Souffle et matière. La pellicule ensorcelée, 2010, L'Harmattan, coll. "Champs visuels"

Comment le cinématographe Lumière, simple attraction foraine à l’origine, en vint-il si tôt à s’apparenter aux arts ? Il fallut que la modernité reconnaisse en ceux-ci la prépondérance du matériau pour que le film se révèle puissance d’extériorisation sensorielle d’aspirations inouïes. Il convient alors de repenser le statut du décor, de l’acteur, du costume, du cadre, du montage, de la lumière et du son, comme relevant d’une transformation du matériau émancipé de la contrainte discursive. De là le déplacement d’accent du rhétorique au poétique, et le dépassement du dualisme esthétique-éthique en faveur d’un jeu interne appelé écriture, où sont indissociables les composantes structurelles : matériau, technique, discours, éthique, rhétorique et poétique.

L’action directe de l’esprit est donc requise, afin de plier le matériau à un dessein excédant les possibilités du logos : souffle sur matière, dont les effets surpassent toute prévisibilité de critère scénaristique. D’où pellicule ensorcelée, selon l’expression de Robert Bresson, qui a si bien su faire entrevoir l’enjeu de l’écriture cinématographique. Sont minutieusement interrogées à tous ces égards des œuvres représentatives prélevées dans l’histoire mondiale du cinéma.

D.W.