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CINEMA ARTISTIQUE

 

   

MODALITÉ SYMBOLIQUE DU LANGAGE : L'IMAGINAIRE PATRONYMIQUE

(Première version d'un article paru dans Etudes psychothérapiques n° 13, De Boeck Université)

par   Daniel Weyl

 

Il est admis que la langue que l'on parle est la condition première de la pensée conceptuelle. Aussi le linguiste ne l'envisage-t-il pas autrement, lui présupposant une fonction de représentation conceptuelle et/ou de désignation cognitive, le patronyme quant à lui se devant toujours de désigner celui qui le porte. Cette fonction peut-être qualifiée de sémiotique, parce qu'elle s'explique par le signe saussurien, dont l'"arbitraire" garantit le caractère social, nécessaire à la communauté d'intelligence. Dans le cas du patronyme, elle se double cependant d'une fonction anthropologique entraînant des rituels comportementaux rigoureux, auxquels le moindre manquement est ressenti comme une sorte de sacrilège. Déformer le nom du père équivaut à un affront grave. "Merlot" vaut déchéance du rang social de Merlin. Mais le dommage cognitif résultant de la transgression linguistique proprement dite n'est-il pas bien pire, toute violation du fonctionnement de la langue étant source d'un non-sens, où la société ne reconnaît plus ses propres repères ?
Si je m'intéresse ici à cette forme de violente transgression linguistique qu'est la motivation du nom propre, c'est-à-dire d'un patronyme apparenté à un substantif connotant son porteur, c'est qu'exemplaire, elle permet de mettre en évidence que le "non-sens" linguistique, ne procède nullement d'une négation du sens, mais que, répondant d'abord à un besoin imaginaire, il relève d'une fonction spécifique distincte de la fonction sémiotique, la fonction symbolique.

LE SYMBOLIQUE

Une certaine confusion règne quant à la définition du symbolique, parce que plusieurs écoles semblent se concurrencer sans apparence de conciliation possible. Elles s'accordent pourtant sur la nécessité de distinguer le symbole du signe dont le rapport arbitraire du signifiant au signifié s'oppose au rapport naturel ou motivé du premier .
On peut distinguer trois tendances correspondant à trois conceptions du symbole.
1° Symbole collectif
2° Symbole inconscient
3° Symbole enfantin
Ce qui caractérise le symbole collectif est qu'il tend à l'invariance. Autrement dit, il participe d'une symbolique, lexique des symboles auquel il est tentant d'attribuer une universalité. Parmi ceux-ci, C. G. Jung distingue les symboles culturels, représentations (ex. : le serpent, le chat noir, etc.) collectives conscientes, des symboles naturels ou archétypes , schèmes archaïques enfouis dans l'inconscient.
Tandis que le symbole freudien inconscient, après une première définition (dans La Science des rêves) de forme à signification fixe va devenir à travers les travaux ultérieurs, l'équivalent d'un travail, propre à chaque rêve ou à chaque fantasme, donc toujours original. Notons que si Freud n'élimine pas totalement une symbolique a priori, elle se réduit à un petit nombre de fantasmes originaires, héritage dont la possible innéité semble quelque peu délasser Freud de la rigueur de son système ontogénique, tandis que la riche collection des archétypes jungiens appartient explicitement à la phylogénie.
Quant au symbole enfantin, Piaget le caractérise comme la forme préréflexive du langage, quand l'enfant encore incapable de s'abstraire en des signes impersonnels, présentant un rapport arbitraire entre leurs deux faces, s'invente un langage personnel au moyen essentiellement de l'imitation, par où le signifiant ressemble au signifié .
La parenté entre les trois conceptions, cependant, est plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord, pour peu qu'on admette la vocation fondamentalement ludique et vivante du symbole. Qu'il suffise de considérer le symbole collectif comme un symbole figé par socialisation à l'instar du signe, Jung protestât-il (mais de façon vague) du caractère inachevé de l'archétype entraînant une liberté opératoire. L'autre différence, le fonctionnement inconscient des symboles freudiens, me semble pouvoir être négligée en considérant que le symbole est toujours inconscient pour un interprêtant sémiotique. Le symbole enfantin exige une élucidation parce qu'il s'appréhende toujours à travers la pensée conceptuelle, à laquelle il oppose une totale opacité. Seulement le décryptage en est sans doute plus aisé parce qu'il ne résulte pas, comme le symbole onirique, de la censure. Une typologie des symboles pourrait donc distinguer entre ceux qui dissimulent un contenu violent - le tabou n'étant exclusivement sexuel que dans les idéologies antifreudiennes - et les autres, si le symbole au fond, ne semblait avoir vocation à exprimer la violence dans son fonctionnement général.
Car, non seulement il a la propriété de contourner l'inhibition qui est le corrélat de la socialité, mais de préserver la force du tabou, de l'interdit, de l'inavouable, de l'insoutenable, du secret intime, etc., qui échappent grâce à lui à la récupération de la convention sociale sémiotique. Davantage, le symbolique est la seule puissance de liberté possible au service de ce qui ne saurait se réduire à une configuration a priori.
Il en résulte une affinité naturelle entre la violence présociale ou parasociale et le symbolique. Ainsi le patronyme comme exemplairement engagé dans la socialité et dans la psychologie à la fois va-t-il être intensément soumis au travail d'anamorphose qui lui permet de participer simultanément des deux.

 

L'ANAMORPHOSE PATRONYMIQUE

L'imaginaire au service d'un désir d'accomplissement peut investir le patronyme grâce aux propriétés plastiques de la langue, par lesquelles une unité linguistique est susceptible de se reconfigurer en d'autres sous la pression des avatars nés de l'extrême mobilité par analogie, contiguïté, collocation ou antonymie du sens du désir. On a donc affaire non à un processus purement fonctionnel à signifiant neutre et transparent, mais symbolique, à signifiant actif, perdant son caractère "arbitraire". Non à la dimension sémiotique, mais proprement symbolique où interagissent les deux faces du signe. Ainsi, Leveau, nom de boucher, se reconfigure automatiquement en "le veau" par la force sémantique opportune de la contiguïté du métier désiré. Astic, masseur, en "astique" par analogie. Ou Fripouillet, gendarme, en fripouille par antonymie. Les jeux interlinguistiques mêmes sont pertinents, et fréquents dans les régions frontalières. Par exemple, Lieber ("amant" en allemand), cardiologue, Louka (angl. to look), ophtalmologiste. Cependant cela peut même aller sans anamorphose, c'est-à-dire jusqu'à l'homonymie parfaite, comme dans : Boudin, charcutier, mais impliquant encore un détour de contiguïté (le produit pour le métier). Inversement, il se peut que le métier soit désigné directement au prix d'une légère déformation (Ledémé, déménageur, Guénégo, gynéco). Mais je n'ai jamais rencontré de pure dénotation homonymique du métier, bien qu'elle ne soit pas impossible. Un cordonnier se nommera volontiers Taillepied et non Cordonnier, comme si la condition du patronyme motivé était la distorsion qui déguise le désir comme motivation. Le désir s'apparente donc, comme toujours, au tabou. Tabou de l'adversité du réel sans doute, qui est précisément ce qui ne s'ordonne en aucune façon au désir. Tout patronyme motivé désigne donc un tabou en ceci, qu'il se soumet au fond imaginairement un réel totalement indifférent au destin particulier du porteur du nom. Le tabou, c'est cette indifférence d'une force tellement supérieure à la volonté de l'individu, qu'en être conscient, c'est renoncer à la lutte pour la vie. Mais ne confondons pas le tabou fondé sur une inhibition à l'action devant le risque que comporte le réel, avec le tabou social, voire civilisationnel, dont la force, voire la violence imaginaire, se convertit en force d'humour, alors que l'intérêt de l'autre cas, dont le tabou reste personnel et non communicatif, se limite à un jeu de mots unissant le porteur du nom à son métier ou son action.
Les patronymes des gynécologues en l'occurrence sont sans doute ceux dont la motivation est la plus répandue (ex. Soulacroup, gynécologue). Faut-il en conclure que la motivation symbolique est proportionnelle à la force de l'interdit ? Ce que semblerait confirmer la présence dans le peloton de tête, des pompes funèbres (ex. Krèveras, pompes funèbres) et de la psychiatrie (ex. Bargeot, psychiatre). On ne doit pas néanmoins exclure un autre facteur de poids, c'est que l'interdit attire le chercheur, qui sera inconsciemment plus actif dans la collecte de patronymes à métiers tabous que dans les autres.

PRINCIPE DE MOTIVATION

Il y a une tendance naturelle, irrépressible, à attribuer un sens imaginaire aux mots en les motivant, au moyen du processus symbolique : car le sens a horreur du vide. La propagation instantanée du sens bénéficie, comme je l'ai signalé ci-dessus, de la triple force de l'analogie, de la contiguïté (y compris de la collocation) et de l'antonymie, qu'elle utilise indifféremment selon l'opportunité matérielle. Le processus concerne le signifiant et/ou le signifié, ou le signifiant et le référent s'il s'agit d'un patronyme. L'analogie physique déclenche l'anamorphose en direction d'un signifiant motivé soit par analogie référentielle, soit par contiguïté ou collocation, soit par antonymie. Notons que ce processus étant inconscient, il est indifférent aux tabous. D'où le comique qui, en tant que régulateur de l'équilibre du moi en butte à la désocialisation, peut surgir de l'absence de pudeur constitutive de l'anamorphose.
Le patronyme ne donne pas systématiquement lieu à motivation. Quand il le fait, la motivation peut être soit intérieure, soit extérieure, soit intérieure et extérieure à la fois.
Intérieure : on se choisit inconsciemment un métier ou une activité en rapport avec la sémantique latente du patronyme comme nom du père porteur du mandat familial, autrement dit on le symbolise au double sens du terme, en le motivant et en le posant socialement.
Extérieure : ce sont les institutions ou les instances de pouvoir qui motivent symboliquement leur choix en désignant à une fonction la personne qui s'y associe par son patronyme. Ex. : Delors, ministre de l'économie.
Intérieure et extérieure : si en considérant le cas précédent, la désignation à une fonction a été aussi guidée par la force de motivation du candidat inconsciemment désireux d'accomplir le mandat familial.
Il est évidemment presque impossible de recenser les motivations patronymiques concernant des hobbies, des passions ou des travers, tous comportements qui restent relativement confidentiels. On se contentera donc presque toujours des métiers qui ont pignon sur rue, et figurent au minitel. C'est le grand nombre qui confère une crédibilé au phénomène, car il dévoile un système d'imaginaire social. J'ai donc dressé un large inventaire en réunissant tous les paradigmes à ma disposition, n'omettant que les cas isolés (comme Aimedieu, physicien de l'atmosphère, ou Brosse, femme de ménage).
L'authenticité des patronymes et du métier exercé en rapport est de la responsabilité de l'auteur de ces lignes, qui jure sur l'honneur n'avoir en l'occurrence rien inventé. Je tiens du reste à la disposition du lecteur les précisions géographiques ou les références documentaires qui permettent la vérification - presque toujours, certains matériels ayant été collectés depuis presque trente ans sans intention scientifique initiale -. On trouvera à la suite du patronyme dont il est séparé par une barre oblique (/) le mot exprimant la motivation du métier visée à travers l'anamorphose inconsciente. Ex. : Eustache/moustache, coiffeur.

Abréviations
all. "allemand", angl. "anglais", gr. "grec", lat. "latin", pop. "populaire", VS "versus", * : "équivaut à"

INVENTAIRE DES PATRONYMES MOTIVÉS

ALCOOLS ET BOISSONS. Les patronymes des marchands d'alcools se déclinent par la contiguïté de l'intempérance : A. Gogo, Bachman/Bacchus, Baffrey/[se-]baffrer, Debief/de-biais, Freudenreich/all. "empire-de-la-joie", Lampin/lamper, Noyé/"noyé[-d'alcool]", Picolet/picoler, Pinto/[se-] pinter, Raedelin/raide, Widmer/vide-mer, ou de la dégustation : Barmès/bar, Gouteyron/goûter, Legutké/goûter/goutte, Lichtlé/lichée ; par des allusions métonymiques à la vigne, aux vendanges et au vin : Agrapat/grappe, Blanck/blanc, Champseix/Champagne, Claret/clairet, Jux/jus, Lavigne, Le Poittevin/vin, Mader, Moussy/mousseux, Otter/hotte, Pinard, Piqué/piquette, Preiss/presse, Sick/all. Sickern "couler", Sylvain Tourné/vin-tourné, Veynat/vin ; par la contiguïté de l'embouteillage : Bott/bottle, Bouchard/bouchon, Boucherat/bouchon, Bouteiller/bouteille, Fleischer/flasque ; par des antonymies : L. Auclair/l'eau-claire, Lesobre/sobre, Raison.

AMBULANCE. Comme son nom l'indique, l'ambulancier prend en charge des personnes mal en point : Boos/bosses, Huelou-Seigne/saigne, Marquès/marqué, voire déjà mortes ou sur le point de l'être : Hégy/ci-gît. Son véhicule n'est au fond qu'une civière roulante : Rolland/roulant, Rulland/roulant, à piloter rapidement : Doublet/doubler, Magnaud/[se-]magner, mais avec douceur : Doucet/doucement, Guidoux/guide-doux. Ce qui ne l'empêche pas, parfois d'arriver trop tard : Bouchon, Utard/tard (antonymies).
ARMÉE, POLICE, GENDARMERIE. On y trouve des contiguïtés de l'armement : Barril, Deferre/fer, Leclerc/[sabre-au-]clair, Massena/assena/assassina/massue, Massu/massue, Mortier, Pétain/péter, Rifflard/riffle, des nominations de la bataille : Mountbatten/battle ou de la guerre : de Saint-Mars, des contiguïtés de la bataille : Beaurir/mourir, de Crèvecœur/crève, de Lattre/âtre, de Hautecloque/cloques, Dumouriez/mouriez, Duroc/roc, Foch/fauche, Morillon/mort, Sacaze/sacage, Singland/cingler, Taillade/tailler, Vaillant, des contiguïtés des armes et grades : Houssard/hussard, Sergent, Singland/cinq[-étoiles-]glands, des contiguïtés de la répression : Brutin/brute, Cabana/cabane, Coffre/coffrer, Ouvre-L'Œil, Rateau/ratisser, des antonymies de la violence répressive et guerrière : Beaurir/beau-rire, Bon, Bonneau/bon, Clemenceau/clément, Dominé, Fripouillet/petite-fripouille, Gentil, de Guillebon/guilleret-bon, Lacheroy/lâche, Montcalm/calm, Petit, Ramollot.
ASSURANCE. Les assureurs qui ont l'avantage d'avoir un nom prédestiné vous assurent de la fiabilité de leurs garanties : Gaertner/garantie, Garat/garantie, et de sauvegarder vos richesses matérielles : Saffi/sauve .
BÂTIMENT. Les patrons des métiers du bâtiment portent parfois un nom désignant leur travail : Bastien/bâtir, Bathiste/bâtir, Bricola/bricoler, Covre/couvrir, Pioffret/piocher, Terregrossa/terrassement, Terri/terrassement, les matériaux utilisés : Colle, Garrera/carrelage, Gravinèse/gravier, Pierrat/pierre, Pierson/pierre, Sablone/sable, les outils : Rouleau, les parties de la construction : Chambre, Colonnat/colonne, Mura/mur, Muré/mur, Trapp/trappe, le type de construction : Chelet/chalet, Latorre/tour, Turetta/tour, la spécialité : Manzoni/maçon, Masson/maçon, la qualité de l'ouvrage : Durmeyer/dur, ou au contraire, sa fragilité : Cracco/craque.
INSTITUT DE BEAUTÉ. Ceux qui ont investi dans la beauté : Abella/belle, Abelle/belle, Baumann/beau, Beau, Jenebel/belle, Maraibel/belle, s'adressent à la femme : Pham/femme, se réfèrent à la jeunesse : Jenebel/jeune, Lejeune/jeune, à la séduction : Galland/galant, et proposent des techniques de soins : Mastori/massage, tout cela par contiguïté. Les antonymies disent la même chose, mais à l'envers : Alverson/aversion, Tournemine/"mauvaise"- mine.
BIJOUTIER. Le bijoutier chuchote à travers le nom paternel les mots de ses désirs par contiguïté ; l'or, son matériau de prédilection : Célaur/or, Kamelhor/or, Lorenzi/l'or, Minner/mine (d'or), Modiano/diamant, Petre/pierre, Pierrat/pierre, Rubilité/rubis, Vicente de Oro/or, Vincara/[or-]vingt carats, le bijou lui-même : Brochard/broche, Féraud/ferret, Ferry/ferret, Rivière, et ses qualités : Briand/briant, ou au contraire, par antonymie, ses défauts possibles : Duffau/faux, Stern/terne, la gravure : Guillosson/guilloché, la fonction du bijou Lappara/apparat, et de la richesse qui lui est associée Bourcier/boursier, Dotter/doter, Jaschek/chèque.
BOIS. Les patronymes y évoquent le matériau de base : Boileau/bois, Bonbois/bois, Desbois/bois, Desilvestre/sylvestre, Dubois/bois, Fagot, Gadbois/bois, Marchebois/bois, Taillebois/bois, l'ouvrage : Bardoz/bardeau, Chelet/chalet, Gélébart/barre, Marchebois/marche, Panorias/panneau ; le travail : Chevillard/cheviller, Lacote/cote, Poncet/poncer, Taillebois/tailler, l'outillage et le matériel : Chilte/schlitte, Rabolt/rabot, Rabot, Urban/scie à ruban, Varlet/varlope, et par antonymie les malheurs de ce métier : Brulez/brûler, Gadbois/gâté, Pourel/pourri.
BOUCHER. Maints bouchers sont pourvus de noms désignant par contiguïté leur univers. Qu'il s'agisse des animaux qui sont leur gagne-pain ; bovins : Boivin/bovin, Bouvet/bovin, Cornu, Duvaux/veau, Leveau/veau, Vachet, Traye ; chevaux : Henny/hennit, Porcheron/percheron ; porcs : Porcheron/porc, Vergnat/verrat, ; voire capridés : Chevrier/chèvre, Chevrot ; du traitement de boucherie : Caillot, Corroy/corroyer, Coupé, Courroye/corroyer, Ruche/rouge ; ou des aliments qu'on en tire : Blanck/blanquette, Bougras/bout-de-gras, Bouillon, Fricaud, Gigot, Grillot/grillade, Hatsch/haché, Lemoult/mou, Parmentier, Queuche/queue.
BOULANGER-PATISSIER. Des boulangers-patissiers s'affirment tels par leurs patronymes apparentés au métier : Kerboul/boulanger, Reboul/boulanger ; aux noms de leurs produits, le pain, directement : Panil/pain, Pean/pain, Pinlong/pain ou par contiguïté : Kerboul/boule, Miesch/miche, Perthu/pétri, Quinot/quignon, Reboul/boule ; la patisserie directement : Bucher/bûche, par contiguïté : Dessey/dessert, Legastelois/gâter ou par antonymie : Delacre/âcre ; au repas : Demange/mange, Demangeat/mange, Fritschy/frichti, Susset/suce, ou à ses antonymies : Roth/rote.
CHARCUTIER-TRAITEUR. Les charcutiers et traiteurs ou ceux qui les promeuvent, semblent espérer secrètement (par contiguïté) en l'épanouissement de leur profession par leurs compétences : Lecoq/maître-coq, Pannetier/panetier, par l'abondance (Manne, Pannetier/panier, Pannier/panier) des viandes : Boudin, Bourdin/boudin, Carniel/carné, Dalloyau/alloyau, Jean Bonnot/jambonneau, Lecoq/coq, Porcher/porc, Poulaillon/poularde/volaille, associées à un appétit généralisé : Le Dentu, Ledentu, Machet/mâcher, dont témoigne l'embonpoint de certains : Gross.
CHAUFFAGE. Quelques distributeurs de combustibles, ou des chauffagistes, ont des noms motivés quant à la production de chaleur : Chopiné/chaud, Clément/[température]-clémente, Feugeas/feu, Torrès/torride, ou l'inverse : Frisquet, Gelard, Gelé, Gely/gelé, Malréchauffé, Meige/neige, quant à la nature du combustible : Nègre/noir pour le charbon, Poussier, Sauvebois/bois, et aux opérations d'entretien : Ramundi/ramoner.
CHEVAUX. Dans les métiers du cheval, une dynamique imaginaire, à savoir homonymique, paronomastique ou collocatoire, fait parfois participer les noms des humains de l'univers du cheval : Bidet, Gallopin/galoper, Henriquet/Henri-IV [*cheval blanc, collocation], Marchal/maréchal- ferrant, Montémont/monter.
CINÉMA. C'est comme si l'on se faisait un petit cinéma du nom de famille : Bresson/son, Cameron/caméra, Kramer/caméra, de Beauregard, Gance/ganse (*ruban de pellicule), Lumière, Mathot/mater (regarder), René Clair/éclair, Tourneur/tourner, Wender/all. "tourneur", Zinnemann/cinema, ou par antonymie : Lelouch/louche.
COIFFEUR. La corporation des coiffeurs, à en croire son investissement patronymique, reconnaît dans les systèmes pileux de tête (*Papuchon/capuchon) sa raison d'être : Babe/barbe, Barbe, Capelle/capilaire, Chevassus/cheveux, Crinière, Eustache/moustache, Haering/haer (all. "cheveux"), Huppenoire/huppe, Lebouc/bouc, Pillette/pileux, Siebenhohr (sept cheveux). Elle se plaît à les classifier : Blondé/blond, Blondel/blond, Crépin/crépé, Debrin/brun, Frichey/friche, Huppenoire/noir, Leroux/roux, Llongueras/long, Roux, s'intéresse à la santé du cuir : Pelard/peler, Plaquet/plaques, propose des tailles : Châtre, Cloup/coupe, Coupeido/coupe, Coupure/coupe, Hachet/hacher, Letailleur, Taïeb/tailler, des coupes : Bros/brosse, Broussier/brosse, Frangeul/frange et des soins esthétiques : Biguine/bigoudis, Grimont/grimer [*maquillage], Jehl/gel, Hennes/hénné, Pinturaud/teinture, Rouleau, en ses salons : Salaun, en l'honneur de la beauté, féminine surtout : Debelle.
CORDONNERIE-CHAUSSURES-PODOLOGIE. Un cordonnier qui s'appelle Crépez/ /crêpe/[saint-]Crépin pourrait ajouter sur sa carte de visite "le bien-nommé", ainsi que ses confrères Marche et Taillepied/taille-pied. Mais ils n'ont rien à envier au marchand de chaussures Letscher/leather(angl. "cuir)/leder(all. "cuir)/lèche-botte, ni à l'orthopédiste Gandolfi/[aller-comme-un-] gant (ou par antonymie : gant VS chaussette), ni aux podologues Cambronne/cambré, Corosu/cor-aux-pieds, Coulpier/cou-de-pied, Crépin/Saint-Crépin, Lognon/oignon, Pompanon/pompe, Thomassin/ /mocassin, Trotte, Trute/trotte.
CYCLES. Les patronymes de ces marchands de cycles et motocycles indiquent secrètement la passion du vélocipède : Zinglé/cycle, Zwickel/cycle, et de la moto : Motard, par leurs pièces anatomiques : Frenot/freins, Ghidini/guidon, Gourdon/guidon, Gueudin/guidon, Pignol/pignon.
DENTISTES. Leur gagne-pain étant dans la bouche des patients, celle-ci se manifeste aux détours de leur onomastique imaginaire, grâce à la richesse des contiguïtés : Abegg/bègue, Adam/dent, Adan/dent, Beck/bec, Canino/canine, Cheymol/molaire, Dana/dent, Danan/dent, Danant/dent, Dang/dent, Danner/dent, Danos/dent, Demolon/molaire, Dennler/dent, Dentz/dent, Ducros/croc, Gévaudan/dent, Gingold/gencive, G. Roque/croque, Isner/nerf, Janvre/gencive, Le Dantec/dent, Machton/mâche, Molard/molaire, Oréfice/orifice[-buccal], Palacci/palais, Proden/dent, Regensberg/gencive, Remolleur/ /molaire, Rongier/ronger, avec ses affections spécifiques : Carel/carrie, Cariou/carrie, Caron/carie, Carré/carie, Carricaburru/carrie, Du Tertre/tartre, Gatti/gâtée, Pirard/pyorée, Pyrée/pyorée, Tartour/tartre, l'outillage spécialisé : Lansade/lancette, Rollat/roulette, Rollet/roulette, Roullet/roulette, ainsi que ce qui se rapporte aux prothèses : Gingold/gold, Molard/moulage, Rattier/dentier, Remolleur/moulage, Schmuck (all. "ornement"). Cependant c'est un métier violent; car il n'y a pas pires douleurs que celles localisées dans la tête : Anxionnat/anxiété, Aye/aïe, Bohbot/bobo, Gsegner/saigner, Lansade/ /élancement/lancinant, Souffir/souffrir. C'est pourquoi les qualités professionnelles exigées sont la douceur : Baudoux/doux, Calm/calme, Doucene/doux, Doucet/doux, Legentil/gentil, Maman. Il y a néanmoins des patronymes antonymiques (conjurateurs et non intentionnels) à tendance sadique : Asche/hache, Barbarin/barbare, Greusard/creuse, Hache, Landru, Loup, Poinard/poignard, Raffaillac/Ravaillac, Remolleur/rémouleur, Rongier/ronger, Taillard/tailler, Tayar/tailler, Tranchant.
DROIT. Les métiers juridiques (avocats, clercs, greffier, huissiers, juges, notaires), n'échappent pas à la règle de l'investissement imaginaire du nom, que ce soit par la désignation directe de l'objet : Bondroit, Droit, par le détour des fonctions : Claerr/clerc, Greffe, par les attributs judiciaires : Apelle/appel, Baradez/barreau, Barat/barreau, Barreau, Papelard/paperasserie (procédurière), Prudhomme/[conseil-de-]prud'homme ; par l'évocation du motif : Contensoux/contentieux, par les qualités de l'avocat : Languille, ou ses défauts : Berna, Berne, Lepitre, Papelard, entraînant des antonymies : Courgibet, Dupe (notaire), Fourré/(en-prison), Le Pendu, Mailfait/malfaiteur, Malandrain, Mouchart.
ÉCRIVAIN. Inscrire dans les mots l'imaginaire ? Pourquoi pas dans son propre nom propre : Billedoux/billet-doux, Feuillet, Grimm/grime, Littré/lettré, Nègre, Paget/page, Stil/style, Tolkien/angl. to talk.
ÉLECTRICITÉ. Dans l'électricité (installateur, fabricant de matériel électrique, personnel de l'EDF, etc.), on s'appelle parfois comme le matériel : Bouton, Cablé, Fillon/fil, Fisher/fiche, Lignères/ligne, à moins de s'identifier au courant : Ducourant, Lintzentritt/électricité, Tritz/électricité, à son passage : Bercher/brancher, Chebrou/branché, à ses effets : Silume/s'allume ou à leur contraire : Lenoir (antonymie).
FINANCE. Qu'on s'appelle Bauquier/banquier ou Nantier/nanti, nul ne s'en plaindra, mais Coruble/corruption, Fauché, Jean Poch/j'empoche ou Trichet ? Eh bien c'est tout un ! Un mot et son antonyme ayant même valeur dans l'imaginaire : C'est ce qui lui donne, entre autres, sa puissance d'insolite.
FLEURISTE. Le signe est toujours arbitraire, sauf dans le symbole, mais comme il peut jouer les deux rôles, il vaut mieux réserver provisoirement cet axiome contraire à la logique de l'imaginaire. Quelle liberté y gagne alors la lecture des noms de fleuristes, c'est encore plus poétique sans redressement orthographique ou lexical : Deschamps, Fleurance, Floesser, Floret, Gerber, Lapoirie.
FOURRURES. Voici un métier où la contiguïté privilégiée est celle des animaux à fourrure : Brun/ours brun, Dours/ours, Felini/félin, Hirmine/hermine, Le Loup, Lecat/chat, ceux dont la peau (Santapau/peau) combat le gel (Jehlen), et se substitue en hiver au maillot : Maillot (antonymie).
IMMOBILER. Dans l'immobilier, de quoi s'occupe-t-on ? de maisons parfois en pierre : Lapierre, Pierre De Maison, de leurs composants : Duthoit/toit, Etige/étage, Glé/clé, Lescalier/escalier ; ou analogies : Cabane. Mais on n'échappe pas au revers : Grava/gravat qui dans cette logique n'a pas une valeur vraiment négative, car elle s'apparente toujours au désir, par exemple, celui de (re)construire.
INFIRMIÈRE. Voilà un sacerdoce, semblent vouloir proclamer ces quelques noms propres d'infirmières par des analogies : Bonafé/bonne-fée, Christ, Mattler/materner, tout en évoquant le lieu : Hôpital où souffrent les malades : Dolle/douleur, Fèvre/fièvre, Klocker/cloques, Le Maux/maux auxquels elles prodiguent leurs soins : Charpy/charpie, Garo/garot, Platret/plâtrer, et qui doivent se reposer : Dispot/dispos, Pegeot/pageot ("lit")) pour guérir : Gury/guéri. Mais il y a toujours l'envers du désir (qui n'est rien d'autre que le désir lui-même) : Bouchier/boucher, Dussourd/sourd [aux appels de souffrance].
LINGERIE FÉMININE. Comment peut-on bien se nommer quand on investit ses ressources patronymiques dans la lingerie féminine? C'est encore la contiguïté qui vient au secours du désir d'y perdurer, soit par l'espoir d'embellir le corps de la femme : Beaudichon/beaux-nichons, Charmel/charme, Moulon/mouler, ou d'en donner l'illusion : Berlu/berlue ; par la toilette : Latour/atours, à moins qu'il n'y ait rien à faire (mais il y a toujours un moyen : loi du désir) : Grabon/gras.
MASSEUR. Le masseur ignore sans doute que son activité quotidienne s'inscrit parfois dans le nom de son père, que ce soit de façon directe : Masson/masser, métonymique : Pinatelle/atelle ou analogique : Astic/astique, ainsi que ses raisons d'être : Crampe, Milgram/mille-grammes ; ses instruments naturels : Moigne/poigne, Pallud/paluche, sans oublier les qualités indispensables : Doucelin/douceur, Minez/Minet et Minoux/minou (*doux par analogie). Mais c'est un métier qui suscite, dit-on, des fantasmes, l'imaginaire langagier les trahit : Latouche/touche, Papon/papouilles, Papouin/papouilles, Pinatelle/"piner", Pineau/"piner". Les antonymies en témoignent en affichant l'envers interdit de cette pratique toute pacifique et bienfaisante : Bouchet/boucher, Bourreau, Breyer/broyer, Brisart/briser, Brisoux/briser, Bryski/briser, Gaucher, Levisse/visse, Massaferro/"massage-de-fer", Massebœuf, Moigne/poigne, Pinçon, Sauvage, Serre, Tordjman/tordre/torture, Tortelier/torture, Torti/torture, Tribouillet/tripatouiller/triturer/bouillie.

MÉDECIN
GÉNÉRALISTE
. Les fantasmes associés à la médecine sont tout d'abord érotiques, n'appelle-t-on pas très tôt "jouer au docteur" le fait de s'enfermer avec un/une partenaire dans un lieu secret ? La vocation du médecin s'y symbolise, à l'aide de contiguïtés en filigrane dans le patronyme : Bidet, Bonté/avoir-des-bontés, Botte, Bour/bourre, Conquy/conquis, Couillaud/couille, Debauchez/débauché, Desnus/nu, Elbèze/baise, Englander/glandes, Hanus/anus, Lapassade/passade, Leporc/porc, Mazo/maso, Phaller/phallus, Sexe, Van de Putte/pute, Vergé/verge, Voluté/volupté. Ce qui peut prendre parfois un air plus doux, d'affection maternante : Aim/aime, Aimelet/aime, Bonté, Maman, celle même que l'on peut attendre d'un médecin.
Il existe néanmoins des symboles plus "sérieux", qui savent se contenter de désigner la médecine par tous moyen de contiguïté : Allongé, Asthie/asténie/asthme, Baum/baume, Baumann/baume, Bismuth, Bohbot/bobo, Bouillon, Contamine, Curie/cure, Curien/cure, Erny/ernie, Espitalier/hospitalier, Fiel, Garot, Garraux/garot, Gravier/grave, Grobotek/grabataire, Guerif/guéri, Guerinoni/guéri, Guerre/guéri, Hanssen/[bacille-de]Hansen, Koch/[bacille-de], Lachambre/[garder-]la-chambre, Lachronique (maladie chronique), Lagarde/garde, Lagrave/grave, Malese/malaise, Malokrâne/mal-au-crâne, Max Sithon/maxiton, Medici/médecin, Mollet (anatomie), Morphy/morphologie, Nassany/naissance/sain, Picque/pique, Piquemal/pique-mal, Sanyas/sain, Sauve, Savès/sauve, Sengler/sanglant, Sogni/soigner, Souffir/souffrir, Soulages/soulage, Suk/suc[-digestif], Sureau/sur-o[rdonnance], Toubji/toubib, Traut/traumatisme, Trautman/traumatisme, Vacossin/vaccin, Viricel/varicelle). Ce qui n'empêche jamais le vertige du contraire de se concrétiser, dans les contiguïtés de la la maladie, de la violence, de la souffrance et de la mort, grâce aux propriétés plastiques de la langue : Ameur/meurt, Auxire/occire, Boucher, Bouchet/boucher, Bouchez/boucher, Crevot/crève, Deuil, Faucher, Fauchez/faucher, Fiel, Guerre, Klock/cloque, Moissenot/moissonner, Morphy/mort, Mouran/ /mourant, Mourey/mourir, Perille/périr, Périssé/périsse, Rahal/râle, Tourmente.

CARDIOLOGUE. Le cardiologue entend par l'investissement symbolique du nom propre, circonscrire un univers professionnel avec les contiguïtés de l'organe désigné : Aeberhard/angl. heart "cœur", Courdier/cardi(o)-, Hautecœur/cœur, ou figuré par analogie : Lieber/all. amoureux *cœur, ou contiguïté : Caillat/caillot, Poitrineau/poitrine, Varin/varice ; de son fonctionnement : Cristol/cystole, ou dysfonctionnement : Cristol/crise, Ranglaret/arrêt-[du cœur] (antonymie).
DERMATOLOGUE. On a sans doute la réconfortante impression d'entrer de plein droit dans la sphère médicale définie par la peau lorsqu'on porte un nom qui déjà la nomme par divers détours étymologiques : Darmon/derme, De La Chapelle/pèle/lat. pellis "peau", Lepelletier/pellis, Pelisse/pellis, Pelissier/pellis, ou directement : Chaspoux/peau, Phélipot/peau ; par analogie : Interligator/[peau-]d'alligator (dérivé de "peau de crocodile"), Lessellier/sellerie/cuir, par contiguïté ordinaire : Barbet/barbe, Chaspoux/pou, Ducournau/corne, Rousselet/tâche-de-rousseur, Tousch/[sens du-]toucher, ou médicale : Artigou/urticaire, Brulez/brûlé, Galopin/gale, Plaquet/plaque, Pomarède/pommade, Véron/vérrue. Et si l'on n'oublie pas que le dermatologue a aussi compétence en vénérologie, d'autres associations s'imposent : Bitton/bite, Lacour/la cour, Lépine/pine.
GYNÉCOLOGUE. Certains noms, en minorité, représentent un investissement directement professionnel par le mimétisme du mot gynécologue : Génin/gyné, Genestoux/gynéco, Gennaro/gynéco, Genoux/gyné, Gigon/gy(né)co, Giovanetti/gyné, Guénégo/gynéco, ou des modes de désignation de la femme : Moliné/lat. mulier "femme", Moulié/mulier, Pham/femme, Sibella/Sibylle, Sibille/Sybille. Mais la plupart du temps, l'imaginaire onomastique de la gynécologie s'oriente sur l'érotisme, la contraception, la procréation, la grossesse, l'accouchement et le nourrisson .
Donc le gynécologue affiche un nom qui paraît fait sur mesure pour un spécialiste des voies anatomiques de l'amour : Amar (Aimé), Béghin/béguin, Ben Amor/amour, Benamour, D'Amore, Lamoureux, Leguin/béguin, ou de l'ardeur amoureuse : Ardaens/ardent, Arduino/ardent, Brandony/brandon, Brendel/brandon, avec ses implications : Lajoux/jaloux, Trystram/Tristan. Un autre groupe patronymique désigne le coït, de façon directe : Bazan/baisant, Bedez/baise, Belzer/baise, Besème/baise, Boizante/baisante, Bournique/fornique, Coilliot/coït, Coy-Laugier/coït, Labastire-Baixas/tirer-baiser ; ou figurée : Boucheron/boucher, Bouchez/boucher, Bourlier-Montoya/bourrer-monter, Bournique/bourrer, Bourrit/bourrer, Cabrol/cabriole, Coux/coup, Dusautoir/sauter, Fourez-Cosnier/fourrer, Fouron/fourrer, Fournier/fourrer, Honorat/honorer, Laboureix/labourer, Lebourg/bourrer, Lemette/le-mettre, Montalègre/monte-allègrement, Montefiore/monte-fleur/fier, Montet/monter, Perceval/perce-val, Peschard/pêcher, Piet/[prendre-son-]pied, Sautreau/sauter.
D'autres évoquent des organes. Masculins : Bitar/bite, Bitton/bite, Bittoun/bite, Bourson/bourses, Charbit/bite, Couillard/couilles, Delépine/pine, Frétigny-Vitasse/vit, Glandière/glandes, Lerche-Tondeur/ /tondeur ("pénil" par antiphrase), Linstrument-tate/instrument (*sexe), Pignal/pine, Pimmel/pine, Piniatelli/pine, Spinner/sperme/pine. Mais surtout féminins, directement nommés : Buton/bouton, Bénichou/nichon, Benlolo/lolo, Coilliot/col, Colard/col, Coletti/col, Colin/col, Colinet/col, Collet/col, Collier/col, Collinet/col, Colnat/col, Czernichow/nichon, Gascon/con, Giovanetti/vagin, Longin/vagin, Magimel/vagin/mamelle, Mamodhoussens/mamelle-douce, Michon/nichon, Mangin/vagin, Mongin/vagin, Ravina/vagina/vagin, Vachet/vagin, Vangeem/vagin, Vezin/vagin, ou par des contiguïtés. Celles qui ont trait à la pudeur : Hidden/angl. "caché", Nakache/cache, Vignal/[feuille-de-]vigne, Vignes/vigne. Celle des règles : Igielnik/[tampon, serviette]-hygiénique, Mansoulié/menstruel. Celle, lexicale, du derrière : Calmes-Dutrain/[arrière-]train, Cullier/cul, Cussenot/cul, Derrien/derrière, Lerche-Tondeur/derche, Lescut/cul, Macutan/cul, ou des cuisses : Cussenot/cuisse. Celle des coordonnées anatomiques : Basdevant/bas-devant, Duvant/devant, Soulacroup/sous-la-croupe, de la structure anatomique par description directe : Bée/béant, Ducroux/trou, Oréfice/orifice, Rey/raie, Rougeon/rouge, Stouk/trou, ou par l'analogie, volontiers hyperbolique : Delaporte/porte, Duportail/portail, Dupuis/puits, Fournil/four, Laporte/porte, Le Terrier, Portal/portail, Puia/puits, Ravina/ravine.
Ajoutons la contiguïté, courante dans la langue, du système pileux : Barbereau/barbu (expression lexicale attestée), Barbery/barbu, Barbot/barbu, Barbotin/barbu, Barbut/barbu, Fournil/fourni, Hoppiliard/pileux, Penel/pénil, Pénicaud/pénil, Pennel/pénil, Pilard/pileux, Piles/pileux, Poilleux/poilu, Poli/poil, Pollet/poillu, Poly/poil, Sainte barbe, Tricoire/tricho- [gr. poils], Velut/velu, qui ne va sans ses antonymies : Chauvière/chauve, Lerche-Tondeur, Razon/raser, Tondeur.
Ce qui entraîne la métaphore animale bien connue : Chabeau/chat, Chapuis/chat, Chatelier/chatte, Chatillon/chatte, Chatty/chatte, Lecat/cat, Malbet-Fender/bête-fendue, Minault/minou, Moulinet/minet, Pusset/Pussy, ou les végétalisations analogiques tout aussi familières telles que : Bouyssou/buisson, Dejardin/jardin, Follana-Dubuisson/buisson, Razon/gazon, et associées au relief naturel : Delmon/mont[-de-Vénus], Desmons/mont, Mota/motte, Motais de Narbonne/motte, Motte, Mottuel/motte.
Dans l'ordre du bestiaire métaphorique, la moule occupe également une place notoire : Le Moille/moule, Le Moulec/moule, Le Moullec/moule, Moulard/moule, Moulias/moule, Moulié/moule, Moulinet/moule, Mouly/moule, Valleteau de Moulliac/moule. Elle évoque le registre des odeurs génitales : Colin, Froment/fromage, Fumery/Fumet, Hereng/hareng, Languille/anguille, Maresz/marée, Poisson-Lepoire, Poissonnier, Roumagère/fromage, Santelli/sentir, Sentenac/sentir, et par antonymie : Jasmin.
Le thème du coït semble tracer des réseaux signifiants dans l'annuaire de la profession, par des traits physiologiques : Gicquel/gicle, Glissant, Glisse, Jouy-Avoine/avoine ["sperme"], Jutant/jus, Lesbordes/déborde, Macutan/maculer, Maque/maculer, Molinié/mouillé, Moulié/mouillé, Raidy/raidi, Spérandéo/sperme, Verjut/jus, auxquel s'associe la contraception : Condom, Odano/Ogino, Odino/Ogino, Oger/Ogino, Pilard/pilule, Piles/pilule.
Mais physiologie n'est pas érotisme, qui en est le sens : Joueidi/jouit, Jouy-Avoine/jouit, Rigal/régal, Saad/sadien, Saada/sadien, Salasz/salace, Salesse/salace, Venier/vénérien, que soulignent par contraste les antonymies : Calmes-Dutrain/calme-[de-l'arrière-]train, Génin/gêné, Poudens/pudeur, Pudebat/pudeur.
S'y lisent également les comportements de séduction : Badenier/badiner, Bady/badiner, Barrateau/baratiner, Canova/casanova, Charbit/charmer, Charmeux/charmer, Charmont/charmer, Chaspoul/chasse[-la-]poule, Coquet, Daguin/draguer, De Cocq/[faire-l]e-coq, Conquy/conquérir, Galland, Galopin/galoper, Lacour, Lecocq/coq ; et la perversion spécialement appropriée du voyeurisme : directement : Dulucq/reluque, Luquet/reluquer, Matheu/mater, Miras/admirer, Mire/admire, Vu, et par antiphrase : Bigle/bigleux, Borne/borgne, Lellouche/louche, Mirau/miro (antonymies) ; ou diverses figures érotiques : Brandony/branler, Brendel/branler, Brout/brouter, Chandelle/[tenir-la-]chandelle, Destouches/touche, Fitouchi/touche, Frétigny-Vitasse/frétiller Lerche-Tondeur/lèche, Matuchansky/touche, Pagniez/[-main-au-]panier, Sportouch/touche, Sturbois/masturbe, Sussmann/suce, Tachon/touche, Tosch/touche, Touchard/touche, que renforcent circonstances et accessoires : Bordet/bordel, Condom, Lesbordes/bordel ; la caractérisation érotique des acteurs : Buttin/putain, Canova/Casanova, Catez/catin, Champion, Chaspoul/poule, Cochard/cochon, Dejoie/fille de joie, Fieffé/fieffé[-coquin], Follana-Dubuisson/folle[-de-son-corps], Frétigny-Vitasse/putasse, Gaillard, Gaillardon/gaillard, Gaillardou/ /gaillard-doux, Grosjean-Goichon/cochon, Legé/léger, Léger, Leguin/léger, Lemasle/le-Mâle, Levaillant/vaillant, Macutan/maquereau, Maque/maquereau, Paillard, Perceval, Peschard/pêcheur, Pigache/pig, Pignal/pig, impliquant les inévitables laissés-pour-compte : Chandelle/ /[tenir-la-]chandelle, Coux/cocu, Grosbois/bois (corne), Lecornu, Sturbois/bois.
Ce riche réseau ne saurait aller sans le récit onomastique des conséquences : grossesse, accouchement, naissance, nourrisson.
La grossesse émerge à la carte de visite du gynécologue par sa dénomination propre : Gressef/grossesse, Groshens/grossesse, Grossetti/grossesse, mais surtout par les contiguïtés de la fécondation : Baffaleuf/œuf, Detœuf/œuf (ou par analogie : Testard/tétard), de l'attente : Atlan/attend, Nathan/attend, Souhaité, Spérandéo/espoir, du rôle maternel : Portal/porte et de sa corpulence, dénotée : Bedat/bedaine, Bedez/bedaine, Darondel/ronde, Dodin/dodue, Gosselin/grosse, Gosset/grosse, Gros/grosse, Grosjean-Goichon/grosse, Kross/grosse, Largeré/large, Legros/grosse, Lorgere/large, Pans/pansue, Plantureux/plantureuse, Rondelet/rondelette, Rondet/rondelette, Saragoussi/grosse, Sargos/grosse, Sarragossi/grosse, ou figurée : Ballon, Boué/Bouée, Eboué/bouée, Gonfreville/gonflée, Lardenoix/lardée, Leballonier/ballonnée.
L'enfant à naître, lui se signale en bougeant : Boujenah/bouge, Boujon/bouge, Boutgès/bouge, Brugère/bouge, Gigon/gigotte.
Il y a parfois fausse-couche, ce qui entraîne un curetage : Curt/curetage, Curtay/curetage, Kurtz/curetage.
Si l'enfant n'est pas apporté par la cigogne : Sigoyet/cigogne, s'il ne naît pas dans un choux : Bénichou, Dechoux/choux, ou une rose : Rozan/rose, Roze/rose, Rozec-Bedoucha/rose, Rozenbaum/rose, la naissance : Nakache/natal, Nataf/natal, Natali/natalité, ou don de la vie : Acquaviva/vie, Bonnevie/donne-vie, Dieudonnat/donna[-vie], Dioudonnat/donna[-vie], Donnadieu/donna[-vie], Lévy/vie, Viviaud/vie, relèvent de l'accouchement.
L'accouchement est précédé de la perte des eaux, dont le nom peut se donner quasiment tel quel : Acquaviva, Boileau/eau, Bonneau/eau, Coulaud/eau Fuzeau/eau, Heau/eau, Valleteau de Moulliac/eau, mais ne se livre le plus souvent que par la contiguïté : Aubeny/baigne, Bacquet/baquet, Barbeault/barbote, Barbot/barbote, Barbotin/barbote, Bateau, Baylac/lac, Bedoucha/douche, Bénichou/péniche, Besnier/baigner, Beyney/baigner, Boileau/boit-l'eau, Clausel/écluse, Clus/écluse, Cluzel/écluse, Cougoul/coule, Coulange/coulant, Coulaud/coule-eaux, Coulbœuf/coule, Coulon/coule, Coy-Laugier/coule, Daucher/douche, Debain/bain, Défontaine/fontaine, Delafontaine/fontaine, Delecluse/écluse, Delécluze/écluse, Desbordes/déborde, Duflos/fot, Dussaux/seau, Dupuis/puits, Estang/étang, Fontaine, Fontange/fontaine, Geiger/geyser, Gicquel/gicle, Hannedouche/douche, Hurbain/bain, Jussman/jus, Larivière/rivière, Leflot/flot, Lesbordes/déborde, Maresz/marée, Marre/marée, Merger/émerger, Mouilleron/mouille, Moulard/mouille, Moulias/mouille, Moulinet/mouille/moulin, Nagy/nage, Nakache/nage, Nouger/nager, Obin/bain, Pochard/poche[-des-eaux], Robinet, Scarabin/bain, Trenteseaux/trente-seaux, Urbin/bain, Valleteau de Moulliac/mouille, Verjut/jus, Wassermann/Wasser, all. "eau".
Puis, la mère enfante : Bacri/[mettre-]bas, Bassery/[mettre-]bas, dans les douleurs : Dollé/douleur, Travaillé/travail (*douleur), le nouveau-né paraît : Arrivé, Assor/il/elle-sort, poussant son premier cri : Bacri/cri, Braye/braille, Chriqui/cri, D'Ouince/ouin (onomatopée), le cordon étant coupé : Coupez. On le pèse : Pez.
Le bébé : Bady/baby, Barbeault/marmot, Barbereau/marmot, Barbot/marmot, Barbotin/marmot, Bastard/bâtard, Bée/bébé, Bonfils/fils, Coulange/ange, De Langhe/ange, Effantin/enfant, Engelstein/ange, Fontange/ange, Garson/garçon, Gascon/garçon, Gosselin/gosse, Kafantaris/enfant, Lardenoix/lardon, Lepetichaud/petit-chaud, Lorphelin/l'orphelin, Marmonier/marmot, Marmorat/marmot, Marmu/marmot, Papon/poupon, Paquet, Paupardin/poupon, Poupard/poupon, Saragoussi/gosse, Sargos/gosse, Sarragossi/ /gosse, est tout petit : Chriqui/riquiqui Petit, Petitjean/petit, Pitiot/petiot, Smal/small [angl. "petit"].
Il est né : Beyney/bien-né, sous une bonne étoile : Destiné-Etoile. Les parents : Parent, Parient/ /parent, sont heureux, la maman : Mamodhoussens/maman, ou parturiente : Etchepare/parturiente [lat. parturire "accoucher"], Pariente/parturiente, et le papa aussi : Papa, Papon/papa, Pappo/papa.
On pourvoit à tous ses besoins : Bassery/brassière/nursery, Berceau, Clayette/layette, Horlait/lait, Joueidi/jouet, Jouet, Landau/landeau, Landeau, Layat/layette, Mac Aleese/alaise, Mamodhoussens/douceur, Torchin/torcher.
"Ça s'est bien passé", nonobstant le spectre antonymique, indispensable complément imaginaire : Adès/Hadès, Chasque/chaste, Cloître [*chasteté], Crevot/crever, Deffense [*chasteté], Deuil, Faucher, Klack/claque, Letombe/la-tombe, Lorphelin/l'orphelin, Mortal/mortel, Périssé/périsse, Seychat/sèche [*stérile].
OPHTALMOLOGISTE. Des ophtalmologistes semblent ne répondre à leur nom que pour s'assurer du bien-fondé de leur vocation, grâce aux contiguïtés jaillies de sa puissance d'anamorphose. Cela concerne le regard : De Beauregard, Regard, et son expression : Nargues/nargue ; les yeux : Yelloz/z'yeux/œil, et leurs propriétés : Brachet/braquer-[l'œil], Leclerq/clairs, Louka/to-look/louche, Vittrant/vitreux, et leurs affections : Basset/[vue]-basse, Delaveuve/aveugle, Lelouch/louche, Marc Arrata/cataracte. L'optique médicale enfin : Baculard/binoculaire, Cantaloube/loupe, Convers/[verres] convergents, Vittrant/vitre [*verre].
OTO-RHINO-LARYNGOLOGISTE. Cette corporation comporte son lot de prédestinations anthroponymiques à en juger par ceux dont le nom porte en filigrane la fonction : Ohresser/ORL, les types d'affection : Ast/asthme, Goetschel/goitre, leur siège : Habouche/bouche, Lafosse/fosse [nasale], Nezet/nez, les symptômes : Grateau/grater, Gravot/glaviot, ou hyperboliquement : Geissert/geyser, Habouche/douche, Hamadouche/douche, Laflotte/flotte.
PSYCHIATRE. Difficile métier, au sol mouvant par excellence, mais qui sait trouver son ancrage symbolique, lui aussi, dans l'héritage patronymique.
On y retrouve la tête, siège de l'affection, par désignation directe : Head (neurophysiologiste anglais) ; savante : Defrenet/phréno, Dufresne/phréno ; et par contiguïté, contiguïté linguistique (ou collocation) : Cassegrain/casse-tête/tête, Melenotte/tête-de-linotte, contiguïté fonctionnelle ou anatomique : Cebrian/cérébral, Gutbub/bulbe, Le Brenn/brain [angl. "cerveau"], contiguïté cognitive : Bonnet, Peigné. Mais aussi par la langue populaire, analogique : Coco, Estrabol/bol, Melon, Reboul/boule, Sterboul/boule, Taboul/boule, Teboul/boule, Touboul/boule, ou non : Cabot/caboche, Chaboche/caboche, Kabbach/caboche.
La folie s'y énonce sur tous les tons : Alié/aliéné, Allier/aliéné, Allio/aliéné, Augrain/[avoir]-un-grain, Bargeot, Bérenger/dérangé, Berge/barge, Bonnafous/fou, Bonnafoux/fou, Boulais/maboul, Boulard/maboul, Boulay/maboul, Boulon/maboul, Bufoli/folie, Cassegrain/[avoir-un-]grain, Chertok/toqué, De Ladoucette/[folie-]douce, De Sinety/sinoque/insane, Demant/dément, Destrubé/"disturbé", Diniment/ /dément, Douce/[folie-]douce, Dousse/[folie-]douce, Fageot/fada/bargeot, Fallay/folie, Folinais/folie, Follin/fol/follingue, Foucrier/fou, Foulon/fou, Foulot/fou, fousset/fou, Foux/fou, Gevrey/givré, Gherchanoc/sinoque/schnock, Greiner/[avoir-un-]grain, Guénoche/schnock, Klinger/cinglé, Léaustic/loustic, Ledoux/[folie-]douce, Legrain/[avoir-un-]grain, Lesimple/simple[-d'esprit], Lousteau/loustic, Malossane/insane, Mance/démence, Mandel/dément, Marteau, Perdon/perdre[-raison], Perdrillat/perdre[-raison], Perdrix/perdre[-raison], Pidoux/[folie-]douce, Reboul/maboul, Saclé/cinglé, Salingue/cinglé/folingue, Sana/insane, Schiro/schizo, Sinquin/cinglé, Sterboul/maboul, Taboul/maboul, Tap/tapé, Tatté/tapé, Teboul/maboul, Touboul/maboul. Avec ses symptômes : Berland/berlue, Bertolus/berlue, Bisouard/bizarre, Bizouard/bizarre, Bloch/débloque, Boit, Bourda/[avoir-le-]bourdon, Bruillon/brouillon, Changeux/changeant, Cremniter/crétin, Crespin/crispé/crétin, Debock/débloque, Deliry/délire, Deviers/dévier, Drogoul/drogue, Emery/[bouché-à-l'-]émery, Farrouch/farouche, Farrouch/farouche, Fix/[idée]-fixe, Flipo/flipper, Foucrier/crier, Furet/furieux, Laplane/plane, Larmaraud/larmoyant, Passerieux/pas-sérieux, Paumier/paumé, Pénique/panique, Planat/plane, Poumet/paumé, Rager/enragé, Sadik/sadique, Sanguinet-Tonnerre/sanguinaire-[*violent], Sotty/sottise, Soucin/soucieux, Soulé/saoul, Thorpe/torpeur. Ses circonstances thérapeutiques : Barreau, Bloch/bloc[-opératoire], Cabanettes/cabanon, De Camissol/camisole[-de-force], Debock/bloc[-opératoire], Drogoul/drogue [médicinale], Murat/mur, Muratel/mur, Saudeau/seau-d'eau[-froide-sur-la-tête] ... Et ses antonymies : Clément, Constant, De Ladoucette/douce, Douce, Dousse/douce, Langen/l'ange, Ledoux/doux, Lesage/sage, Oddoux/doux, Prudent, Pidoux/doux, Sense/sensé, Subtil.
STOMATOLOGUE. S'inscrivent dans les patronymes de cette vénérable profession, des noms de remèdes : Bismuth, Mangialavori/lavori [*lavage d'estomac], d'organes spécifiques : Bonnet/[*estomac de ruminant], Trochet/trachée, Ventré/ventre, de symptômes ou d'affections : Gerber/[*vomir], Machureau/machuré, Pénaveyre/vers, Peter/péter, Picot/piquer, Roth/roter, et de leurs causes : Epoivre/poivre, Mangialavori/(mal)-manger-lavage[-d'estomac], Peter/pfeifer, all. "poivre", Pfeifer/"poivre".
UROLOGUE. C'est le spécialiste des écoulements : Fontaine (analogie), et des canaux : Schoenahl/chenal, concernant les organes génito-urinaires : Ursin/oursins (*scrotum), Vergès/verge.

MEUBLES. Canaple/canapé, Planche, Roche et Bobois/beau-bois, Tible/table : motivation claire.
MUSIQUE. Musiciens et autres professionnels de la musique déclinent volontiers leur profession avec leur identité tout en un : Belcanti/"beau chant", Cantor/"chanteur", Dorelli/oreille, Escoudé/écouté, Foss/fosse d'orchestre, Guido Cantelli/guide/chanteur, Haultcœur/haute-contre/chœur, Musson/musique/son, Pärt/partition, Pickup/pick-up, Piston, Sanson/chanson, Solti/soliste ou par antonymie : Esther/se taire.
OPTICIEN. Des opticiens ont nom prédestiné : Brack/[œil-]braqué, Cocquart/coquart, Louchez/loucher, Messier/mes yeux, Minet (*yeux de chat), Voyant.
ORTHOPHONISTE. Les dénommés Abel/bel, Allali, Barraband/sarrabande, Boucand, Boyé/brailler/aboyer, Braillon, Brun/bruit, Chantelat, Ducasse/casse-les-oreilles, Harlé/parler/hurler, Husson/son, Masson/son, Popot/[sourd-comme-un-]pot, Sonnenberg/sonner, Sonnette et Trilles ont affaire, comme leur nom l'indique, à des problèmes d'émission et de réception des sons.
PEINTURE-DÉCORATION. Cette profession ne serait pas sans ambitions artistiques à en juger par certains noms : Gomez/gomme, Lalevée/mainlevée, et même de haute volée esthétique : Canonica/canonique, Henri Mathis, Jenny/génie, Lebeau/beau, Paupart/Pop'Art, Schoen/all. "beau", et par antonymie : Ley/laid. Mais elle affiche également des exigences esthétiques raisonnables : Elégoët/élégant, Gegout/goût, Guth/gut all. "bien", Joly/joli, Prézioso/précieux. Ses préoccupations concrètes touchent à la peinture : Blancomme/blanc, Frey/fraîche, Lenoir/noir, au support : Mura/mur, et au verni : Werny/verni.
PHARMACIEN. Quelques pharmaciens s'autodésignent directement : Farce/phar(ma)cie, ou par leur enseigne : Decroix/croix, Delcroix/croix, par le corps souffrant de leur clientèle : Bihl/bile, Boll/bol alimentaire, Buton/bouton, Souffron, par le remède proposé : Bismuth, Boudaille/ail, Erb/herbe, Gelinet/gel, Vermillard/vermifuge, ou son contenant : Lepot/pot, par le soulagement qu'ils apportent : Baume, Melka/calme.
PHOTO. Des aspects du champ cognitif de la photo savèrent investir la plasticité matérielle de certains noms de photographes : Cartry/carton, Chevallet/chevalet, Truxler/truquer, Voluté/volupté (*voyeurisme), Voyeux/voyeur.
PLOMBIER. Nombre de plombiers se trouvent rabacher, inscrite sur leur bouton de sonnette, une histoire d'eau indocile ou contrariée : Boileaux/boit-l'eau, Boucher/bouché Bouchet/bouché, Bouchut/bouché, Boussaguet/bouché/à-gué, Delamare/mare, Jalubain/bain, Laborderie/déborde, Lacanal/canal/canalisation, Laval/aval, Piplard/pipe[-d'alimentation], Rivases/vase, Robinet, Tanche/étanche, Torrente/torrent, Vasseur/vase. Il s'y glisse cependant d'autres fonctions et jusqu'à des détails matériels qu'on préfèrerait taire, bien qu'ils concernent le nez plutôt que l'oreille : Bousssaguet/bouse, Blaize/blair (pop. "nez"), Coanus/anus, Cucitti/cul, Cullard/cul, Darche/derche, Delcenserie/dysenterie, Delfosse/fosse[-septique], Derrien/derrière, Fedida/fétide, Flagollet/flageolet (*gaz intestinaux), Fosse/[-septique], Gaspar/gaz, Ivanus/anus, Kakou/caca, Kraut/crotte, Lanfranchi/chie, Lesellier/selle, Lessellier/selle, Minster/[fromage-de-]Munster, Moulette/[selle-]moulée, Pedrazzini/pet, Pinchedez/pince-nez, Pisapia/pisse, Rivases/vase[-de-nuit], Trottier/crotté, Vasseur/vase[-de-nuit].
POLITIQUE. La politique est aussi un métier avec ses espoirs et ses incertitudes. Le symbole du nom propre va toujours dans le sens de l'espoir. "Ai-je bien fait de nommer Cresson à l'agriculture ?" pouvait se demander Mitterrand en 1981, alors qu'il avait la réponse dans la question, comme pour Delors/or, alors aux finances. Plus tard, ce furent le Pensec/sec à la mer (antonymie), puis Monory/monoprix aux finances. Il y eut un précédent sous la Restauration, l'abbé Louis, ministre des finances de Louis XVIII. De grands destins se scellent ainsi quand on se consacre à la gloire de son pays : De Gaulle pour l'ex-Gaulle, Mendès-France pour la France. A l'étranger aussi avec Reagan/lat. régalis "roi" et Thatcher/teacher ou l'institutrice de fer. Enfin exemple remarquable, outre équateur, Terreblanche, président de l'AWB, parti d'extrême droite ayant prêché l'exclusion des noirs en Afrique du Sud.
POMPES FUNÈBRES. Le système d'onomastique motivée des pompes funèbres propage à l'aveugle tout le champs sémantique (et antonymique) de la mort : mythologie et phraséologie, cadavre et ossements, religiosité funéraire, rites funéraires. Papon/pompes dénote la profession tandis que la mort elle-même, de façon directe ou par divers détours de contiguïté, s'intitule : Bonafini/fin, Bulté-Aplincourt/buté-sapin, Bréger/abréger[-les-souffrances], Burté/buté, Dabrigeon/ /abréger[-les-souffrances], Damgé/danger[-de-mort], Danjean/danger[-de-mort], Dauger/danger[-de-mort], Deguisne/guigne, Delfini/fin, Desson/décès, Deydier/dead, Didier/dead, Ducasse/casser[-sa-pipe], Fata-Bourdon/fatalité/bourdon (tristesse), Ferreira de Moura/périra/mourra, Fin, Gritti/regretté, Guittel/quitter, Hollocou/holocoste, Kreb/crève, Kreveras/crèveras, Le Dortz/dort (*dernier sommeil), Le Meurt/meurt, Loose/lost, angl. "perdu", Martel/mortel, Maurel/mortel, Meurdra/meurtre, Moereman/mort, Mordefroy/mort-de-froid, Moreau/mort, Morel/mort/Morin/mort, Morisot/moribond, Moritz/mourir, Morlot/mort, Moro/mort, Morpe/morte, Mourier/mouriez, Mourroux/mourir, Muraire/mourire, Nemrod/[*chasseur *tuer], Picasse/casse[-sa-pipe], Postulka/posthume, Racle/râle, Sagnier/saigner (*mort), Senet/sénile (près de mourir), Siuda/suicida, Taton/thanatos, Terrasson/terrassé, Teston/testament, Tritschel/tristesse, Vandemoortelle/mortel.
Ses mythologies se puisent indifféremment dans la Grèce, Rome ou la Chrétienté : Ambre/ombre, Athanase/Thanatos, Chiron/Charon, Cornu/*Diable, Danneville/damné, Defer/enfer, Delmond/démon, Demon/démon, Desvoy de Marbay/des-voix (*fantôme), Doutreluigne/d'outre-tombe, Du Caron/Charon, Elicetche/[Champs-]Elysées, Evanno/Evanere lat. "disparaître", Faucher, Gamard/[la-]Camarde, Limberger/limbes, Mal/Malin, Piron/Charon, Rideau/*Tirez-le-rideau,-la-farce-est-jouée (agonie de l'empereur Auguste), Semaille/*faucher, Soul/angl. "âme", Tranchet/trancher[-le-fil-des-jours].
La phraséologie populaire se présente dans les propos convenus du genre "passera pas l'hiver" : Yver/hiver, "le plus tard possible" : Patard/tard, Tardieu/tard, Tardif/tard, "il est pénard là où il est" : Pénard.
Cadavres et ossements se distribuent en masse grâce à la richesse de la contiguïté : Aussenas/ossements, Baumgartner/embaumé, Cailleretz/caillé, Closse/os, Delpouy/dépouille, Devosse/os, Faraon/*momie, Gendrillon/[paix-à-ses-]cendres, Geoffroy/froid, Glassgall/glacé, Hinfray/frais, Jossin/os, Jouffroy/froid, Lerognon/rogné[-par-les-vers], Menuzzo/os, Misandeau/mise-en[-bière]/faisandé, Mordefroy/froid, Morisot/os, Mouche/*cadavre, Mouchet/mouche, Pilon, Pouiller/dépouille, Ronzier/rongé[-des-vers], Sandré/cendres, Sandrock/cendres, Vaucranne/crâne, Vaugelade/gelé, Veral/ver, Verdavoir/ver/verdâtre/cadavre, Verdoncq/ver, Vérez/ver, Vernez/ver.
Le cercueil advient sur le mode déplacé grâce aux automatismes de l'imaginaire : Backès/caisse, Beer/bière, Bock/*bière, Bultez-Applincourt/sapin, Cheynoux/chêne, Coffin/angl. "cercueil", Deschêne/chêne, Duquêne/chêne, Fage/sarcophage, Misandeau/mise-en[-bière], Planchard/[quatre-]planches, Planchart/[quatre-]planches, Vancayzeele/caisse.
Ainsi que la tombe : Alletru/trou, Baroché/roche[-funéraire], Berton-Ballard/tombe, Carrare/[marbre-funéraire-]de-Carrare, Carrère/Carrare, Comba/tombe, Combeau/tombeau, Combemal/tombe, Croux/trou, Decroux/trou, Delpierre/pierre[-tombale], Descaves/caveau, Desvoy de Marbay/marbre[-funéraire], Devosse/fosse, Dombes/tombe, Dufosse/fosse, Dutertre/tertre[-funéraire], Geyssant/gisant, Graff/grave, angl. "tombe", Gragnic/granit[-funéraire], Gravet/grave, Lagrave/grave, Lecreux/creux (*trou), Letoux/le-trou, Leumière/lumière (*trou), Perrin/pierre[-tombale], Petre/pierre, Perrard/pierre, Raveau/caveau, Roch/roche[-funéraire], Rochedieu/roche, Rochet/roche, Taton/tombe, Thomas/tombe, Thomey/tombe, Tombini/tombe, Zingraff/grave, angl. "tombe".
L'alternative étant la crémation, qui vaut aussi du reste pour les feux de l'enfer : Bouillon, Boyeldieu/bouillir/poêle, Brazille/braise, Briquet, Brochet/brochette, Bruneel/brunir, Buchet/bûche, Buchman/bûche, Buriez/brûler, Bury/brûle, Carbonne/carbone, Charbouillot/charbon/bouillir, Chardon/charbon, Chauchot/chaud-chaud, Chaudron, Chauffour/chaud-four, Courboulin/courbouillon, Crémoux/crémation, Debuchy/bûche, Delattre/âtre, Denéchaux/chaud, Dufour/four, Duracau/dur-à-cuir, Fagot, Filatre/âtre, Flahaut/flamme, Flamanc/flamme, Flament/flamme, Flamon/flamme, Fourcroy/four, Fourmestraux/four, Fourmy/four, Fournet/four/enfourner, Fournier/four/enfourner, Fourny/four/enfourner, Fumel/fumée, Gendrillon/cendres, Grillat/griller, Kreb/crémation, Labroche/broche, Leroux/roux, Michaud/chaud, Perruchot/chaud, Piron/pyro, Pirus/pyro, Pourchaux/four-chaud, Roussel/roussi, Rousselet/roussi, Roussy/roussi, Sandré/cendres, Sandrock/cendres, Vandenbussche/bûche).
Les rites funéraires recouvrent les pratiques religieuses ou profanes ; ils s'identifient immédiatement dans l'anamorphose patronymique : Alletru/alléluia, Arpaillange/anges, Benoist/béni, Bercieux/[aux-]Cieux, Berne/[en-]berne, Billon/corbillard, Bonnefoy/foi, Boyeldieu/[retour-à-]Dieu, Brillard/corbillard, Burette, Buriez/angl. to bury "ensevelir", Bury/[to-]bury, Capeille/chapelle, Cardinaux, Cardon/cordon[-du-poêle], Casadeï/"maison-de-Dieu", Chandelier, Christien/Christ/chrétien, Claes/ /[enterrement-de-première-]classe, Closse/classe, Collomp/colombarium/pompes, Colombat/colombarium, Colombier/colombarium, Comba/colombarium, Conoir/noir, Couronne, Cracco/croque-mort, Crépet/crêpe, Creusot/creuser, Cristol/Christ, Danjean/d'ange, Danneville/damné, Debeurne/[en-]berne, Decriem/requiem, Deis/Dieu, Delcroix/Croix, Demesy/messe, Denieul/deuil, Descieux/cieux, Dieudonné/Dieu, Dubreuil/deuil, Ducroiset/croiser[-les-mains], Ducroq/croque-mort, Durnez/urne[-funéraire], Dutreuil/deuil, Flahaut/là-haut, Fleury/fleuri, Flore/fleurs, Floret/fleuri, Fourcroy/croit/croix, Gefleur/ge[rbe-de-]fleurs, Gerbet/gerbe, Gobillard/corbillard, Got/all. "Dieu", Gruntz/all. "terre", Gutierrez/enterrer, Humeau/inhumer, Jobit/obit, Josien Decroix/Jésus-croix, Jossin/saint, Jourdanne/damne, Lachèze/Père-Lachaise, Landwerlin/land "terre", Lange/l'ange, Le Moine, Lechantre/le-chantre, Léglise/l'église, Lemoine/moine, Lenjalley/l'ange, Lepeltier/pelletée[-de-terre], Maes/messe, Meeseman/messe, Moiny/moine, Mondeilh/deuil, Munch/all. "moine", Petre/prêtre, Priour/prieur, Prioux/prions, Puissant/[Tout-]Puissant, Quety/quête, Rabin, Raquin/requiem, Remory/mémorial Requier/requiem, Requiston/requiem, Rochedieu/Dieu, Santo/saint, Schwertz/all. "noir", Taffary/catafalque, Tardieu/Dieu, Temperville/temple, Terrasson/enterrer, Thery/enterrer, Thièry/enterrer, Vandamme-Doom/damné, Veigné/veiller, Vellinger/veiller, Vicard/vicaire).
Ce qui ne va jamais sans le contraste burlesque des patronymes antonymiques : Acquaviva/vivant, Allègre, Bontemps/bon-temps, Braillon/(VS silence), Caillerets/guilleret, Dejouy/jouit, Desjouis/jouit/réjoui, Gaudillot/gaudriole, Gay/gai, Guery/guéri, Guillot/guilleret, Jouvin/jovial, Kiry/qui-rit, Lamour/l'amour (VS mort), Portejoie/porte-joie, Rigollet/rigoler, Rigoulot/rigolot, Sansregret, Vivien/vivant, Vivodikova/vivant.
PROFESSEUR. Quel potache ne s'est pas gaussé - pour se rassurer, ou se venger - du fonctionnaire de l'éducation trop bien nommé ?
En voici quelques exemples, authentiques bien entendu, sur la base de la contiguïté : Descubes/cubes (math), Dupied/du-pied (EPS), Durocher (sciences naturelles), French (anglais), Genestal/gymnastique/stade (EPS), Hellenbrand/helleniste (grec), Lagarce/la-garce (surveillante générale), Lefranc/Lefranc-Bourgeois (arts plastiques), Luttringer/lutrin (musique), Lux/*lumière (physique), Maniac/maniaque (inspecteur), Musson/musique/son (musique), Pedespan/pédestre (EPS) Piedoux/pied-doux (EPS), Vacheret/vache (inspecteur), Valarcher/valeureux-archer (EPS) ; ainsi que l'antonyme Patault/pataud (EPS).
RAMONEUR. L'analogie et la contiguïté se relayent indifféremment pour évoquer ordinaire et vicissitudes du métier : Farcy/*engorgé, Hiberty/hiver, Houillon/houille, Roumagnac/ramonage, Ségoin/sagoin*sale, Terrier/*cheminée.
RELIGION. Les personnes qui se consacrent à la religion, ou travaillent dans des institutions religieuses, le portent pour ainsi dire sur le visage de leur nom : Amen (prêtre), Bienfait (prêtre ouvrier), Dumort/du-mort (prêtre), Ermite (prof. institution catholique), Esperandieu/espère-en-Dieu (prêtre), Lacroix/la-croix (prof. institution catholique), Lapostol/l'apostolat (abbé), Lemoine/le-moine (cardinal), Lemoyne (père jésuite), Oraison (abbé), Prieur (prof. institution catholique), Semont/sermon (curé), Théis (prêtre protestant). Ce qui passe en général inaperçu (ex. Cardinal Lemoine). Peut-être est-on naturellement plus sensible aux incongruïtés de l'antonymie : Até/athée (militante catholique), Jean Doute (Témoin du Christ), Pêcheur (catholique praticante), Pilate (commanditaire d'un calvaire).
REPRÉSENTANT. Le représentant n'a pas bonne presse, qui vient importuner les gens à domicile, selon ces jeux paronomastiques : Collot/colant, Colin/collant, Grillot/grillé, Sonnefrand/sonne franchement, Tanneur. Voilà un métier qui exige des qualités de séduction : Caracciolo/caracoler, Excidioux/excitant-doux, Joly/joli, Just/juste, mais dans un but uniquement commercial : Batot/mener-en-bateau, Batto/mener-en-bateau, Burduche/baudruche, Charrier.
SAGE-FEMME. On retrouve dans les noms de sage-femme certaines orientations symboliques du gynécologue, celles qui ont trait à l'anatomie : Collé/col, aux eaux : Coulon Viviane/couler, aux soins : De Curtis/curetage et à leurs qualités humaines : Matter/materner, à la naissance : Bienvenu, Coulon Viviane/vie, Valence/balance, Vidonne/donne-vie, et au petit : Dagneaux/agneau, Tortochot/torcher.
SANITAIRES (fabricants). Les fabricants de matériel sanitaire paraissent de par leurs patronymes affectionner l'eau courante : De cruz/crue, Limon, Partouche-Sebban/douche-bain, et affirmer la primauté de leur produit : Bloch/bloc sanitaire. Sans oublier ses commodités : Fassler/fesses, Papirer/papier [hygiénique], Porcher/porc, Selles, Terminus, que viennent compenser dans la spécialité WC des antonymies comme : Chavonnet/savonner,Lavaud/laver.
SERRURIER. La finalité du serrurier est la clôture, foi de patronyme : Cloarec/clore, Closet/close, Descloitres/cloître. Il propose pour cela des articles : Fleck/clé, ou des pièces de rechange : Laemmel/lamelle. Voilà le véritable garant de la sécurité des personnes et des biens : Segura/sécurité, Trouillot/trouille.
SEXOLOGUE. Un sexologue ne saurait porter un nom comme Dubois/de-bois, Gellman/gelé que par antonymie. Dans le cas contraire, on pourrait parler de publicité naturelle : Cauchoix/coucher/cochon, Ciochetti/coucher/cochon, Lustik/loustic, Tétart/*gestation.
TAXI. Le rêve anthroponymique s'exprime au fond par des choses bien simples, pourvu qu'elles s'accordent à une destinée : Del Motto/moteur, Magnien/se magner, Marche, Witz/vite.
TRANSPORTS ROUTIERS. Ce que le système symbolique du nom déploie ici encore, est l'univers onirique terre à terre du professionnalisme. Ses dénominations : Ledemé/le-déménageur, Prost/trsport/transport. Le véhicule : Assochar/char, Bahu/bahut, Busser/bus, Camlong/camion, Carel/car, Carrion/car/camion, Cayon/camion, Deroo/deux-roues, Ducamin/camion, Fourton/fourgon, Le Cam/camion, Le Vacon/wagon, Lecaplain/le-car-plein, Picard/car, avec ses composants et propriétés : Catroux/quatre-roues, Dussieux/essieux, Emroll/roule, Laporte/transporte, de Poortère/porteur, Portais/transportais, Portman/porte, Rolland/roulant, Rollet/rouler, Rouat/roue, Rouault/roue, Rouillon/roulons, Rouland/roulant, Roullé/rouler, Rouot/roue, Roux/roue, Ruelland/roulant, Ruhlmann/roule, Rullan/roulant, Rulland/roulant. Le gros tonnage : Bondu/dodu, Darche-Gros/gros-derche, Ducros/gros, Halter/*lourd, Le Bras/[gros-]bras, Legros/gros, et son chargement : Bahu-Moncoffre/bahut-mon-coffre, Bondoux/bondé, Bondu/bondé, Bourin/bourré, Bourrat/bourré, Collas/colis, Collard/colis, Colliat/colis, Collomb/colis, Colly/colis, Couffin/*panier*contenu, Du Pasquier/paquet, Fourton/fourre-tout, Gaborit/gabarit, Jean Bal/j'emballe, Lecaplain/plein, Malleret/malle, Mallet/malle, Mauffrey/fret, Pacquet/paquet, Pacquelet/paquet. La traction animale par analogie : Baudet, Bourin, Bouverel/bovin, Chevalier/cheval, Galopin/galope, Huet/hue!, La Cravache, Landeau, Poulain, Poulin/poulain. Les manœuvres : Contourly/contourner, Garampon/garer, Guinder/guider, Tourne, la prudence : Prudent, et la célérité : Bellagambi/*bonnes-jambes, Breger/abréger, Crouillet/se-grouiller, Furet/*courir, Galopin/galoper, Leclair/l'éclair, Lelièvre/le-lièvre, Patar/pas-tard, Snel/all. schnell "vite", Ubik/ubiquité, Witt/vite. Le voyage : Alloin/aller-loin, Balat/balade, Collomb/Christophe-Colomb, Olry/Orly, Pellegrini/pérégrinations, Trajora/trajet, Tribolo/trimballer, Voirin/voie, Voiriot/voie, et ses circonstances, l'expulsion : Balay/du-balais, Bayais/du-balais, Chassillon/chassé, Laporte/à-la-porte, Larue/à-la-rue, Laruelle/à-la-rue, Ru/à-la-rue, la fuite : Bariau/[se-]barrer, Barral/[se-]barrer, Barre/[se-]barrer, Barré, Barros/[se-]barrer, Ciampi/décamper, Escampe/escampette, Grié/grillé, Guerpillon/déguerpir, Peureux, Philippe/filer, Poucet/Petit-Poucet, Saver/[se-]sauver, Taillard/[se-]tailler, et le contrat de bail : Bailly/bail, Balay/bail, Bayet/bail, Debaille/bail, Debeaux/baux, Logeais/loger, Loyen/loyer. Enfin les fatales et grotesques antonymies : Attard/s'attarder, Bouchet/bouchon, Boulay/[traîner-un-]boulet, Détroit/étroit, Halter/halt, Letard/tard, Petit, Rivet/rivé, Rouillon/rouille, Tardieu/tarder.
VÉTÉRINAIRE. Bestiaire, anatomie, maladie et guérison esthétisent, dirait-on, la patronymie de ces sauveurs de bêtes : Anatom/anatomie, Cornardeau/cornes/renardeau, Cornet/cornes, Dautriche/autruche, Debuf/buffle, Guerit/guéri, Horn/*corne, Louveau/louveteau, Saigner, Vachez/vache.

CONCLUSION

Elles sont certes choquantes ces listes, car en détournant la langue de son rôle fondamental apparent, elles bousculent les références cognitives, psychologiques, sociologiques courantes. Si le patronyme perd son statut linguistique, si sa fonction sociale est pervertie en fonction imaginaire, laquelle repose sur une logique renversant les catégories rationnelles comme l'identité à soi (toute entité langagière étant potentiellement autre), ou la loi de contiguïté se substituant à la causalité (Pez *pèse *nouveau-né *accouchement *obstétrique *gynécologue). Or il existe chez tout homme un réflexe de résistance à ce qui ne répond pas aux attendus de la socialité, si durement acquise au fil du développement, au prix du refoulement des monstruosités (au regard de la société) précognitive, préverbale, pré-œdipienne, etc. Sans compter que l'anamorphose est vouée à l'incarnation langagière de la violence des pulsions ainsi que le montrent les patronymes motivés des métiers tabous.
Mais scandaleuses seulement parce qu'elles affichent, ces listes, ce qui doit à l'ordinaire demeurer latent.

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