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CINÉMA ARTISTIQUE

 Comptes-rendus critiques de films

par  Daniel Weyl

 

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Gene SAKS
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Drôle de couple (The Odd Couple) USA VO Panavision-couleurs 1968 100' ; R. G. Saks ; Sc. Neil Simon, d'après sa pièce ; Ph. Robert B. Hauser ; M. Neal Hefti ; Pr. Howard W. Koch ; Int. Jack Lemmon (Félix) et Walter Matthau (son copain).

   Félix loue une chambre d'hôtel afin de se suicider à cause de son divorce. N'ayant pas réussi à se défenestrer, il se dirige vers la rivière, mais comme c'est à côté de chez son copain divorcé, lieu du poker quotidien, il rejoint les joueurs. Comme ils connaissent ses intentions, ils prennent d'excessives précautions. Recueilli par le divorcé qui l'héberge, il fait montre d'une obsession maladive de la propreté et le "couple" craque. Mais l'ex-suicidaire est recueilli par deux jeunes voisines qui le trouvent adorable.

   Œuvre qui serait tout à fait médiocre si elle n'était relevée par deux acteurs de taille, une pincée de bonnes répliques de boulevard et un excellent générique-séquence de huit minutes accompagné par un swing orchestral ironique. À partir du Hilton en extérieur nuit, défilent une série d'enseignes lumineuses correspondant à des hôtels de moins en moins riches. On termine par l'hôtel "Flanders", sans néon ni guère clientèle. Félix y est accueilli par deux quinquagénaires en blouson mastiquant des sandwiches aux papiers gras bien étalés. Ayant refusé une chambre au troisième, le suicidaire obtient au dernier étage un réduit lugubre par la fenêtre duquel on voit clignoter en rose vif tout en bas le mot "fascination". Mais la fenêtre étant bloquée, il se fait un tour de reins…
   Pourquoi perdre son temps quand tout est dit dans le premier quart d'heure ? 1/07/01
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Ljubisa SAMARDZIC
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Accroché au ciel (Sky Hook) Ital.-Yougo. VO 1999 95' ; R. L. Samardzic ; Sc. Srdjan Koljevic et Djordje Milosavljevic ; Ph. Radoslav Vladic ; M. Vlatko Stefanovski ; Int. Nebojsa Glogovac (Kaja), Ana Sofrenovic (Tijana), Ivan Jevtovic (Turca), Katarina Zutic (Zozi), Sonja Kolacaric (Seka).

   La garde de Jan, leur petit garçon muet à la suite des bombardements lui étant confée suite à la séparation d'avec Tijana, la mère, l'ancien champion de basket Kaja vit chez sa mère sous les bombes de l'OTAN, dans un quartier dévasté de Belgrade. Kaja aime toujours Tijana dont les fréquentes visites se prolongent parfois la nuit. Pour distraire Jan, il convainc les jeunes gens désœuvrés qui traînent en vidant des canettes, de remettre en état le terrain de basket. Le joyeux Turca parie avec un caïd que ce sera fait en trois jours. Il perd à cause d'un bombardement, mais bon prince, le truand annule le pari et achète un panneau de basket. A la suite de quoi, le petit prononce un premier mot, le chiffre sept qui était imprimé sur le maillot de joueur national de son père. Un jour Tijana vient chercher Jan pour émigrer en Italie. Resté seule sur le terrain pendant une alerte pour méditer son chagrin, Kaja est anéanti par une bombe.

   L'ambiance d'un quartier survivant à la guerre depuis dix ans, avec ses amitiés et inimitiés, ses intrigues amoureuses, ses conflits de génération, est rendue avec truculence, sans nul partisanerie politique. Malgré les bombes cependant on reste cantonné dans un huis-clos. L'absence totale de hors-champ contextuel, d'univers sonore notamment, élimine le tragique qui donnerait à l'humour sa profondeur. Trop abstraites, les bombes semblent n'être vouées qu'au seul épilogue. Globalement un premier long métrage intéressant par la fraîcheur du ton, et la liberté d'allure de la narration. 28/08/01 Retour titres Sommaire

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Eduardo SANCHEZ
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Le Projet Blair Witch 1999 (cf. Daniel MYRICK et)

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Carlos SAURA
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Cria Cuervos Esp. VO 1976 104'
Commentaire

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Claude SAUTET
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César et Rosalie Fr. 1971 couleurs 110' ; R. C. Sautet ; Sc. Sautet/Dabadie ; Ph. Jean Boffety ; M. Philippe Sarde ; Pr. Michelle de Broca ; Int. Romy Schneider (Rosalie : Galerie des Bobines), Yves Montand (César), Samy Frey (David), Umberto Orsini (Antoine), Isabelle Huppert (Marité).

   Rosalie est la maîtresse de César, riche ferrailleur infantile et hâbleur. David revient après cinq ans. Rien n'a changé. Rosalie est tiraillée. Malgré fric et colères terribles, César se résout au ménage à trois. Une amitié naît entre les deux hommes. Rosalie se sentant exclue les quitte, puis revient après un an.

   Film d'acteurs et de groupe. Chacun fait son numéro. Schématisme étroit des rapports : l'homme d'affaire et l'artiste… Aucun conflit dans le groupe, plus on est de fous… Les femmes servent les hommes sans s'émouvoir, l'adolescente (I. Huppert : Galerie des Bobines) fait la vaisselle… On a vanté le soin de la mise en scène (que d'effets à travers vitres et vitrines embuées !) : ça sonne faux. À l'époque, les voitures au cinéma démarraient sur les chapeaux de roues. Passé de mode depuis qu'entré dans les mœurs. 25/08/00 Retour titres Sommaire

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Franklin J. SCHAFFNER
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La Planète des singes (Planet of the Apes) USA VF Panavison-couleurs1967 110' ; R. F. J. Schaffner ; Sc. Michael Wilson/Rod Serling, d'après P. Boulle ; Ph. Leon Shamroy ; M. Jerry Goldsmith ; Pr. Arthur P. Jacobs/20th Century Fox ; Int. Charlton Heston (Taylor), Rocky McDowall (Cornelius), Kim Hunter (Zira), Moris Evans (Zaïus).

   Des astronautes américains se posent sur une planète inconnue après un voyage plus rapide que le temps. Ils ignorent qu'ils se retrouvent projetés dans le futur sur la Terre que domine un peuple de singes à la suite d'une guerre atomique. La doctrine en vigueur clamant que le singe descend de l'homme, animal inférieur, le survivant Taylor a beaucoup de peine à prouver son intelligence, malgré la sympathie qu'il inspire à Zira et à Cornélius, des sommités scientifiques. Lesquelles finalement convaincues empêchent le docteur Zaïus de procéder à la lobotomie du héros, qui parvient à s'échapper avec une jolie compagne humaine à l'état sauvage. Il découvre alors la vérité de par une statue à demi-ensablée sur une plage déserte : celle de la Liberté.

   Aucune faute dans la psychologie (la sensibilité et la délicatesse candides de Zira et Cornélius) et le maquillage des singes dont le corps est toutefois trop grossièrement humain. Des réminiscences de Western par les chevauchées dans des décors extérieurs désertiques apportant le souffle épique qui tempère le didactisme de fable philosophique. Heston incarne le héros hollywoodien dans toute sa suffisance : surhomme capable d'en imposer, même aux singes. La scène finale est superbe : Heston et Nova à cheval longeant la grève sont filmés d'abord en plongée à partir d'une portion méconnaissable de la tête de la statue, où l'on reconnaît toutefois l'artefact. Heston descend de cheval et les pieds dans l'eau, se plante jambes écartées face à la caméra les yeux levés. Puis contrechamp de la Statue. Retour au héros qui s'effondre à genoux dans le sable pour invectiver l'humanité.
   Globalement une réussite tout de même, à s'en tenir au registre de la fable adaptée. 3/07/00
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Fred SCHEPISI
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La Maison Russie (The Russia House) Austr. VF couleurs 1990 120' ; R. F. Schepisi ; Sc. Tom Stoppard, d'après John LeCarré ; Ph. Ian Baker ; Mont. Peter Honess ; M. Jerry Goldsmith ; Int. Sean Connery (Batholomew) Michelle Pfeiffer (Katya Orlova), James Fox (Ned), John Mahoney (Brady).

   Film d'espionnage touristique.

   On visite gratuitement les monuments de Moscou et de Leningrad pendant que de graves spécialistes technologiquement suréquipés suivent de loin et commentent longuement le cheminement de l'espion courageux et marginal (il est aussi saxophoniste) qui les couillonne tous et finit par épouser la belle espionne soviétique.

   Sont-ce les complications du récit, les bavardages interminables, la platitude du montage, à quoi s'ajoute le grotesque du doublage(1), (accent russe = R roulés avec intonation française !) ? Quelle médiocrité ! Connery porte sur ses seules épaules d'acteur à forte présence le fragile intérêt qui pourrait éventuellement émerger. 13/06/00 Retour titres Sommaire

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Volker SCHLÖNDORFF
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Les Trois vies de Rita Vogt (Die Stille nach dem shuss) All. VO 2000 101' ; R. V. Schlöndorff ; Sc. V. Schlöndorff et Wofgang Kohlhaase ; Ph. Andreas Hoefer ; M. Detltev Fichtner ; Pr. Babelsberg Film Produktion ; Int. Bibiana Beglau (Rita Vogt), Harald Schrott (Andi), Nadja Uhl (Tatjana), Alexander Beyer (Jochen), J. Sohily (Frierike), Martin Wuttke (Erwin Hull).

   Regard rétrospectif sur les années de plomb. Idéaliste éprise de justice, Rita Vogt devient terroriste. Des braquages de banque, l'évasion sanglante de l'amant de Rita, laquelle tue un policier parisien pour échapper au contrôle d'identité, font de celle-ci et de ses amis des criminels internationaux. La RDA accepte de leur fournir de faux papiers. On leur propose de les envoyer à Beyrouth. Mais Rita, qui reste par conviction politique, va s'installer sous sa fausse identité dans une petite ville où elle travaille comme ouvrière. Elle vit une forte amitié saphique avec Tatjana une collègue de travail. Reconnue cependant, elle doit encore changer d'identité non sans garder des liens avec Tatjana. Une idylle se noue avec Jochen qui la demande en mariage pour l'emmener en URSS où on lui offre un travail intéressant. La Stasi s'y oppose pour éviter les complications diplomatiques. A la chute du Mur, la communauté internationale exige l'extradition des terroristes. Rita est abattue à la frontière en tentant de passer à l'Ouest.

   Un regard qui ne juge pas. C'est par la force des circonstances que l'idéalisme tourne au fanatisme. Rita est présentée comme une personne humaine toujours guidée par l'éthique(1) et qui prend ses responsabilités. Elle sauve Tatjana de la déchéance et devient une citoyenne modèle en RDA parce qu'elle croit à la révolution. Elle se heurte cependant à l'apathie de la population à cet égard. La RDA n'est pas l'enfer qu'on dénonçait à l'époque et ses citoyens sont des gens ordinaires, qui n'ont d'ailleurs rien de révolutionnaire. Cette vision dépassionnée est l'aspect le plus intéressant.
   Mais il y a le revers de la médaille. Le film n'est sous-tendu par aucune cause. Le filmage, qui évoque au début les situations les plus dures de la guérilla urbaine, n'a plus qu'un rôle pseudo-documentaire.
On se souvient que L'Honneur perdu de Katarina Blum, film extrêmement dur, sans concession aucune, était inspiré par la volonté de dénoncer une société murée dans ses privilèges et prompte à exclure tout ce qui pouvait constituer une menace à cet égard. D'où le souffle, qu'engendrait la nécessité vitale de refuser l'inhumanité des nantis pour reconnaître un droit à la différence. Avec Les Trois vies de Rita Vogt, nous retombons dans une cécité de bon aloi, se jouant la comédie de la conscience. 2/11/03 Retour titres Sommaire

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Julian SCHNABEL
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Basquiat USA VO 1996 100' ; R., Sc. J. Schnabel ; Ph. Ron Fortunato ; M. John Cale, Tom Wits, Iggy Pop ; Int. Jeffrey Wrigth (Jean-Michel Basquiat), Michael Wincott (René Ricard), Benicio Del Toro (Benny), David Bowie (Andy Warhol), Christopher Walken (Galerie des Bobines), Dennis Hopper.

   Remarqué par un critique, le graffiteur d'origine haïtienne connu sous le pseudonyme de Samo devient soudain une figure de l'avant-garde new-yorkaise aux côtés d'Andy Warhol. À vingt-sept ans, en 1988, Jean-Michel Basquiat meurt d'une overdose.

   Le réalisateur semble s'être surtout attaché à reconstituer des personnages et un milieu qu'il a bien connus. Le jeu de Jeffrey Wrigth donne bien l'idée de l'artiste dont les concepts à l'état de fusion permanente sont révélateurs du caractère transitoire des valeurs les mieux établies. Bowie nous fait un éblouissant numéro d'imitation de Warhol. Tout cela bien léché relève de l'anecdote plus que d'une plongée dans les arcanes de l'art. On s'y efforce de cerner des effets sans aucune réflexion sur l'essentiel de ce qui les produit. 6/03/03 Retour titres Sommaire

Avant la nuit (Before Night Falls) USA VO 2000 125' ; R.. J. Schnabel ; Sc. J. Schnabel, Cunningham O'Keefe, Lazaro Gomez Carriles, d'après l'autobiographie de Reinaldo Arenas ; Ph. Xavier Perez Grobet, Guillermo Rosas ; M. Carter Burwell, Lou Reed, Laurie Anderson, Popol Wuh, Gustav Mahler, etc. ; Pr. J. Schnabel, Olatz Lopez Garmendia, Jon Kilik ; Int. Javier Bardem (Reinaldo Arenas), Olivier Martinez (Lazaro Gomez Carriles, le compagnon de route), Andrea Di Stefano (Pepe Malas, le petit ami riche), Johnny Depp (Bon Bon/Lieutenant Victor), Michael Wincott (Herbeto Zorrilla Ochoa), Olatz Lopez Garmendia (la mère de Reinaldo), Sean Penn (Cuco Sanchez).

   Biographie parfaitement linéaire de l'écrivain homoxuel Reinaldo Areinas, depuis l'enfance paysanne misérable jusqu'à la mort en exil à New-York, en passant par la période des plaisirs à La Havane, suivie de l'emprisonnement avec violences policières et de la tentative d'évasion. L'intérêt vient de la double marginalité : homosexuelle et artistique.

   Mais le film n'en rend compte, en escamotant l'art derrière la fausse audace de l'homosexualité, que sous forme anecdotique légèrement pimentée par l'angle, les heurts du montage et la célébrité des acteurs, dont se détache Johnny Depp par la distanciation du jeu dans le pittoresque d'un double rôle : le beau lieutenant flattant son sexe de la main sous l'uniforme et le travesti de la prison passant les manuscrits dissimulés dans le rectum.
   Les ellipses du montage ne sont que des raccourcissements de boucher, qui n'invitent pas au travail de l'esprit. L'accompagnement musical, en multipliant les emprunts, prouve un manque total d'imagination (pourquoi écraser l'image avec du Mahler, pourquoi piquer au magnifique
Aguirre ?). On en retire finalement la même impression exactement que pour Basquiat : que ce film sur un artiste ne fait pas faire le moindre pas en avant à la cause de l'art, ne donnant pas même l'envie de lire le livre.
   On dit d'un mauvais livre en général qu'il nous tombe des bras (je ne parle pas de celui d'Arenas). Le même verbe peut s'employer ici pour les paupières. Grand Prix du jury 2000 à Venise ! 11/02/07
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Ernest Beaumont SCHOEDSACK & Irving PICHEL
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Les Chasses du comte Zaroff (The Most Dangerous Game) USA VO N&B 1932 62' ; R. E. B. Shoedsack et Irving Pichel ; Sc. James A. Creelman, d'après Richard Connell ; Ph. Henry Gerrard ; M. Max Steiner ; Pr. RKO ; Int. Joel McCrea (Bob), Fay Wray (Eve), Leslie Banks (Zaroff).

   Lassé de la chasse ordinaire, le comte Zaroff est le seigneur autoproclamé d'une île perdue, entourée de récifs provoquant des naufrages dont les rescapés lui tiennent lieu de gibier. Au chasseur de fauves Bob Rainsford, il énonce les règles du jeu. Si le "gibier" survit à une nuit de traque, il est libre. Rainsford vainc le comte sanguinaire et s'enfuit en canot avec Eve, la jolie rescapée qu'il sauve de l'esclavage de lit auquel elle était destinée.

   Après le naufrage implacable et brutal du navire dont le confortable décor intérieur représente le monde "normal", on pénètre dans un monde fermé, isolé par la mer, les récifs, les requins, la forêt cernant la forteresse, le littoral inextricable et montagneux que le héros escalade à travers une cheminée naturelle touffue comme une vulve. Massive porte cloutée du générique qui se ferme au finale. Clôture redoublée : le comte semble sortir de la tapisserie. La nature épaisse et moite se déploie dans les trois dimensions par les passerelles végétales naturelles. Décor intérieur de la forteresse, mélange de gothique anglais et de cyclopéen archaïque à la fois stylisé et tourmenté. Grands candélabres d'église et vitraux à croisillons. Le monumental escalier de pierre tournant comme un ouvrage extérieur (l'extérieur à l'intérieur = démesure) semble conduire à des étages où l'on se perd si bien que les invités y sont toujours chaperonnés par les serviteurs.
   Lorsque Eve monte à l'étage, plongée subjective vertigineuse par grue sur l'œil exorbité du comte qui l'observe d'en bas. Russité sauvage des domestiques dont Ivan, sosie du centaure sur la tapisserie à laquelle répond le geste dément du comte portant la main à sa cicatrice frontale. Le sourire commandé d'Ivan désavoue l'humanité en ce lieu. Monde fermé aussi temporellement par la programmation de l'action dès le générique : la figure grimaçante du heurtoir, "centaure" percé d'une flèche emportant une femme évanouie, sur quoi aussi se clôt l'aventure.
   Le thème du jeu ("game") que souligne la variation réglée des accessoires (arc, fusil, chien) marquant des phases codées, introduit du faux aléatoire dans le programme, substituant au prévisible le pressenti. Au décor primitif répond l'animalité que figure le centaure et le renversement des valeurs : l'homme est un gibier, la femme une proie sexuelle. Au terme du jeu, l'humanité reprend ses droits mais elle l'a échappé belle. Car la frontière entre les deux mondes est fragile comme dans le rêve : le canot automobile de la civilisation est amarré au pied de la forteresse. 29/12/99
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Ernest Beaumont SCHOEDSACK & Merian COOPER
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King Kong USA VF N&B 1933 100'
Commentaire

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Michael SCHORR
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Schultze Gets the Blues All. VO 2002 ; R., Sc. M. Schorr ; Ph. Axel Schneppat ; Mont. Tina Hillmann ; Pr. Jens Körner ; Int. Horst Krause, Harald Warmbrunn, Karl Fred Müller.

   En Saxe minière où se ferment des exploitations, Schultze, accordéoniste amateur ventripotent, prend sa retraite anticipée en même temps que deux collègues. Le temps se passe entre jeux d'échec, café, pêche... Non sans un malaise, que Schultze va surmonter en se passionnant soudain pour le blues cajun, qui va remplacer la polka dans son répertoire. Ses amis de la société de musique lui offrent le voyage en Louisiane à un festival de musique. Il renonce à y montrer des talents qu'il juge insuffisants au vu des concurrents. Dans un bateau à moteur loué il navigue doucement dans le delta où une femme noire habitant avec sa fille une maison de bois amarrée sur un bayou lui offre l'hospitalité. Le soir ils vont danser, mais pris d'un malaise, il est ramené à la maison où il meurt dans la nuit. Ses cendres sont rapatriées au pays où l'on célèbre en fanfare municipale un enterrement bon enfant.

   Le désengagement total et l'humour caractérisent ce film de facture soignée, image et son. Humour par décalage : surcadrage, décadrage et éloignement associés au plan fixe en son direct sont les moyens de trouver la distance malicieuse tout en caractérisant ce plat pays venté, planté d'éoliennes.
   Les changements d'axe à 180° cependant dévoilent que tel beau paysage exalté par les sons de la nature n'est qu'un jardinet de loisir dominé par un énorme terril. A intervalles, le gros bonhomme sur sa bicyclette fait lentement le trajet du bord droit au gauche souligné par un pied d'éolienne. Mais la vitesse de rotation de l'hélice s'accroît insensiblement au fil de l'intrigue pour souligner au fond les progrès d'un apprentissage qui culmine dans une belle mort.
   Le désengagement consiste à adopter un point de vue délesté de tout dogme. Ainsi, l'hospitalité noire ne démontre-t-elle nullement un quelconque antiracisme. Elle relève du même amour de l'humanité que celui que l'on peut trouver dans la Saxe profonde où, loin des théories racialistes, ceux qui n'aiment pas la "musique de nègre" de Schultz ne sont que des idiots, qui ne savent même pas pourquoi. Ce que Schultz découvre dans le Pays cajun, c'est un monde familier : des vieux jouant aux dominos dans un café, d'autres au dancing, des musiciens, de jolies femmes affables. Tout de suite à l'aise sur les grandes étendues d'eau luxuriantes il manœuvre son bateau comme un vieux pêcheur de crabes.
   Ce regard tendre associé au refus du militantisme témoigne du besoin de se ressourcer, de trouver une voie d'apaisement. La mort de Schultz n'est pas tragique. Le joyeux cortège funèbre refait le parcours cycliste en plan large et fixe du bord droit du cadre au gauche souligné par l'éolienne maintenant bien alimentée par les courants aériens. 18/01/05
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Jan SCHÜTTE
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Les Malvenus (Drachenfutter) All. VO N&B 1987 69' ; R. J. Schütte ; Sc. J. Schütte, Thomas Strittmatter ; Ph. Lutz Kunermann ; Pr. Bundesverband Jugend und Film ; Int. Bhasker (Shehzad), Ric Young (Mao), Buddy Uzzaman (Rachid).

   Au moment où, après avoir fait des petits boulots, galéré chez les autres, supporté la promiscuité des foyers, économisé sous à sous, revendu leurs biens et essuyé toutes les chicanes administratives, un Chinois et un Pakistanais, Shehzad et Mao, parviennent à ouvrir un restaurant pakistanais à Hambourg, Shehzad le cuisinier est expulsé et renvoyé dans son pays.
   Le drame humain des ressortissants des pays pauvres est montré sans pathos. Un réseau clandestin les protège et les exploite du même geste. L'expulsion du Pakistanais a été précédée de celle d'un ami compatriote, Rachid, avec lequel il partageait tout. Ce dernier, condamné dans son pays, préfère la clandestinité américaine à la prison chez lui, mais il est refoulé à la frontière. La machine administrative apparaît dans toute l'horreur d'une mécanique aveugle.

   Nul misérabilisme. La ville filmée en fonction de l'intrigue forme un décor à la fois nécessaire et indifférent. L'émotion procède entièrement du parti double de justesse et de sobriété. 27/08/01 Retour titres Sommaire

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Hanns SCHWARZ
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Le Mensonge de Nina Petrowna (Die wunederbare lüge des Nina Petrowna) All. muet N&B 1929 100' ; R. H. Schwarz ; Sc. Hans Székely ; Ph. Carl Hoffmann ; M. Maurice Jaubert ; Int. Brigitte Helm (Nina Petrowna), Franz Lederer (l'aspirant Michel Silieff), Warwick Ward (le colonel Teroff).

   Maîtresse du riche colonel Teroff, Nina Petrowna tombe amoureuse de l'aspirant fauché Silieff. Pour écarter les soupçons de son amant en titre elle allègue d'emblée l'amitié d'enfance. Mais dans l'impossibilité de cacher un sentiment qui engage sa vie, finit par l'avouer. Elle quitte luxe et luxure pour un appartement minable bientôt assiégé par les créanciers. Afin de lui venir en aide, le jeune homme tente en vain de tricher aux cartes contre son rusé rival qui lui fait signer une reconnaissance de fraude. Le colonel propose à Nina un marché : qu'elle lui revienne définitivement en échange du document déshonorant. Elle accepte et il restitue le papier au jeune officier qui, soulagé mais dupe, offre à sa belle une paire de souliers. Ayant réintégré son hôtel particulier Nina se suicide après avoir voulu une dernière fois, d'une rose lancée du balcon, honorer l'aspirant à la parade.

   Tout est mis en place pour rendre sensible la romance au cœur des midinettes afin que les larmes coulent à flot au dénouement. La russité impériale, le prestige de l'uniforme, le faste friable comme du sable entre les doigts, le beau soupirant un peu timide qui ne comprend pas qu'on veut coucher avec lui, la courtisane au cœur tendre. La dernière séquence se calque sur la première sauf que l'on est en hiver : Nina destine une rose au fringant cavalier Silief défilant dans la rue sous son balcon, mais déviée cette fois, la fleur atterrit sous les sabots. Un peu plus tard, le maître de maison rentre les bras chargés de roses. Il en couvre une à une sa maîtresse endormie sur une méridienne. En réalité vêtue de noire, les chaussures de Silief aux pieds, elle s'est empoisonnée (travelling latéral le long du corps de haut en bas...).
   L'hiver, la rose perdue, les autres prenant un sens funèbre, les pauvres souliers et la robe
noire : vrai mélodrame populiste, c'est-à-dire pathétique caricature qui se prend au sérieux. Ici par bonheur pimentée d'érotisme : un gâteau au rhum conique flambe indécemment dressé pendant que le couple valse dans le noir sous les yeux du jaloux. Le motif est relancé en variation lorsque, à la séquence suivante, l'épée de Silief renvoie des éclairs dans la nuit.

   Beau travail, qui n'est plus guère au goût du jour. 17/04/03 Retour titres Sommaire

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Ettore SCOLA
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Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati) It. VO couleurs/ N&B 1974 115' ; R. E. Scola ; Sc. Age/Scarpelli/Scola ; Ph. Claudio Cirillo ; M. Armando Trovajoli ; Pr. Deantir ; Int. Nino Manfredi (Antonio), Vittorio Gassman (Gianni), Stefania Sandrelli (Luciana), Aldo Fabrizzi (Catenacci), Stefano Satta Flores (Nicola).

   Antonio, Gianni et Nicola, anciens partisans compagnons de combat, sont amoureux de Luciana qui le leur rend bien à tour de rôle d'abord mais finit par épouser le brancardier Antonio. L'avocat Gianni fait un mariage d'argent, quant à Nicola le professeur, il est dans la solitude loin des siens à la suite de déboires idéologiques. Ils se retrouvent par hasard après trente ans. Mais éconduit par Luciana à qui il déclare son grand amour, Gianni disparaît. Les autres, qui le découvrent riche l'ayant cru pauvre, renoncent à le fréquenter.

   L'intrigue puise largement dans la convention de l'amitié virile mise à l'épreuve de la jalousie amoureuse avec cette pointe scabreuse du partage sexuel rendu convenable par la distance burlesque. Le récit est une suite de morceaux de bravoure, comme le banquet sur le toit de l'immeuble en construction épinglant les parvenus et leurs flatteurs, le tournage de La dolce vita avec un vrai Fellini un vrai Mastroianni et une fausse Ekberg, la pantomime de Potemkine, le "quitte ou double" télévisé où Nicola échoue injustement sur une question du Voleur de bicyclette, puis l'apparition ultérieure de Vittorio de Sica qui le confirme, etc.
   Mais la somme de ces faux sketches ne présente aucune nécessité profonde. Il semblerait que Scola ait diversifié sa démarche sans raison d'ensemble. Le passage du noir et blanc à la couleur par une technique qui a son charme : la colorisation sous nos yeux d'un dessin à la craie sur la chaussée, coupe en deux un film déjà brisé. On saute brutalement d'un passé mythique approprié à la farce légère, à un présent empêtré de sérieux.
   Bref, du mauvais bricolage, que rachètera amplement trois ans plus tard
Une journée particulière. 8/12/00 Retour titres Sommaire

Une journée particulière (Una giornata particolare) It. VO couleurs 1977 105'
Commentaire

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Martin SCORSESE
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Taxi Driver USA VO couleurs 1975 115' ; R. M. Scorsese ; Sc. Paul Shrader ; Ph. Michael Chapman ; M. Bernard Herrmann ; Pr. Michael Phillips ; Int. Robert De Niro (Travis), Jodie Foster (Iris), Dianne Abbot (Betsy), Harvey Keitel (Sport), Martin Scorsese (le passager du taxi).

   Vétéran du Viêt-Nam et Taxi à New-York, Travis est solitaire mais courtise Betsy, qui travaille pour la campagne présidentielle de Palantine. Cependant le fossé social qui les sépare s'avère infranchissable. Au bord de la dépression, il fait l'acquisition d'un arsenal d'armes de main, abat un braqueur, et pour sauver Iris, une prostituée de 12 ans, massacre maquereau et acolytes. Il devient un héros de fait divers adulé des parents d'Iris.

   Belle analyse psychosociale des laissés-pour-compte de la Grosse Pomme, qui culturellement démunis attendent des idées les plus simplistes une solution à leurs frustrations. De Niro (Galerie des bobines) trouve là le rôle de sa vie, celui d'un paumé dont se ternit peu à peu l'ultime éclat de jeunesse à la mesure de l'évanouissement des espérances. Travis rêve de "nettoyer New-York." Palantine, lui, sait ce qu'il faut pour tirer parti d'un tel électorat, les déboussolés étant les meilleurs clients des politiciens ambitieux.
   Déjà virtuose de la réalisation, Scorsese, qui a su s'adjoindre Bernard Herrmann dont le thème reste célèbre, filme magnifiquement le New-York nocturne en utilisant les mouvements souples silencieux et puissants du gros taxi jaune. La caméra s'amuse à nous décontenancer quand elle laisse sortir le taxi du champ mais le rattrape par une intersection inattendue des deux trajectoires. La science du montage-son permet de limiter la toute-puissance de la fosse.
   Ce qui n'empêche pas le beuglement des trombones dans des moments spectaculaires à la limite du Grand-Guignol. Il y a donc discordance entre l'éthique
(1) et l'esthétique. Ce n'est pas en agressant, après les avoir charmés, les sens du spectateur qu'on dispose celui-ci à percer la pellicule des apparences. 30/12/01 Retour La Haine Retour titres Sommaire

After Hours USA VO couleurs 1986 98' ; R. M. Scorsese ; Sc. Joseph Minion ; Ph. Michael Balhaus ; M. Howard Shore ; Pr. Double Pay Production ; Int. Griffin Dunne (Paul Hackett), Rosanna Arquette (Marcy Franklin), Verna Bloom (June), Thomas Chong (Pepe), Linda Fiorentino (Kiki Bridges).

   Nuit de cauchemar d'un gentil pupitreur à l'air ahuri qui, parti dans un taxi fou dont les courants d'air emportent son unique billet de banque, se trouve dans l'impossibilité de rentrer chez lui, et passe par des situations successives sexuellement scabreuses sans jamais coucher. Sa première rencontre, féminine, succombe à des barbituriques, deux autres successives s'accrochent à lui pour finalement se joindre à une milice sauvage qui, le confondant avec des cambrioleurs, le prend en chasse. Sa quatrième "bonne fortune" est un homosexuel, et la dernière une sculpteuse qui le cache en l'emballant dans une statue de papier, laquelle chargée dans le fourgon des vrais voleurs est accidentellement déversée à l'heure d'ouverture devant la banque où assommé de fatigue et couvert de poussière il se remet à son pupitre.

   La logique du récit est soumise au jeu typique du rêve. Le héros ne peut terminer aucun projet parce qu'à chaque fois happé par une situation qui le branche métonymiquement sur une autre, etc. Des faits insolites (le caissier aux gestes chorégraphiques, le doublement soudain du prix du métro, la coiffure iroquoise comme laissez-passer de la boîte punk), burlesques (le chef-d'œuvre de sculpture des petits pains fourrés au plâtre), scandaleux (homosexuels virils se roulant des pelles au bar), surréalistes (lit entouré d'une barrière de pièges à souris), des coïncidences troublantes ou des signes prémonitoires (la clé à tête de mort avant la découverte du cadavre), voire des effets spéciaux donnent le ton.
   Filmé en l'honneur du New-York nocturne et moite avec des effets ingénieux et séduisants, caméra toujours sûre de ses très gros plans et de la lenteur de ses déplacements, chargés d'allusions. On peut admirer le montage en dix plans de la séquence des clés lâchées par la fenêtre, où les plongées/contre-plongées mobiles, d'acuité variée avec l'éclairage du trousseau jetant des éclats brusques dans la nuit, créent un violent effet de vertige, tenant surtout à la décomposition du mouvement entrecoupé de hors-champs implicites.
   La
symphonie en ré majeur de Mozart au début et à la fin souligne par sa légèreté le caractère fictionnel de la glauque ambiance, qu'indique en restant à sa stricte place l'orgue de fosse tout en rythme de réveille-matin et autres sonorités concrètes dues au talent de Howard Shore.
   L'œuvre, qui se voulait d'un réalisme au seuil extrême du fantastique, pèche cependant par excès de bizarre. Dire que cela lui a valu le prix de la mise en scène à Cannes serait peu charitable (pour le Festival), mais il n'est pas interdit de le penser. Certains en tout cas comme les frères Cohen ou Jeunet ont à coup sûr puisé plus d'une idée dans ce film, original sans être fascinant. 2/03/02
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La Couleur de l'argent (The Color of Money) USA VF couleurs Dolby 1986 119' ; R. M. Scorsese ; Sc. Richard Price, d'après Walter Tevis ; Ph. Michael Balhaus ; M. Robbie Robertson ; Pr. Touchstone Pictures ; Int. Paul Newman (Eddie Felson), Tom Cruise (Vincent Lauria), Mary Elizabeth Mastrantonio (Janelle), John Turturro (Julian).

   L'ancien champion de billard Eddie Felson convainc Vincent, jeune homme très doué, de faire équipe à trois avec son amie Janelle pour une tournée d'arnaques sous sa propre inflexible conduite. Il s'agit en gros de tirer profit d'une incapacité feinte. Mais Vincent préfère le billard à l'arnaque. Ayant rompu, Eddie se refait une carrière de champion et l'emporte au grand tournoi d'Atlantic City contre son ex-poulain. Mais celui-ci, qui avait parié pour lui et l'a laissé gagner, lui abandonne son gain.

   Film pour connaisseurs de billard avec quelques jolies virtuosités dans le filmage et les raccourcis-montage des matches. Beaucoup moins intéressant que L'Arnaqueur (1961) de Rossen dont il est la suite, et qui témoignait d'une passion du billard dans un brûlant contexte de film noir. 9/04/02 Retour titres Sommaire

Les Affranchis (Goodfellas) USA VO couleurs Dolby 1990 140'
Commentaire

Le Temps de l'innocence (The Age of Innocence) USA VO couleurs Dolby 1993 ; R. M. Scorsese ; Sc. Jay Cocks/M. Scorsese, d'après la nouvelle de Edith Wharton ; Ph. Michael Ballhaus ; M. Elmer Bernstein (d'après Beethoven, Gounod, Mendelsohn, J. Strauss) ; Cost. Gabriella Pescucci ; Pr. Barbara De Fina ; Int. Daniel Day-Lewis (Newland Archer), Michelle Pfeiffer (Ellen Olenska sa cousine), Winona Ryder (May Welland), Geraldine Chaplin (la mère de May), et la voix de Joan Woodward.

   Futur époux épris de May, Newland Archer, jeune avocat de la haute société new-yorkaise de 1870 se charge de réhabiliter sa cousine la comtesse Olenska, discréditée parce qu'elle vit libre, séparée de son époux resté en Europe. Mais il en tombe amoureux. Tout le clan se chargeant alors de faire pression, la jolie cousine retourne en Europe tandis que Newland devient bon père, bon époux. Un quart de siècle plus tard, Newland maintenant veuf est entraîné à Paris chez Ellen par un de ses fils. Incapable de la revoir, il laisse sa progéniture faire seule la visite.

   Le réalisateur s'emploie à montrer, à coups de décors viscontiens et de compositions musicales symphoniques et lyriques à résonance bourgeoise, la puissance d'une classe et le poids qu'elle peut exercer sur un de ses membres déviant. Cette surcodification provoque une distance artificielle, aggravée par une tendance à l'illustration, c'est-à-dire au redoublement par l'image sonore de ce qui vient d'être oralement énoncé par la narratrice off.
   L'on en sort charmé, se disant : quels acteurs prodigieux, merveilleux décors, impeccable photographie, musique sublime, dialogues étincelants, climat enchanteur, poésie authentique, sans oublier les fameux travellings circulaires mimant le bal compassé de la high society new-yorkaise ! On croit tenir cela, mais tout s'écoule comme du sable fin entre les doigts. Le dernier plan par exemple : une placette parisienne typique du sixième arrondissement où stationnent deux automobiles Belle-Epoque. Newland disparaît au coin de la rue. Quelques passants se pressent à l'arrière-plan. Deux ou trois feuilles mortes voltigent, des oiseaux traversent le champ.

   Trop léché, reconstitué, faux. 9/07/01 Retour titres Sommaire

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Ridley SCOTT
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Blade Runner USA VO 1982 couleurs 110' ; R. R. Scott ; Sc. Hampton Fancher, d'après Philip K. Dick ; Ph. Jordan Cronenweth ; Déc. Linda de Scenna, Tom Roysden ; Eff. Sp. Douglas Trumbull ; M. Vangelis ; Pr. Michael Deeley/Warner Bros pour la distribution ; Int. Harrison Ford (Deckard), Rutger Hauer (Batty), Sean Young (Rachel), M. Emmet Walsh (Bryant), Brion James (Leon).

   L'intrigue se déroule dans un diluvien décor urbain du vingt-et-unième siècle haut en couleur, où se croisent véhicules obsolètes des années soixante, voire bicyclettes, et engins antigravitationnels, et dont le pittoresque quartier chinois abrite les meilleurs spécialistes d'implants génétiques pour la fabrication de "replicants", de parfaits humanoïdes programmés pour ne vivre que quatre ans afin d'exclure toute vie émotionnelle. Le policier Deckard, un Blade Runner (tueur), est chargé de liquider quatre de ces derniers en cavale. Mais il en découvre un cinquième, une femme dont il s'éprend. Celle-ci, qui lui sauve la vie, verse de vraies larmes humaines.

   C'est au fond une ambivalence synthétique/naturel qui met en valeur l'humanité. Dans le beau visage émouvant les yeux de la replicant émettent quelque lueur synthétique. Sa mémoire affective est calquée sur celle de la nièce de son concepteur. Les autres, d'abord impavides et inquiétants, sont amenés au fil du récit à dévoiler leur sensibilité humaine. Le plus terrible, dernier survivant à gueule d'ange cruel, meurt à la place du flic qu'il avait à sa merci. Mais un vrai flic ne fait pas de sentiment. Car le polar ici ne rompt qu'en apparence avec les lois du genre.
   Toujours le même schéma : le héros est convoqué par un patron d'aspect débonnaire pour une mission qu'il décline tout d'abord. Mais étant le seul à pouvoir la mener à bien, il est forcé de se plier à l'ordre inflexible du pseudo-débonnaire. Sa mission accomplie, la victoire est amère, même s'il a décidé de passer outre la consigne et de sauver la fille.
   Le magnifique décor futuriste intégrant l'ambiance poisseuse des années quarante, combiné à l'architecture orientale sacrée dans un style BD saturant l'espace de l'image n'a pas pris une ride, à l'exception des bruitages un peu datés d'ordinateurs. Mais le plus beau est encore dans la bande-son, avec la musique de Vangelis aussi pleine que l'image. On peut même avancer que le film est construit comme un opéra mêlant fosse et écran, musique et bruitages.
   Le rythme diégétique imprimé par l'ambiance sonore participe de la musique d'accompagnement. Le piano qu'on entend est joué par un personnage, mains visibles ou hors champ. Mais l'instrument continue sans le pianiste, qui a quitté son siège. Les timbres ont tous une base instrumentale traditionnelle : cordes, vents, percussions. Le piano a parfois des sonorités de cymbalum. Tout cela parvient à mettre brillamment au goût du jour le côté irréel de la Série Noire.
   Globalement un fabuleux travail, divertissement de haute qualité. 18/05/01
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Edward SEDGWICK
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Le Cameraman Voir à Keaton

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William A. SEITER
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Les Compagnons de la nouba (Sons of the Desert) USA 1934 N&B 61' ; R. W. A. Seiter ; Sc. Frank Craven, Byron Morgan, Bert Jordan ; Ph. Kenneth Peach ; M. Marvin T. Hatley ; Pr. H. Roach/MGM ; Int. Stan Laurel, Oliver Hardy, Mae Bush (Mme Hardy), Dorothy Christie (Mme Laurel), Charles Chase (membre de la Confrérie).

   Laurel et Hardy prêtent le serment des Fils du Désert, qui engage à participer à Chicago au congrès de la Confrérie du même nom. Ils sont moins fiers d'annoncer la petite virée à leurs femmes. Oliver feindra donc une maladie pour laquelle un médecin complice, en réalité vétérinaire, prescrit un voyage à Honolulu. Ce qui élimine Mme Hardy, qui est allergique à la navigation, et désigne d'office l'accompagnateur. Les compères se rendent donc à Chicago, mais la presse annonce le naufrage du bateau d'Honolulu.
   En attendant la liste des rescapés, leurs chéries en larmes vont au cinéma où passe aux actualités un reportage sur le congrès des Fils du Désert défilant dans les rues munis d'ombrelles chinoises et en bon ordre à l'exception de deux
pitres bien reconnaissables, qui batifolent et font des risettes aux femmes. Entre-temps, les fiers Confrères rentrés au bercail tombent sur un reportage de presse du naufrage. Quand arrivent les épouses, ils se réfugient au grenier où Oliver - le confort d'abord - prépare pour la nuit un lit douillet, par un jeu de pervers polymorphe caractéristique du burlesque de Laurel et Hardy. Frappés par la foudre cependant ils réagissent bruyamment, s'enfuient par le toit à l'arrivée des femmes alertées mais sont ramenés par un policier.
   Les douces moitiés se préparent à punir les gros mensonges qui ne manqueront pas de se produire. Mais sur l'injonction de Mme Laurel, vraie matrone munie d'un
fusil, Stan dit la vérité. Tandis qu'Oliver est bombardé de vaisselle, on chouchoute Stan. Une cigarette au bec, il nargue Oliver qui l'avait menacé en cas de trahison de le dénoncer d'avoir fumé un jour.

   Ce ne sont donc ni les loufoqueries ni les gags qui manquent. Le gag doit sa beauté à sa filmicité(1), c'est-à-dire de tenir à des moyens propres au cinéma. lorsque, au premier plan, Stan (assis) ayant émis un bruit incongru en soufflant dans une pipe en forme d'instrument musical, Mme Hardy s'empare d'un vase et le brandit haut pour sévir, c'est son mari debout au second plan qui était visé et prend le coup. L'illusion repose ici sur le degré de luminosité. On sait que ce qui est plus éclairé paraît d'autant plus en avant. Mme Hardy à l'arrière-plan est vêtue de clair comme Stan mais, au second plan en sombre, Oliver semble plus en arrière.
   Citons aussi le comique reposant sur la présence menaçante hors-champ de Mme Hardy, quand Stan chipe une pomme qu'il croque en cachette, avec quelque difficulté car elle est
postiche. L'image se suffit si bien à elle-même que des pantomimes sur la base de l'erreur cognitive, notamment la confusion entre la droite et la gauche, sont totalement muettes. Stan et Oliver occupent avec leurs épouses des maisons semblables et accolées. Tout un silencieux échange bouffon dans les coordonnées respectives des entrées et sorties, droite et gauche, chez moi et chez toi, se déploie, souligné par la série des mimiques de déconvenue et de culpabilité qui s'ensuivent.
   Au total, un "Laurel et Hardy" excellent par son audace. 24/02/03
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Panique à l'hôtel (Room Service) USA VO N&B 1938 78' ; R. W. A. Seiter ; Sc. Morrie Ryskind, d'après John Murray et Allen Boretz ; Ph. J. Roy Hunt ; M. Roy Webb ; Pr. RKO ; Int. Groucho Marx (Gordon Miller), Harpo Marx (Faker Englund), Chico Marx (Harry Binelli), Lucille Ball (Christine), Ann Miller (Hilda).

   Le gérant de l'hôtel White Way veut se débarrasser de la troupe de théâtre et de son producteur fauché Miller qui, avec l'aide du metteur en scène Binelli, tout en faisant en vain appel à des commanditaires, tente de gagner du temps jusqu'à ce que la pièce puisse faire ses preuves. Tous les moyens sont bons pour retarder l'expulsion : le membre de la troupe Faker joue les cadavres poignardés et l'auteur feint de se suicider à cause du gérant. La pièce est un triomphe et le gérant découvre avec stupeur que les cadavres sont bien vivants.

   Rien que du théâtre filmé, donc du bavardage dans un décor indigent, sans aucun effort d'écriture cinématographique, au point que les Marx mêmes s'en trouvent flapis. 22/02/04 Retour titres Sommaire

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Jim SHARMAN
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The Rocky Horror Pictures Show GB VO couleurs 1975 101' ; R. J. Sharman ; Sc. Jim Sharman et Richard O'Brien, d'après sa pièce ; Ph. Peter Sushitzky ; M. R. O'Brien ; Chor. David Toguri ; Pr. Michael White ; Int. Tim Curry (Dr Frank N. Further), Susan Sarandon (Janet Weiss), Barry Botswick (Brad Majors), Richard O'Brien (Riff Raff).

   Délirant salmigondis d'opéra-rock, de fantastique et d'érotisme bourré de références. A la suite d'une panne de voiture un jeune couple est accueilli dans un inquiétant château dont le maître, le Travesti Transsexuel Transylvanien Frank N. Further, s'apprête à donner l'ultime étincelle de vie à Rocky, parfaite créature masculine au slip en or massif. Ils y endurent divers genres de secousses nerveuses ou sexuelles.

   Le dialogue parlé et chanté est d'une liberté qu'on aurait du mal à trouver un quart de siècle après en France. Hélas on ne sort pas de la tradition britannique de la fantaisie filmée. Un film-culte peut-il être autre chose qu'un objet fétiche aisément manipulable en dehors du film lui-même ? On sait en effet que, toujours vivaces, les rituels dudit culte consistent à se rejouer les meilleures scènes en chair et en os. 9/11/01 Retour titres Sommaire

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Kaneto SHINDO
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L'Ile nue (Hodaka no Shima) Jap. VO N&B Scope 1960 92'
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M. Night SHYAMALAN
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Sixième sens (The Sixth Sense) USA VF 1999 107' ; R., Sc. M. N. Shyamalan ; Ph. Tak Fujimoto ; M. James Newton Howard ; Pr. Franck Marschal, Kathleen Kennedy, Barry Mendel ; Int. Bruce Willis (Malcom Crowe), Olivia Williams (Anna Crowe), Haley Joel Osment (Cole Scar), Toni Collette (Lynn Scar).

   Conte de box office bien ficelé, pathétique et racoleur.

   Psychiatre pour enfants, le Dr Malcom Crowe (Bruce Willis, Galerie des Bobines) vit un grand amour avec son épouse Anna. Un soir un ancien patient incompris entre chez eux par effraction puis se suicide après avoir logé une balle dans le ventre de Malcom. Plus tard ce dernier est chargé de suivre Cole, un garçonnet de parents divorcés, très perturbé et dont les symptômes sont, trait pour trait, ceux du suicidé. Le docteur considère donc comme un devoir sacré de tout tenter pour lui. Cole est menacé par d'affreux fantômes, pendus ou mutilés. Parce qu'il compte sur Malcom pour chasser ces apparitions de cauchemar, il confie son secret pour la première fois.
   Depuis ce cas qui l'accapare à l'excès, Malcom ne communique plus avec sa femme. Convaincu cependant que Cole n'est pas fou, il lui conseille d'accepter de communiquer avec ces morts afin qu'ils trouvent la paix. Apaisé, Cole décide qu'il n'a plus besoin de son mentor, auquel il donne à son tour un avis : s'adresser à Anna dans son sommeil. En s'exécutant, Malcom comprend qu'il n'existe plus pour lui d'autre forme de contact avec elle. Effectivement tué par le patient frustré, il n'était qu'une des apparitions de Cole.

   Joli scénario, traité avec autant d'habileté que de sens du pathos à bon compte. On a collé là-dessus une musique de fosse omniprésente du genre concertante avec piano égrené sur déferlantes d'orchestre, approprié aux scènes à mouchoirs comme celle, précédée d'un écran blanc, d'une étreinte du couple le jour du mariage, dont se souvient Malcom quand il a compris qu'il était dans la tombe.
   Mais soyons juste, les allusions métonymiques à la mort sont à la fois discrètes et étudiées : ici le masque funèbre d'une statue en insert, là un détail d'architecture évoquant une église à l'arrière-plan ou encore la grosse citrouille digne d'Halloween achetée par la mère de Cole. Et surtout, un motif simple courant sous le récit, nourrit en sous-main le délicieux fantasme de la mort sanglante : la couleur vermillon, distribuée avec autant de modération que de sens de la composition signifiante. Ce qui ne suffit pas pour dépasser le stade du produit de grande consommation.
   Plébiscité en masse à sa sortie, ce film déjà démodé ne peut que continuer à s'enfoncer dans les oubliettes. 29/08/02
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Don SIEGEL
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Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) USA VO N&B 1949 72' ; R. D. Siegel ; Sc. Geoffrey Homes, Gerald Drayson, d'après Richard Wormser ; Ph. Harry Wild ; M. Leigh Harline ; Pr. RKO ; Int. Robert Mitchum (lieutenant Duke Halliday), Jane Greer (Jane Fiske), William Bendix (capitaine Blake), Ramon Novarro.

   Polar à idylle exotique. Talonné par le Capitaine Blake qui le croit coupable, le lieutenant Halliday poursuit en voiture jusqu'au Mexique celui qui l'a délesté du montant des soldes militaires, en compagnie d'une jeune femme également abusée.

   C'est dire d'abord la poussière voltigeant sur des routes qui traversent l'écran en diagonale ascendante mais de droite à gauche pour des pointes de vitesse qu'accentuent de brusques et savants écarts aussi gratuits qu'impressionnants, après des passages montagneux en lacets sur les chapeaux de roues ; ensuite, que le capitaine est stratégiquement retardé par un troupeau de moutons, ce qui laissera au héros flegmatique (R. Mitchum : Galerie des Bobines) le temps de confondre son voleur aux abois avant d'être rattrapé par le colérique supérieur, qui s'avère de mèche avec les voleurs ; enfin, que le dialogue chaste et sarcastique du couple prépare le baiser final sous le soleil du Mexique, dont les habitants exotiques à souhait, autrement dit, éléments du décor, ne possèdent pas d'âme, tout en étant à la fois ridicules et serviables avec les Yankees comme dans un beau rêve qui enfin donnerait bonne conscience aux dominants, etc. 30/03/02 Retour titres Sommaire

Sierra torride (Two Mules for Sister Sara) USA VO couleurs 1970 114' ; R. D. Siegel ; Sc. Albert Maltz, d'après Bud Boetticher ; Ph. Albert Figueros ; M. Ennio Morricone ; Pr. Rackin/Case/Universal/Malpaso/Sanen ; Int. Clint Eastwood (Hogan), Shirley MacLaine (Sara).

   Le Mexique de Maximilien occupé par les Français est en proie à la révolte sous la conduite de Juarez. L'aventurier américain Hogan loue ses talents guerriers aux patriotes. Au cours de sa mission dans le désert, il abat trois bandits sur le point d'abuser d'une bonne sœur recherchée par les Français pour connivence avec les insurgés. Comme elle peut lui être utile dans l'attaque du fort français, il se joint à elle pour un voyage de plusieurs jours à cheval, elle à bourricot. Elle l'introduit avec les partisans dans un bordel donnant accès au fort par les souterrains. C'était en effet une prostituée. Ils sont victorieux et les deux abstinents forcés repartent ensemble avec un coffre plein d'or mais sur d'autres bases…

   Le thème de la révolution mexicaine déjà mille fois rebattu est traité de façon banale. L'intérêt du film réside dans les rapports entre l'aventurier et la religieuse, dans la musique de Morricone si ironique et dans les décors naturels (quatre mois de tournage, dit-on, dans le désert mexicain). L'équivoque de la situation est finement exploitée, les allusions sexuelles subtiles (le serpent mort dans la main de Sara), d'ailleurs Siegel a le sens du symbolique(1) (voir aussi la scène où Sara escaladant pour les dynamiter les échafaudages en croisillons soutenant le viaduc de bois, semble chargée de la Croix de la Passion). On découvre que la voix de Clint Eastwood n'est nullement celle virile qu'on lui prête dans les doublages(2), ce qui le rend encore plus intéressant.
   Divertissement de qualité, plein de drôlerie. 10/09/00
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Les Proies (The Beguiled) USA VO couleurs 1971 105' ; R. D. Siegel ; Sc. Albert Maltz/Irene Kamp, d'après Thomas Cullinan ; Ph. Bruce Surtees ; M. Lalo Schifrin ; Pr. Malpaso/Universal/Don Siegel ; Int. Clint Eastwood (caporal John McBurney), Geraldine Chaplin (Martha Farnsworth), Elizabeth Hartman, Jo Ann Harris, Mae Mercer.

   Grièvement blessé, le caporal nordiste John McBurney est recueilli au mépris de la pudeur et de la loi martiale dans un pensionnat de jeunes filles du Sud où il commet des ravages. Au cours d'une violente crise de jalousie, la prude Edwina lui brise une jambe en le précipitant dans l'escalier. On l'ampute sans anesthésie. D'abord animé d'une rage de vengeance il se calme et décide d'épouser Edwina. Trop tard : les femmes ont servi à l'idole un plat de champignons empoisonnés.

   Ambiance fantastique par effets d'arbres et connotations de sorcellerie. Clint Eastwood incarne admirablement un personnage ambigu, tué au moment où il paraissait vouloir sauver son âme. À force de traiter laborieusement de cruauté scabreuse, Don Siegel se fourvoie dans des fadeurs de conte de fées. Il manque finalement d'étoffe. 22/09/00 Retour titres Sommaire

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Robert SIODMAK et Edgar ULMER
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Les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag) All. muet N&B 1929 70' ; R. R. Siodmak et E. Ulmer ; Sc. Billy Wilder ; Assistants Ed Garro, Billy Wilder et Fred Zinnemann ; Ph. Eugen Schüfftan ; M. Otto Stenzel ; Pr. Moritz Seeler ; Int. Brigitte Borkert (la disquaire), Cristl Ehlers (la figurante), Wolfgang Von Waltershausen (le représentant en vins), Annie (mannequin) et Erwin (Taxi).

   Film qui s'annonce au générique tourné avec des acteurs amateurs se produisant pour la première fois avant de retourner à leur métier habituel.

   Wolfgang, jeune représentant, officier dans l'armée, drague une fille dans la rue. Ils prennent un pot et se donnent rendez-vous dimanche pour aller se baigner. Cristl a une amie vendeuse de disques chez Electrola. Erwin, le voisin et ami de Wolfgang est un chauffeur de taxi vivant avec un mannequin oisif (Annie). Le couple est convié à la sortie de dimanche mais Annie ne veut pas renoncer à la grasse matinée. Les deux hommes vont donc à la baignade avec les filles, toutes deux attirées par Wolfgang.
   La situation est évocatrice et sensuelle. Les amis se déshabillent avec les précautions d'usage, les filles dans les hautes herbes. L'atmosphère se détend. Erwin fait des acrobaties en servant les plats, etc. Après le bain, Brigitte lance le canotier dans un arbre où il reste coincé. C'est l'occasion pour Wolfgang puis Erwin qui vient prêter main forte de se rincer l'œil en aidant Brigitte à grimper. Celle-ci fonce poursuivie par Wofgang au fond des bois où ils font l'amour. Cristl montre son dépit. Erwin est un bon camarade conseillant de ne pas prendre cela au tragique.
   Ils rentrent, décident de se revoir, tandis que le taximan retrouve sa dulcinée toujours au lit et se croyant au matin (jeu par substitution de la durée du film à la durée fictive laissant une impression de dilatation du temps).

   Extérieurs naturels de Berlin impeccablement photographiés dans la lumière d'été, avec les rues plantées d'arbres qui défilent, les balayeurs, les trams se croisant, les trains sur les viaducs, les autobus à impériale, les passants, les magasins, etc. Les Berlinois prenant le train ou leur véhicule personnel pour se rendre à la plage. Un carton conclut le film : "4 millions attendent dimanche prochain". Bref, préfiguration de Dimanche d'août de Luciano Emmer (1949).
   Éclairage très étudié des visages qui rend parfaitement l'expression appropriée. Le montage fait alterner l'intrigue avec les séquences documentaires diversifiées d'un dimanche estival. Mais il sert aussi parfaitement l'intrigue elle-même pour montrer par exemple la mésentente entre Erwin et Annie. Ils ne sont vus ensemble dans la chambre que pour la querelle. Sinon en montage alterné, au point qu'on croirait deux lieux différents. Entre les séries alternées, une autre série s'insère montrant, figures de la discorde, d'abord un robinet qui goutte en plan de plus en plus serré, puis une porte d'armoire rétive.
   Un film qui sait mêler poésie et réalisme avec simplicité, même si les séquences de la ville veulent trop construire le foisonnement urbain. On ne peut jamais tout montrer. Seule la métonymie (qui ne fait pas défaut du reste ici) est à même de suggérer la totalité.
   Si ce n'est inoubliable, c'est au moins exemplaire, c'est-à-dire inoubliable d'autre façon. 3/02/01
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Robert SIODMAK

Mollenard, capitaine corsaire Fr. N&B 1937 91' ; R. R. Siodmak ; Sc., Dial., Charles Spaak, Oscar-Paul Gilbert, d'après son roman ; Ph. Eugen Schüftan ; Déc. Alexandre Trauner ; M. Darius Milhaud, Jacques Dallin ; Pr. Corniglion/Moliner ; Int. Harry Baur (Justin Mollenard, le commandant), Gabrielle Dorzat (Mathilde Mollenard), Albert Préjean (Kerotret, le second), Robert Lynen (Gianni), Jacques Baumer (le secrétaire général), Pierre Renoir (Bonnerot).

   Trafiquant d'armes en Orient pour le compte d'une compagnie maritime, le capitaine Mollenard est mis à pied pour détournement, mais néanmoins accueilli à son retour à Dunkerque avec les honneurs dus aux héros nationaux. Ce pittoresque bourlingueur ayant ses arrangements personnels avec la morale ne peut souffrir sa bourgeoise d'épouse. Elle parvient pourtant, à la faveur d'une maladie fatale, à faire réintégrer le domicile familial au patron, forcé de céder le commandement de la prochaine expédition à son second. Mais l'équipage enlève son ancien chef vénéré pour le laisser mourir en haute mer.

   Ce film, qui peut encore se laisser regarder avec plaisir, se détache des productions du temps grâce à une recette infaillible : s'assurer le concours des plus grands noms. Il est donc construit à rebours de l'art. Ce sont ici des valeurs a priori qui déterminent un ouvrage qu'on pouvait supposer plutôt travailler son matériau pour en tirer des valeurs imprévues.
   Du côté distribution, c'est du sur-mesure pour Baur que valorise, sur le plateau comme dans l'histoire, un Préjean qui méritait de lui-même tenir la vedette. Ce que vient renforcer la nette organisation hiérarchique de l'équipe d'interprétation. Du côté réalisation, dans un style préfigurant le réalisme poétique qu'ils mettront en œuvre dans
Quai des brumes (1938), la photographie de Schüftan et les décors de Trauner sont si parfaits qu'ils ne sauraient se soumettre à nulle nécessité autre que de photographie et de décor artistiques en soi. Restent, à l'exception de la musique qui sait rester à sa modeste place, des performances séparées, non soumises à un dessein d'ensemble : scénario, décor, lumière, acteurs. 1/11/07 Retour titres Sommaire

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Douglas SIRK/Detlef SIERCK
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Paramatta, bagne de femmes (Zu neunen Ufern) All. VO N&B 1937 100' ; R. D. Sierck ; Sc. D. Sierck, Kurt Heurser, d'après L.H. Lorenz ; Ph. Franz Weihmayr ; M. Ralph Denatzky ; Pr. Bruno Duday/UFA ; Int. Zarah Leander (Gloria Vane), Willy Birgel (sir Albert Finsbury), Viktor Staal (Henry), Carola Höhn (Mary), Hilde von Stolz (Fanny), Edwin Jürgensen (le gouverneur).

   A Londres sous Victoria, l'aristocrate ruiné et grand séducteur Albert Finsbury falsifie un chèque avant de s'expatrier pour encadrer un régiment australien. S'accusant du faux pour le protéger, sa maîtresse Gloria Vane, chanteuse à scandale célèbre, est condamnée. Elle est déportée au bagne de femmes de Paramatta à Sidney, là-même où le capitaine Finsbury est en garnison. Après avoir séduit au passage quelques bourgeoises, ce dernier est bientôt fiancé à Mary, la fille du gouverneur. Cependant, une lettre que Gloria a réussi à faire passer le rend sombre. Elle l'informe que la seule façon de la libérer est de l'épouser.
   Pendant qu'il rumine et tergiverse, Henry, brave propriétaire d'exploitation agricole, la demande par amour en mariage. Elle est donc relaxée mais s'enfuit avant la cérémonie, ayant expliqué n'aimer que Finsbury. Obligée d'attendre à la porte du bal du gouverneur qu'on prévienne celui qui est maintenant commandant par la grâce de son futur beau-père, elle apprend son mariage prochain et renonce à la rencontre tant désirée. Il la retrouve dans un cabaret où elle travaille après avoir tenté de retourner au bagne par désespoir. Elle révèle à Albert les raisons de sa condamnation, ajoutant qu'il est trop tard pour s'aimer. Incapable de surmonter cette double atteinte l'homme se suicide le jour de son mariage. Henry retrouve Gloria dans une église où se prépare par coïncidence le mariage d'une amie du bagne. On s'aperçoit alors qu'un sermon peut aussi bien servir pour deux couples. Des chœurs d'enfants célèbrent la victoire de l'amour.

   Film aux qualités artistiques incontestables, en ce qu'est évité le simplisme ordinaire au mélodrame, qui table sur le sentiment d'immunité du spectateur contre le malheur, dont la jouissance par procuration fit aussi les délices. En dépit d'une facture quelque peu empruntée, qui tient à la fois au décor et au costume d'époque, mais aussi à un cadrage strictement narratif que ne rehausse guère une lumière crayeuse à force de platitude, ce qui rompt surtout avec la facilité c'est, grâce à une direction d'acteurs et à une prise de son incomparables, l'expression du désespoir le plus noir, dans le son des voix presque inaudibles des protagonistes, et dans le regard voilé de Zarah Leander.
   Cela dans la deuxième partie du film lorsque, remplacés par des décors arides et une fosse discrète jusqu'au silence, s'effacent le coûteux décorum et l'encombrante instrumentalisation du spectacle de la brillante scène londonienne dans le film (budget UFA à la hauteur d'un "Empire millénaire"). Sur la base d'une cause humaine dont la profondeur échappa sans doute à la censure, et libéré des contraintes du spectaculaire, le futur Douglas Sirk donne le meilleur de lui-même dans la sobriété et le caractère extrême des situations. 5/03/05
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Victor SJÖSTRÖM
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L'Étrange aventure de l'ingénieur Lebel (Dödskyssen (le baiser de la mort)) Suède N&B 1916 35' (sur 60 à l'origine)
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Les Proscrits (Berg Ejvind och hans Hustru) Suède N&B 1917 2780m (75') ; R., Sc. V. Sjöström, d'après Johann Sigurdjonson ; Ph. Julius Jaenzon ; Pr. Svenska ; Int. Victor Sjöström (le vagabond), Edith Erastoff (la veuve), Nils Ahren (le bailli).

   Un voleur est engagé sous une fausse identité dans une ferme par la patronne dont il devient l'amant. Jaloux, le bailli veut confondre le voleur qui finit par faire des aveux à sa maîtresse. Elle comprend et pardonne parce qu'il fut poussé par la pauvreté. Ils se réfugient tous deux dans la montagne pendant des lustres, donnent naissance à une petite fille que sa mère sacrifie pour qu'elle ne tombe pas aux mains du bailli. Puis doivent fuir toujours plus haut. Vaincus par la faim ils finissent par se haïr mais se réconcilient dans la mort volontaire, leurs corps mêlés sur la pente battue par la tempête de neige.

   C'est un film sur les illusions de la liberté hors de la société. Les paysages grandioses de montagnes, de chutes et de torrent et la capacité du couple à s'adapter à la vie sauvage ne leur servent de rien. Il n'y a de solution que dans la mort. On peut admirer la sûreté du récit et la sobriété de la mise en scène. En 75 minutes tout est dit avec force. 16/07/00 Retour titres Sommaire

La Charrette fantôme (Körkarlen) N&B 1920 90' ; R., Sc. V. Sjöström d'après Selma Lagerlöf ; Ph. Julius Jaenzon ; Pr. Svenska ; Int. Victor Sjöström (David Holm), Astrid Holm (Edith), Hilda Borgström (Mme Holm), Tore Svennberg.

   Après avoir vécu heureux en famille, David Holm tourne alcoolique et tuberculeux. Comme dernier trépassé de la Saint-Sylvestre en état de péché, l'ami qui l'y avait entraîné devient le conducteur de la Charrette fantôme, avec la mission exténuante de libérer toutes les âmes des morts. Sa femme s'enfuit avec leurs deux filles. Sœur Edith, une Salutiste contaminée pour l'avoir accueilli, est amoureuse de lui. Elle parvient à réconcilier le couple, sans grand succès. Agonisante, elle veut revoir David qui refuse et perd d'ailleurs la vie dans une rixe avant les douze coups de la Saint-Sylvestre.
   Il doit donc remplacer le conducteur de la Charrette. Mais celui-ci l'oblige à mesurer l'étendue du mal qu'il a fait. Son âme est amenée successivement au chevet d'Edith qui confesse l'aimer avant de mourir puis chez son épouse sur le point de s'empoisonner avec leurs deux filles. Pour la première fois David invoque le Christ. Ressuscité pour ce sursaut, il parvient de justesse à empêcher le massacre. Son épouse comprend, à ses larmes, sa sincérité. Désormais il sera bon avec ses proches.

   Le film eut grand succès, notamment en raison de l'usage de la surimpression, alors nouvelle. Certes, mais ce n'est qu'une technique. Il en va de même de l'alternance du noir et blanc en extérieur nuit avec le filtre rougeâtre pour les intérieurs éclairés, ainsi que des nombreux flash-back parfois associés à l'impression d'un éloignement optique procuré par l'iris. La technique(1) n'a de valeur artistique qu'au service de l'imagination.
   Surmontée par la lame de la faux, la charrette présente un curieux échafaudage de superstructures non identifiées où sont tendus des fragments d'oripeaux. Le cheval est harnaché de lanières évoquant le squelette. Le flash-back impose une logique atemporelle à la fois appropriée à la communication avec l'au-delà et, paradoxalement, à l'impression d'imprévisibilité caractéristique de la vie. Les cadrages ménagent des coïncidences imaginaires. La fumée de cigarette du futur suicidé - à la face macabre - semble émaner du canon de revolver avant le coup de feu fatal. Un reflet de lumière au mur de la cellule où est enfermé David pour ivrognerie affecte la forme d'une lame de faux. Ou encore, Mme Holm mélange la mixture empoisonnée avec le même geste que la tambouille familiale des temps heureux.
   Ceux qui ont cru y voir un film moralisateur n'ont pas compris sans doute que, totalement insolite par la violence des conflits exacerbés par le point de vue de la mort, l'intrigue tient son régime particulier de la puissance mystérieuse de l'amour. 16/06/02
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Larmes de clown (He Who Gets Slapped) USA N&B 1924 90'
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La Lettre écarlate (The Scarlet Letter) USA 1926 65'
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Le Vent (The Wind) USA N&B 1928 73'
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Ray C. SMALLWOOD
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Camille (Camille) USA 1921 55' ; R. R. C. Smallwood ; Sc. June Mathis, d'après La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils ; Ph. R. J. Bergquist ; Dir. Art. Natasha Rambova ; Pr. Nazimova/Metro Pictures Corporation ; Int. Nazimova (Marguerite Gautier), Rudolph Valentino (Armand Duval), Rex Cherryman (Gaston Rieux), Patsy Ruth Miller (Nichette), Arthur Hoyt (Comte de Varville), William Orlamond (M. Duval-père).

   Entretenue par le comte de Varville, la belle courtisane Camille alias Marguerite Gautier exige d'avoir vu les bijoux avant d'entendre parler d'amour. Sans doute la maladie qui lui brûle les poumons l'induit-elle à consumer sa vie : n'a-t-elle pas fait son emblème du camélia qui meurt dès qu'on le touche ? Son ami Gaston lui présente Armand Duval, étudiant en droit amoureux d'elle à qui elle conseille d'étudier plutôt l'amour.
   Pourtant, alors que Nichette, honnête fille et ancienne compagne d'atelier, se fiance avec Gaston, elle est bientôt
éprise à son tour jusqu'à renoncer à la vénalité. Elle se résout à vendre tous ses biens pour vivre avec son amant. Cependant le père d'Armand vient l'adjurer de renoncer à sa relation scandaleuse avec son fils pour ne pas éclabousser le mariage de sa fille. Elle le promet, renouant avec le comte sans informer Armand des raisons de sa rupture. Celui-ci se venge à s'afficher avec une actrice puis humilier publiquement la dame aux camélias. Marguerite expire sous les yeux de Gaston et de Nichette en serrant dans ses bras Manon Lescaut, dont son amant lui lisait des passages et que lui ont laissé les huissiers magnanimes.

   Dans des décors d'avant-garde, art déco de la première heure, épouvantable mélo fondé sur les antithèses luxure/amour et vénalité/désintéressement ainsi que sur l'injustice du sort qui ne laisse aucune chance à celle qui s'est amendée en choisissant l'amour et la pauvreté. L'extrême naïveté du scénario n'est guère rattrapée par le moindre dépassement artistique. La modernité des décors n'est visiblement inspirée que par le désir de mettre un vieux récit à la portée d'un public qu'on cherche à impressionner par une esthétique futuriste et osée (chambre à coucher transparente). Un Valentino empâté et une Nazimova grand-guignolesque complètent le tableau. Ces acteurs ne sont certes pas les premiers venus mais leur jeu trop sérieux répond parfaitement aux exigences limitées du genre, qu'illustre une pellicule révélée au bain d'eau de rose. 1/05/04 Retour titres Sommaire

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Steven SODERBERGH
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Solaris USA VO 2003 96'
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Alexandre SOKOUROV
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Mère et Fils (Mat i syn) All. Rus. 1997 68 ’ 
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Moloch All.-Rus. VO (all.) couleurs 1999 102', Prix du Scénario, Cannes 1999 ; R. A. Sokourov ; Sc. Youri Aarabov, Marina Koreneva ; Ph. Alexeï Fedorov, Anatoli Rodionov ; Pr. Zero Film, Lenfilm ; Int. Leonid Mosgovoï (Hitler), Elena Rufanova (Eva Braun), Leonid Sokol (Goebbels), Elena Spiridonova (Magda Goebbels), Vladimir Bogdanov (Martin Borman).

   Potentat intime entouré d'Eva Braun, des couples Borman et Goebbels, d'une garde militaire et de domestiques, Hitler perche en son nid d'aigle. Nue au début sur une plate-forme de l'édifice cyclopéen, parfois cadrée à travers un viseur optique désignant une vigilance indiscrète et menaçante à grande échelle (réminiscence de Salo de Pasolini ?), Eva semble, au seuil de l'abîme, consacrer à Moloch un rituel gymnique. Les paroles en apparence sensées du maître à table dérivent imperceptiblement. La pathologie s'installe au fil de minuscules constats.

   Une lumière diffuse et palpable dans des intérieurs démesurés en plan fixe et large enveloppe de matière translucide la collection future des insectes de l'Histoire. Pourtant, nonobstant l'ambiance apocalyptique, la rumeur sourdement réverbérée de la bande-son indique que l'énorme machine à broyer tourne.
   L'
esthétique du grotesque traduisant mieux que tout réalisme l'aberration anthropologique de cette courte période de l'histoire humaine. Vision hallucinante, un peu trop visiblement calculée peut-être pour s'épanouir de façon pleinement artistique. D'autant que la théâtralité dispute quelque peu la place à la filmicité. 29/05/02 Retour titres Sommaire

Le Soleil (Solntse) Rus.-Fr.-It.-Sui. VO (japonais et anglais) 2005 110'
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Alexandra Rus. VO 2006 92’ 
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Michel SOUTTER
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Les Arpenteurs Sui. N&B 1972 90' ; R., Sc., Dial. M. Soutter ; Ph. Simon Edelstein ; M. Johannes Brahms, Franz Shubert ; Pr. Yves Gasser ; Int. Marie Dubois (Alice), Jean-Luc Bideau (le grand arpenteur), Jacques Denis (Lucien), Jacqueline Moore (Ann), Michel Cassagne (le petit arpenteur).

   Annonciateur de l'arrivée du béton dans la banlieue de Genève, le "grand arpenteur" est plus ou moins par malice chargé de porter un panier de légumes frais à Alice Taillefer qui l'invite dans son lit du premier étage. Accueilli le lendemain par la véritable Alice, qui l'invite dans son lit du deuxième étage, il découvre qu'il n'a étreint la veille qu'une furtive inconnue qui usait du téléphone en l'absence de la titulaire. Quand Ann revient récupérer ses lunettes, les deux jeunes femmes décident de vivre ensemble et d'éconduire l'arpenteur.

   Dans un noir et blanc transparent mettant en valeur un luxuriant paysage gorgé de lumière, les événements qui se succèdent ont l'insolite de la spontanéité. Menée apparemment au rythme d'un pas d'arpenteur, l'histoire ne se légitime que de hasards propices à la naissance d'une amitié entre deux femmes. "Arpenter : marcher de long en large à grandes enjambées entre les maisons, les gens et les sentiments" peut-on lire à l'écran en guise d'épilogue. Des contingences écomico-politiques entraînent la présence d'un arpenteur qui, pour avoir sympathisé avec un voisin d'Alice, porte à celle-ci de sa part une offrande de légumes à l'instant du passage frauduleux d'une étrangère qui n'aurait sans doute jamais connu son hôtesse involontaire sans l'aventure amoureuse qui éclipsa les lunettes, etc.
   La saisie de la fugacité de l'événement, en son-direct que préserve l'usage modéré de la musique et que résume le clair regard rayonnant de Marie Dubois dans des contrechamps éternisant l'instant pur, légitime la multiplication des plans fixes en photographie de haute finesse. Bref un cinéma indépendant s'émancipant des formes en vigueur en s'inspirant de la poésie de la vie, ce qui ne va pas sans une fantaisie débridée, sans un audacieux forçage du trait, qui sont aussi dans l'air du temps (voir notamment
La Maman et la Putain de Jean Eustache,1973). 15/08/01 Retour titres Sommaire

Signé Renart Sui. couleurs 1985 90' ; R. M. Soutter ; Sc. Dial. M. Soutter, Bernard Meister ; Ph. Jean-Bernard Menoud ; M. Giuseppe Canova, Fancesco Cona, Giuseppe D'Agata ; Pr. M. Soutter/MK2 ; Int. Tom Novembre (Renart), Fabienne Barraud (Hermeline), Marilu Marini (Marie-Jo).

   En raison du licenciement d'Hermeline enceinte de lui, Renart a rompu son contrat d'amuseur de cabaret. Il monte un spectacle dans une usine désaffectée. Mais la bande du cabaret le tabasse et sabote son affaire. Comme il ne supporte pas qu'Hermeline fasse la pute pour renflouer l'affaire, elle le quitte. Il tente vainement de renouer avec le propriétaire et avec le gérant devenu patron d'un pressing, victime lui-aussi du même système. À la naissance de son enfant, Renart quitte la buraliste avec laquelle il s'était mis en ménage, pour retrouver Hermeline, qui tente de l'écraser avec sa voiture.

   On assiste à la déchéance, en raison du sacro-saint profit, d'un homme qui s'est laissé prendre à un jeu fatal parce qu'avec son talent et son succès auprès des femmes tout lui était facile. Hermeline, véritable nom de la compagne de Renart, Noble le lion incarné par le grand patron arborant un collier fourni comme une crinière et qui annonce superbement à Renart "je ne vous aime plus", les avances de la "reine" et le pressing évoquant l'épisode de "Renart teinturier"(et acrobate), jusqu'aux frasques du héros, bref, les allusions au Roman de Renart affichent plaisamment la satire sociale. Le caractère très elliptique du récit, qui ne s'encombre pas de musique de fosse, provoque conflagrations et surprises.
   Ce n'est plus guère, pourtant, l'audacieux lyrisme des
Arpenteurs. 23/08/01 Retour titres Sommaire

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Steven SPIELBERG
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Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan) USA VF 1998 170' ; R. S. Spielberg ; Sc. Robert Rodat ; Ph. Janusz Kaminsky ; M. John Williams ; Pr. S. Spilberg, Ian Bryce ; Int. Tom Hanks, Edward Burns, Tom Sizemore, Matt Damon.

   Visitant un cimetière militaire américain en France, un vieil homme accompagné de sa famille s'effondre devant un alignement de croix blanches. Un travelling avant jusqu'au très gros plan sur ses yeux clairs indique qu'il se souvient : après s'être conduit héroïquement dans l'enfer du débarquement du 6 juin 44, le capitaine John H. Miller se voit confier du haut état-major une mission spéciale : avec huit hommes sous son commandement, dénicher le soldat Ryan pour le rapatrier en raison de la mort de ses trois frères sur le front. "Une aiguille dans une botte de foin", à considérer le caractère confus que prend l'offensive américaine.
   Au prix de péripéties ayant coûté la vie à deux hommes, ils tombent par hasard sur Ryan, après avoir annoncé la mort de ses frères à un homonyme qui croyait s'agir de ses petits frères encore scolarisés. Ryan, le vrai, accuse le coup mais estime de son devoir de rester avec la poignée des survivants de sa compagnie, chargée de défendre l'un des deux derniers ponts encore intacts. Miller respecte ce choix, mais décide de rester pour, coûte que coûte, sauver le soldat Ryan. Ils s'organisent remarquablement pour arrêter une colonne de la Wermacht nettement supérieure en force. La lutte est acharnée et l'issue incertaine, jusqu'à l'intervention
in extremis de l'aviation anti-char alliée. Trop tard pour Miller qui, gravement blessé, meurt en soufflant à l'oreille de Ryan : "James, mérite-le !" Et le vieil homme du prologue demande à son épouse (qui n'a guère le choix) "dis-moi que ma vie a été bien".

   C'était donc Ryan soi-même au prologue, qui pourtant ne pouvait logiquement se souvenir du débarquement de la compagnie de Miller à laquelle il n'appartenait pas : petit subterfuge pour égarer le spectateur en jouant aussi sur la similitude des regards clairs, et lui faire éprouver la surprise de perdre celui qu'il croyait devoir raconter l'histoire via le souvenir. Tout cela cousu de fil blanc mais ayant beaucoup plu.
   De même que les vingt-cinq premières minutes de boucherie littorale. Admirablement fait, ce film choisit pourtant délibérément le camp du cinéma de haute consommation. Pour cela, il joue de la corde sensible patriotique. Pureté du soldat sous bannière étoilée ; discours à tirer les larmes au prétexte d'une lettre du chef de guerre à la mère Ryan (veuve, évidemment) ; derniers mots du capitaine, fort culpabilisants pour l'individu mais exaltant la solidarité militaire ; reconnaissance du rôle de la famille pour l'entretien de la flamme.
   C'est l'État américain à visage humain qui sort gagnant d'avoir voulu se soucier d'une pauvre vieille maman solitaire, éplorée et bientôt reconnaissante, dont la famille nombreuse qui accompagne le vieux Ryan est comme le porte-parole. La musique mêle habilement les pathos de fanfare militaire, patriotique et funéraire, d'une onctuosité propre à faire passer jusqu'à la pilule vietnamienne.
   Pour autant que l'on feigne d'être dupe, cela vaut bien une larmes. 14/09/02
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John Malcolm STAHL
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Le Secret magnifique (Magnificent Obsession) USA VO N&B 1935 112' ; R. J. M. Stahl ; Sc. George O'Neil, Sarah Mason, Victor Heerman, d'après Lloyd C. Douglas ; Ph. John Mescall ; M. Franz Waxman ; Pr. Universal ; Int. Irene Dunne (Helen Hudson), Robert Taylor (Bob Merrick), Charles Butteworth (Tonny Masterson), Betty Furness (Joyce Hudson).

   Dans le lac baignant l'hôpital se noie le bon Docteur Hudson, faute du poumon artificiel employé à sauver la vie d'un riche play-boy oisif et superficiel appelé Bob Merrick. Tout le personnel maudit cette injustice du sort qui accable Helen la veuve et Joyce la fille. Cependant Bob rencontre par hasard Helen et la courtise. Bien que réticente elle se laisse entraîner dans une promenade automobile où elle perd la vue à la suite d'un accident. Entre-temps, Bob a rencontré un ami du Dr Hudson qui lui transmet l'obsession magnifique de Hudson : apporter de l'aide sous le sceau du secret et sans contrepartie.
   Après l'avoir observé de loin, Bob aborde l'aveugle sous le nom du D
r Robert et gagne sa confiance. Dans l'ombre, il met ordre à ses difficultés financières et organise à Paris une rencontre des plus grands chirurgiens du cerveau, qui la convoquent sans mentionner l'initiateur. L'opération est impossible. Au bord du suicide, Helen retrouve la joie de vivre à l'arrivée pourtant tout à fait incompréhensible de Bob, qui lui dévoile bientôt son identité et la demande en mariage. Elle a pardonné à Merrick, mais elle disparaît. Au bout de six ans Bob est devenu un grand chirurgien du cerveau. L'homme qui lui avait transmis le grand secret vient le voir pour lui signaler une aveugle dont l'état empire dangereusement : Helen est retrouvée. Bob l'opère, elle est en voie de guérison, l'amour est vainqueur.

   Tout du mélodrame, sauf que le mélodrame étant le drame prévisible des fantoches, le public y pleure de soulagement. Il faut que l'enchaînement des faits s'enfonce dans l'ornière et que les personnages y soient bien typés afin que l'identification (cette esthétique du pauvre) soit le ressort émotionnel du film.
   Ici, au contraire, pas de type psychologique, les personnages changeant au fil du récit. Tous les protagonistes se transforment, au point que Bob Merrick est à la fin méconnaissable. Ensuite, les événements ne sont pas seulement imprévisibles. Ils sont à chaque fois un scandale métaphysique. L'accident de Hellen éclate dans une ambiance de pique-nique de comédie. La caméra se braque comme dans une scène indépendante sur une voiture zigzaguant, Helen étant hors champ près de la voiture arrêtée dans la nature. Puis les deux scènes appartenant à deux mondes différents deviennent un seul et même événement tragique.
   Auxiliaire du divertissement hollywoodien la temporalité est ici au principe d'un tragique qui a la puissance du destin même de l'Homme. Le film eut paraît-il grand succès : combien peut paraître étrange aujourd'hui une époque où le divorce entre le cinéma de masse et l'art n'était pas encore tout à fait consommé ! 21/02/03
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Péché mortel (Leave Her to Heaven) USA VO Technicolor 1946 111'
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Josef von STERNBERG
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Les Damnés de l'océan (The Docks of New York) USA muet 1928 75'
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L'Ange bleu (Der Blaue Engel) All. VO 1929-1930 107'
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L'Impératrice rouge (The Scarlett Empress) USA VO N&B 1934 105'
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Fièvre sur Anatahan (Saga for Anatahan) Jap. 1953 92’ ; R., Ph. J. von Sternberg ; Sc. J. von Sternberg, d’après Anatahan de Michiro Maruyama (1951, récit autobiographique) ; Déc. Kono ; Mont. Miyate ; M. Akira Ifukube ; Pr. Daïwa Productions ; Int. Akemi Negishi (Keiko), Tadashi Suganuma (Kusakabe, son mari), Kisaburo Sawamura, Shoji Nakayama, Jun Fujijawa, Hiroshi Kondo, Shozo Miyashita (les « bourdons").

   Les rescapés d’un navire militaire de ravitaillement bombardé le 12 juin 1944 par un avion américain se réfugient sur l’île d’Anatahan. Ils s’installent dans un village abandonné au cœur  de la jungle, où vit en couple la jeune et belle Keiko avec Kusakabe.
   Par l’effet conjugué du vin de palme et de la proximité de la jeune femme la discipline militaire se dégrade peu à peu jusqu’à remettre en cause l’autorité du quartier-maître. Les bourdons se pressent autour de la reine des abeilles Keiko surveillée de près par Kusakabe. L’annonce de la fin de la guerre étant considérée ruse de l’ennemi, le quartier-maître est réhabilité, jusqu’à ce qu’on ait trouvé deux pistolets dans une épave d’avion.
   Les deux hommes armés, Nishio et Yananuma, prennent alors pouvoir et femme. Nishio qui tue un rival est lui-même abattu par son complice que poignarde à mort Kusakabe. Keiko s’échappe de l’île. Sept ans s’étant écoulés depuis le naufrage, les survivants reçoivent enfin les preuves de la fin de la guerre sous la forme d’un message de Keiko accompagné, avec un document officiel, de lettres des familles. A l'aéroport de Tokyo ils débarquent sous les yeux de Keiko dissimulée dans la foule.

   Mettez cinq hommes vigoureux en présence d’une jeune femme vivant avec un homme qu’elle n’aime pas sur une île déserte. Placez entre les mains de certains les instruments de la force qui confèrent le pouvoir et observez. Sorte d’expérience factice in vitro, avec des acteurs de kabuki s’efforçant à l’authenticité par des chants rudimentaires dans une jungle de studio en un noir et blanc criard sous les spots.
   Non seulement commentée en voix off par l’auteur, mais encore amplement marquée par l’expression ad hoc des comédiens attrapée en contrechamp de l’action et soulignée par le commentaire musical de fosse. Autrement dit, le spectateur est sommé de rester à sa place. L’érotisme qui devrait être un enjeu puissant est l’objet d’une signalisation supposant un public incapable d’en construire par lui-même la lecture : c'est la jupe ultra courte de la femme qui anticipe soudain, sans crier gare, le croustillant. Ce en quoi on reste sur sa faim, car cela reste constamment pudique.
   Au total, un dessein sans vigueur s’étire dogmatiquement dans un récit linéaire où tout sonne faux. 4/10/2009
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George STEVENS
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L'Homme des vallées perdues (Shane) USA VO couleurs 1953 118'
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Robert STEVENSON
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Les Mines du roi Salomon (King Salomon's Mines) GB VO N&B 1937 80' ; R. R. Stevenson ; Sc. Michael Hogan, Roland Pertwee, d'après H. Rider Haggard ; Ph. Glen MacWilliams ; Ph. ext. Afrique Cyril J. Knowles ; Pr. Gaumont-British ; Int. Paul Robeson (Umbopa), Cédric Hardwicke (Allan Quatermain), Roland Young (Commandant Good), John Loder (Sir Henry Curtis), Anna Lee (Kathy O'Brien), Arthur Sinclair (O'Brien).

   L'histoire se confond avec le journal du chasseur Alan Quatermain de 1881 à 1882, lui qui a accepté à contrecœur d'emmener les chercheurs de diamants bredouilles O'Brien et sa fille Kathy vers la région de l'ivoire. En chemin ils croisent un chariot conduit par un Noir épuisé, dans lequel agonise un Blanc qui, muni d'une vieille carte, tentait de retrouver les mines du roi Salomon. O'Brien recopie la carte, s'empare du chariot et part seul à travers le désert après avoir confié Kathy à Quatermain. Le Noir, répondant au nom d'Umbopa, propose à Kathy de la guider vers les mines. Elle accepte contre l'avis de Quatermain auquel elle vole le chariot. Sir Henry Curtis, amoureux de Kathy, et le commandant Good convainquent leur ami Quatermain de la suivre. Ils se rejoignent et, abandonnant le chariot, traversent le désert au péril de leur vie.
   Découvrant
in extremis de l'eau, Umbopa les sauve de la mort. Touala, le roi des Koukouanas cherche à les anéantir. Comme dans Tintin ils sont sauvés par une éclipse de soleil providentielle. Umbopa révèle qu'il est l'héritier légitime du trône. Touala les attaque mais est tué par Curtis en combat singulier, ce qui fait du futur époux de Kathy un héros romanesque. La souveraineté d'Umbopa est reconnue. Ils trouvent la mine, dans laquelle O'Brien est immobilisé par une jambe cassée. C'est un cratère de volcan sous-terrain dont le terrain instable s'éboule et les enferme. Umbopa dégage l'entrée de la mine, qui s'effondre sur ses trésors. Ils partent néanmoins avec quelques diamants en poche. Umbopa entonne un couplet d'adieu accompagné par des chœurs de sauvages.

   C'est bien gentil mais, en dépit des extérieurs authentiques et d'un déploiement folklorique formidable, totalement démodé. En raison, d'une part, des rôles stéréotypés, d'autre part de l'inauthenticité des sons qui résonnent comme en studio. Le clou du spectacle, outre les ballets guerriers, sont des chants, prétextes à faire entendre à la moindre occasion la fameuse voix de Robeson immortalisée par Old Man River. 17/09/02 Retour titres Sommaire

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Mosche dit Mauritz STILLER
liste auteurs

A travers les rapides (Johan) Suèd. muet teinté 1921 84'
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Jean-Marie STRAUB voir Huillet

liste auteurs

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Erich von STROHEIM
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La Loi des montagnes/Maris aveugles (Blind Husbands) USA N&B 1919 70' (durée originale, 107')
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Folies de femmes (Foolish Wives) USA 1921 106' (plus de 8 heures à l'origine)
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Les Rapaces (Greed) USA 1923 130' (11 bobines sur 42 initiales)
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La Veuve Joyeuse (The Merry Widow) USA muet 1925 111'
Commnentaire

La Reine Kelly (Queen Kelly) USA muet 1928 96'
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John STURGES
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Un homme est passé (Bad Day at Black Rock) USA VF et VO Scope-Eastmancolor 1955 78'
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Elia SULEIMAN
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Chronique d'une disparition (Segell Ikhtifà) Palest., Isr., USA, All., Fr. VO (arabe, hébreu, russe) 1996 84’
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Intervention divine (Yadon ilaheyya) « Une chronique d’amour et de douleur », VO (arabe, hébreu, angl.), 2002 92'
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Jan SVERAK
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Dark Blue World Tchèq. VO 2001 117' ; R. J. Sverak ; Sc. Zdenek Sverak (le père du réalisateur) ; Ph. Vladimir Smutny ; M. Ondrej Soukoup ; Int. Ondrej Vetchy, Krystof Hadek, Tara Fitzgerald.

   Dès l'arrivée des Allemands en Tchécoslovaquie, Franta, officier pilote et Karel, jeune sous-officier qu'il a formé rejoignent en Angleterre la RAF. À la faveur d'un crash de son Spitfire, Karel couche avec une jeune femme dont le mari est porté disparu. Très épris, il lui présente son ami Franta dont elle tombe amoureuse. Franta refuse de trahir son amitié puis cède à cet amour partagé. Quelque chose l'empêche toujours de s'en ouvrir à Karel qui, finissant par l'apprendre par lui-même, refuse désormais de faire équipe avec lui. Bien que les relations restent extrêmement tendues Karel semble veiller sur son aîné. Deux fois il lui sauve la vie, mais la dernière lui coûte la sienne propre.

   Récit en flash-back depuis une prison tchèque où Franta est détenu après la guerre comme suspect au communisme. Quelques références concessives au grand renouveau du cinéma tchèque des années soixante, comme l'érotisme, digne de Jiri Menzel, du manche à balai entre les cuisses de la fiancée, mais avec un budget affadissant de grand spectacle aérien rétro, dont le tournage est du reste tout à fait maîtrisé, c'est-à-dire lisible malgré la démesure du champ. La joyeuse ambiance pour collectionneurs ou nostalgiques s'assortit néanmoins d'un pathétique stéréotypé.
   Le chien fidèle laissé en garde à la fiancée tchèque qui, le croyant mort, en épouse un autre (homme), est magnanimement laissé en cadeau à l'enfant né de la fatale union. La maîtresse anglaise adorée dont la jolie tête se déplace derrière une haie vive s'avère, une fois le mur naturel parcouru sur une petite longueur, pousser le fauteuil roulant du mari survivant. Tout se termine par un touchant délire de Franta où évoluent frontalement deux Spitfires en ligne sur fond de coucher de soleil, la voix de Karel soufflant
off : "je suis toujours derrière toi". C'est dire que le plaisir du travail bien fait laisse après coup place à la déception du poncif. 15/03/02 Retour titres Sommaire

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Isao TAKAHATA
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Le Tombeau des lucioles (Hotaru no haka) dessin animé Jap. VO couleurs 1988 85' ; R., Sc. et Ad. I. Takahata, d'après le nouvelle autobiographique de Akiyuki Nosaka "La Tombe des lucioles" (1967) ; Des. Personnages Yoshifumi Kondo ; Dir. Art. Nizo Yamamoto ; Pr. Studio Ghibli.

   Bouleversant et magnifique par la qualité du dessin, du mouvement et de la couleur. Le soin extrême mis au rendu visuel et sonore construit un univers sublimatoire à la mesure de l'enjeu émotionnel du drame humain. Les personnages sont schématiques dans le style des Mangas, ce qui, paradoxalement, favorise l'émotion. D'autant qu'à y regarder de près, les personnages secondaires sont réalistes. Un parti naturaliste eût exigé un travail de l'expression sans doute impossible à accomplir. Disons surtout que la liberté du spectateur est ainsi sollicitée et respectée.

   En 1945 le Japon est sous les bombes américaines. Seita et Setsuko, un adolescent et sa petite sœur âgée de quatre ans se retrouvent orphelins et, rejetés de leur famille, se réfugient dans des abris souterrains peuplés de lucioles. Sous-alimentée, la petite meurt. Son frère l'incinère et reste seul. Mourir au milieu du public dans une grande gare lui permet de retrouver enfin Setsuko, première scène du récit, qui est donc rétrospectif et adopte le point de vue de la mort. 30/06/00 Retour titres Sommaire

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Alain TANNER
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La Salamandre N&B 1971 Sui. 123’ 
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Les Années lumière Fr.-Sui. couleurs 1980 105' ; R., Sc., Dial. A. Tanner, d'après Daniel Odier ; Ph. Jean-François Robin ; M. Arie Dzerlatka ; Pr. Yves Peyrot, Jacques Histin ; Int. Trevor Howard (Yoshka Poliakoff), Mick Ford (Jonas), Henri Virlojeux (le notaire).

   Irlande. Jonas, vingt-cinq ans, voudrait rejoindre le vieux Yoshka Poliakoff qui, tenant un garage désaffecté encombré d'épaves dans un lieu aride et désertique où nul ne s'arrête, se livre à de mystérieuses activités dans le hangar. Yoshka accable d'abord son novice de pénibles corvées en guise d'épreuve, puis finit par l'admettre, sauf dans le hangar. Il lui faut encore capturer un aigle. Y réussissant, Jonas est admis dans le hangar où Yoshka étudie de grands oiseaux captifs en vue de fabriquer une paire d'ailes et prendre un envol moins expérimental que métaphysique. Le gourou affirme en effet pouvoir échapper à la prison de ce monde pour ne plus y revenir. Il décolle un beau jour. On le retrouve mort à trente kilomètres, les yeux crevés par l'aigle échappé et vengeur.

   Sur la base du mythe d'Icare, nous est donné à voir une quête des mystères du monde. Ni les belles images évoquant l'aube de la vie, ni la puissance du vent, ni les pittoresques paroles de sagesse, ni le chamanisme en filigrane, en tant que signes ostensiblement ad hoc, ne suffisent à créer la moindre impression de mystère, qui ne dépendra jamais que des arcanes de la pellicule. 3/02/03 Retour titres Sommaire

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Danis TANOVIC
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No Man's Land Bosnie VO 2001 98'
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Quentin TARANTINO
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Pulp Fiction (Can. Fiction pulpeuse) USA VO 1994 149’ 
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Boulevard de la mort (Death Proof) USA VO 2007 110' ; R., Sc., Dial., Ph., Q. Tarantino ; Mont. Sally Menke ; M. additionnelles diverses ; Pr. Dimension films, The Weinstein Compagny, A Band Apart, Troublemaker, Studio Rodriguez International Pictures ; Int. Kurt Russel (Stuntman Mike), Zoë Bell (Zoë), Rosario Dawson (Abernathy), Rose McGowan (Pam), Vanessa Ferlito (Arlene "Buterfly"), Sydney Tamilia Poitier (Jungle Julia), Jordan Ladd (Shanna), Tracie Thoms (Kim), Mary Elizabeth Winstead (Lee Montgomery), Q. Tarantino (Warren, le barman), Eli Roth (Dov).

   Soirée dans un bar où des jolies filles font la fête. Le cascadeur Mike drague. Il obtient de l'une d'elles une danse du ventre puis propose de la déposer chez elle, tandis que les copines prennent la route. Mais sa surpuissante voiture de cascadeur est une machine de torture. La passagère enfermée dans une cabine sans siège est mortellement projetée contre les parois par la violence du pilote. Lequel se lance à la poursuite des autres qu'il pulvérise en plein élan. Aucune survivante. Quatorze mois plus tard, guéri de ses blessures, Mike croise sur un parking quatre jolies poupées. Trois d'entre elles dont l'une, Kim, possède un pistolet, vont essayer une Dodge à vendre, autre monstre surgonflé, pendant que la jolie blonde Lee chouchoute le propriétaire. Alors que Zoë, la cascadeuse de la bande s'agrippe par jeu sur le capot à pleine allure, Mike survient et les tamponne violemment. Elles réagissent. Atteint d'une balle à l'épaule, il prend la fuite. Il est rattrapé et tabassé.

   Techniquement brillant (alternance des grosseurs, profondeurs de champ, angles suggestifs, mouvements d'appareil, montage dynamique, jeu sur la surexposition/sous-exposition/noir et blanc), avec des filles hyperbranchées et un dialogue en rapport, ce film soutient la cause des femmes version populiste, c'est-à-dire en inversant purement et simplement les rapports de domination. La violence masculine ne relève du reste que des psychopathes, c'est bien connu. Voire, la portée éthique se réduit au culte de l'automobile, ce fléau planétaire, et au thème enfantin ou barbare de la vengeance satisfaite. Sous le couvert de film d'auteur, sont réunis tous les ingrédients du spectaculaire de bas étage : revue de cuisses, sexe mortifère, boucherie humaine, verbe cru, cascades rugissantes, tôles cabossées avec vacarme de casseroles. L'esthétique de jeu vidéo affirmée par thèmes, tons, bande-son et prouesses de cirque arriéré, n'a pas même l'excuse de la participation ludique du spectateur, qui ne peut qu'être passif et consentant devant un tel déversement racoleur. Le plus inquiétant, c'est que Tarantino est généralement considéré : "un des meilleurs auteurs aujourd'hui" (au hasard sur le Net) !
   Il est grand temps de se mettre d'accord sur la notion d'auteur. Quand j'ai proposé de distinguer les auteurs des artistes, nul n'a réagi.
30/09/08 Retour titres Sommaire

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Andreï TARKOVSKI
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L'Enfance d'Ivan (Ivanovo Destvo) URSS N&B VO 1962 95'
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Andreï Roublev (Strasti po Andrïou : La Passion selon André) URSS VO N&B et couleurs 1966 186' 
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Solaris URSS VO 1971 couleurs/N&B 159'
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Le Miroir (Zerkalo) URSS VO 1974 VO couleurs/N&B 1974 110'
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Stalker (Stalker) URSS VO N&B/couleurs 1979 155'
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Nostalghia VO couleurs 1983 120' (mon minutage)
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Le Sacrifice (Offret) Suèd. VO couleurs 1986 142' 117 plans
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(Voir également mes articles publiés : "Le reflet dans Le Miroir de Tarkovski", "Le son dans le sacrifice", "Bresson avec Tarkovski", "Montage poétique" et "Le symbolique au cinéma", Ainsi que le livre inédit sur Le Miroir, de même que les nombreuses références à Tarkovski dans Septième art : du sens pour l'esprit et dans Souffle et matière, la pellicule ensorcelée, tous deux publiés chez L'Harmattan.)

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Béla TARR
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Rapport préfabriqué (Panelkapcsolat) VO Hong. 1981 76'
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Damnation (Kárhozat) Hong. VO 1987 115’ 
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Satantango H.-Sui.-All. VO N&B 1991-1994 415' sans les entractes
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Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister Harmóniák) H.-It.-All.-Fr. VO N&B 2000 136'
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L'Homme de Londres (A Londoni férfi) H.-It.-All.-Fr. 2007 132’ 
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Le Cheval de Turin (A Torinói ló) H.-All.-Fr.-Sui.-USA. 2011 146’ 
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Jacques TATI
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Jour de fête Fr. N&B 1947 75' ; R., Sc., Dial. J. Tati, Henri Marquet, René Wheeler ; Ph. Jacques Mercanton ; Déc. René Mouaert ; M. Jean Yatove ; Pr. Fred Orain ; Int. Jacques Tati (Fançois), Guy Decomble (Roger), Paul Frankeur (Marcel).

   C'est la fête au village et le facteur François, aiguillonné par des forains rigolards, prête main-forte à l'installation du chapiteau. Sous l'effet de la même moqueuse incitation, il s'inspire pour accélérer sa tournée d'un documentaire sur les postiers américains projeté sous la tente, ce qui donne évidemment lieu à maintes cocasseries. Une distance énonciative est ménagée par la présence au village de deux témoins. Une vieille au corps cassée à angle droit, débitant des commentaires rendus presque inaudibles par un accent régional prononcé, la tête dardée horizontalement sur l'objet comme un objectif de caméra, et un aquarelliste régulièrement croisé, soit baguenaudant le carton sous le bras, soit installé sur son tabouret de toile à pied d'œuvre.

   Le comique se partage en plusieurs types d'effets.
   - Burlesque classique jouant sur la cruelle déconvenue d'un personnage : le tronçonnage des chaussures dans le paquet lancé sur l'établi du boucher, l'injuste plainte d'un gamin à l'encontre de François qu'il a bombardé de boulettes, des insectes incommodes suscitant des gestes loufoques, l'homme tombé dans le puits, François plongé avec son vélo dans la rivière.
   - Comique sur la base d'un jeu cognitif : le décalement du piquet à enfoncer évalué en fonction du strabisme du manieur de masse, la barrière confondue avec le cadre du vélo, où les chevaux de bois salués par les véritables.
   - Comique infantile relevant de la méprise égocentrique : François à la fenêtre croyant être honoré par la fanfare sur la place et sur le point de répondre au salut officiel.
   - Comique de hasard facétieux : la chèvre mange une partie du télégramme ; François surclasse les coureurs.
   - Humour noir : François tout joyeux dans une pièce où gît un défunt momentanément caché par la porte.
   - Comique de détournement, favorisé par l'absence d'intrigue et de véritable dialogue (où, comme dans
Les Vacances, l'accent est plus important que le sens) et la colorisation partielle. Ainsi, le parent du défunt boutonnant son col dur semble sourire sous l'effort ; ou encore, recadrés en plan d'ensemble avec un témoin en amorce, les personnages chassant en vain les insectes venimeux deviennent des pantins gesticulant. Même procédé en ce qui concerne le son : le moteur du vélomoteur semble jouer sa partie dans le jazz ironique d'accompagnement.
   - Allusions symboliques comme la fourche qui, évoquant irrésistiblement les cornes du cocuage, s'inscrit dans le cadre où le forain (marié) et la jeune fille se témoignent mutuellement leur désir.
   C'est déjà une satire du monde moderne (un chauffard s'excite sur son accélérateur), auquel François entend renoncer en confiant son courrier à un gamin pour donner un coup de main aux moissonneurs. 13/04/01
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Les Vacances de M. Hulot Fr. N&B 1953 96'
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Mon oncle Fr.-It. 1956-58 120' Easmancolor ; R. Jacques Tati ; Sc., Dial. J. Tati, Jacques Lagrange, Jean L'Hôte ; Ph. Jean Bourgoin ; Déc. Henri Schmitt ; Pr. L. Dolivet/Alain Tarrouane ; Int. J. Tati (M. Hulot), Jean-Pierre Zola (Charles Arpel) Adrienne Servantie (Mme Arpel), Alain Bécourt (Gérard Arpel).

   Hulot est l'oncle bohême adoré de son neveu le petit Gérard Arpel, qui vit avec ses parents dans une villa ultramoderne. Monsieur dirige l'usine Plastac, Madame est femme d'intérieur. Le contraste avec Hulot est total. Il symbolise le tragique conflit entre un monde ancien chaleureux et le modernisme libéral glacé. C'est un gigantesque gag satirique façon Tati, consistant à mimer une réalité plus exactement qu'en elle-même, de façon à en faire saillir les absurdités. Hulot, propriétaire d'un Solex et d'un parapluie, habitant un attique biscornu au sein de la banlieue populaire, débarque dans la cuisine hyper-mécanisée de sa sœur comme un extraterrestre au milieu d'une église. L'oncle a beau marcher sur des œufs : il frise constamment la catastrophe cognitive.

   L'absurde fonctionnalisme de cet univers sans cœur se mesure à la divagation des chiens de rue que la caméra accompagne tendrement, aux terrains vagues où Gérard retrouve avec délice des copains crasseux, au parcours saugrenu des parties communes de l'immeuble conduisant au perchoir de Hulot.
   Malgré les apparences cependant, ce n'est pas la nostalgie qui l'emporte : quand à la fin, on se débarrasse de Hulot envoyé comme représentant de l'usine en province, la mésaventure ridicule d'un voyageur de l'aéroport où ils l'ont déposé, rapproche Gérard de son père qu'il croit être à l'origine de cette farce : siffler pour détourner l'attention d'un passant qui se cogne à un réverbère. Le monde nouveau est donc gagnant sans autre amertume que celle touchant un simple individu inadapté.
   Mais Tati dote à jamais le futur d'un regard singulier porté sur le matérialisme de la société libérale. 31/12/02
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Playtime Fr.-It. 1967 70 mm Eastmancolor 120’ 
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Sophie TATISCHEFF
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Le Comptoir Fr. couleurs 1996 95' ; R. S. Tatischeff ; Sc. S. Tatischeff, Patrick Dewolf ; Ph. Jean-Claude Larrieu ; M. Xavier Delisle ; Mont. Florence Bon ; Son Ricardo Castro ; Pr. Specta Film ; Int. Mireille Perrier (Marie), Christophe Odent (Jean Guilvinec), Maurane (Joëlle), Jacques Penot (Yvon).

   Un vieux comptoir de bistrot racheté par deux Parisiennes fait revivre la vie de bistrot d'autrefois en contant des anecdotes dont il fut témoin.

   Classique par le procédé de l'objet (le comptoir) reliant deux époques d'un même village breton distantes d'un demi-siècle qui finissent par se rejoindre. Mais surtout classique de bout en bout par la prédominance de la représentation (1). Aucune audace du récit. Décor trop parfaitement bretonnant, ethnologique.
   Mais remarquable prise de son dans cette scène de réunion au café improvisé en intérieur avec les flammes de la cheminée. Plusieurs niveaux de son forment un tout parfaitement lisible dans sa complexité.
   La regrettée Sophie Tatischeff, fille de Jacques, était du reste une spécialiste du son. 2/11/99
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Bertrand TAVERNIER
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Le Juge et l'assassin Fr. Scope-couleurs 1975 110' ; R. B. Tavernier ; Sc., Dial. Jean Aurenche, Pierre Bost, B. Tavernier (d'ap. l'affaire Vacher, le "Jacques l'éventreur français") ; Ph. Pierre William Glenn ; Déc. Antoine Roman ; Mont. Armand Psenny ; Cost. Jacqueline Moreau ; M. Philippe Sarde ; Pr. Raymond Danon ; Int. Philippe Noiret (Juge Rousseau), Michel Galabru (Joseph Bouvier), Isabelle Huppert (Rose), Jean-Claude Brialy (procureur Villedieu), Renée Faure (Mme Rousseau mère), Cécile Vassort (Louise Lesueur, la fiancée).

   1893. Un illuminé se prenant pour l'anarchiste de Dieu, ancien sergent réformé pour crises de violence, manque son suicide après avoir raté sa belle qui refusait le mariage. Avec deux balles qu'on n'a pu extraire de la tête, il est interné en psychiatrie, puis, déclaré guéri, vagabonde à travers la France égorgeant, mutilant et violant bergers et bergères. Ayant suivi de loin son parcours en diffusant son portrait, le juge Rousseau parvient à le faire arrêter dans sa circonscription de Privas. Il ne le croit pas fou et s'arrange pour que les experts soient de son avis. Le magistrat gagne la confiance du vagabond pour finir par le confondre et l'envoyer à la guillotine.

   L'enjeu est essentiellement politique. Il s'agit de dénoncer la justice de classe en montrant l'acharnement d'un autre genre d'illuminé, digne quadragénaire vivant dans les jupes de sa maman, acharné à l'éradication des pauvres, qui obscurcissent l'horizon des bien-pensants. Le contexte de l'affaire Dreyfus et l'amitié d'un procureur maurassien et antisémite sont là pour forcer le trait. Aucun doute par conséquent : tout semble joué d'avance. Bouvier aurait même été violé à seize ans par des prêtres (simple garde-champêtre quant à Vacher, son modèle dans la réalité). Le goupillon seconde les notables, qui plus est immatures et frileux.
   Il est bon, certes, de prendre le parti des faibles. Mais il y a là un point de vue souverain relevant du jugement de l'Histoire, sans prendre en considération la complexité du présent d'alors. Les salauds d'aujourd'hui sont-ils discernables, voire distincts de nous-mêmes ? Ne sommes-nous pas toujours pris dans des enjeux qui dépassent infiment les catégories morales reconnues ? Marie Bonaparte, notamment, avait su relativiser la frontière entre coupables et innocents en soulignant le plaisir de ces derniers à vivre par procuration les passions criminelles, jusqu'au paroxysme dans le sang du martyre de la peine capitale. 
   Tavernier tranche de surcroît au nom d'un socialisme anarchiste romantique qui n'engage que les conditions d'un spectacle : pittoresques chansons par Caussimont, plans léchés comme des tableaux, jeux de lumière de la photo, beaux costumes où tranche la garance militaire, panoramiques auto-admiratifs, voire acteurs sympathiques jusque dans l'antipathie, avec un Galabru virtuose des planches, à ne pas confondre avec l'écran. Tout cela à l'aune d'un passé complaisamment mythifié. 08/06/14
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Un dimanche à la campagne Fr. couleurs 1984 94', prix de la mise en scène 1984 ; R. B. Tavernier ; Sc., Ad., Dial. B. et Colo Tavernier ; Ph. Bruno de Keyser ; Cost. Yvonne Sassinot de Nesles ; M. Gabriel Fauré, Louis Ducreux, Marc Perrone ; Pr. Sara Films/Films A2 ; Int. Louis Ducreux (M. Ladmiral), Sabine Azéma (Irène), Michel Aumont (Gonzague), Geneviève Mnich (Marie Thérèse), Monique Chaumette (Mercedes).

   Un dimanche de la fin de l'été 1912 en Île-de-France, M. Ladmiral, peintre médiocre, veuf et fortuné à en juger par sa propriété, reçoit ses enfants parisiens. Il accueille à la gare son fils Gonzague, parfait pantouflard accompagné de Bobonne, qui l'appelle Edouard, et de leurs trois enfants. Sa fille Irène fait une tumultueuse irruption au volant d'une rutilante décapotable. Les dialogues entrecoupés de quelques rétrospections pathétiques du temps de l'épouse, dévoilent au fil du temps la solitude du vieil homme que confirme des mentions de la vie indépendante de ses enfants, d'Irène surtout, la femme libre.

   Le récit énoncé en voix off a le style des romans de l'époque, de même que la musique d'accompagnement. Il se veut, en même temps qu'une étude psychologique, vision ethnographique d'un milieu donné à une époque donnée, ce qui se traduit essentiellement par de belles images sur de beaux sons musicaux. Le choix se porte sur l'imagerie Belle Epoque avec ses atours, ses somptueuses demeures à l'ombre d'arbres séculaires, ses raffinements de table, ses rapports sociaux de maîtres à domestiques. La mélancolie du maître des lieux dans les premières couleurs automnales sublimées par les accents fauréens compose un tableau censément nostalgique.
   Mais le ton en est atrocement faux. Les acteurs ont l'air de sortir d'un feuilleton de quatre sous, à l'exception de Sabine Azéma qui, trop parfaite, détone, ce qui n'arrange rien. Le son est fabriqué. La musique de la scène de guinguette semble rajoutée au mixage. Les autres sons se limitent à ceux produits autour du dialogue. Ni profondeur acoustique, ni réverbération, ni rumeur des espaces environnants. Bref du chromo comme on disait naguère, ce qui pourrait se traduire par "poésie de Grande Surface". 19/07/01
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Autour de minuit Fr.-USA VO Scope-couleurs 1986 126' ; R. B. Tavernier ; Sc., Dial. David Rayfeld, B. Tavernier ; Ph. Bruno de Keyser ; Déc. Alexandre Trauner ; M. Herbie Hancock ; Pr. Irwin Winkler ; Int. Dexter Gordon (Dale Turner), François Cluzet (Francis Borier), Gabrielle Haker (Bérangère), Sandra Reeves (Phillips Buttercup), Lonette MacKee (Darcey Leigh), Christine Pascal (Sylvie), Herbie Hancock (Eddy Wayne), Martin Scorsese (Goodley), Philippe Noiret (Redon), Alain Sarde (Terzian), Eddy Mitchell (un ivrogne).

   1959. Un jeune dessinateur parisien redonne goût à la vie à Dale Turner, épave alcoolique et toxico clandestin, qui meurt à New York après avoir renoué avec le succès.

   Exercice fétichiste autour de la noble figure d'un génie du ténor nommé Dale Turner, dont l'existence plane au-dessus du commun des mortels. Construction platement linéaire à l'instar des performances hautement conventionnelles du vieux Dexter Gordon. On nous distille l'ennui sous des accords bien-pensants de tea-room chic des années cinquante pendant 126'. Seul bon moment, le blues vibré avec humour par la puissante glotte d'une chanteuse noire.
   Qu'est-ce que le jazz ? Un cri psalmodique formé de lambeaux de chair arrachés au corps qui le profère. Qu'est-ce que ce jazz-là ? Le mol ordonnancement mélodique du reflet moribond de l'apparence. "Peut-être le premier film authentique sur le jazz" (Guide des films de Tulard). Cherchez l'erreur. 16/04/00
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Paolo et Vittorio TAVIANI
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Allonsanfan It. VO couleurs 1975 100' ; R., Sc. P. et V. Taviani ; Ph. Giuseppe Ruzzolini ; Cost. Lina Nerli Taviani ; M. Ennio Morricone ; Pr. Giuliani G. de Negri/Una Cooperativa Cinematografica ; Int. Marcello Mastroianni (Fulvio Imbriani), Lea Massari (Charlotte), Mimsy Farmer (Mirella), Laura Betti (Esther), Bruno Cirino (Tito).

   Membre de la société secrète des Frères sublimes mais doutant des raisons d'être d'une révolution après la chute de Napoléon, l'aristocrate Fulvio, ferme les yeux lorsque sa famille les dénonce. Sa maîtresse Charlotte, qui en fait partie et lui a confié le trésor de guerre, périt dans l'embuscade. Il s'empare de l'argent et va mettre leur fils commun Massimilio en pension pour gagner l'Amérique. Il se justifie auprès des Frères venus à l'enterrement en prétendant se charger de l'achat des armes pour aider à un soulèvement des paysans provoqué par le choléra.
   En dépit de ses ruses multipliées et dépourvues de scrupules, la société secrète se retrouve toujours sur son chemin. Trop occupé à sauvegarder les apparences, il se laisse entraîner à l'opération en faveur des paysans. Une autre embuscade se prépare avec sa complicité, dans laquelle il est convenu qu'il sera le seul à ne pas porter la chemise rouge des conspirateurs. Il reste tout de même à l'écart à tout hasard. Cependant le Frère Allonsanfan réchappé du massacre et délirant à la suite d'une blessure à la tête vient lui annoncer la victoire. Fulvio hésite un peu puis se décide à retourner sa veste une fois de plus. Ayant enfilé la chemise rouge qu'il a lui-même ôtée à son camarade, il est abattu par les soldats qui se profilent au même moment à l'horizon.

   Un romantisme baroque baigne la peinture des milieux subversifs. Les Frères ont un comportement insolite, portent un nouveau déguisement collectif à chaque circonstance, chantent du français révolutionnaire et se livrent à une danse frénétique et déjetée. Le portrait des aristocrates, malgré quelques traits satiriques, est un peu plus décent car prétexte à des compositions picturales dignes des grands peintres du temps.
   Si c'est pour l'esthétique, que peut une copie et
a fortiori sur un support de toute autre nature ? Si c'est pour faire couleur locale il faut supposer à cela un naturalisme qui n'est pas attesté en 1816, ce qui entraîne un triple simulacre : reproduction de ce qui n'existe pas, sur support inapproprié. Cette envie de peinture n'est que le symptôme d'un esthétisme aussi glacé que léché par une variation des grosseurs de plans faisant alterner avec des vues de meubles précieux, de somptueux costumes ou objets divers rarissimes, de belles perspectives d'ensemble en plongée où les teintes vives des mises d'époque palpitent parmi de vénérables murs, au milieu d'immenses paysages où l'on aime à se perdre.
   Bref, que d'efforts admirables mais vains au regard de l'indigence émotionnelle de l'ensemble ! 21/10/02
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Le Soleil même la nuit (Il sole anche di notte) It. VF couleurs 1990 110' ; R., Sc. P. et V. Taviani ; Ph. Giuseppe Lanci ; M. Nicola Piovani ; Pr. Giuliani de Negri ; Int. Julian Sands (Sergio Giuramondo), Charlotte Gainsbourg (Matilda), Nastassja Kinski (Cristina).

   Le baron Sergio Giuramondo, nobliau surdoué, devient l'aide de camp du roi qui le destine à la duchesse de Carpio. Il s'en éprend mais se fait moine ayant appris de sa bouche qu'elle fut la maîtresse du roi. Le moine, qui a un pouvoir de guérison, devient un ermite célèbre que le monde importune. Il cède aux avances d'une jeune "malade", tourne au mendiant hantant son ancien village puis disparaît.

   On sent l'influence de Bresson, Tarkovski, Pasolini, Rossellini. Superbes images du paysage aride des monts parfois balayés par les éléments. Beaux sons. Réalisme de bergerie. Doutes poignants du doux saint à l'impeccable coiffure christique. Tout cela fort bien cadré, éclairé, mixé… Banal à force de se vouloir parfait… 5/02/00 Retour titres Sommaire

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Grigori TCHOUKHRAÏ
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La Ballade du soldat (Ballada o soldate) URSS VO N&B 1959 90' ; R. G. Tchoukhraï ; Sc. Valentin Ezov, G. Tchoukrai ; Ph. Vladimir Nikolaev ; M. Mihail Ziv ; Int. Vladimi Ivasev (Alesa), Zanna Prohorenko (Sura), Nicolas Krjuchov (le général).

   Le mot russe platok "foulard" signifie également "mouchoir". C'est dire le format de celui dont il faut se prémunir. Les Aliocha sont, depuis Les Frères Karamazov, voués au pathétique. Le soldat Aliocha va mourir loin de Sura, qu'il n'aura connue que l'espace d'une journée de train sans lui avoir déclaré son amour. Un fait d'arme héroïque lui a valu une permission de six jours dont quatre pour le voyage. Etrange plan général de sa course éperdue devant un char qu'il abattra, par plongée-grue oblique en plan large panoramiquant tout en se renversant de sorte qu'on termine obliquement ciel en bas à droite alors que l'atroce chasse continue (pirouette marquant le renouveau post-stalinien).

   Le départ de la "ballade" comme un acte puissamment volontaire et transgressif se fait à contre-courant des mouvements de troupe vers le front. La jeep coupe cavalièrement une file de chars puis une rivière. Le trajet est si plein de péripéties que le héros ne disposera que d'un instant pour embrasser sa mère. Le voyage c'est la dilatation du temps formant l'essentiel du film. Le chaste couple occupe clandestinement un wagon de foin. En plans assez serrés et variés sur le convoi, le réalisme ferroviaire intérieur et extérieur est entrecoupé d'échappées sur le paysage russe magnifié mais parfois dévasté.
   Le pathétique provient surtout de l'univers précaire où se conjuguent la guerre et l'incomplétude frappant Aliocha : il vit seul avec sa mère, et ce qu'ils ignorent être leur dernier adieu (long plan fixe silencieux de l'étreinte) est volé au temps. Déjà les adieux n'avaient pu se faire le jour de la mobilisation. Le bonheur inaccompli du soldat tient dans une seule journée. La jeune femme à qui il est chargé de remettre deux savons de la part de son mari au front est adultère. Il sera enterré loin des siens, en terre étrangère. Cependant un monde véritable s'esquisse : l'armée, les camarades, les voyageurs, bref la société de guerre... excluant avec bonheur tout "individualisme bourgeois".
   Malgré la satire implicite de l'héroïsme officiel, que des bons sentiments. J'aime pourtant ce film manichéen, fort et subtil comme la vodka. 7/01/00
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Pavel TCHOUKHRAÏ
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Le Voleur et l'enfant (Vor) Fr.-Rus. 1997 96' ; R. P. Tchoukhraï ; Sc. P. Tchoukhraï ; M. Vladimir Dochkevitch ; Pr. Igor Tolstounov/NTV profit/Roissy Film ; Int. Vladimir Machkov (Tolian), Ekaterina Rednikova (Katia), Micha Filiptchouk (Sania).

   En voix off, Sania, le narrateur adulte, conte une partie de son enfance tragique et mouvementée au début des années cinquante : Katia sa mère, jeune veuve de guerre, est séduite par un capitaine dans un train. Se faisant passer pour mari et père, Tolian partage alors leur vie, mais c'est un escroc déguisé en militaire qui, dès qu'ils ont un domicile, dépouille les voisins puis disparaît, les entraînant avec lui. Sania en a peur, et il ne comprend pas pourquoi le lit de maman lui est désormais interdit, mais en même temps il est séduit et admire celui qui se dit le propre fils de Staline et l'associe à des expéditions dangereuses supposées être des missions d'espionnage pour la patrie.
   Bien qu'elle l'aime, Katia se résout à le quitter à cause de cela. Le faux officier lui a laissé son pistolet. Au moment où elle monte dans le train avec Sania, Tolian est arrêté par des miliciens contre lesquels il s'est rebellé. Renonçant à partir, elle tente en vain d'acheter une indulgence, puis avec son fils va assister au départ en prison pour sept ans de l'homme dont elle sent alors le prix à ses yeux. Sania désespéré court dans la neige derrière la voiture cellulaire. Plus tard, sa mère fait une fausse-couche et meurt d'une péritonite. Muni des quelques maigres biens de sa mère dont le pistolet, Sania se retrouve à l'orphelinat. Quelques années plus tard, alors qu'il n'a cessé d'espérer le retrouver, il rencontre Tolian, qui se souvient à peine de leur passé commun. Sania se sentant trahi autant que l'a été sa mère défunte, va chercher l'arme et le tue.

   Reconstitution de l'URSS stalinienne, ses appartements communautaires, sa vie dans les trains... Le sifflement du vent des grands espaces glacés tient lieu à la fois de couleur locale et de symbole de la mémoire en acte, à quoi s'ajoute une jolie musique néoclassique ennoblissante. Une pincée d'érotisme, le fantôme du vrai père mort à la guerre, en capote dans l'éloignement d'un halo de brume, l'effet de frisson d'un personnage vivant sur le fil du rasoir, opposé à un innocent garçonnet aux yeux bleus étonnés, pour lequel on tremble.
   Ces complaisances trop visibles éliminent toute possibilité de tragique. Le spectateur immunisé dès le départ n'est guère touché que par le dépaysement exotique. 7/05/04
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André TÉCHINÉ
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Ma saison préférée 1993 120' ; R. A. Téchiné ; Sc. A. Téchiné et Pascal Bonitzer ; Ph. Thierry Arbogast ; M. Philippe Sarde (génériques seulement) ; Pr. Alain Sarde ; Int. Catherine Deneuve (Emilie (Galerie des Bobines)), Daniel Auteuil (Antoine) ; Marthe Villalonga (Berthe, la mère), Chiara Mastroianni.

    Récit intraduisible, en ceci qu'il s'agit d'une peinture des rapports familiaux dans leur complexité et leurs contradictions. Autour de la fin de l'existence de leur mère, Emilie et son frère Antoine se témoignent un amour réciproque en se déchirant. On voit bien que l'autocuiseur familial est toujours au bord de l'explosion parce que les règles sociales n'y ont pas cours. Il y a absurdité à y évoquer le droit comme cela se produit à un moment donné dans une altercation. L'effet de dérision s'exacerbe de ce qu'Emilie est notaire de son métier. Il n'y a pas de limites à la colère et à la cruauté. Antoine, qui le sait bien pour être un spécialiste du cerveau, s'accorde durant les rencontres familiales, des pauses sur le trône des WC pour tenter de juguler ses passions destructrices.

   Téchiné joue ici sur la corde raide et sans filet : un excellent scénario (Bonitzer n'y est sans doute pas pour rien), avec le parti pris de bannir toute musique de fosse. Un scénario de qualité en tant que forme écrite est, en effet, un obstacle à la filmicité(1), car il empiète sur les phases essentielles du tournage et du montage. L'absence de musique d'accompagnement, quant à elle, suppose que l'on soit sûr des capacités émotionnelles du cinéma pur.
   Il y a donc paradoxe : d'une part on investit sur une base écrite, de l'autre on compte sur la filmicité. Le résultat est pourtant un film hors du commun. Les raisons semblent en être d'abord l'intensité de la réflexion sur le scénario, qui se traduit par une direction et un filmage des acteurs profondément justes. Ensuite de la sobriété de la caméra (libérée, j'aime à le croire, par le refus de la fosse), qui redécouvre les vertus de l'observation patiente des visages en plan serré, et ne s'appuie nullement par ailleurs sur la beauté du décor naturel. La ville de Toulouse et ses environs, jamais cadrés pour eux-mêmes comme le seraient des cartes postales, paraissent à chaque instant l'émanation d'un monde intérieur en gestation. 21/08/02
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Les Roseaux sauvages 1994 couleurs 110’
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Les Voleurs Fr. couleurs 1996 116' ; R. A. Téchiné ; Dial. A. Téchiné, Gilles Taurand, Michel Alexandre, Pascal Bonitzer ; Ph. Jeanne Lapoirie ; M. Philippe Sardes, Mozart, diverses chansons ; Pr. Alain Sarde ; Int. Catherine Deneuve (Marie Leblanc : Galerie des Bobines), Daniel Auteuil (Alex), Laurence Côte (Juliette Fontana), Benoît Magimel (Jimmy Fontana), Fabienne Bate (Mireille, la mère de Justin), Julien Rivière (Justin), Chiara Mastroianni (étudiante).

   Autour de la mort d'un truand, un puzzle opaque tente de s'assembler à travers maints regards disparates, rendus intéressants par les complications relationnelles : un frère flic (Alex) qui est au courant des activités de la bande, des croisements et décroisements érotiques que compliquent la bisexualité des femmes et l'incompatibilité morale du couple Alex-Juliette.

   Film de groupe donc, à focalisation alternée, admirable réalisme du dialogue, du jeu des acteurs, des mœurs représentés, en particulier la bisexualité de Laurence, avec une concession pour le beaux paysage urbain (Lyon) ou escarpé (sites de parapente). Regard à la fois détaché et troublant sur la mort. Téchiné ne semble pas prendre parti, mais les voleurs sont sympathiques… Notamment Jimmy, le frère de Laurence et Justin, l'inoubliable jeune fils du mort, dont le regard sur le drame est particulièrement attachant et qui, finalement, fait son apprentissage de futur voleur. Du talent, grevé de certaines concessions pourtant. 3/00 Retour titres Sommaire

Alice et Martin Fr. couleurs 1998 130'
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Les Temps qui changent Fr. couleurs 2007 95'
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Hiroshi TESHIGAHARA
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La Femme des sables (Suna no onna) Jap. VO N&B 1964 120'
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Rudolf THOME
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Bébé tigre tigré se languit de Tarzan (Tigerstreifenbaby wartet auf Tarzan) All. VO couleurs 1997 118' ; R., Sc. R. Thome ; Ph. Carsten Thiele ; M. Wolfgang Böhmer ; Int. Herbert Fritsch (Franck), Cora Frost (Luise), Valeska Hanel (Laura Luna).

   Un homme immortel débarqué du cinquième millénaire, où il n'y a plus de femmes, veut emmener chez lui la romancière Laura Luna, trouvée par ordinateur à partir de la phrase éponyme du film gravée sur une pierre, extraite du premier roman de Laura. Ils s'aiment tout de suite et s'installent dans une maison isolée en compagnie de Luise, rencontrée en premier et qui les a aidés à échapper à des poursuivants convoitant les lingots d'or rapportés du futur pour survivre. Laura écrit un nouveau roman, Luise fait la maîtresse de maison et Frank, oisif, se contente d'élever un serpent. Bisexuelles, les deux femmes proposent de faire ménage à trois. Elles tombent toutes deux enceintes. Mais l'époux de Luise a retrouvé leur trace. Il s'introduit une nuit dans la maison et tire sur les trois amants surpris au lit. Seule Luise en réchappe qui donnera naissance à l'enfant de Franck. Reste la pierre tombale de Laura où l'on a gravé "Bébé tigre tigré se languit de Tarzan"...

   La lenteur du récit et un point de vue empreint de l'extranéité du haut futur, la caméra portée, doucement attentive, l'insistance des sons de la nature et d'une quotidienneté désirée, sont une invitation à l'utopie née de l'arrivée d'un ange providentiel. Le personnage de Frank, à la fois original, quelque peu emprunté dans son costume démodé de trois millénaires, et triplement inspiré - au prix d'un léger cliché, du visiteur de Teorema, des anges (du désir) de Wenders, et du dernier répliquant de Blade Runner, bouleverse la vie de deux femmes (et d'un serpent) au point que l'amour devient le premier critère de l'existence. Un amour au sens fort : d'investissement érotique total, mais de plus débarrassé de la volonté de puissance masculine : c'est forcément Laura qui initie Franck.
   C'est en tout cela que réside l'utopie qui par définition ne peut être tolérée et débouche sur l'assassinat du bonheur.
   Une fable philosophique donc, se déployant avec les moyens les plus simples y compris le très classique accompagnement musical comme relance et commentaire. Mais fallait-il que le rêve philosophique soit affadi par la menace d'un gros calibre, ourdie en parallèle comme dans un vulgaire thriller ? Jusqu'à la découverte de l'identité de l'immortel, le mystère soutient l'intérêt, puis c'est le développement de l'amour et de ses prolongements atypiques dont l'on savoure la fraîcheur édénique. Mais déjà l'inéluctable massacre fait écran comme un grossier artifice didactique.
   Il n'empêche que l'œuvre donne à respirer un air généreux, qui soulage de l'atmosphère calibrée de nos auteurs contemporains. 29/07/01
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Richard THORPE
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The Earl of Chicago USA VO N&B 1940 85' ; R. R. Thorpe ; Sc. Gene Fowler/Lesser Samuels/Charles de Grandcourt, d'après Brock Williams ; Ph. Ray June ; M. Werner R. Heymann ; Int. Robert Montgomery (Robert "Silky" Kilmount), Edward Arnold (Quentin "Doc" Ramsey), Reginald Owen (Gervase Gonwell), Edmund Gwenn (Munsey).

   Titre plaisamment oxymorique pour une implacable intrigue très classiquement tournée. Un gangster de Chicago, hérite des titres et biens d'un lord britannique. Ramsey, son homme de loi, ayant fait de la prison par sa faute, l'accompagne en Angleterre lui laissant croire qu'il pourra réaliser les biens immeubles et fonciers, en fait inaliénables. il dépossède le nouvel aristocrate de sa fortune américaine de distillateur patenté à l'aide d'une procuration cédée par amitié. Traumatisé par la trahison, Robert, qui s'est entre-temps révélé un brave type soucieux de ses gens, l'abat malgré sa phobie des armes.
   Il est condamné à la pendaison par la Chambre des Lords. En le parant de ses habits de cérémonie à la Tour de Londres où il doit être exécuté, Munsey le majordome lui rappelle le serment d'estime réciproque qu'ils avaient prononcé. Le comte s'en souvient au moment de monter à l'échafaud, se dégage de ses gardes et surmontant sa terreur, marche dignement au supplice.

   Trop d'aspects mythiques ou légendaires dans le tournage, pour que l'on puisse croire à la cruauté de l'histoire. La dernière scène représente une visite du château devant le portrait du défunt dont on fait l'éloge. En anoblissant le héros, sa mort excuse la bêtise du monde, et l'effet pathétique de la sympathie qu'il inspire aux humbles, fait écran à l'ironie tragique de son destin : parasite ignorant et vulgaire d'un monde encore fruste, il n'aura survécu à la violence de son milieu que pour mourir au plus noble rang d'une société de haute culture. 13/02/01 Retour titres Sommaire

Above Suspicion USA VO 1943 85' ; R. R. Thorpe ; Sc. Keith Winter, Melville Baker, Patrici Coleman, d'après le roman d'Helen Mac Innes ; Ph. Robert Planck ; M. Bronislvau Kaper ; Pr. MGM ; Int. Joan Crawford (Frances Myles), Fred MacMurray (Richard Myles), Conrad Veldt (Hassert Seidel), Basil Rathbone (Sigmund von Aschehausen).

   En 1939, Richard Myles, professeur d'allemand à Oxford sur le point de partir au Tyrol en voyage de noce, est recruté par le Foreign office. Ils doivent avec son épouse, pour le coup impliquée, retrouver un espion disparu.

   Ce qui commençait comme un jeu de piste amusant avec documents codés, signes de reconnaissance, rencontres secrètes, s'avère de plus en plus dangereux. Mais même au paroxysme, l'enlèvement et la séquestration nazies de Frances, on frémit sans frémir, tout étant cousu de fil blanc, même si c'est du cousu main.
   La musique fait "plum plum plum" aux moments délicats. Fred MacMurray sous l'apparence d'un sujet britannique est la parfaite figure du héros américain descendu chez les Barbares.
   Thorpe est un honnête artisan qui fait de son mieux tout en servant l'idéologie hollywoodienne. 24/02/01
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La Main noire (The Black Hand) USA VO N&B 1950 85' ; R. R. Thorpe ; Sc. Luther Davis ; Ph. Paul Vogel ; M. Alberto Colombo ; Pr. William Wright ; Int. Gene Kelly (Giovanni Columbo), John Carrol Naish (Louie Lorelli), Teresa Celli (Isabella Gomboli).

   1900, les Italiens de New York sont rackettés par l'organisation mafieuse la Main noire. En voulant prévenir secrètement la police, l'avocat Roberto Columbo tombé dans un piège est assassiné. Son jeune fils Giovanni jure de le venger. Rentré au pays avec sa mère il revient après la mort de celle-ci pour exécuter sa promesse.
   Tout en enquêtant pour retrouver les coupables il tente en vain de fonder une ligue anti-racket avec Isabella, une amie d'enfance élevant son petit frère, orpheline par les œuvres de la Main noire, qui n'hésite pas à poser des bombes chez les récalcitrants. Louie Lorelli, un flic courageux qui soutient Giovanni réussit à avoir des informations compromettantes sur les mafiosi auprès de ses collègues italiens. Il doit se rendre secrètement à Naples pour confondre toute la bande, mais est trahi par l'imprudence d'Isabella qui demande une aide financière pour l'opération au banquier Serpi son patron, sans savoir qu'il appartient à la Main noire. Avant d'être assassiné en mission, Louie réussit à envoyer la liste à Giovanni. La Main noire enlève alors le petit frère d'Isabella pour l'échanger contre la liste. Ayant accepté pour sauver le petit, Giovanni sur le point d'être supprimé parvient à faire sauter le repaire où on le détient et récupère la liste après avoir mis fin, en même temps qu'à la musique de fosse (qui reprend sur un mode funèbre), à la carrière de Serpi, par un beau lancer de couteau.

   Récit noir bien naïf se déroulant essentiellement la nuit dans les coins sombres faiblement éclairés par le pauvre reflet d'un réverbère sur le pavé et les flaques où se découpent des ombres confuses. Le pittoresque haut en couleurs des décors de rue ne saurait se passer du son de l'orgue de barbarie. Des Italiens gras dévorent des sandwiches. Ils chantent en chœur, poussent de grands éclats de rire, sont couards et pas très malins, à l'exception du héros joué par un bon yankee d'origine irlandaise comme les aime John Ford, Dieu merci !
   Impossible de confondre les bons avec les méchants, qui ont la gueule de l'emploi sauf quand il est utile de tromper sa victime. La musique en rajoute en déployant toute une panoplie tragique de bazar. Quelques bonnes idées à peine esquissées. Ainsi on remarque qu'Isabella trahissant malgré elle porte des gants noirs. Mais l'occasion de jouer à fond sur une ambiguïté qui en eût peut être entraîné d'autres n'est pas saisie au bond.
   C'est au fond ce qui manque le plus à cette œuvre médiocre : la suggestion, le double-fond, le brouillage. Ce qui exigerait aussi quelque chose de plus difficile : la sobriété. 24/03/02
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Moufida TLATLI
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La Saison des hommes Fr.-Tu. VO 2000 120'
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Valeri TODOROVSKI
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Katia Ismaïlova Fr.-Rus. VO couleurs 1994 95'
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Giuseppe TORNATORE
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Cinema Paradiso (Nuovo cinema paradiso) It.-Fr. VO couleurs 1987 123' ; R., Sc. G. Tornatore ; Ph. Blasco Giurato ; M. Ennio Morricone ; Pr. Franco Cristaldi/Les Films Ariane ; Int. Philippe Noiret (Alfredo), Salvatore Gascio (Salvatore enfant), Marco Leonardi (Salvatore adolescent), Jacques Perrin (Salvatore adulte), Agnene (Elena).

   Le grand cinéaste Salvatore Di Vitta, apprend la mort d'Alfredo, qui l'a initié enfant au métier de projectionniste. Il se remémore un passé enfoui depuis trente ans qu'il a quitté la Sicile, puis va assister en même temps qu'à l'enterrement, à la démolition du cinéma Paradisio au profit d'un parking.

    Le physique d'adolescent empâté et grisonnant de Jacques Perrin est à la mesure de ce récit nostalgique. Son œil triste et langoureux capte à l'horizon les bribes d'un âge d'or, nous invitant à pleurer les fétiches consensuels, consacrés par la très fellinienne anamnèse réaliste. En réalité mythification en règle au moyen de références implicites aux clichés cinématographiques.
   Le meilleur est peut-être au contraire dans la référence explicite à toutes ces scènes des plus grands films que censura le curé et léguées par Alfredo à son protégé sous forme de montage. Noiret privé de sa voix naturelle : salutaire s'agissant d'un acteur trop connu, dont la moindre intention est par trop prévisible. 1/10/00
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Moussa TOURÉ
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TGV Fr. 1999 85' ; R. M. Touré ; Sc. M. Touré et Alain Choquart ; Ph. Alain Choquart ; M. Wasis Diop ; Mont. Josie Miljevic ; Pr. Jean-François Lepetit/Bernard Giraudeau/Moussa Touré ; Int. Makena Diop (Rambo), Al Hambou Thaore (Domba), Joséphine Zambo (Salambare), Philippine Leroy-Beaulieu (Sylvia), Bernard Giraudeau (Roger).

   Au moment où le "TGV" Dakar/Conakry, un car bigarré, s'apprête à démarrer, on annonce la révolte des Bijagos. Le voyage est vivement déconseillé par l'armée, mais Rambo, le chauffeur, prend la responsabilité de mener à bon port les neuf passagers non désistés. Ils chargent en chemin le ministre de l'économie limogé, avec son épouse puis un couple de chercheurs blancs, mais tombent dans une embuscade des Bijagos dont le chef militaire était à bord, mêlé aux passagers. Leur intention étant la prise d'otages négociables, les rebelles préfèrent au ministre les Blancs. Tout le monde est d'accord pour les livrer, mais le ministre s'est enfui à tout hasard. Il est rattrapé par les Bijagos et remis dans le car qui arrive sans encombres à Conakry.

   L'intérêt du film réside, à l'extérieur, dans le "trail-movie" rythmé par un accompagnement très Country-sauce africaine, et à l'intérieur, dans le microcosme satirique se dessinant par les confidences et les comportements.
   Entraîné par l'allègre rythme musical, le véhicule coloré comme un perroquet cahote ou navigue selon l'état de la piste dont le paysage visuel et sonore constitue la délectable toile de fond. Mais les femmes sont victimes de la polygamie et de la misogynie, les marabouts s'avèrent mesquins et rétrogrades, le ministre est lâche et discoureur, les Blancs peu héroïques, etc.
   Fine ironie de l'image : au générique, le car stationne seul dans un vaste hangar en lumière floue, luxueusement ventilé par des pales plafonnières géantes. Au fond dans un rai de lumière coupant l'atmosphère brumeuse, les silhouettes des chauffeurs approchent comme les extraterrestres de
Rencontres de troisième type. Pendant le trajet les têtes des passagers s'encadrent dans les étroites fenêtres comme des portraits et les incantations des marabouts se débitent au rythme de la musique de fosse.
   Plaisante fable assez philosophique au goût du jour ! 21/10/01
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Jacques TOURNEUR
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La Féline (Cat People) USA VO N&B 1942 71' ; R. J. Tourneur ; Sc. DeWitt Bodeen ; Ph. Nicholas Musuraca ; M. Roy Webb ; Pr. RKO/Wal Lewton ; Int. Simone Simon (Irena Dubrovna), Kent Smith (Oliver Reed), Tom Conway (Dr Judd), Jane Randolph (Alice), Jack Holt (commodore (Galerie des Bobines), Alan Napier (Carver), Elizabeth Dunne (Miss Plunkett), Mary Halsey (Blondie), Alec Craig (le gardien de zoo), Elisabeth Russel (la femme-chat).

   Au Zoo de Central Park à New-York où elle se plaît à dessiner des fauves, Irena Dubrovna rencontre l'ingénieur naval Oliver Reed. L'amour se déclarant bientôt ils se marient sans s'être jamais touchés. Elle le prie d'être patient, expliquant que dans son village serbe frappé autrefois de malédiction, certaines femmes dont elle craint d'être l'héritière se métamorphosaient en panthères sous l'effet de sentiments violents. Parfaitement incrédule, il la conduit chez le psychiatre Judd.
   Jalouse cependant, Irena file Alice, la collaboratrice de son mari, dans un lieu désert à pas pressés et sonores. Pourtant un silence pesant enveloppe soudain Alice prise de panique. Le bus arrive à point nommé. Plus tard seule à la piscine dans la soirée, à nouveau terrorisée, elle se réfugie dans l'eau et pousse des hurlements. Irina paraît qui allume la lumière, la rassure, prétexte être à la recherche de son mari et repart dès que le personnel arrive. Alice retrouvre sa veste en lambeaux.
   Oliver finit par avouer à son épouse l'amour qui l'unit à Alice. Un soir au bureau ils sont prisonniers d'une panthère qui s'écarte en s'entendant appelée Irena. Judd averti n'en tient nul compte et embrasse Irina dans son cabinet. Elle l'attaque métamorphosée en panthère. Il la transperce de sa canne-épée avant d'expirer. Elle succombe au zoo après avoir libéré une panthère noire qui meurt écrasée par un camion.

   Premier film d'horreur totalement dépourvu de scènes du genre, reposant donc entièrement sur la suggestion, et c'est là son grand mérite. Des ombres autour d'Irina affectent des formes félines et projettent sur son visage des moustaches. La caméra met en valeur la félinité des courbes de son corps. Une femme à tête de chat la fascine et l'inquiète à la fois. Le bus qui sauve Alice freine avec un rugissement prédateur. La brume extérieure, comme les jeux de lumière dans la piscine semblent matérialiser une impalpable présence animale. Vêtu de noir, le cadavre d'Irina cadré à distance évoque une dépouille féline. Le sentiment de métamorphose ratée qu'inspire la physionomie de Simone Simon (Galerie des Bobines) contribue au malaise ambiant.
   Certes le film n'est pas exempt d'excès, comme les complications du décor intérieur multipliées par les jeux d'ombre ou encore la musique de fosse qui en rajoute des louches hollywoodiennes de malaise sur mesure. Mais l'érotisme trouble pointé par l'ellipse de l'horreur est une valeur sûre. Et la double mort de la Féline et d'une panthère véritable qui la terrasse avant de franchir le mur la séparant de sa propre mort est une figure forte de la victoire du refoulement. 29/06/02
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La Griffe du passé/Pendez-moi haut et court (Out of the Past/Build My Gallows High) USA VO N&B 1947 95'
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Maurice TOURNEUR
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Au nom de la loi Fr. N&B 1931 90' ; R. M. Tourneur ; Sc. Paul Bringuier ; Ph. Georges Benoit/Marc Bujard ; Pr. Pathé/Natan ; Int. Gabriel Gabrio (Amédée), Charles Vanel (Lancelot), Jean Marchat (Marcel), Marcelle Chantal (Sandra).

   Sandra est soupçonnée de l'assassinat d'un inspecteur. Elle se donnera la mort malgré la protection du policier tombé amoureux d'elle.

   Excellent réalisme, pas prétentieux. Prise de son impeccable en extérieur, netteté de l'image (éclairage, cadrage), y compris dans les scènes de masse, par exemple la descente de police au cabaret. Même les effets d'angle sont intéressants parce qu'ils servent la lisibilité. Intrigue "conduite de main de maître" alternant studio et extérieurs. Et surtout, la musique sait rester à sa place... 28/12/99 Retour titres Sommaire

Volpone Fr. N&B 1940 94' ; R. M. Tourneur ; Sc., Dial. Jules Romains, d'après Ben Jonson ; Ph. Armand Thirard ; Déc. Jean Perrier, d'après des maquettes d'André Barsacq ; M. Marcel Delannoy, Roger Fernay ; Pr. Ile-de-France Films ; Int. Harry Baur (Volpone), Charles Dullin (Corbaccio), Louis Jouvet (Mosca), Fernand Ledoux (Corvino), Jean Temerson (Boltore), Alexandre Rignault (Leone), Jacqueline Delubac (Colomba), Marion Dorian (Canina), Robert Seller (le chef des gardes), Louis Frémont (le juge).

   Le richissime marchand Levantin Volpone imagine, pour se venger d'anciens créanciers qui l'envoyèrent en prison, de simuler l'agonie après avoir rédigé un testament en blanc. Il se fait aider par l'aventurier Mosca rencontré en prison. Tout le monde se presse autour du lit du mourant, qui malmène les rapaces en se faisant offrir en cadeau ce qui leur tient le plus à cœur : l'avare son or, le jaloux son épouse. Ayant finalement fait annoncer sa mort, il lègue sa fortune à Mosca. Mais, passible de pendaison pour avoir tenté de violer la chaste épouse fourrée dans son lit, le Levantin ne peut "ressusciter". Mosca chasse donc de son palais le défunt dont il dilapide la fortune.

   L'intérêt de la pièce de Ben Jonson tient à ce que les subterfuges de la vengeance sont un puissant révélateur des basses passions. Ressort dramatique suscitant la réjouissante performance d'acteurs exceptionnels - Jouvet (Galerie des Bobines) et Dullin surtout, Baur n'étant pas dénué de tics - mettant autant de passion que de bonne humeur dans l'exercice de leur métier. Ce qui se traduit par un effet ludique évitant au théâtre photographié de se figer. Tourneur fait bien, à cet égard, de ne pas s'efforcer au réalisme, qui serait faux. L'artifice est au décor ce qu'est la caricature au burlesque. Du cinéma d'acteurs donc mais, à ce titre, au sommet. 22/07/01 Retour titres Sommaire

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Lars VON TRIER
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Breaking the Waves Dan. VO 1996 155'
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Les Idiots (Idioterne) Dan. VO 1998 110'
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Dancer in the Dark Dan.-Fr.-Suède VO 2000 110'
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Dogville couleurs Dan.-Sue.-NL.-GB.-Fr.-All. VO (anglo-am.) 2003 170'
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Manderlay Dan.-Sue VO (anglo-am.) 2005 139'
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Antichrist D., Dan., Fr. Pol., Sue, It. VO (anglais) 2009 108' ; R. von Trier  ; Sc. von Trier et Anders Thomas Jensen ; Ph. Anthony Dod Mantie ; Mont. Anders Refn ; Pr. Zentropa ; Int. Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg.

    C'est un couple de baiseurs impénitents dont l'enfant fait une chute mortelle par défenestration pendant les ébats. Tombée en profonde dépression la femme est prise en charge par le mari, thérapeute ayant désavoué le psychiatre. Il oblige la mère en deuil à revenir sur les lieux qui la terrorisent, une cabane au fin fond de la forêt, où isolée avec le petit elle devait rédiger une thèse, laissée en plan, sur la persécution des femmes dans l'histoire. La thérapie se limite à rapprivoiser l'espace devenu maléfique. La femme dont l'état semblait s'améliorer, replonge brutalement jusqu'à la folie meurtrière largement inspirée par le sujet de thèse. Par un boulon traversant les chairs elle fixe à la jambe du père de son enfant disparu une meule de pierre avant de tenter de l'assassiner, puis se cisaille les petites lèvres. L'homme ne s'en tire qu'à l'assassiner par strangulation.     

   "I'm the best film director in the world" annonçait l'auteur à Cannes en 2009. Ce n'est pas sans rappeler le "Top on the world" de James Cagney en inoubliable figure tragi-comique de la paranoïa dans L'Enfer est à lui (1949). Car n'ayant visiblement plus rien à dire, il ne reste à Trier qu'à faire violence au spectateur sur le mode horrifico-fantastico-porno, exacerbé par une esthétique tenant à la fois du clip publicitaire et du plagiat (de Tarkovski surtout, auquel le film est impudemment dédié). C'est d'une obscénité absolue, ce qui ne veut pas dire cul et cruauté gratuite mais prétention à les donner en pâture.
   La grande erreur sera toujours de croire que l'image en soi est la suprême valeur à laquelle se soumettre et que l'on peut se passer de l'écriture, de ce jeu qui s'offre à incessamment renouveler. Melancholia (2011) semble confirmer depuis à cet égard que la veine est bel et bien tarie.  09/02/15
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Jean-Louis TRINTIGNANT
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Le Maître-nageur couleurs 1978 90' ; R. J.-L. Trintignant ; Sc. Vahé Katcha ; Ph. Jean-Jacques Flori ; Ch. Guy Marchand, Jean Fredonucci ; Pr. Serge Marquand/Humbert Balsan/Stéphane Tchaigadjieff ; Int. Guy Marchand (Marcel), Stefania Sandrelli (Marie), Jean-Claude Brialy (Logan), Moustache (Zopoulos), Jean-Louis Trintignant (le jardinier), Christian Marquand (Paul Jouriace), François Perrot (maître Dalloz).

   Passionnée de grosses fortunes, Marie engage son mari Marcel, chanteur de charme sans public à être maître-nageur chez le milliardaire Zopoulos, qui possède une piscine monumentale et trompe son ennui par de loufoques mises en scènes aquatiques sous le regard désapprobateur du jardinier. Il organise un marathon doté d'une récompense substantielle puis, amoureux de Marie, lègue mourant toute sa fortune au gagnant dont il ne doute pas qu'il s'agisse de Marcel. Marcel gagne en effet, avant de périr noyé. Quelques décennies plus tard, son arrière-petit-fils précipite Marie infirme et clouée dans un fauteuil dans la piscine pour hériter.

    Étonnante création à l'écart des sentiers battus, qui finit par fatiguer à force d'idées originales de tendance surréaliste sans la compensation d'un véritable projet artistique. On découvre en tout cas en Trintignant-réalisateur des possibilités surprenantes, auxquelles il n'a jamais pu donner suite. 15/07/03 Retour titres Sommaire

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Fernando TRUEBA
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Belle époque Esp.-Port.-Fr. VO 1992 108’ ; R. F. Trueba ; Sc. José Luis Garcia Sanchez, Rafael Azcona, F. Trueba ; Ph. José Luis Alcaine ; Mont. Carmen Frias ; Déc. Juan Botella, Cristina Huete ; M. Antoine Duhamel ;  Pr. Fernando Trueba, Producciones Cinematográficas / André Vicente Gomez, Lolafilms ; Int. Penélope Cruz (Luz), Miriam Díaz Aroca (Clara), Ariadna Gil (Violeta), Maribel Verdú (Rocío), Fernando Fernán Gómez (Manolo), Jorge Sanz (Fernando), Gabino Diego (Juanito, l'instituteur), Chus Lampreave (Doña Asun, la mère de Juanito), Mary Carmen Ramírez (Amalia, la mère), Michel Galabru (Danglard, son amant), Agustín González (Don Luis, le curé).

   Espagne 1931. La monarchie vacille ; la république s’apprête. Ancien cuisinier séminariste, Fernando a déserté comme Républicain l’armée royale. Il est arrêté par deux gardes civils en désaccord politique : après avoir tué son collègue qui se trouvait être son beau-père, l’autre se suicide. Fernando échoue en pleine nuit dans un bordel, mais avant qu’il n'ait pu consommer, un vieux peintre libertaire lui offre l’hospitalité. Fernando le lui rend bien en cuisinant aux petits oignons. Une amitié se noue. Bientôt cependant Manolo prie son jeune ami de plier bagage car il attend la visite de ses quatre filles, et ne tient pas à ce qu’un jeune mâle vive sous le même toit. Alors que Fernando est sur le départ pour Madrid, quatre beautés débarquent sur le quai de la gare. Fernando est ébloui.
   Il réapparaît chez Manolo, prétendant avoir raté son train. Le père étant absent, les filles l’adoptent aussitôt. Manolo de retour n’est pas dupe de ce train manqué, mais Fernando est installé au grenier avec l'aide de Roc
ío, qui l'aguiche un peu et se contente d'un baiser, pour l'instant. Le jeune séminariste couche successivement avec la lesbienne Violetta (à la grande joie du père), avec Rocío promise à l'instituteur puis Clara la veuve, lesquelles n’y voient qu’une aventure sans lendemain. Comme il tombe facilement amoureux, Fernando triplement éconduit finit par épouser la cadette, Luz, la seule qui l’aime vraiment. Entretemps, l’épouse de Manolo, une cantatrice, survient pour un séjour avec son riche amant Danglard, qui finance les tournées dans le monde de cette chanteuse dépourvue de talent. Les jeunes mariés partent avec la mère et son amant en Amérique.

   Un petit zéphyr d’anarchie souffle d’autant mieux sur cette comédie qu’elle est dépourvue de didactisme autant que de doctrine et d’esbroufe. La subversion réside dans une certaine façon de prendre la vie. L’érotisme en est un important enjeu. « Il a raté son train par l’odeur du con de mes filles alléché » remarque Don Manolo. Puis le curé anar survenant à l’heure du repas enchaîne en louant « cette merveilleuse odeur ! » «- C’est la cuisine… », lui est-il rétorqué. A quoi il réplique : « - Ça je le savais déjà ! ».
   Cela s’arrête hélas au scénario, que le filmage se contente d’illustrer sagement. On pourrait presque dire que le cadrage et le montage (autant que la musique) sont pléonastiques tant ils se conforment aux dictats du script. Non sans tomber dans une certaine théâtralité. On est dans la salle à manger. Des piétinements précipités se font entendre à l’extérieur, véritables bruits de planches. « On a brûlé l’église ! » (et non les planches...) s’écrient les arrivants hors d'haleine. Un burlesque de mauvais aloi vient de plus alourdir cette facture déjà assez pesante par elle-même. 
   Dialogues décapants, belles filles et pittoresque des situations ne font pas vraiment un film. Mais tout dépend de ce qu'on entend par "film". En tant que divertissement, celui-ci est plutôt réussi. 26/11/08
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François TRUFFAUT
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Les Quatre cents coups Fr. N&B 1959 93'
Commentaire

L'Enfant sauvage Fr. N&B 1969 85' ; R. F. Truffaut ; Sc. François Truffaut, Jean Gruault, d'après le Docteur Itard ; Ph. Nestor Almendros ; Mont. Agnès Guillemot ; Déc. Jean Mandaroux ; M. Vivaldi ; Pr. Claude Miller/films du Carrosse ; Int. Jean-Pierre Cargol (Victor), François Truffaut (docteur Itard), Françoise Seigner (Mme Ghérin), Jean Dasté (Philippe Pinel), Claude Miller (M. Lémeri), Annie Miller (Mme Lémeri).

   En 1797, un enfant sauvage est capturé dans l'Aveyron. Dans le but de l'éduquer avec l'aide de Mme Guérin sa servante, le docteur Itard en obtient la garde. Il fait le pari que l'enfant abandonné et laissé pour mort à l'âge de trois ans dans la forêt est rééducable. Dans la propriété du docteur près des Batignolles, on assiste aux progrès de Victor (le premier prénom auquel l'enfant sauvage eût réagi), depuis la locomotion jusqu'à la lecture, en passant par l'éducation de la sensibilité à l'environnement, mais sans la parole. Cependant le plus beau résultat sont les premières larmes et les témoignages d'affection.

   On sent sous l'effort documentaire (les surcadrages à l'aide des fenêtres ou les fermetures à l'iris suggèrent des centrages didactiques), le souci de raconter une formidable histoire d'amour. C'est en effet le véritable sujet du film qui ne serait pas crédible sans la présence des femmes : Mme Guérin et Mme Lémeri, mère d'un bébé, qui s'intéresse à Victor.
   Le récit se fonde sur la rédaction représentée à l'écran des pages du journal du docteur
Itard suivies à chaque fois d'une illustration filmique. Mais l'influence possible de Bresson s'arrête aux plans de pages s'écrivant. La scène des premières larmes souffre de ne pas se jouer sur le montage ou le cadrage : le docteur Itard enferme Victor dans le cabinet noir dont il s'éloigne accompagné en travelling à droite. Il réfléchit les bras croisés puis, après un travelling qui l'accompagne dans le sens inverse, libère Victor dont les joues sont sillonnées de larmes. Tout cela calqué lourdement sur un cheminement représentatif, là où l'on pouvait supposer une ellipse.
   L'inévitable Vivaldi des
Quatre saisons vient de plus souligner des victoires assez claires par elles-mêmes : lorsque Victor rassemble les lettres de bois dans le mot "lait", inutile d'y replâtrer une coda célèbre.
   Quelques menues erreurs documentaires aussi, qui seraient sans importance si les liens
(1) intrafilmiques l'emportaient sur la représentation (2). Pour regarder par la fenêtre la campagne nocturne le docteur s'aide d'une chandelle. Ou bien le champ que traverse Victor en fuite a visiblement été fauché avec une machine moderne.
   Globalement une réussite malgré tout, au plan humain autant qu'anthropologique. 9/04/01
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Baisers volés Fr. 1968 couleurs 90' ; R. F. Truffaut ; Sc., Dial. F. Truffaut, Claude de Givray, Bernard Revon ; Ph. Denys Clerval ; M. Antoine Duhamel ; Chans. Charles Trenet ; Pr. Films du Carrosse ; Int. Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Delphine Seyrig (Mme Tabard), Claude Jade (Christine), Michel Lonsdale (M. Tabard), Harry Max (M. Henri), André Falcon (M. Blady), Daniel Ceccaldi (M. Darbon), Claire Duhamel (Mme Darbon).

   Après avoir été réformé en tant qu'engagé, l'instable Doinel Antoine se précipite dans les bras d'une prostituée, puis se rend chez Christine, laissée sans nouvelles depuis six mois. Elle se montre trop prude mais ses parents trouvent au petit ami un travail de veilleur de nuit dans un hôtel. Remercié pour avoir laissé pénétrer un mari trompé dans la chambre du délit, il est engagé par l'agence où exerce le détective du cocu. On le charge de surveiller le personnel d'un chausseur nommé Tabard, qui se sent mal aimé. Le jeune homme tombe amoureux de la patronne, qui se donne à condition que ce fût sans lendemain. Un week-end, en l'absence de ses parents, Christine dérègle son téléviseur pour faire venir Antoine maintenant dépanneur. Cela se conclut au lit et voilà enfin Antoine casé.

   Élégante chronique du Paris éternel en extérieurs, agrémentée d'épisodes dont la fantaisie tient au surgissement dans le sérieux du récit de moments gratuits à la limite de l'absurde, un peu dans le ton de Buñuel, mais dont la poésie, malgré le clin d'œil à Vigo (Tabard, un des gamins de Zéro de conduite) est disqualifiée par l'extrême académisme de la conception d'ensemble. Et c'est pourtant tourné de main de maître. Voir telle scène dans l'officine du détective où se déroulent simultanément plusieurs événements sans que l'on perde le fil principal.
   Il est aussi malaisé de définir la poésie en général que d'expliquer son absence dans une œuvre sans défaut apparent. 13/04/02
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La Sirène du Mississipi Fr. 1969 Scope-couleurs 120' ; R., Sc., Ad., Dial. F. Truffaut, d'après William Irish ; Ph. Denis Clerval ; M. Antoine Duhamel ; Pr. Les Films du Carrosse ; Int. Jean-Paul Belmondo (Louis Mahé), Catherine Deneuve (Julie Roussel/Marion), Michel Bouquet (Comolli), Nelly Borgeaud (Berthe Roussel).

   Louis Mahé, industriel réunionnais, est escroqué par la femme qu'il a épousée à la place d'une autre connue par correspondance, et qu'un complice a assassinée sur le bateau. Ayant retrouvé par hasard Marion, qui est entraîneuse en France, il veut la tuer, mais ils se déclarent leur amour. Cependant le détective Comolli chargé de l'enquête a retrouvé la trace de Marion. Louis le supprime. Marion tente d'empoisonner son amant dans le chalet où ils sont retranchés en Suisse. Il en réchappe ; ils partent ensemble dans la neige.

   Truffaut a peut-être été séduit par les contradictions du couple et par la dialectique amour/mort, mais sagement mené, le récit se contente d'illustrer. Il ne suggère qu'en se tenant frileusement au niveau du mystère policier, lorsque par exemple, au mariage, la bague faite sur mesure est un peu juste au doigt de la mariée. Le décor naturel de La Réunion, qui pourrait y répandre une moiteur propice, n'offre rien d'autre qu'un pittoresque de midinette. Comme toujours Bebel (Galerie des Bobines) méprisant l'ascenseur escalade la façade de l'hôtel et Catherine Deneuve (Galerie des Bobines) est inaudible. Que de concessions faites aux conventions de l'époque !
   Après la Nouvelle Vague, la bonace. 30/04/01
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La Nuit américaine 1973 couleurs 115' ; R., Dial. F. Truffaut ; Sc. F. Truffaut, Jean-Louis Richard, Suzanne Schiffman ; Ph. Pierre-William Glenn ; M. Georges Delerue ; Pr. Les Films du Carrosse ; Int. F. Truffaut (Ferrand), Jean-Pierre Aumont (Alexandre), Jean-Pierre Léaud (Alphonse), Valentina Cortese (Séverine), Jacqueline Bisset (Julie Baker), Dani (Liliane), Nathalie Baye (Joëlle : Galerie des Bobines), Jean-François Stevenin (Jean-François), Bernard Menez (Bernard), David Harkham (le Docteur Nelson).

   Tournage d'un film à Nice, avec le réalisateur dans le rôle du réalisateur : situation favorable à une distance ironique. Non seulement le dévoilement des dessous du tournage démystifient le cinéma, mais c'est la vie quotidienne de l'équipe qui concentre l'intérêt fictionnel de La Nuit américaine. Ce qui entraîne aussi une réflexion sur le cinéma en général.

   Désespéré par le départ de la script Liliane, sa petite amie, le jeune premier Alphonse est consolé par la star Julie Baker, mais commet la maladresse d'en informer le mari, plus vieux de trente ans. Ce qui entraîne un état dépressif de Julie à se sentir coupable à l'égard d'un époux qui l'a tirée d'une ancienne dépression. Une fois encore celui-ci sera compréhensif. Cependant l'acteur Alexandre est tué dans un accident de voiture. Comme l'état des finances interdit de recommencer avec un autre, le scénario est modifié par un tour de passe-passe.

   Tout l'intérêt de l'œuvre, qui s'est passablement démodée, repose sur l'exhibition documentaire des coulisses d'un tournage. Truffaut est surtout une figure sociale du cinéma français. Il a contribué à un renouveau sans marquer de rupture artistique véritable. Ce film en l'occurrence paraît aujourd'hui singulièrement manquer de hardiesse. Comparez avec ces sorties de la même année : Alice dans les villes de Wim Wenders, Amarcord de Fellini, La Maman et la Putain de Jean Eustache, Martha et Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder, La Gueule ouverte de Pialat, L'Esprit de la ruche d'Erice. 25/05/03 Retour titres Sommaire

L'Argent de poche Fr. 1975 couleurs 104' ; R. F. Truffaut ; Sc. François Truffaut, Suzanne Schiffman ; Ph. Pierre-William Glenn ; M. Maurice Jaubert ; Pr. films du Carrosse ; Int. Georges Desmouceaux, Philippe Goldman, Jean-François Stévenin.

   La classe de Mme Petit à Thiers. Patrick en pince pour la mère de son copain Laurent. Julien Leclou est un cas social. Ensemble ils connaissent leur premier flirt dans l'obscurité d'un cinéma. Patrick découvre l'amour en colonie de vacances.

   Film d'une fraîcheur un brin anarchiste, parvenant à capter des moments d'indicible enfance sans avoir la poésie des Quatre cents coups. Peut-être y manque-t-il le ton de révolte authentifié par le réalisme social ? L'élan de liberté qu'inspire un monde étriqué ? La ville de Thiers au centre de la France est fétichisée et semble plutôt une vitrine qu'une véritable société urbaine, même en comptant l'épisode du malheureux Julien vivant dans un taudis avec sa mère et sa grand-mère qui le martyrisent.
   C'est une suite de tableaux aseptisés que spiritualise l'enfance, bourrés d'astuce et d'humour. Voir à trois minutes de la fin du cours, Desmousseaux se mordillant les lèvres, l'œil braqué sur les aiguilles de la pendule et sauvé
in extremis de l'interro par la sonnerie. 9/01/00 Retour titres Sommaire

La Femme d'à côté Fr. 1981 couleurs 106'
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