cadrage abstrait où sévit la centration frontale en plan large surchargé.
   Le succès européen de ce film est à mettre au compte de l'exotisme sur fond de méconnaissance du grand cinéma japonais. 25/05/04
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De l'eau tiède sous un pont rouge (Akai hashi no shita no nurui mizu) Jap. VO 2001 129' ; R. S. Imamura ; Sc. Motofumi Tomikawa, Daisuke Tengan, Shohei Imamura ; Ph. Shigeru Komatsubara ; Mont. Hajime Okayasu ; M. Shinichiro Ikebe ; Pr. Nikkatsu Corporation ; Int. Misa Shimizu (Saeko), Koji Yakusho (Yosuke).

   Habitant avec sa grand-mère une vaste maison de bois semblable à un moulin, Saeko émet par orgasme des geysers d'une eau accumulée durant l'abstinence, qui entraîne des pèches miraculeuses en grossissant la rivière en contrebas. Le chômeur Yosuke a quitté sa famille dans la capitale et débarque, mandaté par un feu vieux philosophe un peu clochard pour s'emparer d'un Bouddha en or massif dissimulé dans un vase. Saturée d'eau, Saeko se donne à lui avec fougue.
   Yosuke qui est engagé comme pécheur en haute mer accourt en vitesse au signal lumineux d'urgence du miroir de Saeko, dépassant même à chaque fois un marathonien noir à l'entraînement. L'intense activité sexuelle tarit l'eau en excès. Mais un proxénète désire exploiter cette curiosité érotique. Il s'ensuit une crise qui déclenche la déclaration d'amour, dont le bouddha inexistant était la métaphore. "Il n'y a que de l'eau dans ce vase dit à juste titre la grand'mère".

   Bel éloge de la passion amoureuse sur la base d'une figure de la fécondité, et traité sur le mode mythique par des procédés de déréalisation tels la musique burlesque, l'abus du zoom, la symbolisation du décor : la vénérable maison de bois pleine de vie passée et future, la rivière féminine enjambée par le pont rouge masculin, le trio de pécheurs éternellement posté au pied de la maison, le vieux sage, les adjuvants et opposants traditionnels du conte.
   Mais à force de décoller du réel, le film manque la profondeur tragique qui donnerait à l'œuvre sa portée humaine véritable. 28/11/01
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Otar IOSSELIANI
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Et la lumière fut Fr.-Géorgie 1989 100' ; R., Sc. O. Iosselani ; Ph. Robert Alazraki ; M. Nicolas Zourabichvili ; Mont. O. Iosselani, Ursula Weste et Marie-Agnès Blum ; Déc. Yves Brouer ; Son. Alix Comte et Elvire Lerner ; Mont.-Son Elvire L'Hôte ; Cost. Charlotte David ; Pr. Alain Queffelean ; Int. Sigalon Sagna, Saly Badji, Benta Cissé, Marie-Christine Diemme, Fatou Seydi, Alpha Sane, Souleimane Sagna, Marie-Solange Badiane, Moussa Sagna, Oussmane Vieux Sagna, Salif Kambo Sagna, Fatou Mounko Sagna, Oswaldo Olivera, Bouba Sagna et la contribution du village de Djiginoum.

   Fable philosophique sur les bienfaits de la civilisation industrielle. La vie d'une tribu africaine dans un lieu paradisiaque à l'ombre d'arbres géants, au bord d'une rivière et en bonne intelligence avec les crocodiles qui servent parfois de monture, se déroule sous nos yeux sans autre commentaire que quelques rares cartons presque superflus. En langue vernaculaire, conflits familiaux et rituels régulateurs côtoient naturellement la magie ressuscitant un décapité ou commandant aux éléments.
   Les rôles sociaux sont délicieusement inversés : femmes belliqueuses et armées, hommes réduits aux tâches domestiques. Mais on ne prête nulle attention aux camions qui traversent le village chargés d'énormes grumes. Un jour, alors qu'un homme part à la recherche de son épouse embarquée avec ses quatre enfants par un bûcheron, les "déforesteurs" marquent à la peinture blanche un arbre du village. Petit à petit les huttes se trouvent directement sous le soleil et la tribu émigre. Au retour du cocu avec sa famille, il ne reste que des débris calcinés et des souches tronquées sur un terrain stérile. Au finale, sur un air ironique, les statues des dieux tutélaires sont alignées pour être vendues au marché.

   La performance filmique réside dans l'utopie faussement ethnographique qui évite le truchement du dialogue véhiculaire et construit peu à peu avec humour et presque sans musique de fosse l'image sensible d'un groupe social imaginaire. Le tragique de l'épilogue n'en éclate que mieux.
   Mais d'un point de vue strictement éthique
(1), on peut regretter le manichéisme pernicieux identifiant par sympathie le spectateur aux victimes, et non aux bourreaux qui sont pourtant de son bord à lui. N'y a-t-il pas, en quelque sorte, mensonge par omission à ne pas montrer que les dommages profonds menant à terme à la destruction totale du monde non aligné, est en raison directe du confort matériel dont nous jouissons, nous, Occidentaux ? 17/08/01 Retour titres Sommaire

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Juzo ITAMI
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Tampopo Jap. VO couleurs 1986 110' ; R., Sc. J. Itami ; Ph. Ykio Inoue; M. Kunihiko Murai ; Pr. Itami ; Int. Nobuko Myamoto (Tampopo), Tsutomu Yamazaki (Goro), Ken Watanabe (Gan), Rikiya Yasuoka (Pisken).

   Portant stetson, foulard de cou et chemise à carreaux, le routier Gan entend aider Tampopo, jeune veuve mère d'un garçonnet, à faire de sa gargote de faubourg à Tokyo le cinq étoiles de la nouille. Il y entraîne, son équipier de route, un vieux maître ès nouilles, un architecte d'intérieur et un cuisinier de millionnaire. Des relations platoniques tendres s'instaurent entre la restauratrice et son sauveur qui cependant part au volant de son camion vers son destin, lonesome cow-boy aux mille chevaux.

   S'inscrivant réalistement dans les faubourgs de la cité sillonnée de maints rails et routes et scintillant de mille lumières la nuit, le récit est entrecoupé d'épisodes indépendants en rapport avec la gastronomie : des hommes d'affaires dans un restaurant français sont ridiculisés par un subalterne connaisseur, des jeunes femmes prennent une leçon de manières de table, un truand et sa maîtresse inventent des rapports érotiques par le truchement de la nourriture, une mère de famille surmontant son agonie prépare un dernier repas avant de tomber sans vie, une étrange vieille gâte furtivement les aliments d'une supérette en les malaxant etc., et, cerise sur le gâteau, un bébé au sein tète durant tout le générique de fin.
   Ces épisodes s'inspirent d'autant de genres s'ajoutant au western : thriller, érotique, etc. En fosse, la musique hollywoodienne sursignifiante et le répertoire de musique classique trop sérieuse, constituent un accompagnement ironique. De véritables gros plans documentaires dispensent en même temps une leçon de cuisine.
   Les effets symboliques
(1) sont volontairement rudimentaires. Le bruit de circulation hors champ, loin de rendre compte du trafic, presque nul à cet endroit, souligne plaisamment les moments forts. On se réjouit d'une liberté de ton tenant surtout aux jeux parodiques fortement animés par le système des enchâssements narratifs.
   D
ivertissement sans prétention pour connaisseurs. 18/08/01 Retour titres Sommaire

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Agnès JAOUI
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Le Goût des autres Fr. 2000 105' ; R. A. Jaoui ; Sc. A. Jaoui, Jean-Pierre Bacri ; Ph. Laurent Dailland ; M. Jean-Charles Jarrel ; Int. Anne Alvaro (Clara), Jean-Pierre Bacri (M. Castella), Brigitte Castillon (Béatrice Castella), Alain Chabat (Deschamps), Agnès Jaoui (Manie), Gérard Lanvin (Moreno).

   Contraint d'assister à la représentation théâtrale de Bérénice, l'industriel Castella s'éprend de Clara, comédienne en laquelle il reconnaît le professeur particulier d'anglais qu'il avait traité un peu cavalièrement auparavant. Véritable beauf' à moustaches, toujours encadré de son garde du corps Moreno et de son chauffeur Deschamps, l'amoureux transi est l'époux d'une décoratrice aux goûts mièvres appelée Béatrice.
   Néanmoins, après avoir d'abord infligé le spectacle de son inculture à la troupe de théâtre qui ne manque pas de le ridiculiser, il va prendre des cours d'anglais - dédiant à son prof un poème d'amour dans la langue de Shakespeare -, puis se passionner pour
Bérénice et s'intéresser à la peinture abstraite d'un des comédiens. Entre-temps, après une brève aventure avec Deschamps que plaque sa fiancée en stage aux USA, Manie, patronne du café favori des comédiens et amie de Clara, s'amourache de Moreno.
   Castella cependant rase sa moustache, prend de l'assurance, commande au peintre une fresque pour son usine, se donne le luxe de l'indifférence avec Clara qui avait repoussé ses avances mais se trouve mortifiée, et avant de quitter sa femme lui impose un tableau abstrait dans le décor bonbonnière du salon. Du coup il se fait désirer et survient au bon moment pour s'assurer que ses sentiments pour Clara sont partagés. Quant à Moreno, il ne souhaite pas prolonger la relation avec Manie. Ainsi, renversement et victoire du perdant, que mettent en perspective les fiascos environnants, d'autant qu'une complicité loufoque semble un moment s'instaurer entre les trois hommes en crise sentimentale.

   Fine comédie tressant habilement des brins épars en une seule action, nourrie d'un humour subtil, progressant par touches imperceptibles avec une sobriété d'images et de fosse salutaire, et porteuse d'une saine leçon morale. On pourrait regretter le jeu naturaliste des acteurs : comme si le naturel reconstitué pouvait être naturel !
   Mais ce n'est pas le propos. Il ne s'agit pas de faire avancer le cinéma mais de le mettre au service d'une forme moderne de la comédie. 15/11/02
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Eugenie JANSEN
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Terre d'asile (Tussenland/Sleeping Rough) NL VO 2002 65' ; R. E. Jansen ; Sc. Helena van der Meulen ; Ph. Adri Schrover ; M. Marcel Werckx ; Pr. Wilant Boekelman, Janvan der Zanden/Waterland Film & TV ; Int. John Kon Kelei (Majok), Jan Munter (Jakob), Willen Smit (Koos).

   Jakob, veuf octogénaire fâché avec tout le monde fait le vide autour de soi. Le jeune Soudanais Majok se plaît à errer tout le jour dans les champs en bonne intelligence avec les vaches avant de s'endormir le soir enroulé dans une couverture sur le banc du jardin de Jakob. Ce dernier d'abord le chasse à coup de cailloux comme il l'a fait précédemment pour un chat puis soudain, se souvenant avoir servi en Indonésie un demi-siècle auparavant dans des conditions difficiles, s'émeut pour l'immigrant. Il lui offre d'abord le thé puis le petit déjeuner et finit par l'admettre chez lui. Il le renvoie bien une fois à cause des questions indiscrètes sur sa vie privée, mais en fin de compte, l'amitié l'emporte.

   Le ton est donné dès le départ par les gros plans de l'araignée et des escargots : ils suggèrent un patient tissage affectif vers un apaisement comparable à la muette présence animale.
   L'intense attention mise à tirer des brins d'effet de réalité dissimule le délicat fil rouge intriqué dans la trame d'un récit d'apparence documentaire. Ainsi, tandis que le regard tantôt prend ses distances, tantôt s'immerge dans la chair de l'action, ou bien l'un et l'autre à la fois quand les premiers plans se combinent aux arrière-plans, que l'ouïe mesure l'espace sonore depuis l'intimité du souffle animal jusqu'à la résonance d'un contexte élargi, une secrète logique conduit les actions.
   Le montage alterné confronte deux drames intimes. Jakob est odieux parce qu'il se sent seul, abandonné par sa fille émigrée tout en refoulant la cause de son malaise. C'est pourquoi, quand Majok se montre trop curieux sur sa vie intime, il l'expulse. Au fond le Néerlandais est un émigré à l'envers, il se crée une solitude comme telle, mais positive puisqu'il rejette les trompeuses sollicitations amicales ou communautaires : les commémorations des anciens combattants sont formalistes, les voisins sont antipathiques et son fidèle copain Koos est xénophobe sinon raciste.
   De même Majok s'est choisi une forme d'errance pour fuir la glaçante rationalité du centre d'hébergement, qu'aggrave le manque de solidarité des immigrés africains. Il semble que les vaches seules soient aptes à lui communiquer un peu de chaleur affective. Le bestiaire dans lequel s'inscrit Majok témoigne paradoxalement de l'humanité. D'abord le chat qui fréquente le même banc et subit le même traitement que lui puis les vaches, qu'il cajole en chantant des mélopées rituelles. Il a donc quelque chose à donner contre l'hospitalité de Jakob : la structure affective. Le vieil ermite brise alors son cocon et retrouve le plaisir de communiquer avec sa fille.
   Ce qui distingue ce film en définitive est un regard féminin empreint d'amour, qui nous sensibilise à la fragilité de la vie affective en tant qu'elle est dépendante du lien social. 16/01/04
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Derek JARMAN
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Edward II GB VO couleurs 1991 90' ; R. D. Jarman ; Sc. D. Jarman, Stephen McBride, Ken Butler, d'après Christopher Marlowe ; Ph. Ian Wilson ; Int. Steven Waddington (Edward II), Andrew Tiernan (Gaveston), Tilda Swinton (Isabelle), Nigel Terry (Mortimer).

   La reine, les pairs et l'armée s'associent pour destituer le roi homosexuel et éliminer son mignon.

   La cause homosexuelle est doublement défendue par l'accent mis sur le tragique des amours marginales et une esthétique qu'on pourrait qualifier de kitsch gay : transposition de l'intrigue à l'époque moderne, stylisation à outrance du décor, effets d'éclairages, mimiques accentuées et intervention d'inserts chorégraphiques (rappelons que Jarman est aussi décorateur).
   Cette séduction facilite l'approche de l'art dramatique de Marlowe sans rien apporter de neuf au cinéma. 4/09/01
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Jim JARMUSH
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Permanent Vacation USA VO couleurs 1980 75' ; R., Sc., M., Pr., J. Jarmush ; Int. Chris Parker (Aloysius Parker dit Allie, le vagabond), Leila Gastil, John Lurie (le saxophoniste de rue), Chris Hameon, Sara Driver.

   Film de fin d'études tourné en dix jours, sous la direction d'un véritable homme-orchestre, responsable également d'une composition musicale inspirée des gamelans javanais, alternant audacieusement avec le jazz parkérien, comme la ville de New York avec d'autres temps et d'autres lieux parcourus ou imaginés par Aloysius Parker.

   Comment fut bombardée la maison maternelle toujours dressée dans un terrain vague où Allie rassure un jeune homme qui croit essuyer une attaque aérienne ? Les Chinois en sont responsables selon le natif du lieu, qui rend visite à sa mère à l'asile. Celle-ci ne le reconnaît qu'en tant qu'ayant indûment pris ses yeux de la tête de son père.
   Allie erre dans la ville à demi ruinée où il croise une rare faune comme lui décalée, avec laquelle s'échangent des mots sibyllins. Il vole une voiture qu'il revend puis, avant de s'embarquer pour la France, croise un Parisien qui ayant fait le parcours inverse lui assure que Paris sera sa Babylone. Au générique de fin filmé de la poupe, on voit s'éloigner Ellis Island tandis que le sillage écumeux s'allonge en profondeur de champ.

   Le physique d'Aloysius, incarné par un vrai vagabond adolescent, est lui-même indéchiffrable : rocker démodé aux membres et à la nuque déliés, dont la danse improvisée sur du jazz et filmée avec amour au plus près du corps, ne se rattache à aucune figure connue.
   L'essentiel est dans la profonde intuition d'une singularité corporelle en mouvement, à la fois prisonnière d'une condition et généreuse en ressources. Allie a essuyé tous les avatars de la déshérence : l'indifférence psychotique de sa mère, une coexistence pacifique avec Leila dans un squat, une longue rêverie sur une terrasse d'où il croit apercevoir en contrebas une voiture surannée mais rutilante vue en rêve, tout cela en longs plans-séquences que les rythmes musicaux marqués par des résonances de cloches assourdies scandent comme des chocs intérieurs.
   Non qu'il s'agisse d'endurer une épreuve initiatique, mais plutôt de se dépêtrer de la gangue indistincte formée de toutes les manifestations d'une matière en gestation, ayant provisoirement la forme d'une grosse pomme.
Voilà un vrai film alternatif. On peut douter que Jarmush en ait, depuis, tenu les promesses. 26/02/03
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Dead Man USA VO N&B 1995 134' ; R., Sc. J. Jarmush ; Ph. Robby Muller ; M. Neil Young ; Mont. Jay Rabinowitz ; Pr. Demetra J. MacBride, Paul F. Mayerson ; Int. Johnny Depp (William Blake), Robert Mitchum (John Kickinson), Gary Farmer (Nobody), Lance Henriksen (Cole Wilson), Iggy Pop (Salvatore "Sally Jenko), John Hurt (John Scholfields).

   Long cheminement de quête initiatique du héros (Johnny Depp) guidé par un indien massif à la fois énergique et rond.

   Venant par fer de Cleveland dans un costume naïf à grands carreaux, William Blake débarque dans une ville de l'Ouest de la fin du XIXe siècle pour un poste de comptable promis, qu'un brutal patron à carabine (R. Mitchum : Galerie des Bobines) lui refuse.
   On l'accuse d'un double meurtre dont il est innocent mais il est lui-même grièvement atteint. Il sera soigné par Nobody, l'Indien qui le tient pour le grand poète William Blake et va le guider à travers les forêts sauvages jusqu'à l'océan où, mourant des effets d'une autre balle de tueur à gages, il est lancé dans un canoë sur la mer, après avoir abattu quantité de poursuivants.

   Courtes séquences séparées par des fermetures au noir et ponctuées magnifiquement d'accords plaqués métalliques de guitare sèche (belle musique de Neil Young).
   Grande sagesse de Nobody qui débite de jolies maximes indiennes et applique sur la plaie de William des remèdes de sorcier en scandant des litanies.
   Bref, la patte de Jarmush (les séquences et la guitare), mais pas du meilleur... 19/09/99
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Ghost Dog. The Way of the Samouraï USA VO 1999 116'
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Broken Flowers USA VO 2005 105' R. J. Jarmush
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Henri JEANSON
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Lady Paname Fr. N&B 1950 106' ; R., Sc. Dial. H. Jeanson ; Ph. Robert Lefèvre ; Déc. Jean d'Eaubonne ; M. Georges Van Parys ; Pr. Michel Safra ; Int. Louis Jouvet (Bagnolet), Suzy Delair (Caprice), Henri Guisol (Jeff), Raymond Souplex (Marval), Henri Crémieux (Milson), Jane Marken (Mme Gambier), Germaine Montero (Mary-Flor), Odette Laure (la grue).

   1925. Chanteuse au chômage, Caprice est engagée à l'Olympia à la faveur d'une défection. Le compositeur Jeff avec qui elle s'est toujours chamaillée lui concède les droits d'une chanson portant malheur selon le chanteur Marval, qui la retire de son répertoire. Contre toute attente, c'est un grand succès. Caprice est consacrée par le public avec le titre de Lady Paname.
   Le vieux routier de la scène Marval connaît en revanche tous les malheurs : le destin a changé de cap. La nouvelle étoile tombe dans les bras de Jeff qu'elle a toujours aimé, mais qui la plaque aussitôt. Son ami Bagnolet (Louis Jouvet : Galerie des Bobines), philosophe, photographe et anarchiste, la sauve du suicide avec l'aide de Jeff qui finalement lui revient.

   Spectacle joyeux, animé par la gouaille et la verve de Jeanson ("si je suis la claque, vous êtes la joue !"). Rien de plus qu'un merveilleux dialogue relevé par la jouissance évidente des acteurs se prenant au jeu, avec d'heureux effets naturalistes dans les milieux reconstitués du faubourg Saint-Martin et au Music-hall où Marval-Souplex nous régale d'une imitation de chanteur de charme début de siècle. 27/02/02 Retour titres Sommaire

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Jean-Pierre JEUNET
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Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain Fr. 2000 116'
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Pierre JOLIVET
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Fred Fr. 1997 couleurs 80' ; R., Sc. P. Jolivet ; Ph. Patrick Blossier ; M. Serge Perathoner, Jannick Top ; Int. Vincent Lindon (Fred), Clotilde Courau (Lisa), François Berléand (l'inspecteur Barrère), Stéphane Jobert (Michel), Roschdy Zem (Nouchi), Laura Favali (Jeanne).

   L'usine fermée, Fred et son pote Michel sont à la dérive, ce dernier se livrant à un mystérieux trafic en camion, auquel il mêle un peu Fred. Deux zigotos dans un fourgon bleu lui tournent autour. Dans l'usine désaffectée ils s'attaquent à Fred et à un copain, qui est tué. Fred qui sortait de garde à vue pour s'être bagarré avec le défunt devient le suspect numéro un. Il se cache avec l'aide de sa copine qui, faisant confiance à Barrère, persuade Fred de s'expliquer chez lui. Ensemble ils vont enquêter à l'usine où le flic est abattu. Fred s'enfuit avec Michel qui meurt dans le camion.

   Thriller social pas trop fatigant dans le genre beauf' à rouflaquettes et coups de gueule, au chômage, cuvant sa bière, copain d'abord, jouant des poings, baisant pour faire monter la fréquentation des salles, pris dans une fatalité psychologique et sociale à point nommé pour basculer dans le monde du crime. Malgré quelques idées intéressantes comme les cyclistes régulièrement croisés en une inquiétante coïncidence, voire la mort inutile du flic sympathique, ça reste banal, pas seulement à cause des clichés sur ce "monde de merde" mais surtout parce que joué faux et truffé de recettes de feuilleton à frisson : accompagnement en contrebasse pincée, cadrage signalétique intelligent faussement offert à la déduction, réalisme social, police au-dessus de tout soupçon, niveau de mystère optimal maintenu, zeste d'érotisme.
   A consommer comme un demi-pression au bar. 10/08/01
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Dimitryi KABAKOV
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Seule (Odna) pseudo documentaire (VGIK) Rus. VO 1999 couleurs et N&B 45' ; R. D. Kabakov ; Ph. D. Kabakov, Sergeï Zezulkov ; Son Eugeniy Kakimskiy ; Mont. Olga Chekalina ; Pr. D. Kabakov.

   Construction impeccable et glacée mêlant habilement l'Histoire (séquences d'archive et informations documentaires sur Moscou) et la biographie.

   Petite vieille amie des chiens errants, écrasée par l'histoire, censément pathétique à traîner (travelling d'accompagnement parfois volontairement décalé), courbée à petits pas, un caddie faible et grinçant à travers un monde qui va son formidable train.

   Aussi pittoresque que le monde est esthétisé par l'image et la musique (influence possible de Péléchian). Par conséquent le film qui était censé nous émouvoir n'atteint pas son but. En fin de compte, ne subsiste pas même le sentiment de l'avoir connue. Forte résistance au symbolique(1) qui pourrait éveiller la sensibilité. 2/11/99 Retour titres Sommaire

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Cédric KAHN
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L'Ennui Fr. 1998 120' ; R. C. Kahn ; Sc. C. Kahn et Laurence Ferreira Barbosa d'après Moravia ; Ph. Pascal Marti ; Int. Charles Berling (Martin), Sophie Guillemin (Cécilia), Arielle Dombasle (Sophie), Robert Kramer (Meyers).

   Abstinent volontaire de longue date en vue de se sublimer dans un livre, le professeur de philosophie Martin "s'ennuie", au sens de se trouver dans un état de vacance nauséeuse et décadrée. Il fait la connaissance de Cécilia, modèle et maîtresse d'un peintre rencontré un soir puis décédé brusquement après lui avoir, pour un service rendu, confié un nu représentant la jeune femme.
   Elle ne cache pas trouver le philosophe à son goût. Il la prend avec indifférence puis, bientôt tenaillé d'une jalousie morbide, de plus en plus frénétiquement. C'est une fille de dix-sept ans au physique maillolien dont l'être est massivement dédié à Vénus sans état d'âme. On n'a donc aucune prise sur elle, et Martin ne possédant littéralement rien de sa personne au moral comme au physique, est condamné à vérifier indéfiniment sa qualité existentielle d'amant par des unions furieuses et répétées. Pour la détourner d'un rival consommé parallèlement avec une placidité gourmande, il lui offre main et fortune. Elle décline et se contente d'un emprunt de trois mille francs pour financer des vacances avec l'autre. Il offre le double, puis va s'encastrer dans un arbre en se faisant sucer par une professionnelle. Au finale, le séjour à l'hôpital semble lui avoir rendu les esprits.

   Le film est conduit de façon à accompagner le rythme accelerando d'une passion autodestructrice, avec une distance propre à pointer l'excès d'un pathétique inclinant au burlesque, sans jamais y tomber tout à fait. C'est ce genre de confusion des catégories qui est le critère de la poésie lorsqu'elle a une cause structurelle, ce qui n'est pas vraiment le cas, s'agît-il d'un des meilleurs films français de ces dix dernières années. 4/07/02 Retour titres Sommaire

Roberto Succo Fr.-Sui couleurs 2000 124' ; R., Sc. C. Kahn, d'après Je te tue, histoire vraie de Roberto Succo de Pascale Froment ; Ph. Pascal Marti ; Mont. Yann Dedet ; M. Julien Civange ; Int. Stefano Cassetti (André, Kurt, Roberto), Isild Le Besco (Léa), Patrick Dell'Isola (Thomas, l'officier de police), Viviana Alberti (l'institutrice).

   En vacances à Toulon, la lycéenne Léa est séduite par un garçon à l'accent italien, sans prendre garde à ses bizarreries : il change souvent de voiture et se donne pour le meurtrier de ses propres parents. Les vacances terminées, il continue régulièrement à venir la voir chez elle en Savoie. Entre-temps des enlèvements, des disparitions des vols de voitures et des crimes mettent en émoi la police de la région qui mène une minutieuse enquête. Responsable : Kurt ou André alias Roberto Succo, que Léa finit par plaquer.
   L'étau se resserre autour du criminel qui prend en otage une institutrice forcée de le conduire et de partager sa cavale à travers la Suisse. Ils brûlent des barrages jusqu'à ce que la conductrice se laisse tomber de la voiture en marche. Elle est sauve mais Roberto a réussi à échapper aux poursuivants. Léa et sa mère doivent se cacher. Il est arrêté finalement en Italie où il se suicidera dans sa cellule.

   Avec le thème du tueur psychopathe, en outre tiré d'un fait divers, il est difficile d'échapper au prestige médiatique de la machine à frissons. D'un côté Kahn y parvient par le parti pris de sobriété et de détachement. Non seulement aucune complaisance sanguinaire, mais surtout nul jugement ne vient s'interposer pour embrigader le spectateur, ce qui confère une certaine étrangeté aux événements.
   On se demande pourquoi ces trois filles, qui ont vu Succo abattre un homme dans un parking, acceptent ensuite de monter dans sa voiture. En soulignant que le comportement humain ne correspond jamais aux attentes, l'auteur affirme avec raison que l'invraisemblance est toujours moins fausse que la vraisemblance. Se demander pourquoi l'amour de Léa n'est pas affecté par l'aveu du parricide est vain. Sa réponse évasive aux policiers indique qu'elle ne le sait pas vraiment elle-même.
   Le filmage de l'enquête semble s'inspirer de la technique documentaire, mais c'est faux. Le documentaire est toujours guidé par une logique de l'exposé. Ici les images totalement constatives confinent à l'indécence parce que, ni par le montage, ni par le cadrage, ni par le tempo, elles ne sont calculées pour plaire. Du coup elles intriguent, ce qui est nettement plus intéressant. D'un autre côté le film n'échappe pas au genre qui l'inspire. On ne peut faire qu'il ne bénéficie toujours-déjà de la fascination publique pour le serial-killer fou.
   La photo n'élimine pas toute complaisance pour le regard halluciné de l'acteur. Surtout, à force de constat et de suspens, ne restent que les faits, ce qui nous ramène automatiquement au mythe, puisque rien d'autre n'est proposé. Avoir un sens aussi poussé du véritable enjeu artistique
(1) du cinéma, et le mettre avec tout le soin possible au service d'un projet aussi pauvre, c'est du gâchis, sauf à le considérer comme une étape dans une carrière qui s'annonce peu ordinaire pour autant que Cédric Kahn s'en donne vraiment les moyens. 26/05/03 Retour titres Sommaire

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Mikhail KALATOZOV
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Quand passent les cigognes Titre original : Quand passent les grues (Letjat žuravly) URSS VO N&B 1957 95'
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Phil KARLSON
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Les Reines du music-hall (Ladies of the Chorus) USA VO N&B 1948 58' ; R. P. Karlson ; Sc. Harry Sauber et Joseph Caroles ; Ph. Frank Redman ; M. F. Karger ; Int. Marilyn Monroe (Peggy), Adele Jergens (Mae), Rand Brooks (Randy Carroll), Nana Bryant (Mrs. Carroll), Eddy Garr (Billy).

   La vedette d'une revue de music-hall ayant démissionné, la danseuse confirmée Mae Martin accepte de la remplacer mais c'est sa propre fille Peggy, simple danseuse également qu'elle substitue à elle-même. Celle-ci remporte un franc succès. Randy Carroll, riche admirateur qui la couvre d'orchidées, demande sa main. Mae est sceptique pour avoir elle-même essuyé le mépris de la famille huppée du père de Peggy, qui en fit annuler le mariage. Randy convainc sa mère d'inviter Peggy et Mae sans avoir le courage de dévoiler leur situation.
   Sorte de bon génie familier, l'ancien membre de la revue, Billy, dit oncle Billy, qui fut amoureux de Mae en secret, débarque. Le scandale éclate à la réception des fiançailles quand Peggy Martin est reconnue par les musiciens de l'orchestre. Mais renversement de situation, avec la complicité de Billy, Mrs. Carroll chante accompagnée de l'orchestre, puis prétend avoir été du métier.

   Alléché par le premier grand rôle de Marilyn dans une plaisante ambiance de comédie musicale assez médiocre, on peut être tenté de se laisser séduire par tant de bons sentiments. 6/09/01 Retour titres Sommaire

On ne joue pas avec le crime (Five Against the House) USA VO N&B 1955 84' ; R. P. Karlson ; Sc. Sterling Silliphant, d'après Jack Finney ; Ph. Leslie White ; M. George Duning ; Pr. Columbia ; Int. Guy Madison (Al Mercer), Kim Novak (Kay Greylek), Brian Keith (Brick), William Conrad (Erich Berg).

   Stimulé par la réputation de lieu impossible à braquer d'un casino de Reno, l'étudiant William décide de relever le défi avec deux camarades. Un quatrième, Al avec Kay sa fiancée, est invité à les accompagner opportunément pour se marier à Reno, sans être mis au courant car trop honnête, mais on entend l'impliquer malgré lui. Ayant compris cependant il tente de mettre les autres à la raison. Cependant, Brick, qui s'avère relever de la psychiatrie, les force, muni d'un revolver, à aller jusqu'au bout. En fin de compte, grâce à Kay qui prévient la police et à son fiancé qui sait le prendre par les sentiments, il est arrêté en tant que fou, les autres n'étant pas inquiétés.

   Acteurs bien dirigés et tournage en extérieurs jouent en faveur de la crédibilité, de même que l'enjeu initial, un défi relevant du canular d'étudiant tout en étant fort risqué, ainsi que l'aspect ingénieux de la conception du braquage constituent des valeurs dramatiques fortes. Mais le recours à la folie est une solution de facilité. Quand on ne trouve pas de voie de résolution narrative, le thème de la folie en tant qu'il échappe aux contraintes logiques fournit toujours une solution de rechange. Tout devient possible. Il y a inflation des solutions de continuité. Sa valeur dramatique est des plus faibles. Une autre faiblesse à cet égard est le recours aux ressources héroïques engendrant l'inévitable morceau de bravoure : Al parvenant à faire craquer son copain le fou par des paroles tout en faisant face malgré le revolver.
   Ce film est exemplaire, à son détriment, de l'importance du récit, qui est proprement médiation du texte, au sens de jeu de rapports sous-jacents constituant la force filmique, bien qu'il n'y ait rien d'autre ici qu'un récit. Importance en ceci que toute déperdition d'intensité dramatique décourage l'investissement sensoriel qui donne accès au dit texte. 24/07/2012
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Mathieu KASSOVITZ
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Métisse Fr.-Bel. 1993 94' ; R., Sc. M. Kassovitz ; Ph. Pierre Aïm ; M. Marie Daulne, Jean-Louis Daulne ; Pr. Christophe Rossignon ; Int. Julie Mauduech (Lola), Mathieu Kassovitz (Félix), Hubert Koundé (Jamal), Vincent Cassel.

   Démonstration en règle de la contradiction absolue entre l'amour et les représentations sociales : hiérarchie économique et ethnique, exclusivisme monogamique. Tout repose sur une situation prenant à rebrousse-poil par dérision les préjugés qui confèrent à notre société son visage le plus antipathique.

   La métisse Lola aime deux hommes, Jamal, Noir musulman fils d'ambassadeur et Félix, coursier juif. Elle les convoque pour leur annoncer qu'elle est enceinte. Les deux hommes, qui ne se connaissent pas, se déclarent la guerre. Jamal vient s'installer chez Lola, mais les tests de paternité, qui ne sont toutefois pas fiables à cent pour cent, désignent l'autre. L'important cependant reste la mère et l'enfant. Cet impératif réconcilie les deux rivaux et l'on fait ménage à trois en laissant à la porte le spectateur, qui ne connaîtra pas la couleur de la progéniture.

   Sous une facture assez brouillonne bien que prometteuse (l'usage de la profondeur de champ de La Haine est déjà-là) et affligée d'épisodes d'un burlesque facile, l'intrigue a le mérite de poser des questions propres à notre temps en restant toutefois au niveau des symptômes. Inspirée des chants féminins africains, la musique de fosse remplit un rôle de contrepoint ironique "ethno-excentrique" et distanciateur. Le plus intéressant, qui sera repris avec bonheur dans La Haine, me paraît être, derrière la caricature sociale souvent très inspirée, le regard à la fois tendre et avisé porté sur le bouillonnement multiculturaliste, unique aspect humain de la mondialisation. 13/07/03 Retour titres Sommaire

La Haine N&B 1995 95'
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Les Rivières pourpres Fr. 2000 105' ; R. M. Kassovitz ; Sc. M. Kassovitz et Jean-Christophe Grangé, d'après le roman de ce dernier ; Ph. Thierry Arbogast ; Mont. Marilyn Monthieux ; M. Bruno Coulais ; Pr. Jérôme Chaloux, Alain Goldman ; Int. Jean Reno (Pierre Niémens), Vincent Cassel (Max Kerkerian), Nadia Farès (Fanny et Judith), Didier Flamand (le recteur), Dominique Sanda (Sœur Andrée), Jean-Pierre Cassel (Dr Bernard Chernezé), Karim Belkhadra (Capitaine Dehmane).

   Deux flics, un jeune loup et un vieux solitaire, qui se trouvent par hasard sur la même sanglante et occulte affaire et ne sont pas interprétés par hasard par des Gueules, vont nous faire le coup du duo de choc dans un splendide décor alpestre autour d'un lieu maléfique tapi dans un repli montueux que fréquentent les seules avalanches. C'est une université formant une société secrète sur une base eugéniste et ne recrutant que parmi ses propres descendants, toutefois génétiquement régénérés par des apports frais prélevés sur la robuste enfance montagnarde.
   Les meurtres cruels qui ont alerté la police semblent en rapport avec cette sinistre engeance. Les soupçons se portent sur une jeune étudiante alpiniste, qui s'avère être une fillette supposée morte vingt ans auparavant, et dont la tombe profanée est à l'origine de l'enquête du jeune Max. Mais la coupable est son versant diabolique sous les traits d'une sœur jumelle surgie
in extremis pour tuer Pierre Niémens, pourtant programmé héros victorieux du film.

   Le but de l'opération, est clair : un thriller américain 100% made in France. Tout est mis en œuvre pour en rythmer le déroulement par une suite de microtraumatismes : mouvements de caméra vertigineux par plongée, panoramiques en tous sens et travellings circulaires, brusques gros plan sonores et grondements de tonnerre, pour une fumeuse intrigue contrepointée musicalement en fosse par les figures sonores de la menace diffuse : simples agréments pour frissonner entre les mises en scène macabres témoignant d'une science de la torture rituelle.
   Le look américain consiste à fétichiser l'automobile, et à installer une ambiance sonore et visuelle grandiloquente de l'expectative angoissée, notamment par des réminiscences du fantastique hollywoodien. La touche française s'annonce par une citation de
La Haine : dans un décor de banlieue, des flics avisent des jeunes suspects dont Max. Mais surprise ! Ils viennent chercher leur supérieur Max Kerkerian, lieutenant de police et champion de kung fu (ce qui donnera lieu à quelque spectacle enlevé).
   Un côté vaudevillesque donc, caractérisant surtout, par ailleurs, des dialogues et une psychologie rudimentaires. En définitive la méthode est simple : cumuler des pincées de succès prélevées dans l'arsenal des poncifs de l'histoire du cinéma : caméra "virtuose", vibrations musicales, beaux paysages, Gueules, clichés psychologiques, vaudeville, horreur et même Kung Fu.
   Avec
La Haine, Kassovitz avait réussi un compromis intéressant entre la cause sociale et un certain créneau du marché. Il a tragiquement basculé du mauvais côté et ne s'en relèvera que par miracle. 24/11/01 Retour titres Sommaire

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Aki KAURISMÄKI
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J'ai engagé un tueur (I Hired a Contract Killer) 1990 80'
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Au loin s’en vont les nuages (Kauas pilvet karkaavat) Finl. VO 1996 96’ 
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L'Homme sans passé (Mies Vailla Menneisyyttä) Finl.-All.-Fr. VO 2002 92’
Commentaire

Les Lumières du faubourg (Laitakaupungin valot) Finl.-All.-Fr. VO 2006 78’ ; R., Sc. A. Kaurismäki ; Ph. Timo Selminen ; Son Jouko Lumme, Tero Malmberg ; Mont. A. Kaurismäki ; Déc. Markken Pätilä ; Cost. Outi Harjupatana ; Pr. Ikka Mertsola ; Int. Janne Hyytiänen (Korstinen), Maria Järvenhelmi (Mirja), Maria Heistkanen (Aila), Ikka Koivula (Lindström), Kati Outinen (la caissière).

   Vigile dans une société de bijouterie qui ressemble à une usine, Kostinen est la risée de ses camarades car différent, prenant l’amour au sérieux, refusant les aventures sans lendemain. Il est pourtant aveugle aux sentiments d’Aila, la marchande de frites. Le projet de fonder sa propre société l'aide à tenir, mais il faut emprunter ; le banquier lui rit au nez. Pour s'emparer des bijoux, la mafia du coin charge Mirja de le séduire afin de lui soutirer le code de la porte d’entrée. Le casse réussit. Kostinen arrêté refuse de vendre la jeune femme. On le libère faute de preuves. Mirja cependant dépose chez lui les pièces à conviction. Condamné à deux ans de prison, il reçoit une lettre d’Aila, qu'il déchire sans la lire. A sa libération, résidant en foyer, il fait la plonge dans un restaurant d’où le caïd le fait renvoyer. Une rageuse tentative de vengeance au couteau échoue. Kostinen est tabassé. Aila le sauve en allant le retrouver dans le coin où il se laissait mourir. Leurs mains se joignent.

   Tout en décalage, ce film tient sa valeur d'un remarquable travail rhétorique. Deux décors coexistent. La cité capitaliste avec ses immenses buildings de verre et ses produits technologiques dernier cri, fermée au monde des pauvres, en retard de quarante ans. Celui de Kostinen, mais également, paradoxalement, de la mafia, ce qui peut laisser entendre que c'est l'injustice économique et sociale qui sécrète le crime.
   La palette en forts contrastes de couleurs favorise cette dichotomie en déréalisant la diégèse. Des nuances de brique, toutefois, à la prison par exemple, introduisent de la chaleur dans laquelle se puise la force du geste ultime d'espérance. De même que les chansons démodées - toujours d'écran, non dogmatiques donc -, en forçant le pathos à outrance confinent à l'humour noir, qui mue le mortifère en santé de l'esprit. L'antithèse de la pureté et de la passivité dans le malheur de Kostinen, de plus, réclame un retournement qui se fait nécessaire à proportion du remplissage de la coupe d'amertume.
   Le niveau atteint, cependant, ne se mesure pas au moyen de pathétiques grimaces - l'inexpressivité des visages est de règle - mais par l'écho d'épisodes adventices, comme celui d'un premier tabassage subi par le protagoniste pour avoir voulu protester de la maltraitance d'un chien auprès du triumvirat de gros-bras d'allure fasciste lui tenant lieu de maître, autre forme d'hyperbole touchant à l'humour noir. Par un jeu qui permet le dépassement de la pesante causalité linéaire, ce chien contribue à l'apaisement final en passant aux mains d'un autre maître, le petit Noir témoin de son calvaire canin, qui, en compagnie de l'animal, guidera Aila jusqu'à l'épave humaine.
   J
eu sous-jacent, qui doit sa vigueur surtout à un récit économique à souhait, dont le caractère elliptique, en dégageant de l'ornière l'esprit, ouvre la voie de l'essentielle ubiquité filmique. 5/12/08 Retour titres Sommaire

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Naomi KAWASE
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Suzaku (Moe no Suzaku) Jap. VO couleurs 1997 95'
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Elia KAZAN
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Un tramway nommé désir (A Streetcar Named Desire) USA VO 1950 122'
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Sur les quais (On the Waterfront) USA N&B 1954 108'
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Baby Doll USA N&B 1956 114' ; R. E. Kazan ; Sc. Tennessee Williams, Elia Kazan, d'après T. Williams ; Ph. Boris Kaufman ; Déc. Richard Sylbert ; M. Kenyon Hopkins ; Pr. Elia Kazan ; Int. Carroll Baker ("Baby Doll", Meighan), Karl Malden (Archie Lee Meighan) et Eli Wallach (Silva Vaccaro).

   Propriétaire d'une grande baraque délabrée, Archie Lee Meighan présente Baby Doll, son épouse restée vierge, au Sicilien Silva Vaccaro qui la séduit et lui révèle sa féminité.

   Au début, mauvaise impression de scène et de jeu théâtraux, y compris par des réverbérations sonores de studio. La situation elle-même de ce mariage non consommé que fait voler en éclat une passion adultère a des relents de tragique intimiste newyorkais. La musique d'accompagnement enchaîne sur les moments forts en véritable intruse, de plus démodée. Mais l'extrême originalité du scénario le fait oublier d'abord, puis on pardonne tout à fait après certains grands moments filmiques.
   La maison est réputée hantée, mais le véritable fantastique réside dans le jeu, le cadrage et l'éclairage des acteurs. Carroll Baker est tour à tour enfant et femme sulfureuse. Eli Wallach surtout, patron sicilien dans son petit costume sombre de méchant cow-boy, fine moustache et yeux de braise, se montre constamment d'une indécidable ambiguïté (pléonasme assumé). Aime-t-il Baby Doll, où ne l'a-t-il séduite que pour le témoignage écrit contre l'époux suspecté incendiaire ? Les scènes de séduction en tout cas, entrecoupées de saynètes méphistophéliques, sont d'un érotisme à damner les commissions de censure paroissiale.
   La réalité socio-économique du Sud cotonnier avec son racisme ambiant (on voit quelque part le mot "colored") est transposée en atmosphère aussi trouble que la nuit constellée de flocons voltigeant est noire. Autant l'incendie fait jouir les Noirs, autant le cocu blanc provoque une hilarité qui fait briller, dans l'ombre des embrasures, dents et globes oculaires éclatants. Les fachos appelés par Archie menacent de surgir soudain du fond de la nuit pour corriger les amants. La violence du drame domestique éclate dans ces profondeurs de champ d'intérieurs débouchant par une porte ouverte sur la nuit agitée d'étoiles de coton tiède. La dernière scène, par un plan rapproché, montre l'air d'humanité profonde d'une femme qui, comprenant les avantages de la maturité, est prête à en accepter les souffrances.
   Un très beau film initiatique. 22/01/00
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Buster KEATON/Eddie CLINE
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La Maison démontable (One week) USA 1920 20' ; R., Sc. B. Keaton, Eddie Cline ; Ph. Elgin Lessley ; Pr. Joseph Schenck ; Int. Buster Keaton, Sybil Seely.

   Un jeune couple reçoit en cadeau de noces un terrain et une maison démontable, qu'ils assemblent de travers parce qu'un jaloux a falsifié les numéros d'ordre des pièces. Les anomalies de construction entraînent maintes mésaventures cocasses. Cependant ils se sont trompé de terrain et doivent déménager de l'autre côté de la voie ferrée. Bien entendu, mise sur rouleaux et tractée, la maison s'immobilise sur les rails au moment où un train arrive. La collision paraît inévitable puis au dernier moment le train passe sur l'autre voie. Alors qu'ils soupirent de soulagement, le "home sweet home" est pulvérisé par un train survenu dans l'autre sens.

   La maison présente toutes les caractéristiques de l'objet précognitif : espace discontinu ou débouchant sur le vide, plasticité, détournement de sens. Mais cela se complique en raison de la maladresse infantile des personnages ou de leur absence de sens moral. Le principe du burlesque keatonnien est là : une confrontation avec un monde rétif à la volonté humaine, induisant une conduite atypique loufoque quant aux moyens, efficace quant aux résultats. Mais on ne dépasse guère le stade de la farce. Le tragique qui fait le chef-d'œuvre burlesque ne viendra qu'avec les meilleurs longs métrages. 25/10/02 Retour titres Sommaire

Cops USA 1922 17' ; R., Sc. B. Keaton et E. Cline ; Pr. Joseph Schenk ; Int. B. Keaton (le jeune homme), Joe Roberts (le chef de la police), Virgina Fox (la jeune fille), E. F. Cline (le vagabond).

   La fiancée de Keaton déclare qu'elle ne l'épousera que homme d'affaires important. Il s'efforce de restituer à son propriétaire un portefeuille trouvé mais qui lui revient systématiquement, comme un boomerang. Finalement résigné à empocher les dollars, il achète à un malheureux expulsé tout son mobilier entassé sur le trottoir : en fait, un escroc qui a profité de l'inattention des vrais propriétaires occupés à l'intérieur. Le héros fait l'acquisition d'un cheval attelé à une charrette pour emporter ce qu'il croit être son bien, en vue de ses futures affaires.
   La famille cependant le prenant pour le déménageur l'aide à charger à son grand étonnement (à la faveur du muet, personne ne se comprend). Pendant le trajet il se trouve pris dans le grand défilé annuel de la police. Mais un terroriste jette une bombe qu'il intercepte pour allumer sa cigarette avant de réaliser le danger. Il l'abandonne alors au beau milieu du défilé où elle explose. Les flics indemnes mais furieux fondent sur lui. S'ensuit une course-poursuite comique par démesure : un individu chétif parvenant toujours, grâce à ses loufoqueries acrobatiques, à esquiver la horde en uniforme qui le talonne. Finalement il entraîne la terrible masse à ses trousses jusqu'à la caserne où il parvient à l'enfermer. Cependant, snobé par sa fiancée qui passe, il rouvre la porte et se livre à la vindicte policière.

   On se trouve dans un univers burlesque tournant autour de la police. Au début Keaton de face derrière des barreaux, écoute sa fiancée, l'arrière-plan étant bouché par un mur de brique comme ceux des prisons. Mais un contrechamp révèle qu'il s'agit d'un portail de propriété. Le propriétaire du portefeuille comme celui des meubles est un policier en civil.
   On peut distinguer plusieurs types de gags parfois combinés :
   - problème pratique réglé par détournement d'objet : un porte-manteau sur croisillons articulés, fixé au bâti de la charrette et emmanché d'un gant de boxe à l'autre extrémité, dont l'extensibilité permet d'indiquer les changements de direction ;
   - retournement au détriment des policiers : le gant de boxe assomme un policier qui règle la circulation ;
   - renversement de situation en raison d'un détail inopiné : Keaton s'échappe du coffre sans fond dans lequel l'enferme un policier ;
   -
solution acrobatique : poursuivi par la nuée sombre des flics en uniforme, il plonge entre les jambes de celui qui lui barre le chemin, etc.
   Gags portant tous la griffe inimitable de Keaton. Il incarne un personnage décalé, inventant incessamment sa propre culture pour surmonter son handicap. On peut regretter que le cinéma soit ici quasiment réduit à son rôle d'enregistrement. Tout en cadrages cognitifs, privilégiant le contenu informatif sans chercher à le décaler lui-même, et en plans fixes, à l'exception d'un ou deux travellings nécessaires pour accompagner l'attelage. 11/11/02
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Buster KEATON et Jack BLYSTONE
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Les Lois de l'hospitalité (Our Hospitality) USA 1923 7 bobines
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Buster KEATON/Donald CRISP
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La Croisière du Navigator (The Navigator) USA 1924 60'
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Buster KEATON
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Fiancées en folie (Seven Chances) USA 1925 55'
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Go West USA 1925 69' ; R. B. Keaton ; Sc. Raymond Cannon ; Ph. Elgin Lessley, Bert Haines ; Pr. Schenk/MGM ; Int. Howard Truesdale (le propriétaire du ranch), Kathleen Myers (sa fille), Ray Thompson (le contremaître), Brown Eyes (elle-même), Buster Keaton (Friendless).

   Le semi-clochard Friendless est engagé dans un ranch où il se révèle ignorant et maladroit au possible, ce qui n'empêche pas la fille du patron d'avoir un faible pour lui. Il se lie d'amitié tendre avec la génisse Brown Eyes, à la suite de services rendus réciproques : l'homme retire un caillou du sabot de la bête qui lui sauve la vie en coupant la route à un taureau qui le chargeait, etc. Ne produisant pas de lait cependant, le jeune animal doit être expédié avec mille autres têtes au dépôt du marché par le train avant d'être vendu. Comme Friendless s'y oppose, le patron le renvoie avec son salaire, qui ne correspond qu'à la moitié du prix de l'animal. La fille est prête à compléter, mais le quasi-zoophile s'est déjà embarqué dans le train avec sa mascotte.
   Parvenu à destination, il délivre sa chérie quadrupédique. Mais suivis de tout le troupeau, ils provoquent la panique dans la grande ville. Le père et la fille arrivent en voiture pour constater la disparition de leur bien. Pour leur épargner la ruine, Friendless entraîne les bovins au dépôt, grâce à un costume de diable rouge loué chez le fripier. Le fermier lui propose une récompense de son choix. A son grand scandale c'est sa fille que semble désigner du geste le petit cow-boy. En réalité il visait la génisse placée derrière. Ils retournent ensemble au ranch avec l'animal en voiture, ce qui installe définitivement l'intimité entre les deux jeunes gens.

   Tourné avec force plans larges, fixes presque toujours, en décors naturels bordés à l'arrière-plan d'une chaîne montagneuse, le film évoque bien la rude vie de l'Ouest aride et désertique. Galvanisé par la statue légendée "Go West" d'un président de l'époque héroïque pointant le doigt dans la bonne direction, et voyageant clandestinement en wagon de marchandises, Friendless n'a pourtant guère dépassé l'Etat d'Indiana. Cela donne le ton de dérision qui s'affirme surtout dans la façon dont le héros conquiert le cœur d'une belle, via l'idylle avec la génisse.
   Les gags trouvent leur principe d'unité dans une forme de naïveté conduisant à surmonter les épreuves de façon inattendue. C'est grâce à un minuscule revolver déniché dans un petit sac à main ramassé que Friendless confond le tricheur lorsqu'il risque - en vain - son salaire aux cartes pour sauver sa petite génisse. Ce qui rend bien compte à la fois d'un humour fondé sur l'infantilisme.
   Le gag du diable est excellent parce qu'il s'inspire de la morphologie bovine : comme si le héros se métamorphosait par amour. Il donne lieu à l'épisode d'une escouade de policiers fuyant le troupeau à la poursuite de Friendless à la queue leu-leu, chacun accrochant d'une main la vareuse du précédent, remplacée par la queue du diable quant au deuxième. Pourtant, Keaton n'a pas ici le sens cinématographique dont témoignent
Le Mécano, Le Cameraman ou Steamboat.
   Même si le système des entrées et sorties de champ élargit le champ au hors champ, même si la charge du taureau en travelling avant est filmée au point de vue d'un cavalier imaginaire juché sur l'animal ou si le travelling latéral sur le train découvrant progressivement la série des animaux alignés amène la surprise de Friendless auprès de sa protégée, les gags restent trop souvent dispersés, au point de laisser parfois une sensation de gratuité. 31/12/03
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Buster KEATON/Clyde BRUCKMAN
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Le Mécano de la General (The General) USA 1926 80'
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Buster KEATON/Edward SEDGWICK
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Le Cameraman (The Cameraman) USA N&B 1928 70'
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Cadet d'eau douce : voir à Reisner

Campus : voir à Horne

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Abdellatif KECHICHE
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La Graine et le Mulet Fr. 2007 151’ 
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William KEIGHLEY
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La Dernière rafale (The Street with no Name) USA VO N&B 1948 91' ; R. W. Keighley ; Sc. Harry Kleiner ; Ph. Joe MacDonald ; M. L. Newman ; Pr. Samuel Engel/20th Century Fox ; Int. Mark Stevens (Gene Gordell), Richard Widmark (Alec Stiles), Lloyd Nolan (inspecteur Briggs), Ed Begley (Harmatz), Joseph Pevney (Latty), John McIntire (Gordon).

   Agent secret du FBI, Cordell est chargé de s'infiltrer dans un gang. Il y parvient par le biais de la boxe qui est l'activité de façade d'Alec Stiles, le chef de la bande. Trahi par un commissaire de police vénal, il est condamné au moyen d'une mise en scène dans laquelle, sous le rôle forcé du voleur, il meurt sous les vraies balles de la police. Alors que les balles sifflent sans atteindre Cordell, le FBI prévenu survient et Stiles est abattu.

   Excellent film noir combinant habilement documentation précise sur le FBI et mythe du gangster. L'aspect documentaire n'est ni didactique ni exhibitionniste, tandis que le personnage joué par Richard Widmark (Galerie des Bobines), dont les traits enfantins souligne la cruauté, ne doit rien aux clichés du genre. La qualité est ici affaire de tact, c'est-à-dire de respect du spectateur : rien de trop, un scrupuleux souci de précision allant jusqu'à la perfection, ni concession aux recettes éculées, ni racolage érotique. 1/03/03 Retour titres Sommaire

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Mohamed KHAN
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Le Retour d'un citoyen (Awdat Mawatin) Egp. VO couleurs 1986 96' ; R. M. Khan ; Sc. Assem Tewfik ; Ph. Ali El Ghazouli ; Pr. Misr Actor Film Prod. ; Int. El Fakharani (Chaker), Mervat Amine (Fouzia), Magda Zaki (la sœur cadette), Shérif Mounir (Ibrahim).

   Malgré de légères outrances typiques dans le jeu des acteurs, ce film se trace patiemment et méthodiquement un chemin sur la base d'une confrontation de la famille avec l'évolution économique et culturelle de la société égyptienne.

   L'aîné d'une fratrie composée de deux frères et deux sœurs célibataires vivant dans la maison familiale où sont morts les parents revient après huit ans passés dans le Golfe à amasser des dollars. Brave type qui se voit petit à petit frustré des responsabilités de pater familias substitutif qu'il croyait devoir assumer, dépassé par l'émancipation féminine et la crise de conscience masculine de ses cadets. Conseillé cependant par un oncle colombophile et pragmatique philosophe, il se résout à cette situation après une tentative avortée de retour au Golfe.

   Simplicité et sincérité sont bien des valeurs cardinales qui font oublier toute maladresse. Les plans rapprochés des visages à intervalles induisent un authentique univers intérieur donnant force et légitimité à ce qui pouvait au départ paraître pur didactisme. Fassbinder égyptien selon certains critiques. Vraiment ? (voir commentaire suivant) 12/07/2000 Retour titres Sommaire

Les Rêves de Hind et Camilia Egp. VO 1988 100' ; R. M. Khan ; Int. Naglaa Fathi, Ahmed Zaki, Aïda Riad, Hassa, El Adl, Osamn AbdelMoneim, Mohamed Kamel.

   Hind et Camilia exercent comme bonnes, exclues de la société à la fois par le veuvage, la répudiation, et la précarité du métier. Leurs rêves ne s'identifient pas vraiment aux richesses matérielles qu'elles côtoient chez les patrons. Ils se concrétisent plutôt dans ce clinquant de foire de la première séquence, Hind murmurant à propos du fils du patron qu'elle hisse sur le toboggan : "Mimi a de la chance". D'ailleurs dès qu'elles ont de l'argent, elles ne pensent qu'à aller le claquer à Alexandrie.
   Leur destin à elles cependant, ce ne sont pas les espaces propres et aérés, mais les arrière-cours, les escaliers de service et la rue poussiéreuse. Elles doivent par ailleurs affronter la force brutale et l'irresponsabilité masculines. Camilia vit chez un frère oisif qui la brime et la force à épouser un gros et moche égoïste, qui saura lui soutirer l'argent de sa drogue. C'est même elle qui subvient aux besoins du ménage. Hind est séduite par un voleur qui l'engrosse et passe le plus clair de son temps en prison, mais l'épouse. Les deux jeunes femmes finissent par se débrouiller, élevant la fille du voleur et vendant du thé dans la rue. On leur vole le magot enterré par le voleur avant son arrestation. Mais l'essentiel est l'amitié et l'enfant, retrouvée sur la plage après avoir été assommée. Le dernier plan au bord de la mer scintille d'une note d'espoir.

   La fillette prénommée "Rêve" n'est pas pour rien l'éponyme du film. L'amour de la femme et la sensibilité de l'étude d'une si attachante amitié tendre est aussi une mise en perspective de la façon dont la modernité se développe dans la misère urbaine, que montrent des plans d'ensemble extérieurs et intérieurs ou parfois par des détails comme les rails ondulés du tramway (accentués par le téléobjectif). Mais pas de misérabilisme.
   De même que les héroïnes sont conscientes, dignes et pleines de vitalité, la palette des couleurs dominées par le turquoise et associées à la présence de la verdure - opposées au grisâtre des rues minables - est le contrepoint de l'espérance qui se concrétise dans le dernier plan, et qui est nettement associée à la femme, plus humaine.
   Pourquoi Khan serait-il le
Fassbinder égyptien ? Il est très bien en Khan, d'autant que cela exclut toute condescendance ethnocentrique. 24/08/00 Retour titres Sommaire

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Joseph KHEIFETZ
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La Dame au petit chien (Dama e sabatchkoi) URSS VO N&B 1960 90' ; R., Sc. J. Kheifetz, d'après Tchekhov, en hommage au centième anniversaire de sa naissance ; Ph. Andrei Moskvin ; Déc. Isaac Kaplan ; M. N. Simonjan ; Pr. Mosfilm ; Int. Alexeï Batalov (Gourov), Ija Savina (Anna Sergueevna).

   Fin XIXe siècle à Yalta dans un hôtel du littoral, la compagnie des hommes en villégiature lorgne Anna Sergueevna, jolie personne promenant son chien et son ennui. Le bourgeois et père de famille moscovite Gourov l'aborde. Elle attend vaguement que son mari fonctionnaire à Saratov la rejoigne. Gourov finit par la séduire mais chacun doit bientôt réintégrer le foyer au grand désespoir d'Anna. Peu à peu, le moscovite, d'abord heureux d'une aussi peu encombrante bonne fortune, prend conscience qu'il est profondément épris. Prétextant des affaires à Saint-Pétersbourg, il gagne Saratov et rencontre Anna à l'insu du mari. Elle lui propose des rendez-vous de préférence à Moscou. L'amour est partagé mais la liaison s'offre dorénavant sous l'angle des incertitudes, des frustrations, voire du désespoir qui sont la rançon des amours coupables : "le plus dur ne fait que commencer" fait remarquer Anna à Gourov qui se réjouissait déjà du futur bonheur commun.

   La femme adultère est un caractère pur, et le bourgeois futile, qui se lissait en douce les cheveux en proposant à sa nouvelle maîtresse une promenade, s'est transformé en un être vrai. Excellente adaptation(1) (ce qui ne constitue nullement un critère artistique), notamment grâce à la sobriété des décors, au subtil mélange de mélancolie et d'humour de la mise en scène conforme à la tonalité de la nouvelle de Tchékhov, à la justesse de ton des acteurs, au souci constant ne pas imposer un commentaire de fosse, en intégrant la musique à la diégèse. 31/08/03 Retour titres Sommaire

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Abbas KIAROSTAMI
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Où est la maison de mon ami ? (Khaneh-ye doust kojast) 1987 85' ; R. A. Kiarostami ; Ph. Farhad Saba ; Mont. A. Kiarostami ; Int. Babak Ahmad Pur (Ahmad), Ahmad Ahmad Pur (Nematzade).

   Aussi beau que le suivant mais moins avancé. Influence de Satyajit Ray.

   Ahmad s'aventure dans un monde incompréhensible que la tombée de la nuit obscurcit encore davantage, à la recherche de la maison de son ami Nematzade, qui risque le renvoi de l'école car il a pris son cahier par mégarde.

   Le garçonnet possède plus de sens moral que les adultes, indifférents à sa détresse. En témoigne la démesure d'un parcours semé d'embûches surmontées au nom de l'amitié. On y voit une fois de plus que la véridicité du dialogue, avec ses ratages et ses répétitions semble, au cinéma, pure étrangeté. Retour titres Sommaire

Au travers des oliviers (Zir e Darakhtan e zeyton) Iran VO couleurs 1994 103'
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Le Goût de la cerise (Tam é gilass) Iran 1997 100'; R., Sc. A. Kiarostami ; Pr. A. Kiarostami ; Int. Homayoun Ershadi (M. Badii), Ahdolhossein Bagheri (M. Bagheri), Afshin Khorshidbakhtari (le séminariste), Safar Ali Moradi (le soldat). Cotitulaire de la Palme d'or 97 à Cannes.

   Un quinquagénaire au volant d'une Land Rover cherche autour de Téhéran un inconnu qui pourrait l'aider à se suicider. Il va solliciter successivement un jeune Kurde du contingent, un séminariste et un taxidermiste turc, demandant contre une belle somme d'argent qu'on recouvre son corps de terre dans le trou où il se sera allongé après avoir absorbé une surdose de somnifères. Le soldat pris de panique par l'inconvenance de la démarche s'enfuit à travers champs, le séminariste se protège en opposant la loi coranique, qui interdit le suicide, Bagheri le Turc, qui a pourtant besoin d'argent pour sauver son fils malade, s'efforce de dissuader M. Badii en contant son propre exemple. Il faillit se pendre jadis dans un mûrier blanc, dont un seul fruit goûté redonna sens à sa vie, d'où l'extension à la cerise du titre.
   Il promet néanmoins d'exécuter le contrat. Du coup Badii a un infime sursaut. Il court lui recommander de lui jeter deux pierres pour être bien sûr du décès avant l'ensevelissement. Le soir venu par un temps d'orage il s'allonge dans son trou. Son visage est éclairé par intermittence, en alternance avec, en axe inverse représentant la persistance de sa vision, le ciel où courent des nuages sur la lune. Le lendemain au petit matin une compagnie militaire en exercice est priée par le metteur en scène de se mettre au repos. Les soldats cueillent des fleurs.

   Peu importe le véritable dénouement. C'est la vie qui l'emporte de toute façon dans le réel. Le décor naturel prolongeant les faubourgs de Téhéran est constitué de l'enjeu même de l'histoire : de la terre sableuse pelletée par des engins géants, qui introduisent une sorte de dérision : il est plus facile de remuer des tonnes anonymes que des poignées rituelles. L'ombre du suicidaire croisant celle d'une cascade sableuse symbolise la force de son désir.
    L'économie du tournage joue comme toujours chez cet auteur des possibilités du matériel. Le 4X4 est à la fois une fenêtre sur le monde défilant comme un film, un lieu d'intimité où le personnage est observé "naturellement" de près, seul ou avec son compagnon du moment, un objet dévoilant le monde aride et beau dans des plans larges en y frayant sa trace, un témoin de l'état d'âme de Badii selon le régime qu'adopte son déplacement, etc.
   La prise de son débarrassée de tout parasitisme de fosse développe un univers sonore riche en informations sur le contexte. Elle donne crédibilité au dévoilement implicite d'un monde social de la précarité. Les acteurs ne sont pas chargés de jouer un rôle. Ils ont plutôt mission de témoigner : telle est du moins l'impression que laisse la sobriété et l'effet de spontanéité de leur jeu. Un monde se dessine dans sa complexité humaine, donnant droit et puissance à la vitalité qui le sous-tend. Le rapport tragique ordinaire entre la vie et la mort se trouve inversé. C'est la mort cette fois qui doit en découdre avec les forces de vie. 1/08/02
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Five Iran 2003 74'
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Krzyzstof KIEŚLOWSKI
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Trois couleurs : Bleu Pol.-Fr.-Sui. 100 ’ 1993
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Trois couleurs : Blanc Pol.-Fr.-Sui. 91’ 1994 ; R. K. Kieślowski ; Sc. K. K. et Krzysztof Piesiewicz ; Ph. Edward Kolsiński ; Déc. Claude Lenoir ; M. Zbigniew Preisner ; Son Jean-Claude Laureux ; Mont. Urszula Lesiak ; Pr. Marin Karmitz ; Int. Zbigniew Zamachowski (Karol Karol), Julie Delpy (Dominique Vidal), Janusz Gajos (Mikolaj), Jerzy Stuhr (Jurek).

   A Paris Dominique obtient le divorce d’avec Karol pour non-consommation de mariage. Polonais parlant à peine le français, Karol est mortifié. Dominique, tout en niant l’aimer toujours, ne dit pas de manière absolument claire son désamour. Le Polonais divorcé malgré lui n’ayant pas de passeport pour se rapatrier clochardise dans le métro. Il y rencontre Mikolaj, compatriote qui lui propose une affaire : euthanasier un homme qui ne désire plus vivre.
   Karol décline mais son nouvel ami l’aide à se rapatrier par avion dissimulé dans une malle. Laquelle est volée à l’aéroport. Molesté par les voleurs, Karol finit par arriver tant bien que mal chez son frère Jurek avec lequel il partageait un salon de coiffure. Excellent coiffeur réclamé par les clientes, Karol se révèle pourtant bientôt un redoutable homme d’affaires. Il achète pour rien des terrains qu’il sait voués à des opérations rentables. De plus il retrouve Mikolaj et accepte le marché. Mikolaj avoue qu’il s’agit de lui-même. Karol tire une première balle à blanc et propose une deuxième bien réelle, mais Mikolaj renonce. Il le rémunère tout de même.
   Grâce au nouveau capitalisme débridé Karol fait fortune. Avec l'aide de Mikolaj devenu son associé, il organise sa propre mort fictive après avoir établi un testament en faveur de Dominique, ruse pour la faire venir en Pologne. Celle-ci a la surprise, après les funérailles, de retrouver le supposé défunt dans son lit. Le mariage dissous est alors consommé avec succès orgasmique. Soupçonnée d’avoir fait assassiner son riche ex-mari, Dominique est jetée en prison. Karol lui rend visite incognito. Elle l’aime et désire se remarier avec lui. A la fois vengé et certain d’être aimé, Karol est comblé.

   Blanc pour "égalité", celle qui se conquiert, en luttant pour ne pas se laisser dominer aussi bien par la fatalité que par autrui. Mais Karol n'est-il pas un gagnant pour qui la fin justifie les moyens, autrement dit immoral ? La comédie est plus appropriée à cet enjeu éthique que la poésie. Et il s'agit bien de comédie, malgré le bon génie poétique incarné par le pigeon présent visuellement et/ou par un bruitage de battement d'ailes aux moments stratégiques. Encore que ce thème est possiblement comique en soi sur la base du sens péjoratif bien connu.
   P
oint besoin donc de creuser sur place : il y a ample matière à mise en ordre. Malgré la qualité de la bande-son en son direct, il en résulte un film des plus classiques porté par la prestation des acteurs polonais principaux (Zbigniew Zamachowski, Janusz Gajos et Jerzy Stuhr, "époustouflants" dirait Télérama).
   L'intérêt le plus évident vient de la narration dilatoire : on ne connaît jamais d'avance les intentions du protagoniste, ses actes par conséquent se réclament de l'imprévisibilité du temps vrai, à ceci près que la comédie y imprime la nécessité d'une conclusion pittoresque ou amusante. On est donc ramené à la prévisibilité.
   Il y a cependant une autre piste passionnante, qui se donnerait pleine mesure si elle subsumait toute la matière du film. Elle tend à affirmer en sous-main que l'orgasme est la seule véritable condition de l'égalité, que consacre le fondu éblouissant de blancheur qui prolonge le cri de jouissance. 28/08/09
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Trois couleurs : Rouge Pol. 1994 95' ; R. K. Kieślowski ; Sc. K. Kieślowski et Krzysztof Piesiewicz ; Ph. Piotr Sobocinsky ; M. Zbigniew Preisner, Bertrand Lenclos ; Pr. Yvon Crenn/Marin Karmitz ; Int. Irène Jacob et Jean-Louis Trintignant.

   Pour avoir renversé son chien, un mannequin rencontre un juge à la retraite, qui espionne les conversations téléphoniques de ses voisins. Une forme d'association amicale naîtra des ressources sous-jacentes d'une relation au premier abord négative.

   Caméra "fluide" très mobile et sons superlatifs. Effets sonores de science fiction chez le vieux juge en retraite, "voyeur" auditif espionnant les conversations téléphoniques. Sons intéressants détachés (mais assez gratuits) : sifflement de bouilloire, vent dans les feuilles mortes (influence de Tarkovski ?), ronflement d'un avion de tourisme (influence de Bresson ?). Mais utilisation du crescendo musical d'accompagnement pour la tension dramatique. Des plans très filmiques (ou publicitaires ?) comme celui du pont-levis du port qui vient fermer l'écran en volet ne laissant passer qu'une bande de mer dans un interstice vertical alors que retentit la puissance sirène du ferry. Insertion contrapuntique de plages rouges - couleur dédiée ici à la fraternité - dans des séries de plans. Dernier plan, l'immense affiche rouge de Valentine que l'on enlève, au son combiné de l'avion et de la sirène. Rapports intéressants entre le joli mannequin - qui ne joue pas très bien - et le vieillard, plus convainquant. Finalement elle rencontrera un clone jeune du vieux à la faveur du naufrage du ferry.
   Rebouclage cher à notre maniaque de l'effet de construction. En tout admirable mais trop dissocié, sans nulle compensation en jeu de liens sous-jacents. 17/12/99
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Takeshi KITANO
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Violent Cop (Sono otoko, Kyôbô ni tsuki) Jap. VO 1989 98' ; R. T. Kitano ; Sc. Hisashi Nozowa, Takeshi Kitano ; M. Daisuke Kume (d'après Eric Satie) ; Pr. Shozo Ishiyama, Hizao Nabeshima, Takio Yoshida ; Int. Takeshi Kitano, Haku Ryu, Maiko Kawakami, Makoto Ashikawa.

   Un flic violent exclu de la police pour ses excès de zèle continue à poursuivre un gang pour venger la mort d'un ami et le viol de sa sœur. Il en meurt.

   S'il est censé être moral parce que la violence se retourne contre le héros, le film se trouve chargé de violence gratuite, et surtout joue si bien du crescendo et des plans fixes sur des visages cruels, qu'il impose la violence en thème véritable du film, sans nulle mise en perspective éthique(1). Les rues en enfilade, les profondeurs de champ de couloirs, les plans frontaux extérieurs zoomés du héros marchant désignent un parcours obstiné vers la déchéance.
   La qualité du film réside dans la liberté du récit. Si l'issue est programmée, les chemins qui y conduisent semblent aléatoires. 11/11/99
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Hana-bi Jap. VO 1997 110' ; R., Sc. T. Kitano ; Ph. Hideo Yamamoto ; M. Joe Hisaishi ; Mont. T. Kitano, Yoshinori Oota ; Pr. Masayuki Mori, Yasushi Tsuge, Takio Yoshida ; Int. Takeshi Kitano (Yoshitaka Nishi), Kayoko Kishimoto (Kayoko), Ren Osugi (Horibe). Lion d'or Venise 1997.

   Même thématique, du flic exclu de la police, toujours incarné par Kitano, sauf qu'il consent parfois à ôter ses lunettes noires ; même complaisance pour la cruauté, même destin tragique avec moins d'effets optiques que huit ans plus tôt dans Violent Cop. La touche sentimentale en plus, puisque le héros (dont le co-équipier est handicapé à la suite d'une blessure reçue en service commandé) a déjà perdu une fillette et que sa femme est condamnée par les médecins. Il est conduit à emprunter à des truands, puis à braquer une banque pour rembourser, acheter du matériel de peinture artistique à son copain immobilisé sur une chaise roulante, et partir en voyage avec sa malheureuse épouse. Les truands le talonnent pour récupérer aussi les intérêts. Tous il les abat.

   L'excuse à la violence extrême du protagoniste nous est martelée par les inserts alternés de ses copains sanglants. L'œuvre artistique du handicapé interfère avec le destin tragique qui est le suicide du couple, car l'amour et l'amitié doivent se sublimer dans le malheur que poétisent des inserts de fleurs inspiratrices, puis d'aquarelle aux teintes vives. La vie du couple est sans nuage. Souvent ils pouffent de concert (dérider les malheureux : abominable cliché mélodramatique). La chère épouse lui manifeste une reconnaissance éperdue.
   On n'y croit guère malgré les (à cause des) beaux paysages maritimes où s'inscrivent les derniers instants de bonheur pathétique. La réunion de la poupée inexpressive et de la brute surhumaine s'affirment au fond comme les stéréotypes les plus éculés du polar. 1/04/01
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L'Eté de Kikujiro (Kikujiro) Jap. VO 1999
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Cédric KLAPISCH
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Le Péril jeune Fr. 1994 103' ; R. C. Klapisch ; Sc. C. Klapisch, Santiogo Amigorena, Alexis Galimot, Daniel Thieux ; Ph. Dominique Colin ; Son Fançois Waledisch ; Pr. Aïssa Djabri et Farid Lahouassa ; Int. Nicolas Kortsdy, Vincent Elbaz, Romain Duris, Elodie Bouchez, Hélène de Fougerolles.

   Quatre potes lycéens patientent à la maternité assis de front sur un banc. Une copine est en train d'accoucher. Le père, qui fut le cinquième, est mort d'une overdose. Par retour régulier de séquence, ils évoquent le passé. Le véritable héros est le défunt Tomasi (?) qui apparaît dans la dernière séquence comme un ange sur fond de ciel puis dégringole.

   Document sur les lycées des années soixante-dix. Naturel des dialogues : réalisme français où les lacrymogènes des manifs se supportent néanmoins mieux que dans la réalité. Séquence de défonce interminable. A la maternité, un panneau affiche en grosses lettres le mot "maternité" à l'intention du spectateur simplet. Bonne idée : rideau rouge de l'entrée par où Bruno doit sortir pour partir en voyage. Bref, bien fait mais pas impérissable. 15/12/99 Retour titres Sommaire

Chacun cherche son chat Fr. 1996 85'
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Un air de famille Fr. 1997 105' ; R. C. Klapisch ; Sc. C. Klapisch, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, d'après la pièce de ces derniers ; Ph. Benoît Delhomme ; M. Philippe Hidel ; Mont. Francine Sandberg ; Int. Jean-Pierre Bacri (Henri, le frère), Agnès Jaoui (Betty, la sœur), Jean-Pierre Darroussin (le barman), Catherine Frot (Yolande, la belle-sœur), Claire Maurier (la mère Ménard).

   Règlements de compte au dîner hebdomadaire de la famille Ménard, mettant en relief les rôles du raté, du prétentieux, de l'insolente sous l'égide de la mère castratrice.

   Film aux trois Césars. Humour fin mâtiné de farce sur une famille très ordinaire dans un restaurant environné d'un bourg que coupe une voix ferrée. Réalisme français du meilleur cru. La caméra sait trouver l'angle qui convient au regard acide du narrateur. Exemple, la plongée sur Bacri, la tête au niveau de la trappe, le reste du corps dans la cave, alternant avec la contre-plongée sur toute la famille alignée le considérant avec commisération (sa femme est partie).
   Des cadres dans le cadre constituent des inserts ironiques : glaces ou vitres. Ainsi, lorsque à travers une vitre située derrière la famille réunie autour d'une table on voit le serveur assis au travail sous un éclairage plus cru soulignant un contraste de classe révélateur. Le vieux chien paralysé autour duquel tourne une partie de l'intrigue, sert de révélateur tout aussi ironique. L'opérateur s'amuse aussi avec la mise au point sur les visages pour mettre l'accent sur celui qui parle.
   La farce, qui semble s'inspirer du boulevard français alourdit hélas le ton si juste de la satire : voir l'équivoque du collier offert à Yolande (belle prestation de petite-bourgeoise idiote), qui paraît, par sa forme, destiné au chien, cadeau malvenu de la belle-mère.
   En définitive, même s'il s'agit d'un film de groupe, un point de vue dominant le coiffe. Betty et le barman sont les personnages les plus sympathiques. Ils finissent par aller ensemble filer le parfait amour. La fin montre qu'ils ont eu raison, contre les autres, de conseiller à Henri de s'"abaisser" à aller chercher sa femme.
   Du beau travail plein de trouvailles, évoquant les meilleures comédies du théâtre contemporain, tout en les dépassant par les qualités proprement filmiques. 9/04/00
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Peut-être Fr. 1998 105' ; R. C. Klapisch ; Sc. Dial. Santiagos Amigorena, Alexis Galmot, C. Klapish ; Ph. Philippe Lesourd ; Son Olivier Le Vacon, Philippe Heissler, Dominique Dalmasso ; Mont. Francine Sandberg ; Eff. Sp. Thomas Duval ; M. Loik Dury et Magister dixit ; Pr. Farid Lahouassa, Manuel Munz/Warner Bros ; Int. Géraldine Pailhas (Lucie/Blandine), Romain Duris (Arthur), Jean-Paul Belmondo (Ako), Vincent Elbaz (Philippe), Jean-Pierre Bacri (le père de Philippe).

   Arthur et Lucie sont invités pour le réveillon de 1999-2000 à une soirée en costumes du futur. Lucie désirant un enfant a arrêté la pilule sous un prétexte fallacieux. Elle entraîne Arthur dans une chambre où ils sont interrompus, ce qui arrange bien Arthur, que la paternité n'inspire guère. Urinant dans le cabinet de toilettes, il voit s'écouler du sable par une trappe au plafond. Il y grimpe et trouve une salle de bain ensablée. Même chose sous les combles où un œil de bœuf donne du jour. Il l'atteint et passe la tête au dehors.
   Paris est ensablé jusqu'au dernier étage des immeubles. D'étranges véhicules la plupart du temps tractés par des ânes ou des dromadaires sillonnent les plages de sable. Il est abordé par Ako (Belmondo : Galerie des Bobines), vieillard aux longs cheveux gris qui se prétend son fils et lui présente sa famille. Un album de photo montre en effet Arthur en compagnie d'Ako jeune. Son arrière-petite-fille Blandine est le sosie de Lucie. On est en 2070 et la famille est menacée de disparition si Ako n'est pas engendré par son père en 2000. Les jambes d'Ako dans ses chaussettes sont déjà rongées d'invisibilité. Arthur ne se décide pas. Furieux, son petit-fils quadragénaire le pourchasse avec un fusil. Finalement Arthur ayant réintégré le présent en faisant le chemin inverse, consent à l'acte qui sauvera sa descendance.

   Joyeuse fable philosophique sur le thème de la mort et de la postérité. Elle se cantonne volontairement dans un registre léger soutenu par le décor délirant, très BD, de Paris pris dans les sables du Maroc où le film a été tourné. Le mauvais feuilleton de science fiction que regarde Arthur au prologue en est l'exergue significatif. La fibre tragique manque pour qu'on puisse y croire suffisamment et que le risible et l'ironie qu'imprime le superbe accompagnement musical confine à la salutaire dérision. 18/11/01 Retour titres Sommaire

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Mikhaïl KOBAKHIDZÉ
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Cinq courts métrages géorgiens tous muets en N&B : Jeune amour 1961, 7' Retour titres ; Carrousel 1962, 11' Retour titres ; La Noce 1964, 21' Retour titres ; Le Parapluie 1966, 18' Retour titres ; Les Musiciens 1969, 12' Retour titres.

   Ne pas, comme Jacques Mandelbaum dans Le Monde du 4 juillet 1996, confondre fraîcheur des acteurs et vraie chair de facture. Les quatre premiers courts-métrages qui mettent en scène de jeunes amoureux ont pourtant pris des rides. L'usage de l'accéléré et de la musique (bien que choisie par un Géorgien...) y sont pour beaucoup.

   La fantaisie du parapluie magique date un peu aussi, bien qu'elle mette en valeur le cruel enjeu de l'amour : le parapluie semble attiré par un couple d'amoureux, mais il ne se laisse attraper qu'au moyen de la musique et de la danse qui sont aussi l'expression de l'amour du couple. Puis il se trouve entre les mains d'un jeune homme. La jeune femme est alors tentée de l'empoigner. Mais le restitue et retrouve son véritable amour.

   Les Musiciens est une jolie pochade d'inspiration clownesque au style BD, rythmée par la musique. Le meilleur est peut-être La Noce : histoire d'un jeune homme qui croise souvent une brunette aux yeux en amande. Ils s'attirent mutuellement mais la mère de la jeune fille leur interdit de se voir. Résolu à fléchir la mère à l'aide d'un bouquet de glaïeuls il tombe sur une noce, celle de sa bien-aimée avec un autre. L'attirance entre les deux personnages est finement montrée dans l'autobus, dans la rue, etc. Ce n'est pas sans une certaine audace que le réalisateur suggère les difficultés de l'amoureux, bousculé par un groupe courant en direction du domicile de la belle, puis dans l'autre sens. 21/04/00 Sommaire

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Masaki KOBAYASHI
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Kwaïdan Jap. VO couleurs 1965 180'
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Takashi KOISUMI
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Après la pluie (Ame agaru) Fr.-Jap. VO couleurs 1998 88' ; R. T. Koisumi ; Sc. Akira Kurosawa d'après Ogosokawa Nawaki de S. Yamamoto ; Ph. Shoji Ueda ; M. Masaru Sato ; Son Kenichi Benitani ; Déc. Yoshiro Muraki ; Pr. Masato Hara, Hisao Kurosawa ; Int. Akira Terao, Yoshiko Miyazaki, Shiro Mifune.

   18e siècle. Bloqué avec son épouse Tayo par la pluie dans une auberge, l'invincible Ronin (Samouraï sans maître) Ihei Misawa, qui n'est jamais parvenu à s'accorder avec un maître, participe à des tournois primés pour régaler les pauvres du lieu. Après lui avoir proposé d'être le maître d'armes de son fief, le seigneur Shigeaki se ravise au prétexte que le Ronin a combattu pour de l'argent, en réalité parce qu'un humiliant échec en combat singulier face à lui est habilement exploité par la jalousie des vieux dignitaires de la cour.
   En rétorquant avant de partir à ces derniers que l'important est d'avoir aidé les pauvres, Tayo apaise la déception de son mari et suscite les remords du seigneur, qui se lance frénétiquement à leur poursuite. Sur le chemin cependant le couple, qui s'émerveille de la beauté de la nature dans la sérénité de l'épreuve surmontée, est spirituellement hors d'atteinte.

   On reconnaît la patte de Kurosawa dans le thème de la sérénité zen qu'exprime la beauté des paysages pluvieux puis radieux. Mais il y manque la dialectique de la vie qui donne tout son prix à la transcendance. Le couple sublime surmonte une adversité indigne de lui sans paraître le moins du monde affecté par l'épreuve suprême : l'adversité intérieure.
   La beauté des combats, magnifiquement réglés, n'est finalement qu'au service de cette fade perfection qui spolie le spectateur d'une véritable nourriture artistique
(1). 4/01/03 Retour titres Sommaire

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Amos KOLLEK
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Sue perdue dans Manhattan (Sue) USA VO 1997 90'
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Fiona USA VO 1998 85' ; R., Sc. A. Kollek ; Ph. Edward Talavera, Peter Agliati ; Son Jack Kole ; Mont. Jeff Harkiry ; M. Alison Gordy ; Pr. Zack Habakuk, Osnat Shalev pour Amko Productions ; Int. Anna Thomson (Fiona), Felicia Maguire (Anita), Alyssa Mulhern (Alys), Anna Grace (Patty), Bill Dawes (Harvey), Mike Hodge (Ernie).

   La newyorkaise Fiona ayant connu diverses adoptions dont celle d'un faux père vraiment incestueux, après avoir, bébé, été abandonnée par Anita, sa mère prostituée, croit avoir compris que le sexe menait la danse. Elle tapine à East Village, se shoote pour se supporter, commet des petits larcins dans les magasins par jeu et avec ce qui lui est laissé de libido en propre, prend son pied avec sa copine Patty.
   Fiona s'est juré de retrouver sa mère pour la tuer. La violence est au détour du chemin. Lors d'une passe en tandem, elle voit sa co-équipière se faire poignarder par le client. Elle n'hésite pas au besoin à sortir le revolver qui est dans son sac à main. Dans un café, elle abat trois flics qui arrêtaient un homme auquel elle se mesurait.
   Elle se réfugie dans une communauté de fumeurs de crack. Son amie Alys meurt d'une overdose. Puis elle rencontre Anita qui la reconnaît - sans mot dire - au petit collier qu'elle a conservé. Elles couchent ensemble puis Anita va se jeter dans le vide. Un jeune avocat veut l'épouser, mais Fiona a décidé de partir en Californie avec Ernie, vieux flic noir qui la courtisait en vain. Pendant que celui-ci largue son épouse et se munit d'un magot détourné, elle est mortellement blessée par un épicier chez qui elle faisait à sa façon des emplettes pour le voyage. Elle s'installe moribonde dans la voiture aux côtés d'Ernie qui ne se doute de rien.

   Tourné en seize jours caméra à l'épaule avec de vraies prostituées dans leur décor naturel, Fiona témoigne de la passion de l'auteur pour les milieux marginaux et de celle d'Anna Thomson (Galerie des Bobines) à entrer dans la peau des déshéritées de ce monde. La poésie émane naturellement de l'actrice fétiche de Kollek en tant que véritable oxymore vivant : beauté extérieure profanée par l'anorexie et beauté intérieure rayonnant au sein de la laideur apparente, elle paraît débarquer d'un monde parallèle. Jamais avec elle les scènes scabreuses ne sombrent dans la pornographie.
   Le profond amour de Kollek pour la femme en général est à cet égard une garantie. Un des temps forts du film est celui où Fiona enfile les mules que sa mère a laissées sur la terrasse de l'immeuble avant de sauter. Il accomplit le destin des deux femmes sans faire droit à la violence qui les habite. La fille a tué la mère effectivement mais en totale innocence, ne la sachant pas sa mère et ignorant donc le traumatisme d'Anita de l'avoir retrouvée dans ces sordides conditions. Puis Fiona se trouve assumer symboliquement sa filiation en s'appropriant les mules de sa génitrice.
   Ce genre de raccourci poétique peut faire regretter l'importance accordée à l'impression documentaire, qui fait lâcher le message d'amour en faveur du faux-témoignage, l'authenticité du réel ne pouvant en aucun cas être reconstituée. Ce n'est ni la division en chapitres séparés par des cartons comme dans un conte ("Enfance", "Amour", "Bonheur", "Suicide", "Mort"), ni la voix
off de Fiona se racontant, ni le rebouclage de la fin où la narratrice évoque une dernière fois le bébé abandonné dans une impasse, qui pourvoiront au souffle vital en défaut.
   À cet égard,
Sue perdue dans Manhattan était, au point de vue artistique, nettement plus avancé. 14/10/03 Retour titres Sommaire

Fast Food, Fast Woman USA VO 100' 2000 ; R., Sc. A. Kollek ; Ph. Jean-Marc Fabre ; M. David Carbonara ; Pr. Hengameh Panahi pour Lumen Films ; Int. Anna Thomson (Bella), Jamie Harris (Bruno), Robert Modica (Paul), Louise Lasser (Emily).

   Célibataire et serveuse dans un fast-food, Bella craint, à bientôt trente-cinq ans, pour son avenir sentimental. Son amant, quinquagénaire marié, ne débarque que pour le petit coup épisodique. Elle sert entre autres habitués un trio de retraités qui ont les mêmes préoccupations sur l'amour. Sa mère lui fait rencontrer Bruno, écrivain non publié - taxi pour gagner sa vie -, avec deux jeunes enfants sur les bras laissés par l'ex-épouse soudain partie en voyage. D'où un malentendu qui va compliquer la relation, la meilleure amie de Bella lui ayant conseillé d'alléguer une indifférence aux enfants.
   Parallèlement Paul, l'un des trois retraités a peur de ne pas pouvoir "satisfaire" Emily, la sexagénaire qu'il a rencontrée par petite annonce. Après deux courses faites par hasard dans son taxi celle-ci se retrouve dans le lit de Bruno. Ce qui n'est pas fait pour encourager Paul qui les a surpris, mais tout reprendra en douceur et finira bien. Un autre des retraités tombe amoureux d'une strip-teaseuse dans un peep-show qu'il fréquente assidûment jusqu'à ce qu'elle s'intéresse enfin à lui. Bella n'hésite pas à attaquer à mains nues deux malfrats qui en voulaient au sac à main d'une vieille femme dans la rue. La téméraire se retrouve à l'hôpital le visage tuméfié, la victime reconnaissante à son chevet.
   Un beau jour elle apprend qu'elle hérite de sa fortune. Elle achète une somptueuse propriété où s'ébattent des animaux en liberté. Conseillé par Emily, Bruno se décide enfin à déclarer son amour à Bella qui lui dit la vérité à propos des enfants, qu'elle adore. Bien qu'ayant monté une chaîne de fast-food nouveau genre qui fait fureur, Bella continue son service à Manhattan, peut-être pour ne pas nuire au vieux patron de la boîte dont elle est le véritable pilier.

   Il s'agit d'une comédie, genre étranger au tandem Kollek-Thompson, dont la créativité faisait une large place au tragique de la condition humaine. La productrice du film explique dans une interview avoir demandé à l'auteur s'il "était prêt à faire un petit écart avec un sujet moins déprimant, sans renoncer à son univers et à son style". Le résultat est un film bâtard. Anna Thompson (Galerie des Bobines) elle-même l'admet à confier aux journalistes : "C'était plutôt des raisons extérieures qui nous ont poussés à faire le film."
   La liberté d'esprit de Kollek se reconnaît pourtant dans la figure de Bella, personnage si humain que le paradoxe l'emporte toujours sur les critères bien-pensants : l'amour de l'humanité n'exclut
pas les putes, il mérite qu'on sacrifie sa sécurité en protégeant les plus démunis et l'argent ne modifie pas ces lignes de conduite. Par ailleurs sont soulevées des questions étrangères aux intérêts commerciaux du cinéma : l'amour et le vieillissement en général, la sexualité des vieux en particulier.
   Mais la liberté se cantonne au niveau thématique. Le réalisateur, qui ne croit visiblement pas à la fantaisie légère (héritage fabuleux, etc.), ne retrouve pas ce souffle qui dictait sa loi au son, à l'image filmique et aux interactions du montage. 12/10/03
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Heidi KÖNGÄS
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Trop grosse pour être un papillon (Liian Paksu Perhoseksi) Finl. VO 85' 1998 ; R. H. Köngäs ; Sc. Tove Idström ; Pr. YLE, Karikyrönseppä ; Int. Kaarina Hazard, Mika Nuoja, Kalevi Haapoja. Prix spécial Europa 1998.

   Classé comédie mais cela va plus loin.

   Une athlétique jeune fille battant au lancer de poids les virils champions est engagée comme aide dans une petite épicerie familiale perdue dans la campagne. Méprisée par la mère et la fille elle épouse le fils qui reste pourtant très soumis à sa maman même morte et fait très petit-mari. Elle le quitte, il va la rechercher à la ville et le couple finit, non sans mal, par se réconcilier dans un plan général chaleureusement éclairé comme de l'intérieur par le coucher de soleil.

   Le récit qui sait parfaitement se fonder sur les conditions économiques d'un petit pays pauvre est sans concession. Le voisinage se vide de ses habitants happés par la richesse de la Suède. Aucune des épreuves de la vie n'est escamotée. Elle avorte crûment sur le sol et enterre immédiatement le fœtus avant même de laver le sang qui macule ses jambes.
   Le réalisme est hélas adultéré par le manichéisme de l'opposition entre la mauvaise belle-mère et sa bru. Mais quelle rafraîchissante simplicité! 13/07/00
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Zoltan KORDA
liste auteurs

Sahara USA VO N&B 1943 97' ; R. Z. Korda ; Sc. John Lawson, Z. Korda ; Ph. Rudoph Mate ; M. Miklos Rosza ; Pr. Harry Joe Brown ; Int. Humphrey Bogart (Joe Gunn), Bruce Bennett (Waco Hoyt), J. Carrol Naish (Giuseppe), Lloyd Bridges (Fred Clarkson), Rex Ingram (Tambul), Dan Duryea (Jimmy Doyle).

   Tobrouk prise, les forces alliées au Sahara reçoivent l'ordre de se replier. Autour du sergent Joe Gunn commandant un char il ne reste qu'une poignée. Fonçant vers le sud pour n'être pas pris en tenaille, ils ramassent en passant des Anglais du Service de santé dont un capitaine médecin et un soldat français, puis un Soudanais escortant un prisonnier italien. Le Soudanais les guide vers un puits, qui est à sec. Ils abattent un chasseur allemand qui les canardait et dont ils recueillent le pilote, un officier nazi. Un deuxième puits à proximité d'une ruine est atteint, au fond duquel on parvient à recueillir à grand peine, goutte à goutte un peu d'eau, équitablement partagée entre les hommes, prisonniers compris.
   Une compagnie allemande en quête d'eau est annoncée par ses éclaireurs. Sur l'instigation du sergent, en vue de retenir l'avancée allemande, on renvoie ceux-ci à pied avec en main un marché au bluff : échanger l'eau du puits contre des fusils. Entre-temps le coéquipier de Gunn, Waco Hoyt va chercher du secours avec la chenillette des éclaireurs. Les Allemand attaquent mais, mourant de soif, se rendent aux deux survivants dont le sergent, pour se précipiter sur l'eau du puits ramenée par l'explosion d'une bombe. Les deux survivants repartent avec leurs prisonniers. Waco tombé en panne dans le désert ayant été découvert
inanimé par une patrouille, les secours arrivent à leur rencontre.

   Remake de La Patrouille perdue de John Ford (1934), c'est un récit de guerre rondement mené avec bonne mise en place des péripéties et du dénouement et quelques ciels sombres réussis qui donnent le ton.
   Tous les clichés sont au rendez-vous pour faire vibrer la fibre partisane. Le viril Gunn est le seul à avoir le doigté qu'exige "Lulubella", le char-femme fétiche. Les hommes tombent au rythme idéal pour ne pas dételer, et mettre en valeur au finale le survivant glorieux, flanqué d'un comparse pour ne pas faire trop star-system. Les militaires alliés sont parfaits. Le capitaine anglais reconnaît au sergent américain la préséance du commandement. Le sergent, pas raciste, estime le Soudanais, qui se comporte en héros et se sacrifie pour rattraper le nazi qui allait dénoncer le piège. Il y a aussi un français qui parle de fromage (époque où le "Frenchie" était l'ingrédient burlesque obligé). Sympathique mais caricatural (donc condamné d'avance), l'Italien prend parti pour les alliés. Il est tué par le nazi, présenté comme cynique alors qu'il ne fait que son devoir. Les Allemands sont d'ailleurs tous des traîtres qui tirent dans le dos du pauvre parlementaire mangeur de fromage.
   Le seul véritable héros est le petit sous-off américain (Bogart : Galerie des Bobines), qui fait un vrai boulot de général. Il prononcera finalement quelques mots vibrants en l'honneur de ses compagnons disparus. Mais un concurrent travaille dans l'ombre : le sable. Sans lui, l'aventure n'eût eu aucun ressort. La photo
lui rend certes hommage, bien que le film n'ose en faire un authentique partenaire de la créativité comme il le méritait (voyez plutôt La Femme des sables, chef-d'œuvre). 27/07/03 Retour titres Sommaire

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Dover KOSASHVILI
liste auteurs

Mariage tardif (Hatuna Meuheret) Isr.-Fr. 2000 100' ; R., Sc. D. Kosashvili ; Ph. Dani Schneor ; M. Joseph Bardanashvili ; Pr. Diaphana Films ; Int. Lior Ashkenazi, Ronit Elkabetz, Moni Moshonov, Lili Kosashvili, Aya Steinovitz Laor.

   Le statut de célibataire à trente-deux ans de Zaza désespère des parents traditionalistes d'origine géorgienne, qui multiplient la présentation de vierges parfaites. En réalité ce thésard à la charge de papa et maman fréquente Judith, belle divorcée sensuelle, trente-quatre ans, mère d'une petite de six. La famille débarque chez elle pour les surprendre et signifier violemment son opposition. Zaza cède en apparence puis revient, mais Judith rompt. Plus tard les parents se réconcilient avec elle mais à force d'atermoiements, Zaza finit par épouser la énième vierge.

   Les thèmes et le ton témoignent d'une grande liberté de conception. La rigueur de la loi familiale et la lâcheté du fils sont renvoyées dos à dos. Grâce à la distance du regard assurée par des plans longs qui semblent laisser les événements se développer comme d'eux-mêmes ou par le jeu d'ellipses ménageant une marge d'incertitude, on peut à tout instant basculer du burlesque léger dans la violence tragique.
   Il en résulte une action sur le fil du rasoir, suspendue à l'inconcevable dont tire profit la fin dans la séquence finale, celle du mariage. Passablement éméché, Zaza s'empare du micro de l'orchestre et défie les hommes de lui montrer une femme plus belle que la sienne. Puis il annonce qu'il va leur en présenter une qui lui appartient… Comme il descend de la scène, le spectateur (celui de l'assistance et nous) s'imagine qu'il va chercher Judith, mais c'est sa mère qu'il ramène.
   Ce qui donne bien la mesure de la profonde amertume de la satire. 19/08/03
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Kevin KOSTNER
liste auteurs

Danse avec les loups (Dances With Wolves) USA VF Scope-couleurs 1990 180' ; R. K. Kostner ; Sc. Michael Blake, d'après son roman ; Ph. Dean Semler ; M. John Barry ; Pr. Jim Wilson, K. Kostner ; Int. Kevin Kostner (John Dunbar/Danse Avec Les Loups/Dances With Wolves), Mary McDonnel (Stands With a Fight/Dressée avec le poing), Graham Green (Kicking Bird/Oiseau Bondissant), Rodney A. Grant (Wind In His Hair/Cheveux Au Vent), Floyd Red Crow Werterman (Ten Bears/Dix Ours).

   1863 dans le Tennessee. Héros malgré lui de la guerre de Sécession, le lieutenant Yankee Dunbar demande à être affecté sur la frontière indienne. Il s'installe dans un avant-poste abandonné où il sympathise avec un loup baptisé Chaussette puis est adopté par les Sioux, qui le surnomment Danse-Avec-Les-Loups. Une amitié se noue avec le sorcier Kicking Bird et, les scrupules militaires s'estompant peu à peu, l'officier rebelle finit par s'assimilier, rend des services grâce à son courage, apprend la langue, épouse Stands-With-A-Fight, une Blanche élevée dans la tribu. Réciproquement les Sioux le considèrent comme un des leurs et le délivrent de l'armée qui l'avait repris comme traître. À l'encontre du sien propre, Dunbar décide de protéger son peuple adoptif, lequel finira pourtant décimé ou soumis treize ans après cette aventure.

   Le film illustre la lecture en voix off du journal de bord du héros au fur et à mesure de la rédaction solitaire et se poursuit au-delà. Il s'agit de la réhabilitation en règle des Indiens au prix d'un manichéisme inversé.
   Les soldats Yankee sont tellement odieux qu'ils fusillent Chaussette en proférant des injures grossières, si bien qu'on prend plaisir à les voir se faire massacrer par les bons Indiens. Le souffle du vent, le chant des oiseaux et la musique de fosse exaltent les magnifiques paysages des territoires indiens, abusivement photographiés dans des lumières de coucher de soleil estival. De même que l'automne ne peut être que doux et flamboyant.
   La musique de fosse souligne par de stridents violons les souffrances du héros ou elle gratifie le loup d'une flûte à bec élégiaque. On se laisse facilement prendre à cet apologue d'une Vérité naissant dans la conscience du héros superbe en son Eden. C'est en réalité un film extrêmement ambitieux, visant vainement un cinéma total, à la fois éthique
(1), esthétique et documentaire. Le documentariste croit devoir se dispenser d'ellipses pour ne pas altérer de prétendus blocs de réalité.
   Quelle illusion ! Il nous inflige du coup un film deux fois trop long. Ce n'est pas non plus en faisant les Sioux parler leur propre langue - avec sous-titres - qu'on leur rendra justice. Il reste trop de contradictions non résolues. Car l'impression dominante reste celle du mythe du héros blanc, celui qui sauve le petit Sioux d'un bison furieux grâce à la supériorité sur l'arc de la carabine réglementaire. Enfin il ne faut pas confondre esthétique et esthétisme. L'esthétique n'existe pas en soi. C'est une propriété. Elle suppose un spectateur-partenaire actif. Mais l'esthétisme est à lui-même sa propre fin. Dogmatique, il s'adresse à un spectateur passif et calibré : "Voyez comme c'est beau ! Voyez comme c'est beau !" lui souffle-t-on en lui pinçant la corde sensible. 18/08/02
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Stanley KUBRICK
liste auteurs

L'Ultime razzia (The Killing) USA VO N&B 1956 83' ; R. S. Kubrick ; Sc. S. Kubrick, Jim Thompson, d'après Lionel White ; Dial., Ad. Jim Thompson ; Ph. Lucien Ballard ; Mont. Betty Steinberg ; M. Gerald Fried ; Pr. James B. Harris ; Int. Sterling Hayden (Johnny Clay), Coleen Gray (Faye, sa maîtresse), Vince Edwards (Val Cannon, l'amant de Sherry), Jay C. Flippen (Marvin Unger, le vieux truand), Marie Windsor (Sherry Peatty, l'épouse infidèle), Ted De Corsia (Randy Kennan, le flic), Elisha Cook (George Peatty, le cocu), Joe Sawyer (Mike O'Really, le barman), Timothy Carey (Nikki Arane, le tueur), Kola Kwarian (Maurice Oboukhoff, le lutteur).

   Le repris de justice Johnny Clay organise le hold-up monstre (deux millions de dollars) de la caisse d'un hippodrome, auquel participent le vieux truand Unger qui l'a conçu, Mike le barman de la buvette, le caissier George Peatty et un flic nommé Kennan. Il engage en extra deux hommes pour faire diversion, un tueur qui abattra le cheval favori à l'aide d'un fusil à lunette, et un lutteur qui fera un esclandre à la buvette.
   Le
tueur réussit mais il est descendu par la police. Pendant la bagarre déclenchée par le lutteur, le caissier ouvre l'accès aux bureaux à Johnny qui, sous la menace d'une arme introduite auparavant par ses complices, se fait remettre l'argent liquide dans un sac de marin. Il jette par la fenêtre le ballot que récupère Kennan à l'extérieur. Tout le monde se retrouve au rendez-vous fixé pour le partage, sauf Johnny qui est en retard. Deux hommes surgissent dont l'amant de Sherry la femme de George. Une fusillade s'ensuit où tous meurent sauf George qui, grièvement blessé, a juste la force de rentrer chez lui et d'abattre la traîtresse avant de mourir. Johnny récupère le magot et s'enfuit avec sa maîtresse. Mais à l'aéroport le chariot à bagages transportant la valise aux billets doit piler à cause d'un petit chien. La valise se disjoignant en tombant, les billets sont emportés dans les tourbillons du vaste terrain. Découragé, Johnny se rend.

   Particularité intéressante : la construction. Chacun des participants a ses soucis de famille. On pénètre donc successivement dans l'intimité de chacun, qui ressemble à celle de tout le monde. Johnny veut épouser sa gentille petite-bourgeoise qui l'a déjà attendu pendant les années de prison. George, dont l'épouse rêve d'une vie facile, est un cocu-né avec un physique de garçonnet qui s'enflamme très vite. Il ne sait pas tenir sa langue et sa femme s'empresse de mettre son amant dans le coup. Elle fait croire en outre à son petit mari que Johnny l'a violée pour la punir d'avoir espionné une réunion du gang. Il est donc sur les nerfs et c'est lui qui déclenche la fusillade.
   Le tour de force réside dans la capacité à ordonner ce puzzle en une ligne nette et sans bavure. Le style de Kubrick se reconnaît au thème du grain de sable, aux figures de la prédestination (le caissier derrière sa
grille, le chien au contrôle de l'aéroport, Johnny et sa fiancée barrés par un grillage à la fin), au maniement net et légèrement outré de la caméra, à la précision du récit qui mêle habilement à la fonctionnalité l'aspect documentaire, à certaines photos délirantes (le déguisement de clown de Johnny, l'insertion du tueur parmi des figures de cible, le massacre, l'air dément de George venu assassiner sa femme), à la force imaginaire de certaines scènes (la dispersion des billets à l'aéroport, véritable tempête de neige).
   Film incontestablement original par conséquent, même s'il doit sans doute beaucoup à
Asphalt Jungle de John Huston avec le même Sterling Hayden (1950). 23/03/03 Retour titres Sommaire

Spartacus USA VO Scope-couleurs 1960 184' ; R. Stanley Kubrick ; Sc. Dalton Trumbo, d'après Howard Fast ; Ph. Russel Metty ; Mont. Robert Lawrence, Robert Schultz, Fred Chulak ; Déc. Eric Orbom ; Cost. Peruzzi, Valles, Bill Thomas ; M. Alex North ; Pr. Edward Lewis/Kirk Douglas ; Int. Kirk Douglas (Spartacus), Laurence Olivier (Marcus Crassus), Jean Simmons (Varinia), Charles Laughton (Gracchus), Peter Ustinov (Batiatus), John Gavin (Jules César), Tony Curtis (Antoninus).

   En 69 avant J.C., l'esclave thrace Spartacus soulève la révolte dans l'école de gladiateurs de Capoue après avoir noyé dans le chaudron de soupe l'ignoble maton qui le persécutait. Il parcourt le pays pour délivrer les esclaves qui grossissent ses troupes en attendant de s'embarquer sur une flotte pirate moyennant une somme faramineuse moissonnée au cours de ses victoires sur les Romains, grâce à la supériorité au combat du gladiateur et au génie stratégique du général Spartacus. Celui-ci retrouve sa chérie Varinia, esclave fugitive que le Général Crassus avait achetée par amour.
   Six cohortes de la Légion envoyées par Rome sont décimées, mais une campagne mieux orchestrée par un Crassus jaloux, dont en outre le serviteur personnel a rejoint les mutins, parvient à lui couper la route de la mer avant de le tailler en pièces. Spartacus est crucifié sur la voie appienne avec les milliers de compagnons survivants. Varinia est affranchie entre-temps par le sénateur de la plèbe Gracchus, l'ennemi de Crassus. En route pour l'Aquitaine elle tombe sur le crucifié agonisant à qui elle présente son fils, qui sera fier plus tard de son papa. Crassus ne pourra donc pas vraiment savourer sa victoire.

   Mis à part quelques beaux plans généraux de manœuvre des légions, ce serait faire injure à l'audacieux concepteur de 2001 que de le confondre avec l'auteur de ce péplum pour connaisseurs fatigués. Tous les moyens sont bons pour la poudre aux yeux : brochette de stars plébiscitées, sympathie pour la vengeance, carton-pâte, haute-coiffure à gomina, couchers de soleil, fibre sentimentale voire, faiblesse de la réflexion politique sur la base d'un sourd manichéisme et d'une représentation caricaturale de la romanité.
   De souffle il n'y a guère que celui des cuivres s'époumonant en fosse. La musique n'y tient pas seulement lieu de principe de dramatisation (que serait la violence sanguinaire sans les hurlements des cors ou des trompettes ?). Elle assure également la continuité et l'unité d'un récit au montage d'une platitude désespérante : coupez le son et vous aurez une sensation de déperdition en puissance de la durée filmique.
   Que dire encore d'un film qui mise tout sur la star-producteur (Kirk Douglas : Galerie des Bobines), sa Brillantine et son pur-sang de haute-école ? 30/03/05
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Docteur Folamour (Dr Strangelove or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) GB VO N&B 1963 93' ; R. S. Kubrick ; Sc. S. Kubrick, Terry Southern, Peter George ; Ph. Gilbert Taylor ; M. Laurie Johnson ; Pr. S. Kubrick ; Int. Peter Sellers (Colonel Mandrake/Président Muffley/Dr. Folamour), George G. Scott (général Turgidson), Sterling Hayden (général Ripper), Keenan Wynn (colonel Guano), Slimo Pickens (major King Kong), Peter Bull (l'ambassadeur).

   Un général fou répondant au nom de Ripper (ripper : "éventreur") déclenche une attaque nucléaire sur l'Union soviétique, coupe toute communication avec sa base, séquestre le colonel anglais Mandrake (nom d'un magicien de BD) qui lui résiste et bloque l'accès aux codes de rappel des B52. Passant outre les conseils du belliciste général Turgidson (turgid : "affecté") et du docteur et ancien Nazi Folamour, le président Muffley (mufle : "emmitouflé") s'arrange avec son homologue soviétique pour faire abattre les B52. Ce dernier l'informe que la contre-attaque nucléaire est automatique et irréversible.
   Entre-temps la base de Ripper, est investie par l'armée et Mandrake retrouve les codes après le suicide de Ripper. Les bombardiers sont rappelés, sauf celui du major King Kong qui, endommagé par un missile soviétique reste sourd au rappel. Folamour recommande un siècle de repli des autorités dans des abris souterrains avec des procréatrices pour reconstituer l'humanité. La bombe lâchée, la terre est dévastée par une série d'explosions nucléaires.

   Construit, non sans un certain souci documentaire, comme un excellent thriller, sur la base du temps compté que rythme le montage parallèle des mouvements d'attaque et des actions du président siégeant au Pentagone entouré de son brain-trust, ce film développe surtout avec humour noir et loufoquerie une formidable dénonciation par l'absurde de l'inconscience des grands responsables de la planète. Grâce à l'imperceptible jeu parodique de George G. Scott, un antimilitarisme subtil donne le ton d'insolence de cette politique-fiction, tandis que le triple rôle de Peter Sellers établit un jeu triangulaire entre le militaire, le président et le Nazi, comme si l'inconscient de chacun était représenté par les deux autres.
   Recroquevillé sur son fauteuil roulant et s'efforçant vainement de réprimer la tendance compulsive de son bras au salut nazi, voire à l'auto strangulation, Folamour, type du docteur maudit (docteurs Moreau, Cyclops, Rock, Mabuse, Orloff, Pickle, Renault, X, voire Einstein et autres Jekyll), tient pourtant des propos familiers, qui auraient pu être ceux du Président. Cette antiphrase significative répond au sentimentalisme ironique de la fosse qui accompagne les explosions nucléaires. La bêtise militaire est joliment épinglée par l'image de King Kong qui, chevauchant la bombe lâchée, pousse une clameur de victoire en agitant le stetson au bout du bras. 10/11/02
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2001 : L'Odyssée de l'espace (2001 : A Space Odyssey) USA-GB VO couleurs (Technicolor, Metrocolor, SuperPanavision, Cinerama) 1968 135'
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Orange mécanique (A Clockwork Orange) GB couleurs 1971 VF et VO 136'
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Barry Lyndon GB VO couleurs 1975 187' ; R., Sc. S. Kubrick, d'après William Makepeace Thackeray ; Ph. John Alcott ; M. Leonard Rosenman ; Pr. S. Kubrick ; Int. Michael Horderne (le narrateur off), Ryan O'Neal (Barry Lyndon), Marisa Berenson (Lady Lyndon), Patrick Magee (le chevalier de Balibari), Hardy Kruger (le capitaine Potzdorf), Steven Berkoff (Lord Ludd), Gay Hamilton (Nora Brady).

   Dans l'Irlande du 18e siècle, Redmond Barry doit s'enfuir après avoir tué en duel le promis de sa cousine Nora, dont il est épris. Il s'engage dans l'armée anglaise et apprend avoir été la dupe de sa famille qui, intéressée à l'enjeu financier du mariage, avait substitué de l'étoupe à la balle du duel. Nora a donc épousé son rival bien vivant.
   Déserteur, il est forcé de s'engager en Prusse où il gagne la confiance du capitaine Potzdorf qui le charge de démasquer un espion irlandais, le chevalier de Balibari. Tous deux ayant sympathisé s'enfuient en Saxe où ils s'enrichissent dans les salons de jeu. Redmond y rencontre lady Lyndon qui l'épouse après la mort de son mari. Elle lui donne son nom et un fils mais il la trompe et dilapide sa fortune pour tenter vainement d'obtenir un titre. Le reste n'est que déchéance. Son fils meurt dans un accident de cheval. Il se met à boire, perd une jambe à la suite d'un duel avec son beau-fils, qui a juré sa perte, est renvoyé par la famille en Irlande avec une petite rente.

   Le principal intérêt du film réside dans l'humour littéraire du récit en voix off et dans la performance photographique multipliant les tableaux de maître d'époque, en extérieur : écarlates militaires sur fond gazonné, ciels sublimes et somptueux châteaux ; en intérieur : groupes nocturnes éclairés à la bougie grâce à des lentilles spéciales, décors grandioses, tout cela dans des plans d'une longueur invitant à la contemplation.
   Toutefois par précaution, une formation de chambre en fosse commente dans le style du temps et sur un mode lancinant le moindre battement de cil. Redondance redoublée si l'on compte celle de l'image illustrant le récit off. Globalement, une esthétique aussi artificielle qu'exhibitionniste.
   Est-ce pour cela qu'à sa sortie en salle, les critiques les plus autorisés ne manquèrent pas de crier au chef-d'œuvre ? 31/03/03. Ajouté en 2010 : Ils persistent 35 ans après. Comme quoi en cette époque de banalisation consumériste, le temps ne remplit plus sa mission de décantation...
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Shining (The Shining) GB VO couleurs Dolby 1980 115'
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Eyes Wide Shut USA VO 1999 153'
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Akira KUROSAWA
liste auteurs

La Légende du grand judo (Sugata Sanshiro) Jap. N&B 1943 80'
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La Nouvelle légende du grand judo (Zoku Sugata Sanshiro) Jap. VO N&B 1945 83'
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Les Hommes qui marchent sur la queue du tigre (Tora no o o fumu otokotachi) Jap. N&B 1945 58' 
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Je ne regrette rien de ma jeunesse (Waga seichun ni kuinashi) Japon VO N&B 1946 110' ; R. A. Kurosawa ; Sc. A. Kurosawa, Eijirô Hisaita ; Ph. Asakadzu Nakai ; M. Tadashi Hattori ; Pr. Toho ; Int. Setsuko Hara (Yukie Yagihara), Susumu Okochi (son père, le professeur Yagihara), Haruko Sugimura (sa mère), Kokuten Kodo (Noge), Akitake Kôno (Itokawa), Takashi Shimura (le commissaire).

   1933, l'université de Kyoto s'enflamme à la suite de l'invasion de la Mandchourie. Le régime militaire ne laisse aucune chance à ce mouvement pour la liberté. Le professeur de droit Yagihara est contraint de démissionner. Pourtant indifférente à l'action politique, sa fille Yukie est attirée par l'activiste Noge. Emprisonné puis libéré sur parole celui-ci fonde un journal qui lui permettra de continuer à agir dans l'ombre. Yukie finit par le rejoindre et l'épouse mais il est arrêté comme espion puis meurt en prison alors que le père de Yukie, qui a réintégré l'unjiversité en 1945, était prêt à le défendre. La jeune veuve prend la décision d'aller vivre à la campagne chez les parents de son mari. Malgré la vindicte des villageois dirigée contre les parents de l'"espion" elle partage la rude existence de ceux-ci et fonde un mouvement social.

   Les commentateurs de Je ne regrette rien s'attachent généralement à la performance de Setsuko Hara ainsi qu'à la source historique du film - il y eut dans la réalité un modèle de Noge -, jusqu'à préciser que Noge a succombé à la torture (ce qui n'est pas dit dans le film) : éloge de la représentation, dûment authentifiée de surcroît par les faits réels qui l'inspirent, le tout sublimé par le culte de l'acteur (seul film de Kurosawa dont l'acteur principal est une femme, etc.). Si bien que la propagande et la morale qui ligotent ici, provisoirement, le maître sont pris pour des effets esthétiques. Car il aura eu beau faire : parallélisme puis surimpression des mains sur la rustique serfouette et de celles du clavier bourgeois marquant le parcours édifiant ou encore ces plans hyperserrés, ce patinage sur place des travaux et des jours par le montage insistant, harrassé, etc, tout cela ne fait que servir la démonstration idéologique et soumettre le spectateur au modèle de sainteté de la comédienne. La musique renchérit sans discontinuer comme si Kurosawa n'était pas capable d'exploiter toutes les possibilités qu'offre le matériau proprement filmique. 01/11/15 Retour titres Sommaire

L'Ange ivre (Yoidore tenshi) 1948 N&B 98' ; R., Mont. A. Kurosawa
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Le Duel silencieux (Shizukanaru ketto) Jap VO 1949 95'
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Chien enragé (Nora-inu) Jap VO 1949 122'
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Scandale (Shubun) Jap. VO N&B 1950 104'
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Rashomon (Rashomon) Jap. VO N&B 1951 88', Lion d'or Venise 1951
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L'Idiot (Nakuchi) Jap. N&B 1951
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Vivre (Ikiru) Jap. VO N&B 1952 143', Ours d'argent, Berlin 1953
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Les Sept Samouraïs (Sichinim no Samuraï) Jap. VO N&B 1954 193'
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Le Château de l'araignée (Kumonosu-jo) Jap. VO N&B 1957 110'
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Les Bas-Fonds (Donzoko) Jap. VO N&B 1957 123'
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La Forteresse cachée (Kakushi toride no san-akunin) Jap. VO 35mm TohoScope 1958 126' (version d'exportation)
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Les Salauds dorment en paix (Warui yatsu hodo yoku nemuru) 1960 N&B TohoScope 135'
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Le Garde du corps (Yojimbo) Jap. VO 35mm Tohoscope N&B 1961 110' 
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Sanjuro des camélias (Tsubaki Sanjuro) Jap. VO Scope N&B 1962 96'
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Entre le ciel et l'enfer (Tengoku to jigohu) Jap. VO Scope N&B 1963 143'
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Barberousse (Akahige) Jap. VO 70mm N&B 1965 185'
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Dodes'Kaden (Dodesukaden) Jap. VO Eastmancolor 1970 130' ; R. Akira Kurosawa ; Sc. A. Kurosawa, Hideo Orguni, Shinobu Hashimoto, d'après des nouvelles de Yamamoto ; Ph. Takao Saito, Yazumichi Fukuzawa ; Lum. Hiromitzu Mori ; Déc. Yoshiro Muraki, Shinobu Muraki ; M. Toru Takemitsu ; Pr. Yonki no Kai, Toho ; Int. Yoshitaka Zuski (Rikuchan), Kin Sugai (sa mère), Juzaburo Ban (l'estropié), Kiajodo Tange (sa femme).

   Scandant de la voix l'onomatopée rythmique des bogies "dodes'kaden", le jeune idiot Rukuchan conduit un tramway imaginaire à travers un bidonville où un chœur de ménagères réunies autour du robinet central observe le voisinage quotidien riche en faits divers plus ou moins tragiques :
   La permutation rituelle de deux ivrognes s'échangeant foyers et épouses sous leur œil
égrillard, le retour d'une femme auprès de son mari aveugle qui ne lui adresse définitivement plus la parole, le viol et l'exploitation économique d'une adolescente par son tuteur, un père logé avec son fils dans une carcasse de voiture et simulant la construction d'une maison de rêve, le petit chargé de mendier les restes des restaurants succombant à un empoisonnement, un estropié affligé de tics grotesques qui soutient une épouse revêche et antipathique contre l'avis de ses collègues. Un vieux sage donne de l'argent à un cambrioleur qui emportait par erreur ses outils puis le protège contre la police. Il sauve un suicidaire en lui faisant sentir le prix de la vie après lui avoir fait fictivement absorber un poison violent. Il calme un sabreur fou en lui demandant s'il peut le remplacer un moment pour le soulager

   Le lien spatio-temporel est assuré par le trajet du conducteur de tramway qui, en mimant avec précision un véritable wattman, figure en abyme le rôle du narrateur. Seize trajets, huit le matin, huit l'après-midi, correspondent aux séquences des épisodes. L'exhibition des ressorts narratifs est accusée par la composition heurtée du récit, par des inserts de décors peints assortis de maquillages qui s'apparentent au masque théâtral et par le traitement résolument pictural de l'image, prenant sa source dans les dessins naïfs de tramways affichés aux murs du logis que Rukuchan partage avec sa mère.
   De dédramatiser la violence par le caractère rassurant de son action, le vieux sage, paradoxalement, préserve le tragique en éliminant le sentimentalisme. Ce qui va dans le sens d'un humour inimitable mêlant tragique et burlesque sous une façade toute de sérieux imperturbable. Ces deux derniers traits seuls témoignent de l'identité de l'auteur. Pour le reste, ce film, à part peut-être Tati, ne ressemble à aucun autre y compris à ceux de Kurosawa lui-même.
   Mais la hardiesse dont il fait preuve ne touche guère qu'à un aspect accessoire : l'exaltation par une palette étudiée de l'univers de la fiction accentue la valeur de surface du film au détriment de ce qui pourrait se tramer en son tréfonds. Kurosawa donne enfin libre cours à ses talents de peintre, mais c'est, semble-t-il, aux dépens du cinéaste. 12/07/04
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Dersou Ouzala (Dersu Uzala) URSS-Japon VO 70 mm couleurs 1975 137' ; R. A. Kurosawa ; Sc. A. Kurosawa, Youri Naguibine, d'après Arseniev ; Ph. Asakadzu Nakai, Yuri Gantman, Fyodor Dobronravov ; M. Isaac Swarts ; Déc. Youri Rachka ; Pr. Nikolai Shizov, Yoichi Matsue/Mosfilm, Toho, Nippon Herald Production ; Int. Maxim Munzuk (Dersou Ouzala), Yuri Solomine (capitaine Vladimir Arseniev), Svetiana Danilchenko (sa femme), Dima Kortishev (Vova, leur fils), Schemeiki Chokomorov (Chang-Bao), M. Bytchkov (membre du détachement militaire).

   1902, dans la taïga sibérienne où il est chargé des relevés topographiques avec l'aide d'un peloton militaire, le capitaine Vladimir Arseniev rencontre un vieux trappeur de l'ethnie golde, au physique pittoresque. Dersou Ousala, qui possède une connaissance approfondie de la nature sur une base animiste, accepte de devenir le guide d'Arseniev à qui, lui sauvant plusieurs fois la vie, il enseigne l'art de subsister dans un milieu hostile grâce à une sagesse millénaire.
   Une amitié naît. Ils se retrouvent en 1907 dans les mêmes conditions. Mais le trappeur se croit bientôt maudit par la divinité de la forêt pour avoir tué un tigre. Sa vue baissant il accepte de vivre au foyer des Arseniev. Inadapté à la ville il finit par partir. Son hôte lui offre un fusil à lunette. Peu après il est assassiné par un voleur de fusil.

   Malgré le succès retrouvé après l'échec cuisant de Dodes'kaden, Dersou Ouzala n'est de loin pas à la hauteur du génie de Kurosawa, en raison de la pauvreté éthique(1). La sagesse est l'objet d'une dévotion inconditionnelle à travers un personnage considéré a priori comme admirable. Linéaire, sa description est plus littéraire que filmique. Les belles images en plans fixes joliment bruités par la nature encouragent davantage à la contemplation fétichiste d'un personnage qu'à un questionnement sur la condition humaine.
   Le maître japonais a renoué avec le fil ambigu du succès commercial. 8/07/04
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Kagemusha (L'Ombre du guerrier) (Kagemusha) Jap. VO Scope-couleurs 1980 159'
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Ran Jap. VO Eastmancolor 1985 151'
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Rêves (Konna yume wo mita) Jap. VO 35mm Easmancolor 1989 117'
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Rhapsodie en août (Hachigatsu no rapusodi) Jap. VO couleurs 1990 98'
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Madadayo Jap. VO 1993 134 '
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Kiyoshi KUROSAWA
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Cure (Kyua) Jap. VO 1997 115'
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Diane KURYS
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Coup de foudre Fr. Scope-couleurs 1982 110' ; R., Sc., Dial. D. Kurys ; Ph. Bernard Lutic ; Déc. Jacques Bufnoir ; M. Luis Bacalov ; Pr. Ariel Zeitoun ; Int. Miou-Miou (Madeleine), Isabelle Hupert (Lena), Guy Marchand (Michel), Jean-Pierre Bacri (Costa), Robin Renucci (Raymond).

   À Lyon en 1952, deux femmes qui ont vécu en parallèle le drame de la guerre, l'une ayant perdu son amour, l'autre ayant connu l'exode et la précarité, et toutes deux tièdement mariées, connaissent quelques frissons adultères et nouent une amitié profonde jusqu'à plaquer leurs époux pour aller vivre ensemble à Paris.

   Reconstitutions soignées quoique peu crédibles (bruitage du vent accompagnant l'exode dans la neige !), avec acteurs attractifs dont duo de monstrettes sacrées et musique de fosse languissante. Comme toujours avec ce genre de distribution on admire surtout les numéros d'acteur. Il n'y a du reste aucune émotion en raison d'un montage strictement rationnel, stérilisant le flux affectif du temps.
   Que reste-t-il après vingt ans d'une œuvre qu'il fut alors de bon ton de citer dans les salons parisiens, à défaut dans la rubrique "Rencontres" du
Nouvel Observateur ? 25/01/02 Retour titres Sommaire

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Emir KUSTURICA
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Arizona Dream Fr.-USA VO Scope-couleurs 1992 141'
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Underground Fr.-All. VF 1995 165' ; R. E. Kusturica ; Sc. E. Kusturica, Dusan Kovacevic (d'après sa pièce) ; Ph. Vilko Filac ; Déc. Mijen Klakovic ; M. Goran Gregovik ; Mont. Branka Ceperac ; Pr. Ciby 2000 et Pandora Film ; Int. Miki Manojlovic (Marko), Lazar Ristovski (Blacky), Mirjana Jokovic (Natalja), Slavko Stimac (Ivan), Sdran Todorovic (Jovan), Ernst Stötzner (Frantz). Palme d'or 1995 à Cannes.

   Résistants de la Deuxième guerre mondiale, Blacky et Marko cachent dans la cave du grand-père des réfugiés contraints de fabriquer des armes pour le marché noir. Blessé et compromis, Blacky doit les rejoindre dans leur vie souterraine. Marko en profite pour séduire sa maîtresse Natalja, qui s'intéresse aussi à un officier allemand prénommé Frantz. Après l'armistice, Marko fait croire à ses "esclaves" que la guerre continue. Il devient un membre important du parti communiste yougoslave. En 1991, officier de guerre civile, Blacky apprend que les deux trafiquants qu'il a fait fusiller étaient Marko et Natalja. Il se suicide et retrouve dans l'au-delà tous ses proches défunts. Aux accents de la fanfare constituée de nombre d'entre eux, ils banquettent sur un terrain du littoral qui se détache et prend le large.

   On a beaucoup glosé sur la force allégorique de ce film qui tente, sous la vie intense d'une société haute en couleur, de montrer un chaos yougoslave alimenté par quelques figures troubles. En somme, l'épopée de la fin d'un monde, bien que l'on y trouve plus de bruit que de bruitage, plus de courants d'air que de souffle, plus de folklore que de folie, plus d'imagerie que d'image, plus de ficelles que de liens, plus d'épate que d'impact, plus de description que de scription … etc. En un mot une sollicitation excessive (que dire de la version longue !) pour un résultat guère à la hauteur. 26/05/02 Retour titres Sommaire

Chat noir, chat blanc (Crna macka, beli macor) Fr.-Yougo. 1998 120'
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HIJK

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