CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

Sydney POLLACK
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Absence de malice (Absence of Malice) USA VO couleurs 1982 110' ; R. S. Pollack ; Sc. Kurt Luedtke ; Ph. Owen Roizman ; M. Dave Grusin ; Pr. Sydney Pollack ; Int. Paul Newman (Michael Gallagher), Sally Field (Megan Carter), Bob Ballaban (Elliott Rosen), Melinda Dillon (Teresa Perrone).

   "Absence of malice" signifie "sans l'intention de nuire" et vise ironiquement le pouvoir exorbitant de la presse sur la réputation des citoyens. Le chef de la police de Miami laisse intentionnellement traîner sous les yeux de la journaliste Megan Carter, le dossier d'enquête du meurtre de Diaz, prétendument commis par Michael Gallagher. En mal de résultats significatifs, le flic veut en effet amener Gallagher à faire sa propre enquête en faisant jouer ses relations. La journaliste rédige un article supposant acquise la culpabilité s'agissant du fils d'un ancien trafiquant notoire, neveu d'un grand mafioso. Mais l'affaire entraîne, avec le suicide de Teresa, la meilleure amie de Gallagher, la disgrâce de Megan qui n'en deviendra pas moins sa maîtresse, ambiguïté des plus intéressantes. Cependant Gallagher ourdit un plan pour compromettre le chef de la police et le procureur. Il y réussit mais, écœuré par les procédés de la police et de la presse - son entreprise au chômage technique ne posant toujours pas de problèmes financiers -, il prend la mer sous les yeux de Megan plantée humblement au bord du quai.

   Tout cela bien ficelé de blanc. Il s'agit de mettre en vedette la figure de Newman en le présentant comme un membre honnête et travailleur, indépendant de sa louche famille sans être brouillé avec elle, directeur pas fier d'une grosse entreprise de spiritueux, se contentant d'une station-wagon très fonctionnelle pour ses déplacements. Bien que lâché par un personnel protestant de sa fidélité, sur ordre du syndicat dont Diaz était le leader, il signe de gros chèques provisionnés pour mener à bien son plan digne de Machiavel : faire croire à la corruption du procureur.
   Par l'air enfantin contrastant avec l'autonomie sexuelle et professionnelle, la journaliste semble d'emblée placée sous la protection de ce dur à cuire, entre lonesome cow-boy et vieux loup de mer dont le bateau (cheval) disparaît à l'horizon au finale. Le piano sentimental hollywoodien de la musique concertante accompagnant l'empourprement des eaux du couchant, distille les poncifs de la romance cornélienne. Pire : une musique à contrepoint cadencé surindique à point nommé le genre thriller.
   Pour résumer, prenez un vieux solitaire atypique, surdoué et moral, et une jeune femme très moderne mais prête à tout sacrifier à sa vie sentimentale, à la fois attirés l'un par l'autre et violemment opposés par des circonstances sociales, institutionnelles, professionnelles. Faites triompher l'indépendance farouche de l'homme, attisée par ces conflits, au détriment de la jolie jeune femme réclamée par la profession et les play-boys alentour, mais désormais suspendue au retour indéterminé du seul vrai mâle.
   Si tu n'as pas compris, le costume te l'explique : Gallagher en blouson invariablement mais complet sombre-cravate à l'enterrement et devant le représentant du ministère qui prononce le renvoi du chef de police ; Megan toujours en stricte tenue de travail (tailleur) sauf à la fin en jupe ample et légère, comme libérée du carcan institutionnel cause du conflit sentimental. Ce qui n'empêche que, à condition d'oublier les grossiers procédés musicaux, l'on passe un moment agréable et didactique (sur la toute-puissance de la presse), bien rythmé par les rebondissements, en compagnie d'acteurs intéressants dans un décor attirant sans être trop racoleur.
   Mais, peut-on vraiment faire abstraction de la musique d'accompagnement ? Que resterait-il sans elle ? Sans doute, tout de même et sachant qu'un fragment ne peut valoir pour la totalité, une très belle scène implicitement érotique où Gallagher agresse sauvagement - pas sexuellement - Megan à la suite du suicide de Teresa, lui susurrant à l'oreille les horreurs de l'autopsie. Il la laisse pantelante, le chemisier déchiré, sur le sol de son entrepôt. Moralité : les bonnes idées ne suffisent pas. 22/06/01
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