CINÉMA ARTISTIQUE

par  Daniel Weyl

Billy WILDER
liste auteurs

Sunset Boulevard USA VO 1940-1950 N&B 110' ; R. B. Wilder ; Sc. B. Wilder, Charles Brackett ; Ph. John F. Seitz ; M. Franz Waxman ; Déc. Hans Dreier, John Meehan, Sam Comer, Ray Moyer ; Pr. Charles Brackett ; Int. William Holden (Joe Gillis), Gloria Swanson (Norma Desmond), Erich von Stroheim (Max von Mayerling), Cecil B. DeMille, Buster Keaton, etc. (eux-mêmes).

   Un cadavre flottant dans une piscine conte sa mésaventure par un flash-back de presque deux heures. En fuyant des créanciers venus reprendre sa décapotable, le scénariste au talent sporadique nommé Joe Gillis tombe à Beverley Hill chez l'ancienne gloire du muet Norma Desmond, qui l'engage comme coscénariste d'un film sur Salomé. La star déchue vit dans le luxe en compagnie de son majordome Max qui n'est autre que son premier metteur en scène et premier mari. Il s'emploie à protéger les illusions de son idole, qui est convaincue que Cecil B. DeMille, dont c'est le cadet des soucis, va d'enthousiasme réaliser Salomé.
   Prisonnier de la star dont il est devenu le gigolo, Joe s'évade de nuit en Isotta-Fraschini pour rédiger un scénario avec une admiratrice de son talent qui est aussi la fiancée de son meilleur ami. Ils s'éprennent l'un de l'autre mais Norma y met tous les obstacles. Joe congédie la jeune puis fait sa valise. Abattu par la vieille en sortant, il meurt dans la piscine (retour à la case départ). Norma prise de démence croit voir dans la foule des policiers et reporters munis de caméras son propre film tourné par DeMille. Elle descend le grand escalier d'honneur avec force œillades et gestes emphatiques. On laisse faire pour l'embarquer sans esclandre. Max von Mayerling prend la direction du "tournage".

   Deux axes se dégagent : l'un documentaire, souligné par la participation d'acteurs dans leur propre rôle, et d'une autre manière par le réalisme noir. Il montre la fin d'un monde dont Norma Desmond incarne le pathétique, de n'être plus désirée que pour son argent, et de faire figure de fantôme du muet secoué de tics et comme égaré sur une autre planète. Joe le cynique représente la frange des occasionnels prêts à tout pour une miette du gâteau hollywoodien. Et l'autre axe, romanesque, illustré par la fidélité absolue de Max (Erich von Stroheim, Galerie des Bobines) qui a sacrifié sa carrière pour se consacrer à son idole. Ce dernier aspect bénéficie d'un décor de tonalité fantastique.
   La propriété représente un château hanté (en partie délabré malgré la richesse de la propriétaire) encombré et étouffant, perdu dans la végétation luxuriante. Les immenses pièces lambrissées de bois sculpté à hautes fenêtres plein-cintre, parfois en enfilade, autorisent d'inquiétantes profondeurs de champ. Certaines portes à deux battants, privées de leur double serrure par quelque obscur caprice des fées, laissent filtrer comme un regard à travers les trous béants.
   Une troisième composante complète ces éléments de style : l'humour. Celui de la situation narrative, parfaitement distanciée, évite de tomber dans le pathos. Mais l'ironie sarcastique exercée par Joe aux dépens de Norma Desmond est ambiguë. Elle peut faire basculer le personnage dans le ridicule, ce qui va à l'encontre de la vision documentaire et affadit le mélange des genres.
   À vrai dire le film n'a ni l'audace ni l'imagination nécessaires pour assumer artistiquement la richesse du projet initial. C'est finalement la platitude de la musique de fosse qui l'emporte dans la banalisation mercantile. La forte influence de Welles (effets-montage par profondeur de champ) et de Sternberg (décors) est le symptôme de cette fatale hésitation responsable du vieillissement de l'œuvre, considérée pourtant comme "l'un des films les plus originaux et les plus fascinants de l'histoire du cinéma" par Le Guide des films
de Jean Tulard, ou selon Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire comme "un film unique et parfait".
   À
croire qu'on n'est pas sur la même planète ! 27/05/02 liste titres sommaire

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